Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la relance de l'éducation prioritaire en 2007, le bilan des réformes engagées en 2006 et l'élection présidentielle 2007, Paris le 16 janvier 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la relance de l'éducation prioritaire en 2007, le bilan des réformes engagées en 2006 et l'élection présidentielle 2007, Paris le 16 janvier 2007.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Voeux à la presse à Paris le 16 janvier 2007

ti : Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,


Bienvenue au Palais de la Découverte qui a très aimablement accepté de nous accueillir ce soir. Avec François Goulard, je suis très heureux de vous accueillir, au seuil de cette nouvelle année, pour la traditionnelle cérémonie des voeux du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

A chacune et chacun d'entre vous, à vos proches, je souhaite une très belle et heureuse année 2007 : une année d'épanouissement professionnel mais aussi de bonheur personnel. La formulation des voeux est, chaque année, l'occasion de se rappeler ce qui a été fait, ce qui a été partagé. Elle est aussi l'occasion de rassembler toute son énergie pour dresser de nouvelles perspectives, pour déclarer son ambition. Notre richesse commune, c'est cet élan extraordinaire de toute l'Education nationale au cours de l'année passée.

Et vous y avez toutes et tous participé au service de tous les Français !

Bien sûr, chaque année apporte son lot de difficultés, d'événements parfois tragiques, et l'année 2006 n'a pas échappé à cette règle. Je pense à ce jeune élève d'un collège de Meaux qui a perdu la vie sous les yeux de ses camarades. Je pense à tous nos collègues qui ont parfois enduré de graves difficultés et qui, pour certains, ont subi des menaces sur leur propre vie. Ma conviction, c'est bien sûr qu'il ne faut pas se voiler la face, affronter les problèmes et faire en sorte que l'Education nationale puisse à chaque fois apporter son soutien aux parents, aux familles, aux élèves, à tous les personnels concernés.

C'est dans ces moments que notre « famille professionnelle » doit affirmer sa solidarité, dans le consensus et l'engagement de tous ses membres. Mais pointer les difficultés, assumer les manques et les erreurs ne doit pas nous empêcher de regarder ce qui marche, ni d' adhérer au progrès, à l'innovation !

Car, j'en suis convaincu, le pessimisme systématique, le scepticisme n'ont pas leur place dans l'Ecole ! Oui, notre responsabilité est immense, mais quel pari sur l'avenir !

Car cet avenir, celui de la France, il se construit, chaque jour, dans nos établissements. Si nous regardons objectivement tout le travail qui a été accompli au cours de cette année 2006, nous trouverons des raisons d'espérer. Nous serons même convaincus que jamais l'Education nationale n'a autant progressé sur des sujets fondamentaux et en aussi peu de temps !

Je ne vais pas énumérer toutes les mesures qui ont été prises, car il y en aurait trop. Je rappellerai simplement les plus importantes. D'abord l'égalité des chances. C'est une question qui concerne non seulement l'Education nationale, mais tout le pays et l'avenir même du pacte républicain. Car l'exclusion scolaire porte en elle les germes de l'exclusion sociale. Il fallait donc nous mobiliser, et nous l'avons fait !

Cela s'est traduit, dès février 2006, par la relance de l'Education prioritaire, c'est-à-dire celle qui profite aux élèves les plus fragilisés sur un plan social mais aussi scolaire. Parce que le dispositif des zones d'éducation prioritaire (ZEP) était à bout de souffle, il fallait recréer une ambition, ouvrir un nouvel horizon de réussite pour tous les élèves concernés, mais aussi pour leurs familles.

Les 249 réseaux « ambition réussite » sont la réponse à ce défi. Aujourd'hui même, j'ai eu le plaisir de saluer l'engagement de tous celles et de tous ceux qui travaillent à la réussite des élèves les plus défavorisés. Un grand nombre d'entre eux a accepté mon invitation à cette cérémonie des voeux et est présent dans cette salle.

Mon souhait de réussite s'adresse particulièrement à eux. Grâce à ces réseaux « ambition réussite », des écoles et des collèges bénéficient de moyens exceptionnels. Des projets innovants y sont créés, et aussi des partenariats avec des entreprises prestigieuses, des scientifiques, des universités. Tous portent l'exemple de l'excellence ; tous font renaître l'ambition scolaire dans les établissements où elle s'était dissipée.

L'Egalité des chances, c'est aussi permettre aux jeunes d'origine modeste d'accéder aux filières d'excellence de l'enseignement supérieur. C'est dans ce cadre que j'ai souhaité que 100.000 étudiants se mobilisent en faveur de 100.000 élèves de l'éducation prioritaire. Je suis particulièrement heureux que plusieurs milliers d'étudiants aient accepté de se mobiliser en faveur de cette démarche.

C'est dans le même esprit que j'ai souhaité que les classes préparatoires aux grandes écoles soient plus ouvertes aux jeunes d'origine modeste. L'ensemble de l'éducation nationale s'est mobilisé et aujourd'hui nous sommes passé de 18 % à 22 % de boursiers en classes préparatoires aux grandes écoles.

Voilà un premier exemple d'une magnifique mobilisation. Le second exemple que je voudrais citer, c'est l'action pour l'orientation et l'insertion professionnelle des jeunes, en particulier des étudiants. Mettre un terme à l'immense gâchis des talents était une urgence : 20 % des étudiants quittent l'enseignement supérieur sans diplôme ; et 11 % de nos diplômés sont au chômage 3 ans après leur sortie de l'enseignement supérieur. Là encore, il fallait se mobiliser. Nous l'avons fait !

C'est en réalité toute l'Éducation nationale qui s'est mobilisée, autour du grand débat national sur l'université et l'emploi. Plus de 20 000 personnes y ont participé ! Les conclusions de ce débat, connues en octobre, nous ont permis de mettre en oeuvre tout un ensemble de mesures pour mieux informer les jeunes, leur permettre de s'orienter et améliorer leur insertion professionnelle : tous les niveaux de l'enseignement sont concernés et là encore, tous nos partenaires sont à nos côtés. Je ne vous le cache pas, c'est pour moi un grand bonheur personnel, car c'est, là encore, l'expression d'un vrai rassemblement républicain en faveur des jeunes de notre pays.

Enfin, toujours pour l'année 2006, je veux évoquer les avancées remarquables qui ont été réalisées au sujet des savoirs fondamentaux. Quand je suis arrivé rue de Grenelle, j'ai tout de suite voulu mettre ce sujet au coeur de mon action. Bien sûr, nos enfants ont besoin de s'ouvrir l'esprit, de tâtonner dans l'univers du savoir.

Mais ils ont besoin aussi d'apprendre, de mémoriser, d'acquérir ces réflexes intellectuels qui leur serviront toute leur vie. Ils en ont besoin dès le début de leur scolarité et maintenant plus que jamais. Car aujourd'hui, grâce à Internet, grâce aux médias, les enfants sont en quelque sorte à la fenêtre du monde. Ils voient, ils entendent une quantité d'informations considérables, le meilleur comme le pire. Ils sont plongés dans ce flux perpétuel d'informations qui caractérise le monde moderne. Ce dont ils ont besoin, c'est donc moins d'ouverture que de repères intellectuels suffisamment forts, pour les rendre capables d'appréhender le monde et de se constituer de solides points de référence autour desquels ils pourront construire leur découverte du monde.

Ce dont ils ont besoin, c'est de savoirs de base maîtrisés, acquis par des apprentissages rigoureux et efficaces : lecture, grammaire, calcul. Oui, un apprentissage direct des règles est fondamental et pour ma part, je suis très fier d'avoir contribué, avec vous, à remettre la maîtrise effective des savoirs au coeur des missions du ministère dont j'ai la responsabilité.

A la rentrée 2006, le socle commun des connaissances est entré en vigueur. Avec la mise en oeuvre du socle commun, nous avons redonné tout son sens à une idée fondatrice de notre école républicaine : donner à tous nos jeunes une instruction de qualité qui leur permette d'affronter tous les défis de leur existence, et aussi une culture commune qui renforce le lien social, et notre volonté de poursuivre ensemble cette magnifique aventure commune qui se nomme la France. Egalité des chances, orientation et professionnalisation, savoirs fondamentaux, voilà trois grands sujets qui ont marqué l'année 2006, et l'Education nationale. Au total, ce sont 25 chantiers qui ont jalonné jusqu'ici notre action.

Tous rénovent l'action éducatrice, tous s'attachent également à renforcer le rôle de chacun d'entre vous dans la réussite de ces élèves qui feront l'identité de la France et de l'Europe de demain.

Et puis, il y a tous les autres chantiers que j'ai lancés :

le rôle et la place des parents ont été renforcés ;
l'apprentissage des langues vivants a été rénové ;
la note de vie scolaire est entrée en vigueur ;
la formation des maîtres dans les I.U.F.M. a été complètement repensée.
Nous voici maintenant en 2007.

Portée par l'engagement des personnels de ce ministère, ma volonté est intacte, comme mon ambition pour les jeunes de notre pays !

La semaine dernière, j'ai signé la circulaire qui rénove l'apprentissage de la grammaire. Le calcul sera l'affaire de février-mars, mais dès ce mois de janvier, les travaux sont lancés. L'adaptation des programmes au socle commun des connaissances sera effective dans quelques semaines.

Bref, j'ai bien l'intention d'exercer jusqu'au bout la responsabilité qui m'a été confiée. C'est ma responsabilité de ministre mais c'est avant tout ma conviction citoyenne et républicaine. Bien entendu, je n'ignore pas que l'année 2007 est une année un peu particulière, en raison des échéances électorales qui se profilent. Dans quelques semaines une nouvelle page va s'écrire pour la France. Nouveau mandat présidentiel, et dans la foulée, une nouvelle Assemblée Nationale. Je veux vous en dire quelques mots, en évoquant l'avenir de la France. En formant quelques voeux pour la France, à l'approche de la campagne électorale. Le pays tout entier attend beaucoup de ces élections.

Chacun le sent bien. En décidant l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, en attribuant au Président élu des pouvoirs très importants, notre loi fondamentale, la constitution, fait de cette séquence démocratique un moment capital pour notre pays. Un moment capital parce que ses conséquences peuvent être considérables. Je crois qu'on l'oublie un peu trop.

Je ne suis pas sûr que chacun, y compris tous les candidats, submergés par le désir d'exister, ait bien pris conscience de l'importance de cette consultation pour notre pays. Ce début de campagne n'est pas ou pas encore à la hauteur de l'enjeu : j'aimerais vous donner 4 illustrations : La première chose qui m'a choqué ces derniers mois comme vous je pense, c'est la personnalisation à outrance de la campagne.

Je comprends bien la nécessité de connaître les candidats et candidates à la fonction suprême, leurs itinéraires politiques, et pourquoi pas leur vie privée. Mais je pense qu'au-delà d'une certaine limite, on en oublie l'essentiel ; et l'essentiel c'est la France et le projet pour la France que porte un candidat. Pas son élégance vestimentaire ou ses relations dans le show business. On sait tout des mondanités des uns et des autres ! On ne sait rien ou presque de ce qu'ils feraient s'ils accédaient à la fonction suprême. Cela me gêne que les citoyens soient plus considérés comme des membres d'un jury de mode que décideurs de l'avenir. Puissent les candidats en avoir vite conscience et bientôt nous faire partager leur vision de l'avenir de la France. Voilà mon premier voeu. Deuxième chose qui me choque, le poids de la démocratie d'opinion sur les comportements politiques.

Je comprends bien l'aspiration des gens à être mieux écoutés, de débattre des enjeux de notre société et d'y participer activement. Le référendum européen, la crise du C.P.E. ont bien montré l'ampleur de ce sentiment d'éloignement entre les décideurs et les citoyens et les nombreuses insuffisances de notre démocratie que cela révèle. La thématique du « pouvoir confisqué » n'est pas une vue de l'esprit. Pour autant, je ne pense pas que ce soit en faisant croire aux gens qu'ils ont une expertise naturelle sur tout et sur n'importe quoi qu'on améliorera notre démocratie.

Il y a un chemin à trouver entre l'isolement des politiques et des technocrates, et l'illusion peu honnête d'une participation généralisée de tout un chacun aux décisions politiques ou administratives quotidiennes. Je pense, moi, qu'il n'y a pas de politique efficace sans délégation de pouvoir, sans représentation des citoyens par des élus responsables, à l'écoute, mais décideurs qui assument et qui rendent compte. J'ajoute, sur ce point, que la démocratie d'opinion passée à la moulinette des médias est un vrai danger pour la démocratie. Est-ce qu'on raisonne par des séquences médiatiques, par séquences émotionnelles qui s'enchaînent ? Novembre, c'est l'écologie avec Hulot. Décembre, c'est le droit au logement avec les Don Quichotte.

On a l'impression, parfois, qu'il suffirait de trouver la thématique d'avril pour savoir qui sera président. Mon second voeu sera qu'on aboutisse au terme d'une belle campagne démocratique, à ce que chaque citoyen soit en mesure de faire son choix, celui du coeur et de la raison. - Troisième exemple de dérive de cette campagne, l'illusion du Gouvernement d'union nationale. D'un Gouvernement qui réunirait tous les gens de bonne volonté. L'hypothèse est séduisante. Je ne la partage pas.

L'affrontement des idées n'est pas une honte mais une richesse. Toutes les grandes démocraties modernes ont une majorité et une opposition et c'est précisément ce qui fait leur force, leur solidité, et surtout leur efficacité. Étouffer le débat en rassemblant les gens que seul le goût du pouvoir unirait alors que leurs projets sont contradictoires, c'est courir le risque de la chienlit. Une opposition stimule et sans elle la démocratie court des risques. Mon troisième voeu c'est donc que chaque candidat remplace son catalogue de promesses par sa vision de la société française au 21ème siècle.

Quatrième et dernier problème de cette campagne, les attaques en règle du bilan des Français au cours des 5 dernières années. On vit une situation politique singulière car, pour la première fois, aucun des principaux candidats déclarés n'a d'intérêt à défendre le bilan des Français au cours du second quinquennat de Jacques Chirac.

Cinq années d'activité, de réformes et d'amélioration de la situation de la France et des Français. Tout le monde tape sur le bilan.

A vrai dire, je ne vois qu'un seul bénéficiaire à cette tactique inédite, à cette sinistrose organisée : Jean-Marie Le Pen. Comment les Français peuvent-ils être confiants alors que depuis près de deux ans tous les candidats dénigrent ou ignorent les progrès accomplis par notre pays :

425 000 logements créés cette année contre 290 000, qui en parle ? Personne ;
le chômage à 8% contre 10%, qui en parle ? Personne.
La France qui en 2006 n'a jamais reçu autant d'investissements étrangers. Qui en parle ? Personne !
Pourquoi mettre en doute ces progrès, pourquoi l'oubli volontaire de ces réussites collectives ? C'est une insulte pour la France et les Français.

Oui, mon quatrième voeu, c'est vraiment qu'il est temps que la campagne soit à la hauteur des enjeux et qu'on parle de la France. De la France qui souffre, mais aussi de la France qui gagne. Non, notre pays et ses habitants ne sont pas aussi pessimistes qu'on le laisse trop entendre :

partout les Français s'adaptent, changent et relèvent les défis ; et à l'Education nationale, nous en savons quelque chose !
partout des entreprises se créent, innovent, se battent et gagnent des parts de marché ; et elles prennent de plus en plus de jeunes en stage !
partout à l'étranger, je rencontre des femmes et des hommes dont le rêve serait de vivre en France. 30 000 étudiants européens font leur formation chez nous par exemple
Pour eux, un rêve devient réalité !

Oui, les Français sont prêts à prendre des risques et à faire des efforts pour que leurs enfants recueillent les dividendes. Encore faut-il leur expliquer où nous allons. Nous avons encore quelques semaines devant nous pour donner plus de sens à l'action publique, pour avoir une démocratie à la hauteur des enjeux. Je pèserai en tous cas de toutes mes forces pour donner du sens, plus de sens à notre échéance démocratique.

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Puisse 2007 être une belle année pour vous tous,
Une belle année pour l'Éducation nationale,
Une belle année pour la France.


Source http://www.education.gouv.fr, le 19 janvier 2007

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