Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur l'audiovisuel extérieur, notamment l'action du Conseil de l'action audiovisuelle extérieure (CAEF), Paris le 17 janvier 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur l'audiovisuel extérieur, notamment l'action du Conseil de l'action audiovisuelle extérieure (CAEF), Paris le 17 janvier 2007.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Audition par la Commission des Affaires étrangères sur l'audiovisuel extérieur français à Paris le 17 janvier 2007

ti :


Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Président de la Commission des affaires étrangères,
Monsieur le Président-Rapporteur de la Mission d'information,
Monsieur le Ministre, Cher Philippe,


Bien sûr, je m'associe aux remerciements de Philippe. Remerciements d'avoir créé cette mission d'information et de nous associer à l'achèvement de vos travaux.

Permettez-moi deux remarques préliminaires :

Premièrement, je tiens à saluer l'état d'esprit qui a animé vos travaux. Alors que nous entrons dans une période de débats publics intenses, les sujets relatifs à la permanence de la voix et du rayonnement de la France doivent nous rassembler au-delà des clivages partisans. De mon point de vue, dans le monde d'aujourd'hui, dont vous connaissez si bien les enjeux et les défis, les tensions et les risques, tout est lié. Lorsque la France marque son opposition à la guerre en Irak, lorsque la France crée le Musée du Quai Branly, lorsque la France fait rayonner son savoir-faire et ses oeuvres au-delà de nos frontières, lorsque la France se trouve en première ligne du combat pour la diversité culturelle et le dialogue des cultures, tout cela relève d'une même vision, d'une même politique, d'un même message, des mêmes valeurs, des valeurs universelles qui affirment le respect de l'identité de l'autre dans un monde multipolaire.

Je ne reviens pas sur la nécessité stratégique que nous avons mise en avant pour la création de France 24, devenue aujourd'hui l'outil opérationnel d'une voix française de l'information dans le monde. Une voix française, reconnue et identifiée comme telle, mais non pas la voix de la France. Une voix française qui s'exprime sur Internet, à l'aide des technologies d'aujourd'hui. Telle est notre stratégie, et cette stratégie est essentielle. Les structures sont des moyens au service de cette stratégie non l'inverse.

J'en viens à ma seconde remarque. Je tiens à rendre un hommage particulier à François Rochebloine et aux représentants de l'ensemble des groupes politiques représentés au sein de votre mission d'information. Les débats sur l'audiovisuel public sont toujours vifs et passionnés. En créant cette mission d'information, vous avez réaffirmé le rôle essentiel du Parlement dans la réflexion sur ces outils stratégiques qui participent de notre rayonnement. Mais au-delà, je tiens à saluer la qualité de vos travaux qui se caractérisent à la fois par la définition de pistes de réforme, et par la recherche de solutions susceptibles de rassembler toutes les sensibilités par leur force opérationnelle.

J'en viens à une question importante de méthode : si l'on souhaite concilier des avancées significatives avec une capacité de contrôle accru du Parlement, il est nécessaire de généraliser la procédure des Contrats d'objectifs et de moyens pour l'ensemble des opérateurs de l'audiovisuel public extérieur. Comme pour les opérateurs nationaux, les avantages sont évidents :

-une réelle définition des objectifs et de missions de chaque opérateur, suivie d'une allocation des moyens en conséquence soumise à l'approbation du Parlement. Les commissions compétentes du Parlement peuvent aujourd'hui, vous le savez, et j'en suis fier, formuler un avis avant la signature d'un contrat d'objectif et de moyens. Après le COM de Radio-France, les commissions parlementaires ont été saisies du COM d'Arte France et j'ai bon espoir de faire de même prochainement avec le COM de France Télévisions.

En effet, avant les structures, il faut déterminer les objectifs et les missions, et préciser les complémentarités.

Le départ de votre réflexion réside dans le lancement effectif de France 24. Permettez moi d'en dire un mot.

Je me félicite en effet de la concrétisation de ce projet à la fois ambitieux et nécessaire : la France se trouve enfin dotée d'un instrument essentiel dont elle ne disposait pas jusqu'ici.

En effet, en offrant une vision française de l'actualité du monde, qui enrichit les points de vue et renforce les positions françaises, France 24 vient compléter, sans la remettre en cause, l'offre des autres acteurs de l'audiovisuel extérieur.

Je veux à cet égard rappeler que France 24 est fondée sur un concept original qui n'empiète aucunement sur les missions des autres opérateurs de l'audiovisuel extérieur.

Sa différence avec ces derniers est évidente pour RFI (qui exerce une activité radio), CFI (qui n'est pas diffuseur), ARTE (dont la mission est culturelle et ancrée sur l'Europe), TV5 (qui est une chaîne généraliste francophone).

Je dirais même mieux : France 24 a veillé à se construire de manière à être complémentaire par rapport aux autres opérateurs de l'audiovisuel extérieur. Ainsi, France 24 et TV5 Monde coopèrent étroitement pour l'organisation de leur distribution afin de minimiser les coûts et d'accroître la diffusion des deux chaînes.

De même, France 24 a finalisé un partenariat avec l'Agence France Presse pour l'achat d'images et de dépêches mais aussi pour la mise en place de correspondants audiovisuels dans quelques bureaux de l'agence. Avec RFI, un accord cadre vient d'être conclu. Il définit, d'une part, les modalités de promotions croisées entre les deux chaînes et permettra, d'autre part, à France 24 de faire appel (contre rémunération) au réseau de correspondants et d'experts de RFI. Je citerais également le partenariat conclu avec l'Agence d'Images Internationale (AITV), agence de presse de RFO pour l'achat d'images.

Les coopérations et les synergies entre les différents acteurs de l'audiovisuel extérieur existent donc déjà. Il faut bien distinguer, bien-sûr, synergie, coopération et fusion ! Je voudrais également vous donner l'exemple de ce qui a été prévu dans le COM d'ARTE qui vient d'être approuvé par le conseil de surveillance de la chaîne le 8 janvier dernier. ARTE s'efforcera, sur la période du COM, d'augmenter le nombre d'heure de programmes qu'elle apporte à TV5 Monde de 10 %.
2. Tout cela va donc dans le sens d'une meilleure cohérence et d'une recherche de synergies entre les différents acteurs de l'audiovisuel extérieur. Cependant, malgré tous ces efforts bilatéraux, je partage le constat que font certains d'entre vous qu'il reste nécessaire que le Gouvernement dispose d'une structure de pilotage de ces outils de rayonnement et d'influence de la France à l'étranger que sont les radios et télévisions françaises à diffusion internationale. Comme vous l'indiquez dans votre rapport, les synergies peuvent avoir un caractère ponctuel, là où l'organisation de l'audiovisuel public nécessite des changements structurels.

C'est pourquoi, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je suis favorable à ce que le conseil ou le comité de l'action audiovisuelle extérieure (CAEF) se réunisse de nouveau. Il doit, comme vous l'indiquez, ne concerner que les tutelles sous l'autorité du Premier Ministre. Il sera probablement utile de redéfinir ses missions et les modalités de son fonctionnement, afin d'éviter la lourdeur et le formalisme qui ont caractérisé cette structure dans la période 1989-1995. Mais elle me paraît nécessaire pour que soient définies au plus haut niveau de l'État et de manière coordonnée les modalités d'exécution de la politique audiovisuelle extérieure. Cela permettrait en effet de renforcer la complémentarité des organismes concernés et d'affiner la stratégie de l'État selon les évolutions du paysage médiatique international.

3. S'agissant du financement de l'audiovisuel extérieur, des efforts doivent également être menés à bien.

Les efforts de rationalisation et de simplification réalisés ont permis de créer un programme budgétaire spécifique à l'audiovisuel extérieur et de l'inclure au sein de la mission « Médias ». Le budget de l'audiovisuel extérieur n'est ainsi plus dispersé au sein de quatre missions, comme c'était le cas auparavant. Il est désormais regroupé au sein de deux missions dans le projet de loi de finances pour 2007. Mais cet effort doit encore être poursuivi.

En somme, je suis persuadé que la France est aujourd'hui dotée, en matière d'audiovisuel extérieur, d'un panel d'organismes compétents et complémentaires les uns par rapport aux autres. Reste à ce que ces outils soient utilisés de la manière la plus performante possible, grâce à la définition d'une stratégie globale et à un soutien financier plus performant.

Le travail de votre mission et la réflexion de votre commission sont un apport précieux pour permettre à notre pays d'accomplir nos objectifs stratégiques dans ce domaine essentiel de l'influence et du rayonnement de la France, et je tiens à vous en remercier.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 19 janvier 2007

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