Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à TF1 le 5 février 2007, dans l'émission "J'ai une question à vous poser", en réponse aux questions posées par 100 Français dans le cadre de la campagne pour l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à TF1 le 5 février 2007, dans l'émission "J'ai une question à vous poser", en réponse aux questions posées par 100 Français dans le cadre de la campagne pour l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, POIVRE D'ARVOR Patrick.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle 2007;

ti : Patrick POIVRE D'ARVOR

Nicolas SARKOZY bonsoir.

Nicolas SARKOZY

Bonsoir. Bonsoir à tous.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Vous connaissez le principe de l'émission pas de filtre entre les 100 Français qui viennent de tous les bords politiques, de toutes les régions, qui ont tout âge, pas de filtre entre eux et vous. Donc on va tout de suite poser la première question et comme un ministre de l'Intérieur est aussi un peu ministre des libertés, il y avait une question qui se posait sur la liberté, c'est une question d'actualité, c'est vous qui vouliez me la poser pendant la pause tabac.

Régis BOUYER, 41 ans Caissier grand magasin

Bonsoir monsieur SARKOZY.

Nicolas SARKOZY

Bonsoir.

Régis BOUYER

Oui, en tant que fumeur j'avais donc une question à poser, à sa cette nouvelle loi contre le tabac, sera t-elle la première d'une série de lois visant à limiter la liberté de chacun ?

Nicolas SARKOZY

D'abord la règle du jeu c'est de répondre franchement, y compris quand on n'est pas d'accord. Est-ce que je suis pour l'interdiction du tabac dans les lieux publics ? La réponse est oui sans aucune ambiguïté. Je vais m'en expliquer, je dirais juste un mot sur les libertés bien sûr. Il y a 150 000 personnes qui meurent chaque année du cancer. Toutes les familles sont touchées par ce fléau abominable, ce crabe de l'intérieur, qui génère tant de souffrances et tant de drames. On n'attrape pas le cancer que par la cigarette, mais on l'attrape par la cigarette et pire, non seulement le fumeur l'attrape, le risque d'avoir un cancer est multiplié par dix quand on fume, mais de plus monsieur, celui qui ne fume pas, mais qui est à côté d'un fumeur peut l'attraper, ça ce n'est pas la liberté. Moi, je suis pour que vous ayez plus de libertés, mais pas la liberté de vous tuer et pas la liberté de tuer les autres, donc c'est parfaitement clair. D'ailleurs regardez quand on prend l'avion, il y a quelques années tout le monde fumait dans l'avion, maintenant c'est interdit, qui penserait à revenir sur cette interdiction ? Alors si je veux être tout à fait honnête et le plus précis possible, je m'interroge, je ne suis pas sûr, mais je m'interroge si dans les départements ruraux, où il reste un café tabac, un lieu de convivialité, est-ce qu'on peut appliquer strictement la même règle ? Je m'interroge, enfin ça n'enlève rien au fait que je suis pour l'interdiction, je veux être franc avec vous, mais j'étais à Rieutort-de-Randon en Lozère il y a deux mois, il reste un café tabac. Et le propriétaire qui se bat, qui travaille comme un chien pour garder ce lieu de convivialité, il y a 700 habitants, me dit, vous n'allez pas nous faire les mêmes règles ? Je lui dis oui mais on peut mourir du cancer à Rieutort-du-Randon comme à Paris mais c'est vrai qu'on a tout intérêt à sauver ces commerces de proximité. Donc s'il devait y avoir une adaptation, moi je serais prêt à regarder celle-ci, mais pour le reste le tabac, ça tue, la cigarette, ça tue celui qui fume et les autres, ce n'est pas une liberté de vous laisser vous déglinguer la santé.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors Nicolas SARKOZY, toujours sur ces problèmes de liberté publique et également d'ailleurs disons de mortalité, et de santé publique, il y avait une question qui se posait sur les radars. Vous aviez envie de poser une question.

Sylvain MARTEL, 34 ans, enseignant

Bonsoir. Donc face à la répression routière et l'amplification des radars automatiques, je voulais savoir si en tant que candidat, vous seriez prêt à investir dans l'argent généré par ces radars et cette répression dans la formation et la prévention des jeunes ?

Nicolas SARKOZY

Bon là aussi il faut être clair, l'installation des radars, c'est moi qui l'ait eu, l'idée. Le président de la République nous avait fixé comme une obligation d'avoir des résultats en matière de sécurité routière, et la demande d'installation des radars, je l'assume. Regardez les résultats, 10 000 tués en moins, c'est 10 000 familles à qui on ne vient pas un matin glauque expliquer que le fils ou la fille est mort. Savez-vous que 50 % des tués sur la route n'ont commis qu'un seul crime, croiser un assassin de la route. Ils n'y sont pour rien, ils sont avec leur famille au volant de leur voiture, ils ne demandaient rien à personne, et ils croisent un dingue. Tout à l'heure monsieur parlait des libertés, je ne veux pas la liberté que vous puissiez vous faire du mal avec la cigarette, mais je ne veux pas la liberté que vous vous tuez en voiture, ou que vous tuez les autres. 100 000 blessés en moins pour la première fois dans un hôpital comme Garches, vous savez c'est l'hôpital qui répare les cassés de la route, pour la première fois, il y a des lits disponibles parce qu'il y a moins de blessés. Alors j'ai beaucoup de mes amis qui me disent, Nicolas lève le pied avec les radars, il y a les élections, je ne vois pas le rapport. Bien sûr que ça agace les radars, mais ça agace celui qui ne sait peut-être pas que ça lui a sauvé la vie. Et moi cet agacement il pèse peu de choses par rapport au progrès que cela représente. Alors là où vous avez tout à fait raison, c'est que ça a généré de mémoire entre 350 et 370 millions d'euros de recettes d'amendes. L'engagement qui avait été pris, c'est de tout consacrer à la sécurité routière. Je ne suis pas sûr que ça a été totalement tenu. Vous proposez qu'on forme les jeunes, moi je vous dis, je réponds oui, ça ou des aménagements de protection routière sur la route parce que franchement qu'on tue un jeune ou qu'on tue un quinquagénaire, dans mon genre, ce n'est pas bien. Donc tout ce qui sera investit dans la sécurité routière, c'est un progrès mais je retiens votre suggestion, pourquoi pas mettre le paquet sur la formation des jeunes.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors on a beaucoup écouté ce matin, les 100 Français et ils posaient leur question spontanément, on a juste écouté, nous ne sommes pas intervenus et nous nous sommes aperçus que ce qui revenait le plus évidemment dans les préoccupations c'était le chômage mais aussi le pouvoir d'achat. Et je voudrais qu'Andrée vous pose une question. Oui vous madame.

Andrée MORENA BEDROSSIAN, 75 ans, commerçante à la retraite

Monsieur SARKOZY, ma question est un peu bizarre. Je suis à la retraite, j'ai 790 euros par mois pour vivre, vous ne voulez pas partager votre vie avec moi pour voir comment ça se passe ?

Nicolas SARKOZY

Si c'est par affection, pourquoi pas on peut essayer.

Andrée MORENA BEDROSSIAN

Plus que par affection.

Nicolas SARKOZY

Encore que je suis pris, mais enfin bon.

Andrée MORENA BEDROSSIAN

Moi aussi.

Nicolas SARKOZY

Oui, mais vous, vous me faites une proposition, pas moi. Enfin pardon, ce n'est pas pour être désagréable mais présentant votre question comme vous l'avez présenté, j'ai cru que vous étiez libre, mais j'accepte le fait...

Andrée MORENA BEDROSSIAN

Mais je saurais me libérer pour vous.

Nicolas SARKOZY

Ecoutez vraiment, en tout cas je suis très touché. La question qu'il y a derrière, c'est est-ce qu'on peut vivre avec 790 euros ?

Andrée MORENA BEDROSSIAN

Voilà c'est exactement ça que je voulais dire.

Nicolas SARKOZY

Est-ce que sans être indiscret, je peux vous demander, c'est quoi, c'est une pension de reversions, c'est une retraite ?

Andrée MORENA BEDROSSIAN

C'est une retraite après 30 ans de travail.

Nicolas SARKOZY

Vous avez été commerçante.

Andrée MORENA BEDROSSIAN

Oui.

Nicolas SARKOZY

Ce n'est pas, je veux que vous compreniez bien, je vais essayer dans la mesure de mes connaissances de répondre le plus précisément à vos questions. Or si je vous pose ces questions, c'est pour savoir quel est le problème et essayer d'y répondre le mieux possible. Il y a trois millions de personnes qui sont dans votre situation, regardez, ce sont les retraités de l'agriculture, des commerçants, des artisans et on rajoute aux trois millions des femmes notamment les femmes qui ont les pensions de reversions. Qu'est-ce que ça veut dire ? Votre mari meurt, vous avez le droit à 54 % de la retraite de votre mari, vous ne pouvez pas vivre. Ce qu'on appelle minimum vieillesse, c'est aux alentours de 650 euros par mois, vous êtes juste au-dessus, on ne peut pas vivre avec ça. Si je suis président de la République, qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je propose ? La question de l'amélioration du pouvoir d'achat des petites retraites Patrick POIVRE D'ARVOR est centrale. Pour ça, il faut dégager des retraites, des recettes. D'un côté on a vous avec des toutes petites retraites, de l'autre, il y a ce qu'on appelle les retraites des régimes spéciaux, un million cent mille retraités pour 500 000 cotisants qui n'ont pas été réformés. C'est simple, en 93 Edouard BALLADUR fait passer à 40 ans de cotisations pour les salariés du privé, en 2003 François FILLON, au gouvernement de RAFFARIN fait passer à 40 ans pour les salariés du public. Il y a une catégorie de Français, je ne les stigmatise pas, mais je veux qu'on regarde les choses en face, et je veux dire la vérité dans cette campagne, qui est toujours à 37,5 années de cotisations, ce n'est pas normal. Je dis donc que ceux qui sont à 37,5 années de cotisations, on doit les porter à 40 ans, dégager des marges de manoeuvre et les trois millions de retraités qui ont à peine au dessus du minimum vieillesse, on doit les augmenter. Voilà ce que je propose et voilà ce que je ferais. Il y a des métiers, vous comprenez où on part à la retraite entre 55 et 58 ans. Je suis désolé, c'est pas la même chose de conduire, de piloter un TGV et de piloter une machine à vapeur comme on le faisait au début du siècle précédent. On doit s'adapter. Moi, c'est mon opinion, je ne dis pas que j'ai la vérité, mais ça s'appelle l'équité. Il n'y a pas de raison qu'il y ait des Français qui cotisent 40 ans et que d'autres cotisent 37,5 années. Ce ne veut pas dire que piloter un TGV c'est facile, ça ne veut pas dire que les gens des régimes spéciaux, je pense à la RATP, à la SNCF n'ont pas un boulot difficile, ils ont de lourdes responsabilités, mais en 2008, on doit reposer la question des retraites, si je suis élu président de la République, je ferais la réforme des régimes spéciaux et je poserais la question des petites retraites, plus d'argent pour les petites retraites, moins d'avantages pour les régimes spéciaux.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Toujours sur ce problème de pouvoir d'achat, je crois qu'il y avait une question de Nicole sur la précarité.

Nicole SEBAS, 38 ans, Agent en restauration aéroportuaire

Oui monsieur SARKOZY, par rapport à la précarité, que comptez-vous faire pour enrayer la pauvreté en France ?

Nicolas SARKOZY

Alors deux réponses. D'abord quand on est pauvre parce qu'on n'a pas de travail, c'est quelque chose que l'on connaît contre lequel il faut lutter. Mais il y a une nouveauté, qui est d'autant plus scandaleuse, c'est être pauvre alors qu'on travaille. Il y a deux catégories, voyez-vous. Les pauvres sans travail, il faut tout faire pour leur trouver non pas un travail mais une activité parce que tous nos compatriotes ne sont pas capables de reprendre un travail dans une entreprise tout de suite. Mais j'ai proposé qu'il n'y ait pas un seul minima social accordé à un pauvre sans travail sans qu'on lui demande en contrepartie une activité parce qu'avoir un droit sans donner quelque chose à la société, on perd jusqu'à l'estime de soi. Première élément, tout le monde peut exercer une activité. Deuxième élément, bien sûr qu'il faut indemniser le chômage, et sans doute qu'il faut l'indemniser plus, mais on ne peut pas accepter cette situation, on a des millions de nos compatriotes au chômage et 500 000 offres d'emploi non satisfaites. Bien sûr il y a des problèmes d'adéquation, de formation, mais je propose une autre chose, qu'on ne puisse pas refuser plus de deux offres d'emploi successives qui correspondent à vos formations, à vos capacités, parce que les indemnités sont payées par ceux qui travaillent. Troisième élément, il y a des gens qui travaillent dur, j'étais l'autre jour à Charleville Mézières, un ajusteur, 36 ans de maison, d'usine, 1 250 euros, ce n'est pas possible, à la fin du mois, il m'a dit, monsieur SARKOZY, il n'y a plus rien, à quoi ça sert de bosser ? Et je dis une dernière chose, il faut tout faire pour que le travail rapporte davantage que l'assistance. C'est-à-dire précisément que je demande, que celui qui est sans emploi et qui en reprend un garde pendant un certain temps ses allocations pour qu'il soit intéressé à travailler. Quel est le problème économique de la France ? C'est que le travail ne paie pas assez, qu'on a voulu partager le travail alors qu'il faut en créer davantage, qu'il faut récompenser le travail, qu'il faut valoriser le travail, et qu'on doit parce qu'on travaille pouvoir vivre dignement, s'acheter un logement, faire vivre sa famille, profiter de la vie avec l'argent que l'on gagne. Et la grande erreur de tout ça et notamment des 35 heures, c'est qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, à quoi ça sert les RTT, quand on n'a pas de quoi payer des vacances à ses gosses ou qu'on n'a pas de quoi partir en week-end avec sa femme, à quoi ça sert ? Donc les 35 heures comme minimum pourquoi pas, mais ce qui est étrange, c'est d'empêcher les gens qui veulent travailler plus de pouvoir le faire. D'ailleurs si vous me permettez un mot, je veux aussi que les retraités s'ils souhaitent avoir pour améliorer la retraite un travail à temps partiel, ils puissent le cumuler, mais c'est incroyable, admettez que vous soyez à la retraite à 60 ans, que vous êtes en pleine forme, aujourd'hui on vous interdit de travailler, eh bien un certain nombre de nos compatriotes qui pourraient vouloir prendre un boulot à temps partiel pour compléter la retraite, pourquoi les en empêcher ? La France ne travaille pas assez alors que les autres travaillent davantage. Il ne s'agit pas d'obliger les gens à travailler, il s'agit de laisser ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus, de pouvoir le faire.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Nicolas SARKOZY pour avoir des réponses...

Nicolas SEBAS

Quand même les 35 heures étaient faits pour l'embauche.

Nicolas SARKOZY

Alors ça c'est une vraie question d'ailleurs passionnante, je vais essayer de m'en expliquer très brièvement. Les 35 heures pour l'embauche, ça repose sur l'idée que le partage du travail doit être organisé. Mais alors dans ce cas là il faut aller au bout de cette idée, si le partage du travail c'est la solution, il n'y a qu'à mettre en pré-retraite tous les 50 ans et on aura tous les 20 ans qui auront un boulot. Or il se trouve que la France est de tous les pays d'Europe celui qui a le moins de quinquagénaires au travail et qui a le plus de jeunes au travail. C'est donc que le partage du temps de travail, ce n'est pas la solution. Et la politique économique que je propose, c'est de donner un emploi à chacun. J'étais en Angleterre la semaine dernière, 4,5 % de chômeurs. Ils sont au plein emploi, pourquoi ? Parce que quand vous donnez un boulot à chacun, tout n'est pas facile là bas, mais quand vous donnez un boulot à chacun, vous donnez du pouvoir d'achat. ce sont des gens qui peuvent consommer, qui peuvent emprunter et pour l'économie c'est davantage de carburants qui est dedans. Au fond dans cette campagne vous aurez à choisir vous les Français, entre ceux qui proposeront de travailler moins et ceux dont je suis qui proposeront de pouvoir gagner plus parce que le problème du pouvoir d'achat en France est considérable, les salaires sont trop bas, on ne peut pas vivre quand on travaille toute la journée avec 1 250 euros.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors puisque vous parlez de carburant, c'était au sens figuré j'imagine, il y avait une question d'Henry, une question très très claire justement sur la vie chère.

Bernard HENRY, 71 ans, magasinier à la retraite

Monsieur le Ministre, bonsoir. Comment se fait-il que le prix de l'essence à la pompe ne baisse pas, pourtant le baril depuis un an, un an et demi n'est plus qu'à 55 dollars et ce n'est jamais répercuté à la pompe ? Merci.

Nicolas SARKOZY

Si vous me permettez, je ne sais pas si c'est Bernard ou Henry votre prénom. C'est Henry, si vous me permettez, c'est répercuté quand ça monte, lorsque j'étais ministre des Finances, le Brent était à 42 dollars le baril, c'est monté jusqu'à 90, c'est redescendu. Quand ça monte un certain nombre de compagnies pétrolières répercutent les prix, ce qu'on peut comprendre, ce qu'on ne peut pas comprendre, c'est qu'ils ne les répercutent pas à la baisse.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Pas tout de suite, ils mettent du temps parfois.

Nicolas SARKOZY

Oui ils mettent le temps et notamment le temps d'écouler les stocks, c'est parfaitement anormal parce que ça pèse sur le pouvoir d'achat des Français. Une grande compagnie pétrolière française a fait jusqu'à un milliard d'euros de bénéfices chaque mois, on a un peu tendance à penser qu'ils l'ont fait sur notre dos, ce n'est pas acceptable.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Toujours dans le très concret, il y avait une question de Nicole sur les remboursements des frais dentaires, et des lunettes. Allez-y Nicole.

Nicole GOUIX, 65 ans, agricultrice à la retraite

Monsieur le Ministre bonsoir. Voici ma question. Je voudrais savoir, nous avions des acquis à la Sécurité sociale et de plus en plus les remboursements sont moindres. Je pense surtout aux lunettes qui sont indispensables à la vue, nous les mettons par besoin et non par coquetterie. Je pense aux prothèses dentaires, aux soins dentaires également, et ce sont des remboursements vraiment très médiocres. Alors voilà ma question, je voudrais une réponse, je vous en remercie.

Nicolas SARKOZY

Les remboursements pour les lunettes et les prothèses, les Français ont un remboursement qui ne doit pas être supérieur à 30 %, alors que le problème d'hygiène dentaire, c'est un problème de santé publique, on ne peut pas dire que c'est du confort, on ne peut pas se trimballer avec une dent qui manque, et pareil pour les lunettes, ce n'est pas une question de mode, c'est une question de nécessité. J'ai proposé qu'on porte les remboursements jusqu'à 50 %, mais je veux qu'à l'inverse, on pose le problème des fraudes, des médicaments de confort et des excès en tout genre. De ce point de vue d'ailleurs ce qui a été fait sur les génériques est excellent. Et puis je veux même si ce n'est pas populaire, poser la question de la responsabilisation des patients, c'est-à-dire de chacun d'entre nous.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Je crois qu'il y avait une question d'Annie sur les médicaments justement.

Annie RODERY, 42 ans, Ouvrière industrie textile

Oui monsieur SARKOZY, moi j'aimerais savoir si vous allez continuer dans la même lignée de ce qui a été fait par vos prédécesseurs, à savoir supprimer certains remboursements pour une catégorie de médicaments, et puis va t-on continuer à aller vers une médecine à deux vitesses ?

Nicolas SARKOZY

C'est deux questions différentes. Supprimer certaines catégories de médicaments, si les scientifiques et les médecins disent qu'ils ne servent à rien, je ne vois vraiment pas pourquoi je continuerais, si j'étais président de la République à prélever votre argent pour rembourser des médicaments qui ne servent à rien. Ou alors une même molécule qui coûte moins cher, ce serait vraiment une drôle d'idée. Deuxième question, y aura t-il une médecine à deux vitesses ? Ma réponse, c'est non. Chacun d'entre nous a le droit de se faire soigner dans les conditions d'un pays civilisé. Alors resteront deux problèmes quand même, le problème de l'hôpital, on ne pourra pas laisser ouvert tous les hôpitaux de France, il faudra faire un certain nombre de regroupements. Certainement mettre davantage de lits pour les personnes âgées dépendantes et moins de lits actifs, entre parenthèses, c'est 50 % des dépenses de l'assurance maladie. Et deuxièmement poser la question de la responsabilisation des patients que nous sommes et moi je suis, pour ma part pour une franchise très modeste mais qui permette d'intéresser le patient, je ne suis pas d'accord avec le 1 euro par boite de médicaments, de franchise, parce que ça pénalise celui qui est très malade. En revanche je considère qu'il ne serait pas anormal par exemple que les 5 ou 10 premiers euros en dépense de santé chaque année, eh bien soit à notre compte, serait une franchise, ça permettrait de conforter l'assurance maladie, parce que vous ne pouvez pas tous nous demander plus de dépenses et si possible moins de charges. Il faut qu'on soit honnête les uns avec les autres. Si vous voulez plus de remboursements, ça fait plus de cotisations, et comme les cotisations pèsent sur l'emploi, ça fait plus de chômeurs. Donc moi j'essaie d'être raisonnable et responsable, je veux la réforme de l'hôpital, je veux que les médicaments qui ne servent à rien ne soient plus remboursés, et puis je veux qu'on responsabilise le patient, parce que tout ne peut pas peser sur les seules épaules des médecins.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors on n'avait pas tout à fait terminé avec le dossier des retraites et ça revient beaucoup et si ça ne vous gène pas, je vais vous demander les uns et les autres de regrouper vos questions. Il y avait une question de Suzanne qui était très intéressante, une question de Guy et une question d'Arlette. Alors Suzanne, est-ce que vous pouvez poser votre question sur la retraite.

Suzanne DUQUESNE, 73 ans, aide soignante à la retraite

Bonsoir monsieur. Oui je pense que moi j'ai élevé mes quatre enfants, j'ai travaillé 7 ans, et maintenant j'ai 70 ans, je touche 200 euros par mois. Donc à 70 ans, comme vous l'avez dit tout à l'heure, je retravaille, je cotise, voilà à mon âge. Merci.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Une question de Guy sur un sujet semblable, donc sur la retraite.

Guy NASTORG, 68 ans, Médecin à la retraite

Oui, non simplement je faisais remarquer à juste raison me semble t-il, vous laissez entendre que celui qui veut travailler plus travaille plus, qu'il se fasse davantage. Mais j'observe qu'en ce qui concerne la retraite par exemple moi qui ai travaillé après 60 ans, j'ai regardé les statistiques, il n'y avait plus que 10 % des Français qui travaillaient au delà de 60 ans. Et donc entre 55 et 60 ans pratiquement tout est écrémé. Alors moi je me dis une chose, peut-on passer d'une situation actuelle où les gens prennent leur retraite pour 90 % à 60 ans, à une situation où on afficherait plus de 65 ans, parce que c'est toujours le cas, alors que concrètement on s'interroge sur, si on est capable sans faire des tas d'exceptions comme on sait bien le faire en France.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Et une dernière question d'Arlette, si ça ne vous gêne pas et après vous pourrez répondre.

Nicolas SARKOZY

Je vais prendre un papier.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Arlette, je crois que vous aviez une question aussi sur la retraite.

Arlette ROBIN, 65 ans, employée de bureau à la retraite

J'avais une question en ce qui concerne les retraités justement, le pouvoir d'achat baisse compte tenu de l'évolution du coût de la vie, de plus en plus de retraités se retrouvent en phase de précarité, et est-ce que vous envisagez quelque chose à ce sujet, compte tenu que certains retraités ont quand même travaillé pendant 40 ans, voire 45 ?

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors sur ces trois questions qui parfois se rejoignent, Nicolas SARKOZY ?

Nicolas SARKOZY

Arlette l'a dit, le pouvoir d'achat des retraités a baissé, c'est vrai, si on inclut la CSG et le RCDS. C'est parfaitement exact. Et c'est un problème considérable pour les petites retraites, j'en ai parlé il y a quelques instants. Deuxièmement pour moi la question n'est pas celle des 60 ans, la question c'est celle des 40 années de cotisations, pourquoi ? Parce que ça dépend de l'âge auquel on a commencé à travailler. Et c'était d'ailleurs toute l'intelligence de la réforme FILLON, quand on avait commencé à travailler avant 17 ans, il est normal qu'on ait ses 40 ans de cotisations, qu'on souhaite partir avant. Peut-on travailler plus ? Mais savez-vous que dans le budget de la France, on dépense chaque année 5 milliards d'euros pour financer des pré-retraites, mais qu'elle est la logique de tout cela ? On explique aux Français qu'on va devoir travailler plus longtemps parce qu'on va vivre plus longtemps, alors pourquoi payer des gens pour les empêcher de travailler alors qu'eux mêmes auraient bien voulu continuer à travailler. Si les autres monsieur, ont pu trouver l'économie du plein emploi, pourquoi on ne pourrait pas la trouver ? Je prends un exemple, je souhaite que toutes les familles puissent laisser leurs enfants au collège entre 16h00 et 18h00 pour qu'ils aient des études encadrées ou dirigées, et qu'on nous rende nos enfants avec les devoirs faits. Eh bien s'il y avait un jeune retraité de l'Education nationale qui souhaite encadrer ces études dirigées, ça fait du pouvoir d'achat pour lui, ça fait du carburant en plus dans l'économie française et ça rend service à un certain nombre de familles, maintenant que la quasi-totalité des femmes ont une vie professionnelle en plus qu'une vie familiale, c'est tout bénéfice. Pourquoi devrions-nous continuer avec 8,5 % de chômage ? Pourquoi les autres aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Australie, dans certaines démocraties du Nord de l'Europe arrivent à avoir le plein emploi et pourquoi nous ne l'aurions pas ? Tout à l'heure on nous disait, la première question, on veut de la liberté, moi je ne veux pas de la liberté que vous vous tuez, mais je veux que vous ayez la liberté de travailler si vous avez envie de travailler, ou si vous avez un projet pour votre famille, ou si vous avez besoin de gagner davantage. Je ne vois pas pourquoi on le refuserait. Rendez-vous compte 5 milliards d'euros pour financer les pré-retraites, et 17 milliards d'euros pour financer les 35 heures, c'est-à-dire 22 milliards d'euros simplement pour empêcher les gens de travailler plus et avec ça on a 1 200 milliards de dettes mais tous les pays dans le monde mettent tous leurs crédits pour que les gens puissent travailler plus. Pour moi, c'est clair, je veux valoriser le travail parce que le travail c'est le plein emploi, c'est la fin du chômage, parce que le travail c'est l'émancipation et le chômage, c'est l'aliénation. Je crois que c'est possible, ce n'est pas quelque chose que j'invente, d'autres l'ont fait, pourquoi nous, on devrait être condamné à cela ? D'ailleurs posez-vous une dernière question, comment se fait-il que depuis des années qu'on a les 35 heures, pas un seul pays au monde ne nous a imité ? Alors soit on est des génies, soit ce n'est pas sûr qu'on ait raison.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors il y avait le travail, il y avait le logement aussi beaucoup, il y a un e question de Catherine sur les logements vacants que vous vouliez poser.

Catherine BENTO, 44 ans, Surveillante infirmière

Bonsoir Monsieur le Ministre, j'aimerais savoir, on a des problèmes de logement pour les sans abri, il y a plein de logements de libre actuellement sur Paris, pourquoi vous ne les réquisitionnez pas ?

Nicolas SARKOZY

Je vais prendre mes responsabilités là aussi, je suis contre la réquisition pour une raison assez simple, c'est que la réquisition, ça conduira à ce que les propriétaires ne loueront plus leurs appartements. Pourquoi ? Parce que mettez-vous à la place de celui qui a travaillé dur pour acheter son appartement, il en fait ce qu'il veut, il y habite, il le garde en attendant de loger son fils ou sa fille ou il le prête à qui il veut, ou il le loue. Quel est le problème du logement en France madame ? Si vous regardez l'Angleterre 75 % des Anglais sont propriétaires, si vous regardez la France 50 % sont propriétaires. Si je suis président de la République, je veux une France où chacun puisse réaliser son rêve de devenir propriétaire. Comment on peut faire ? D'abord je veux la déduction des intérêts qu'on paie, des intérêts d'emprunts que l'on paie. Les classes moyennes, il y a 40 ans en France étaient toutes propriétaires de leur logement, les mêmes aujourd'hui classes moyennes, aucun ne peut être propriétaire de son logement, pourquoi ? Parce qu'il y a 40 ans, on empruntait à 18 % et il y avait une inflation à 24, le différentiel en vérité, je ne fais pas l'apologie de l'inflation, mais c'est l'inflation qui remboursait. Aujourd'hui vous empruntez à 5,5 avec l'assurance, vous avez une inflation à 2, vous payez plus que l'inflation, si en plus on doit payer des impôts sur les intérêts d'emprunts, plus personne ne peut être propriétaire. A cela s'ajoute, le coût du foncier, donc je demande ça. Je demande autre chose, qu'on arrête en France de prêter de l'argent à celui qui n'en a pas besoin. Ce système qui consiste à demander une caution. Quand on achète son appartement, je veux qu'il y ait un crédit hypothécaire, que le banquier prenne sa garantie sur l'appartement, il n'a pas besoin de demander une caution en plus. S'agissant des sans domicile fixe...

Patrick POIVRE D'ARVOR

Il ne peut pas y avoir un service national à la caution qui aide justement ces gens en difficulté ?

Nicolas SARKOZY

Je souhaite que l'Etat se porte caution pour que celui qui n'a pas de relation et qui a un CDD, puisse malgré tout emprunter, par parenthèse, je suis scandalisé par la visite médicale avant qu'on fasse un emprunt, parce qu'on vous passe sous toutes les coutures, tant mieux, ça fait de la prévention, mais si vous êtes malade, soit on ne vous prête pas, soit ça vous coûte plus cher. C'est inadmissible, ce n'est pas parce qu'on est malade qu'on a moins besoin de se loger, et de loger sa famille, on devrait plutôt vous aider, ça, c'est la vraie solidarité. Et alors s'agissant des sans domicile fixe, je suis pour des centres d'hébergement de petite taille, qui gardent les gens plus qu'une nuit, deux nuits ou une semaine pour les réinsérer, mais je pose la question des sans papier, je ne veux pas que nos centres d'hébergement soient occupés pour la moitié comme c'est le cas aujourd'hui par des sans papiers. Les sans papiers sont des personnes comme les autres, qu'on doit aider, mais si on n'a pas de papier, on n'a pas vocation à rester en France.

Patrick Poivre d'Arvor
Pour toujours être concret, Damien, à chaque fois n'hésitez pas à parler, de votre exemple et votre expérience personnelle.

Damien JOLY, 25 ans, Dijon (21) responsable d'agence bancaire, célibataire pas d'enfant

Bonjour, Damien, 25 ans, donc vous avez répondu en partie à ma question, puisque je vous demandais au vu de l'inflation en fait, de l'immobilier à l'heure actuelle, beaucoup de jeunes couples dans ma situation ont de plus en plus de mal à, je dirais, à acquérir un bien immobilier surtout en ville. Et qu'est-ce que vous comptiez faire, vous avez parlé de " crédit aidé ", est-ce qu'il y aura des spécificités particulières et des critères autres que ceux qui existent déjà à l'heure
actuelle ?

Nicolas SARKOZY

Oui, alors très rapidement pour compléter ma réponse, pour un jeune couple comme le vôtre, d'abord la déduction si vous payez des impôts des intérêts d'emprunts. Deuxièmement, si le banquier, vous demande une caution, je souhaite que ça soit l'Etat qui se porte caution pour vous. Troisièmement, le crédit hypothécaire, c'est-à-dire que le banquier se remboursera sur votre appartement, mais une fois que vous aurez remboursé la moitié de votre appartement, je souhaite que vous puissiez utiliser ce crédit possible pour emprunter autre chose. Pourquoi je vous propose ça ? Parce que le problème de la France, c'est que l'Etat est trop endetté et les Français pas assez. Il faut arrêter de complexer les gens avec l'emprunt. Une société qui croit en l'avenir, c'est des jeunes qui achètent un appartement, c'est des entrepreneurs qui achètent de nouvelles machines. C'est soi-même qui change sa cuisine, on fait des projets, et moi, je veux que de nouveaux la France soit un pays jeune, libre où on veule innover, créer, entreprendre, où il y ait de la vie. Or nous avons 30 % d'emprunts de moins que dans les autres pays, pourquoi ? Parce qu'on a peur de l'avenir. Et moi, je veux refaire de l'avenir refaire une promesse, alors que l'avenir est aujourd'hui une menace, l'Etat est trop endetté, et doit réduire ses dépenses, mais les ménages doivent prendre le relais de l'Etat, s'endetter pour investir, pour acheter un appartement. Parce que quand on commence dans la vie, bien sûr qu'on rêve d'être propriétaire, et pourquoi le rêve de la propriété, ne serait-il réservé qu'à ceux qui ont des gros salaires ? Parce quand on est propriétaire, on n'est plus en situation de précarité, on a quelque chose dans ses mains, et puis on regarde son quartier et son immeuble d'une façon différente, on le respecte. Moi, dans mes projets, il y a le travail et puis il y a la propriété. Je veux que chacun d'entre vous, par son travail, puisse devenir propriétaire. Encore une fois, c'est possible chez les autres, pourquoi ça ne le serait pas chez nous. Il y a 40 ans, nos parents étaient propriétaires, il n'y a aucune raison que les classes moyennes soient déclassées à ce point-là et vous voyez à ce moment-là, dessiner les contours d'une société, où le travail est récompensé, où la promotion sociale existe, où on ne doit rien d'autre qu'à ses propres efforts, où il y a de la solidarité, mais on aide celui qui veut s'en sortir. Parce qu'aider quelqu'un qui ne veut pas s'en sortir, on ne peut pas le faire. Et où les Français qui sont généreux, auraient la certitude que l'argent qu'on met dans la solidarité, on ne le met pas dans la fraude ou dans la démission.

Patrick Poivre d'Arvor

Nicolas SARKOZY, vous parliez de quartier, vous parliez de vie, il y avait une question posée, oui, oui, allez-y, allez-y.

Guillaume COQUET, 21 ans, Paris 20ème (75), étudiant en communication, célibataire pas d'enfant

Oui, bonsoir monsieur SARKOZY.

Nicolas SARKOZY

Bonsoir.

Guillaume COQUET

Je viens de vous entendre parler de location enfin d'accession à la propriété et au logement, mais je me demande déjà est-ce qu'il ne faut pas répondre à certains critères ? Etre blanc, avoir les yeux bleus, hétérosexuel, sans handicap, sans SIDA, sans cancer pour pouvoir accéder à un logement ?

Nicolas SARKOZY

Ma réponse est très claire, je combattrais avec la plus grande fermeté, toutes formes de discrimination. Alors prenons les unes après les autres, la discrimination...

Guillaume COQUET

Je m'intéresse surtout à la discrimination sur l'orientation sexuelle, ne faisant pas partie de la majorité ?

Nicolas SARKOZY

J'ai compris, sans être indiscret, j'ai compris parce que...

Guillaume COQUET

Ca se voit, me dit ma camarade.

Nicolas SARKOZY

Non, je l'ai compris par l'émotion avec laquelle vous parliez de ça, je l'ai compris que c'était du vécu.

Guillaume COQUET

Je parlais avec autant d'émotion du racisme monsieur et de l'handicap.

Nicolas SARKOZY

J'ai compris que c'était du vécu. J'ai compris que c'était du vécu. Il y a aujourd'hui des discriminations en France. Quand on a un nom pas comme les autres, quand on a une couleur pas comme les autres ou quand on a une pratique sexuelle minoritaire ou vécue comme telle, quand on a un handicap. Cette discrimination, j'en suis tellement conscient que j'ai été le premier à défendre l'idée de la discrimination positive, pour compenser la discrimination négative. Pourquoi monsieur ? Parce que je pense que sur la ligne de départ de la vie, on ne part pas tous du même point, il y en a qui partent de plus loin. Et qui n'y sont pour rien et ceux qui partent de plus loin, on doit les aider, alors les propriétaires ou les employeurs qui seraient responsables de discriminations sur le plan sexuel, sur le plan raciste, sur tous les plans tels qu'ils soient...

Guillaume COQUET

J'ai une question sur ce point...comment pouvez-vous contrôler cela monsieur ?

Nicolas SARKOZY

Je souhaite qu'ils soient condamnés...

Patrick Poivre d'Arvor

Est-ce que l'Etat peut tout contrôler ?

Nicolas SARKOZY

C'est parfaitement simple la Haute Autorité....

Guillaume COQUET

Je disais que dans votre politique vous essayez de tout contrôler, vous y arrivez fort bien d'ailleurs mais pas à 100 %. Je ne peux pas le croire.

Nicolas SARKOZY

Je vais essayer de vous le démontrer.

Guillaume COQUET

Sans se trouver dans un état de " big brother " vous savez ce film on voyait des caméras partout avec un chef suprême que vous aurez peut-être demain, je ne l'espère pas. Je n'espère pas me retrouver dans un Etat comme celui-ci. Mais toutefois que l'on respecte mes droits. En tant que noir, qu'handicapé, qu'homosexuel, que lesbienne, que chrétien, que musulman, que bouddhiste... que ce que vous voulez.

Nicolas SARKOZY

Vous avez tout à fait raison de ne pas vouloir l'Etat de " big brother " parce que je ne le veux pas non plus. Alors on peut lutter contre la discrimination ? Parce qu'on est là pour essayer de se comprendre et de répondre à vos questions, pas de faire des monologues, donc je vais essayer de répondre précisément à votre question.

Guillaume COQUET

Très bien.

Nicolas SARKOZY

Nous sommes dans un Etat de droits, il y a une Haute Autorité contre les Discriminations, que celui qui est victime d'une discrimination, porte cette injustice devant les tribunaux, que les tribunaux condamnent sévèrement et personne n'aura envie de recommencer. Pourquoi pendant tant d'années...

Guillaume COQUET

Excusez-moi, vous ce soir, vous me garantissez, l'équité de cette haute autorité envers chacune des discriminations que je viens d'énoncer ?

Nicolas SARKOZY

Je vous la garantis de la façon la plus formelle et je vous dis une chose, pour des raisons qui m'appartiennent, ce thème de la discrimination est un thème qui me tient particulièrement à coeur. Je n'aime pas l'injustice monsieur, je n'aime pas l'injustice et je ne laisserais le monopole du combat de l'injustice à personne. Je sais mes responsabilités, je les connais très bien, ça fait cinq ans que j'assume des responsabilités très lourdes, l'injustice faite aux noirs, aux homosexuels, l'injustice de l'antisémitisme, du racisme est inacceptable. Il y a un moyen dans un Etat de droits, c'est de permettre à la justice de sanctionner. Mais je vais vous dire aussi autre chose, pour être très honnête avec vous, je veux défendre les minorités, parce qu'elles ont des droits, mais je ne veux pas que ça conduise à accabler la majorité de s'excuser de ne pas être elle-même la minorité.

Guillaume COQUET

Je suis tout à fait d'accord monsieur.

Nicolas SARKOZY

Dans un Etat de droits, dans un Etat de droits, chacun se respecte, on doit respecter la minorité, parce que la minorité a le droit de défendre bien sûr, son identité, mais la minorité doit aussi accepter que la majorité vit autrement et qu'elle n'a pas à s'en excuser.

Guillaume COQUET

Je passe la parole à une camarade qui voulait parler.

Patrick Poivre d'Arvor

Oui et puis il y avait une question toujours sur le problème homosexuel...

Frédérick CARLES FONT, 31 ans, Paris 10ème (75), sans emploi, vie maritalement pas d'enfant

Oui, s'il vous plait, oui. Je voudrais votre réponse vraiment très contradictoire monsieur SARKOZY. Comme vous le savez la plupart de nos voisins européens ont d'ores et déjà ouvert l'institution du mariage au couple homosexuel ou s'apprêtent à le faire. La plupart des partis politiques français et des autres candidats à l'élection se sont prononcés pour, pour soutenir cette mesure et ont promis d'aller dans ce sens en cas de victoire. Je pense notamment à madame ROYAL. Et vous, paradoxalement, qui aspirez à devenir le président de tous les Français, soi-disant, vous persistez à vous opposer à cette mesure et à donc à vouloir perpétuer une législation totalement archaïque, rétrograde et ouvertement et franchement discriminatoire, qui va exclure, qui exclut déjà d'ailleurs, mais vous allez perpétuer cela, des millions de citoyens français. Moi, je suis homosexuel, merci, je travaille, je paie des impôts, je fais partie de la France qui se lève tôt, je vote, je consomme, certains d'entre nous créaient des entreprises et pourtant vous êtes en faveur d'une législation ouvertement homophobe, je suis traité comme un sous-citoyen, comme un français de seconde zone, je trouve ça indigne d'un pays comme la France. Vous admirez tant Tony BLAIR, j'espère que vous allez vous inspirer de lui et que vous allez ne prendre de la graine. D'où ma question : Pourquoi est-ce que vous continuez si obstinément à vous opposer au mariage et au droit d'adoption par les couples du même sexe ?

Nicolas SARKOZY

Bon, je vais essayer de vous répondre, en vous disant une chose, j'ai le droit d'avoir mes convictions et d'être respecté. Je n'accepte pas... mais bien sûr....Je n'accepte pas qu'on me dise que je suis homophobe parce que je refuse l'adoption par des couples homosexuels. Chacun a le droit d'avoir son opinion, la vôtre est éminemment respectable, vous avez fait témoignage de la situation qui est la vôtre. C'est votre droit le plus absolu, c'est mon droit aussi de considérer que le mariage, c'est l'institution familiale qui permet d'avoir des enfants. Attendez, je veux vous répondre...

Frédérick CARLES FONT

C'est archi-faux, il y a pleins de couples mariés qui n'ont pas d'enfant, qui n'ont pas l'intention d'en avoir.

Guillaume COQUET

Le mariage permet au mari, monsieur d'avoir de grandes facilités au niveau de la législation.

Nicolas SARKOZY

Monsieur, vous ne faites pas avancer votre cause, en ne me laissant pas défendre l'idée que peuvent partager...

Frédérick CARLES FONT

Premier départ.

Nicolas SARKOZY

Non, parce que monsieur, je ne suis pas venu ici, simplement pour être de l'avis de celui qui crie le plus fort. Je suis venu ici pour rencontrer des compatriotes, leur expliquer pourquoi je défends une certaine politique. Alors venons-en à la question de l'amour homosexuel. Premièrement, je suis le ministre des Finances qui a garanti par le PACS l'égalité fiscale entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels. Deuxièmement sur l'amour homosexuel, cet amour s'inscrit dans la durée et cet amour, comme tous les amours, ce qu'est la différence entre l'amour et le désir, doit avoir une existence sociale. Quelle est la caractéristique, pardon mais je vais prendre deux minutes, parce que c'est un sujet qui me tient très à coeur. Quelle est la différence entre l'amour et le désir, l'amour s'inscrit dans la durée et veut s'exprimer. Je t'aime, tu m'aime, on veut que tout le monde le sache. J'ajoute que l'homosexualité, comme l'hétérosexualité, c'est une part d'identité, je n'ai pas fait le choix de l'hétérosexualité, je suis né hétérosexuel, vous faites le choix de révéler votre homosexualité, mais je ne pense pas que vous l'ayez décidé, enfin pardon, j'essaie d'être...parce que ce sont des sujets très intimes et très personnels, mais allons jusqu'au bout des choses. En réfléchissant à cette question difficile, je me suis dit : comment peut-on garantir aux homosexuels la réalité d'un amour qui s'exprime socialement. J'ai donc proposé, ce qu'est la première fois qu'un homme politique de droite ose cela, un contrat d'union civile, avec une cérémonie monsieur en mairie, ce qui est quand même autre chose que le PACS au greffe sinistre du Tribunal d'Instance, puisque comme vous le savez, peut-être êtes-vous pacsé, le PACS est un papier qu'on signe pas du tout en mairie, au greffe du Tribunal d'Instance. Donc j'ai fait une avancée me semble-t-il qui devrait m'éviter d'être traité d'homophobe, mais enfin je mets ça aussi sur le compte de l'émotion, que les homosexuels...

Frédérick CARLES FONT

Non, non.

Nicolas SARKOZY

Vous auriez dû dire oui, c'était une circonstance atténuante. C'est une plaisanterie entre nous, bon ! J'ai proposé une cérémonie en mairie, un contrat d'union civile, les mêmes droits fiscaux, les mêmes droits successoraux, les mêmes droits matrimoniaux que les couples hétérosexuels.

Frédérick CARLES FONT

Pourquoi pas le mariage alors ?

Nicolas SARKOZY

Je vais vous le dire tout simplement, je vais vous le dire tout simplement, parce que et c'est ma conviction profonde, je pense qu'une famille protégée par le contrat de famille, c'est la question de l'adoption des enfants. Si on accorde le mariage, si on dit le mariage hétérosexuel et le mariage homosexuel c'est le même, cela veut dire qu'on s'apprête à reconnaître la possibilité pour les couples homosexuels d'adopter des enfants et on donne alors à la société une image de la famille qui n'est pas celle que je souhaite que l'on donne, voilà, je ne prétends pas que j'ai raison, ce sont des convictions très profondes que j'ai en moi, vous en avez d'autres, je les respecte, je ne vous accuse pas de ne pas aimer les hétérosexuels parce que vous défendez cette position. Je vous serais reconnaissant de considérer que je ne suis pas homophobe.

Patrick Poivre d'Arvor

Alors justement, s'il vous plait, on avait convenu de laisser parler tout le monde, donc si c'est possible il y a 100 personnes qui doivent parler...

Guillaume COQUET

Je veux juste que monsieur SARKOZY se renseigne des statistiques qui existent aux Etats-Unis...

Patrick Poivre d'Arvor

Il me semble que vous avez tous les deux eu...

Guillaume COQUET

Je voudrais juste que vous demandiez à vos conseillers de vous les fournir, des statistiques qui existent aux Etats-Unis sur homoparentalité.

Patrick Poivre d'Arvor

Oui, mais après s'il vous plait que les autres puissent s'exprimer et puis sur d'autres sujets aussi.

Nicolas SARKOZY

Non, mais d'abord, je voudrais qu'on puisse parler de ces questions-là, qui sont importantes, mais enfin le chômage c'est important, il y a d'autres choses qui sont importantes, en se respectant. Voilà alors je me renseignerais puisque si gentiment vous me le demandez, mais j'ai quelques connaissances aussi et pour être très honnête avec vous, j'ai beaucoup hésité, sur cette question-là. Pourquoi j'ai hésité monsieur ? Aussi étonnant que cela puisse vous paraître, j'ai hésité parce que je sais qu'il existe un certain nombre de dizaines, peut-être de centaines de milliers de couples homosexuels qui sont déjà avec des enfants qu'ils ont adoptés. Mais vous conviendrez que c'est une chose, d'avoir une réalité factuelle qui est celle qu'elle est. Et s'en est une autre pour la société de dire que la famille c'est deux papas ou deux mamans ou un papa et une maman. L'amour homosexuel est aussi sincère que l'amour hétérosexuel et il n'y en a pas un qui est plus important que l'autre, naturellement. Mais la famille, c'est fait pour protéger et pour élever des enfants et si je suis élu président de la République, je veux que les choses soient très claires de ce côté-là, c'est cette idée de la famille que je défendrais en reconnaissant aux homosexuels de notre pays, les mêmes droits fiscaux, sociaux et patrimoniaux. D'ailleurs vous savez parfaitement bien, qu'il y a beaucoup d'homosexuels qui ne réclament pas le mariage et qui ne réclament pas l'adoption. C'est moins simple que vous semblez le présenter.

Frédérick CARLES FONT

Réclamez-moi, le choix monsieur.

Patrick Poivre d'Arvor

Alors on parle derrière monsieur, parce que là je crois que vous avez vraiment pu vous exprimer. Madame qui est là, cinq enfants, Agnès, n'est-ce pas ?

Agnès GOUESSE, 37 ans, Boulogne Billancourt (92), femme au foyer, mariée, 5 enfants

Bonsoir monsieur le ministre.

Nicolas SARKOZY

Bonsoir.

Agnès GOUESSE

Alors effectivement, je suis mère au foyer, j'ai cinq filles dont mon aînée fête son dixième anniversaire ce soir, mais j'ai tenu à être parmi vous, pour pouvoir discuter avec vous en tant que bonne citoyenne et pouvoir juger par moi-même. Donc ma question était telle, après avoir écouté ce dont nous avons débattu, notamment en dernier lieu, j'ai l'impression de faire partie de l'irréductible " gauloise " entre guillemets. J'aimerais savoir quelle est votre politique familiale notamment la position actuelle des mères au foyer ? Et aussi en ce qui me concerne un peu plus personnellement des familles nombreuses, merci monsieur ?

Nicolas SARKOZY

Alors là aussi, je vais essayer de répondre le plus précisément possible. D'abord sur la politique familiale félicitation d'avoir cinq ans. Mais j'en ai un peu assez d'une politique familiale qui porte ses fruits d'ailleurs, mais qui commence à aider vraiment à partir de trois enfants, la famille entre guillemets " idéale " sur le plan de la démographie nationale, je souhaite qu'on commence à aider les familles dès le premier enfant. Parce qu'avant d'en avoir trois, il faut en avoir un, puis deux, mais le choc d'en avoir le premier, il faut changer de logement, parfois ça pose des problèmes de voiture. Premier élément pour ma politique familiale je souhaite qu'on aide les familles dès le premier enfant.

Patrick Poivre d'Arvor

Donc allocation familiale dès le premier ?

Nicolas SARKOZY

Dès le premier enfant. Deuxième élément, je veux qu'on arrête de complexer les femmes qui librement ont fait le choix qu'est le vôtre. Parce que vous savez, j'imagine que cinq ans, dont l'aînée a 10 ans, disiez-vous ? Vos journées sont bien remplies.

Agnès GOUESSE

Je suis bien aidée par mon époux, quand il rentre le soir.

Patrick Poivre d'Arvor

Il est militaire.

Nicolas SARKOZY

C'est un beau cadeau d'anniversaire que de reconnaître ça et de dire ça. Mais je veux dire que la femme doit avoir la liberté de choisir de travailler ou de ne pas travailler. Et celles qui ont pris la décision d'élever leurs enfants à plein temps doivent être respectées. Parce qu'elles ne consomment pas de service public, comme les crèches, parce qu'elles n'ont aucune protection sociale et parce qu'elles font un pari de confiance sur la solidité de leur famille considérable. C'est un choix respectable et je demande que les femmes qui font ce choix, ce qu'elles ont fait pour élever leurs enfants soient reconnus dans le calcul de la retraite. Enfin troisième proposition que je veux faire, je veux que vous, vous projetiez dans l'avenir, une fois que vos enfants sont devenus plus grands et qu'ils ont moins besoin de vous. Je souhaite que les femmes dans votre situation, on puisse leur reconnaître un droit à la formation professionnelle. Parce qu'à un moment donné vos enfants, enfin moi, j'ai deux grands enfants, c'est le plus petit qui a 9 ans, mais ils partiront et peut-être qu'à ce moment-là, vous vous direz, écoutez, moi, je veux aussi participer à la vie professionnelle. Et je veux pour les femmes dans votre situation la reconnaissance de ce que vous avez fait pour votre famille et pour la nation en vous donnant un droit à la formation, y compris à 50 ans, à 55 ans, pour apprendre un métier, pour vous réinsérer dans la vie active et pas vous dire, j'ai tout donné et qu'est-ce qu'on m'a rendu ? Rien et vous, vous ne demandez rien, parce que vous ne faites la queue à aucun service public. C'est une façon aussi pour moi de dire, tous les choix sont légitimes, respectons celui que vous avez fait.

Patrick Poivre d'Arvor

Alors on a beaucoup parlé d'emploi, ce matin, c'était une préoccupation qui revenait évidemment beaucoup dans les conversations. Je voudrais qu'on amorce peut-être ce dossier, avec Christiane, ce que disait Christiane sur les rues commerçantes qui deviennent triste, parce qu'il y a trop de grandes surfaces. Allez-y !

Christiane CHAPPET, 62 ans, Bry-sur-Marne (94) secrétaire de direction à la retraite, mariée, 3 enfants

Bonsoir monsieur SARKOZY. Effectivement il y a dans les communes, nous sommes assez nombreux à s'inquiéter sur des commerces qui se mettent à fermer. D'un seul coup on se dit, qu'est-ce que ça va être et puis on est pressé et puis on est très, très déçu parce que petit à petit, c'est tout remplacé par des agences immobilières et des banques, alors ça perd disons de l'intérêt de la rue commerçante et les maires interrogés lors des réunions, disent qu'ils n'ont pas beaucoup pour un peu équilibrer ? Et d'un autre côté les grandes surfaces, il y a longtemps qu'on dit qu'il y en a beaucoup et finalement ça continue et il n'y a pas d'équilibre. Et les personnes qui n'ont pas de voiture ou qui sont âgées ne peuvent pas se rendre aux grandes surfaces. Donc il y a quand même un problème d'équilibre.

Nicolas SARKOZY

Regardez, c'est ce dont on parlait tout à l'heure, on a plusieurs millions de chômeurs...

Intervenant

Excusez-moi ! Est-ce que je peux rebondir sur cette question ?

Patrick Poivre d'Arvor

Oui, allez-y ! Allez-y !

Nicolas SARKOZY

Bien sûr, bien sûr !

Intervenant

Justement moi aussi j'habite Dourdan où le commerce de centre ville est particulièrement actif, mais est mis en difficulté par le développement des grandes surfaces. Mais moi, j'aimerais connaître la mesure que vous souhaitez proposer pour limiter les grandes surfaces et ne pas décourager l'installation des commerçants en centre ville ? Et accessoirement, je voudrais savoir si vous êtes pour ou contre l'ouverture des magasins le dimanche en sachant que cette question est principalement soutenue par la grande distribution ?

Nicolas SARKOZY

Merci.

Patrick Poivre d'Arvor

Vous avez deux questions, mais...

Nicolas SARKOZY

Et naturellement il faut répondre brièvement et le plus précisément possible. Regardez des millions de chômeurs, chaque fois qu'un boucher ferme, il dit : je ferme parce que je n'ai trouvé personne pour prendre la suite. Chaque fois qu'un plombier ferme, j'ai personne, un boulanger, pareil. Je veux là aussi que les choses soient claires, il faut réhabiliter le travail, pas simplement le travail qu'on dit intellectuel, parce qu'il y a aussi du travail intellectuel, chez le boulanger, chez le boucher, disons le travail manuel. L'intelligence de la main, c'est incroyable ! Qu'on puisse dire, il y a tant de chômeurs et en même temps il y a tant de boulot qui se perde. Ma proposition qu'on ne puisse pas refuser deux offres d'emploi successives ça devrait compter, ce n'est pas normal. Deuxième élément pourquoi c'est une banque ou une compagnie d'assurances ? Parce que mettez-vous dans la situation du petit commerçant, il a travaillé toute sa vie, sa retraite elle est grande comme ça, et sa retraite il la joue au moment où il vend le fonds de commerce. Donc il va le vendre au plus offrant. Et on ne peut pas, nous à sa place, on ferait la même chose. Et donc la banque va proposer plus cher que le successeur pour la boucherie ou pour la boulangerie. Je propose que pour ces commerces dit de bouches, qui disparaîssent, quand ils vendent les droits de mutation soient supprimés lorsqu'ils vendent à un commerce de la même catégorie.

Patrick Poivre d'Arvor

Sur l'ouverture des magasins le dimanche ?

Nicolas SARKOZY

Non, mais je voudrais juste, j'y viens, m'expliquez là-dessus. Parce que si la banque met plus cher pour acheter le fonds de commerce, si on ne paie pas les droits de mutation, si on vend à un collègue boucher ou un collègue boulanger, on rééquilibre les choses et vous retrouverez vos petits commerces. Sur l'ouverture du dimanche, moi, je suis pour la liberté et dans le fond si des gens veulent travailler le dimanche ou aller faire leurs courses le dimanche où on peut les faire en famille, pourquoi le leur interdire. Alors vous me dites, oui, mais il n'y a que les grandes surfaces qui le demandent. Regardez ce qu'on fait les Espagnols, c'est assez intéressant et ça ne marche pas trop mal, ils ont testé la libéralisation de l'ouverture du dimanche pour les seuls petits commerces. C'est-à-dire pour ceux, je crois, de mémoire, qui font moins de 150 ou de 200 mètres de surfaces de vente. Mais je voudrais surtout qu'on ne passe pas du tout ou rien, aujourd'hui c'est interdit. Demain on me dit, il faut que ça soit ouvert et si...

Intervenant

C'est autorisé dans certaines zones.

Nicolas SARKOZY

Oui, mais regardez comme c'est absurde, il y a un trottoir des Champs-Elysées qui est autorisé et le trottoir en face qui est fermé. Qui peut comprendre un truc pareil, est-ce que vous croyez vraiment que c'est raisonnable ? Je voudrais que région par région, on ait la liberté de faire les choses. Mais est-ce que vous, vous êtes intéressé d'aller dans un grand magasin, justement sur les Champs-Elysées ? Je ne citerais pas son nom. La totalité des vendeurs et des vendeuses sont des jeunes et j'ai demandé à l'une d'entre elles ça vous embête de travailler le dimanche ? Elle me dit : " ça ne va pas monsieur SARKOZY. " J'ai dit " qu'est-ce qui ne va pas ? ", elle me dit : " le dimanche ce n'est pas plus long que le lundi. Mais c'est payé le double. Don moi, ça m'intéresse de le faire. " Et je ne vois pas pourquoi on les empêcherait.

Intervenant

Oui, mais vous parlez toujours d'un grand groupe, vous ne parlez pas d'un petit commerçant.

Nicolas SARKOZY

Mais je viens de vous en parler en vous proposant de nous inspirer de la règle espagnole qui me semble assez intéressante, pour voir si c'est possible. Mais ce que je ne voudrais pas monsieur, c'est qu'on passe d'un système d'interdiction à un système d'obligation. Moi, je suis pour une société de liberté où on puisse choisir de gagner plus si on veut travailler plus. Qu'on puisse partir à la retraite plus tard, qu'on puisse choisir l'école de ses enfants et puis on puisse choisir de faire des courses le dimanche si on en a envie. Alors sur les grandes surfaces, enfin écoutez, on est entre compatriote, qui a fait le succès des grandes surfaces ? Si ce n'est nous. Pourquoi ? Il faut quand même, qu'on regarde la vie des gens telle qu'elle est, vous ne pouvez pas dire c'est formidable, la quasi-totalité des femmes ont une activité professionnelle et leur demander dans le même temps d'avoir le temps de faire tous les petits commerces de la rue, comme si elles ne travaillaient pas. Non, mais attendez, c'est quand même quelque chose, on doit nous-mêmes les Français, être cohérents avec nous-mêmes. Personne vous oblige à aller faire vos courses dans la grande surface, si vous allez les faire, c'est parce qu'imaginez ce que c'est que la vie d'une femme d'aujourd'hui, sa vie de femme, de couple, sa vie de mère, sa vie professionnelle et en plus elle devrait partir avec son caddie quand elle rentre crever après une heure de transports en commun, avant de faire faire les devoirs aux enfants, pour aller faire les courses comme à l'époque, où les femmes travaillaient moins. Donc l'ennemi, je sais que ça se fait bien, on vient à la télévision, on dit l'ennemi c'est les grandes surfaces qui y va ? Qui fait le succès ? On doit pouvoir vivre avec des commerçants en centre ville et à Dourdan, le maire menait une action pour dynamiser le centre, mais de là à dire qu'il faut fermer en limitant les installations de grandes surfaces, d'ailleurs ont fait leur fortune parce qu'on augmente la valeur de leur commerce et on les prive de concurrent, ce qui a conduit à une augmentation des prix que je n'ai pas accepté, parce que je pense que les prix avec les marges arrières, ont trop augmenté dans notre pays.

Patrick Poivre d'Arvor

Toujours sur l'emploi, il y avait une question de Daniel, je crois, plus précisément de la femme du médecin de Daniel.

Danielle LEFEBVRE, 42 ans, Paris 18ème (75), sans emploi, célibataire pas d'enfant

Oui, monsieur SARKOZY, bonsoir. J'avais une question...

Patrick POIVRE d'ARVOR

Attendez, oui, on ne vous voit pas. Vous êtes où ? Alors Daniel et puis après vous posez la question.

Daniel DUCHENE, 65 ans, Xertigny (88), agent territorial à la retraite, marié, 1 enfant

Oui, j'habite près d'Epinal et mon médecin, il y a cinq ans, nous avions trois médecins pour 3000 habitants et maintenant il n'y en a plus que deux. Donc que feriez-vous pour donner le moyen à un jeune médecin de s'installer à la campagne ?

Patrick Poivre d'Arvor

Alors allez-y madame aussi, comme ça, on aura deux questions toujours.

Danielle LEFEBVRE

Excusez-moi, bonsoir monsieur SARKOZY. J'aimerais vous poser une question en ce qui concerne la réinsertion des personnes handicapées, quel est votre programme ?

Patrick Poivre d'Arvor

Est-ce que vous avez d'autres questions sur le travail, sur l'emploi, Jérôme oui.

Jérôme MONOD, 24 ans, Paris 14ème (75), étudiant en droit, célibataire pas d'enfant

Moi, j'ai une question sur le travail après. Ce fameux concept de la France qui travaille, mais je parlerais après.

Patrick Poivre d'Arvor

D'accord.

Nicolas SARKOZY

Je peux répondre à ces deux questions ?

Patrick Poivre d'Arvor

Bien sûr, bien sûr, allez-y !

Nicolas SARKOZY

Alors vous êtes dans les Vosges monsieur, c'est extraordinaire ce qui se passe, il y a des quartiers de nos grandes villes, où il y a tellement de médecins qu'ils n'arrivent pas à vivre. Et il y a des départements entiers où les médecins s'en vont. Il y a des spécialités médicales où on a trop de monde et il y a des spécialités médicales où on n'a plus personne, je pense notamment aux obstétriciens, parce que les contraintes de garde sont telles, qu'on n'en a pas. Je souhaite qu'on encourage, y compris fiscalement, les médecins à s'installer dans un certain nombre de départements ruraux, parce que les ruraux, il faut quand même penser à eux. Ils ont le droit aussi d'être soignés. Qu'on les aide à se regrouper, et je dis qu'un médecin libéral qui s'installe dans les Vosges, il est en quelque sorte responsable d'une mission de service public. Le service public ce n'est pas simplement l'hôpital. C'est aussi le toubib libéral qui s'installe dans votre département. Donc il faut d'abord modifier au moment des études, le nombre d'étudiants qu'on envoie dans telle ou telle spécialité. Parce que si ça continue, on ne va plus avoir que des dermatologues. Je n'ai rien contre dans ma situation je ne peux être contre personne d'ailleurs, mais on n'aura plus d'obstétricien, on n'aura plus de médecin d'urgence, on n'aura plus de médecin qui feront des gardes, on n'aura plus de pédiatre qui vienne à domicile pour visiter l'enfant qui est malade, parce que les contraintes sont trop fortes. Donc je souhaite qu'on ne les traite pas de la même façon et qu'on les encourage à s'installer dans des zones comme les vôtres. Ces zones ne doivent pas mourir et ne peuvent pas mourir. A quoi ça sert d'être le pays d'Europe avec l'Allemagne qui a la plus grande superficie, si on laisse mourir des zones entières. Deuxièmement sur le handicap, il y aurait beaucoup de choses à dire, cinq millions de nos compatriotes qui déclarent avoir un handicap. Il y a quelque chose qui me choque beaucoup, il y a moins d'enfant avec un handicap sur deux, qui est scolarisé dans des établissements, entre guillemets " normaux " entre guillemets parce qu'il y aurait beaucoup à dire sur le mot " normal. " Dans les démocraties du nord, c'est 90 % des enfants ayant un handicap qui se trouve une place dans nos collèges et dans nos lycées. Je veux m'engager là-dessus, je veux que tous enfants ayant un handicap puisse trouver une place dans nos écoles dites normales, parce que le handicap ça peut arriver à tout le monde, à n'importe quel âge de la vie. Mais je vais même aller plus loin, je ne pense pas simplement à l'intérêt des handicapés, enfant, je pense à l'intérêt de nos autres enfants, qui n'ont pas de handicap. Ca leur apprendra très tôt ce que c'est que la différence, que la différence est une richesse et avoir un gosse qui a un handicap dans une classe où il n'y a pas de handicap, ça permet aux autres enfants de comprendre qu'ils ont beaucoup de chance. Qu'il faut respecter la fragilité de l'autre et la différence de l'autre.

Patrick Poivre d'Arvor

Avant de donner...

Nicolas SARKOZY

C'est pour moi, un engagement majeur et c'est possible. Pardon !

Patrick Poivre d'Arvor

Nicolas SARKOZY, on va essayer d'aller le plus vite possible avant de donner la parole à Jérôme.

Nicolas SARKOZY

Mais ce ne sont pas des questions faciles...

Patrick Poivre d'Arvor

Non, je le sais bien, mais il y a beaucoup, beaucoup de questions, extrêmement précises. Juste Jérôme...

Jérôme MONOD

Je voudrais revenir sur le concept la France qui travaille, mais avant je voudrais faire une toute petite introduction. En fait, je trouve comme un nombre croissant de Français, sous couvert de parler franc, de parler vrai, de parler simple, vous le faites très bien, vous êtes un très bon communicant. Vous avez totalement dépassé la ligne qui sépare le candidat démocrate républicain du populiste, j'ose vous le dire en fait. En témoigne le dialogue idéologique que vous faites aux électeurs, la drague idéologique que vous faites aux électeurs de monsieur LE PEN. Donc ma question est donc la suivante : qu'entendez-vous réellement par ce merveilleux concept de France qui travaille ? Est-ce que vous sous-entendez par-là qu'il existe une France d'assistés, une France de profiteurs, de glandeurs ? Souhaitez-vous être en plus du candidat de la peur, le candidat d'une France divisée ? Et accessoirement on m'a volé mon scooter, et j'ai réussi à arracher au criminel un poil de fesse et donc je voudrais savoir, si vous pouviez me le retrouver, voilà, merci beaucoup. FIN DE LA DEUXIEME PARTIE "

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors il s'appelle Jérôme MONOD, mais vous avez remarqué que ce n'est pas le fondateur de l'UMP.

Nicolas SARKOZY

Bien sûr. Evidement c'est tout à fait son droit de parler comme ça, on est en démocratie et si je ne voulais avoir que des questions agréables, je ne serais pas venu et donc ça ne me choque en rien. Je vais donc vous répondre aussi fermement mais avec une courtoisie républicaine. D'abord je ne comprends pas cet argument, pour vous quelqu'un qui a voté pour le Front national, c'est un mauvais Français. Il faut qu'on ne lui touche plus la main, c'est-à-dire qu'il faut faire une pancarte pour ce programme en disant que ceux qui ont voté une fois pour le Front national ne regardent pas la télévision, pour moi ce n'est pas ça du tout.

Jérôme MONOD

Je suis tout à fait d'accord avec vous mais le but c'est de le tirer vers le haut, de le tirer dans le droit chemin, pas de tirer votre programme vers le programme du Front national mais de faire l'inverse justement.

Nicolas SARKOZY

Alors c'est déjà bien on a un point d'accord, rendez-vous compte ce n'était pas gagné, parti comme vous étiez parti. Alors donc vous êtes bien d'accord que j'ai le droit de leur parler parce que comment on fait revenir vers le camp républicain, des gens qui sont partis, ils sont partis pourquoi, vous ne vous êtes pas posé la question ? Parce qu'ils souffraient et ça ne sert à rien de les culpabiliser, surtout quand on souffre moins qu'eux. Votez pour LE PEN, c'est un acte de désespérance. Deuxième remarque, pas une fois en trente ans de vie politique, pas une fois, je n'ai pas défendu une idée qui n'était pas profondément républicaine. Je suis le premier homme politique de droite à dire qu'il faut une immigration choisie, mais je vous dis aussi une chose avec la plus grande force, personne n'est obligé d'habiter en France et quand on habite en France, on aime la France et on la respecte.

Jérôme MONOD

La France, on l'aime ou on la quitte, la France, on l'aime, on la respecte, ça je veux bien mais vous vous savez très bien que c'est ce genre de phrase simple qui tape à l'oreille, engendre comme pensée chez les gens simples. Vous savez très bien que ça rend raciste ce genre de petites phrases.

Nicolas SARKOZY

Non, non.

Jérôme MONOD

Réfléchissez un peu aux phrases que vous dites.

Nicolas SARKOZY

Non ce qui rend raciste monsieur, c'est cette espèce...

Jérôme MONOD

La France, on l'aime ou on la quitte, c'est proche... c'est quand même très simplificateur.

Nicolas SARKOZY

Non, si LE PEN dit le soleil est jaune, je ne vais pas être obligé d'arriver en prétendant qu'il est bleu. Personne n'est obligé, je répète d'habiter en France, mais quand on habite en France, on respecte ses règles, c'est-à-dire qu'on n'est pas polygame.

Hayate ADJADJ, 29 ans Assistante commerciale

Excusez-moi...

Nicolas SARKOZY

J'y viens, on n'est pas polygame.

Hayate ADJADJ

Non, mais Johnny HALLIDAY...

Nicolas SARKOZY

Je vais y venir. On ne pratique pas l'excision sur ses filles, on n'égorge pas le mouton dans son appartement et on respecte les règles républicaines.

Jérôme MONOD

Très beaux exemples, ça va beaucoup plaire à beaucoup de gens à mon avis.

Hayate ADJADJ

Ce n'est pas... C'est honteux.

Nicolas SARKOZY

Non, monsieur...

Jérôme MONOD

Excision, mouton, vous parlez de la religion musulmane peut-être non ?

Nicolas SARKOZY

Attendez.

Hayate ADJADJ

Je suis d'origine algérienne et je suis musulmane et je me sens insultée complètement.

Nicolas SARKOZY

Vous avez tort.

Jérôme MONOD

J'espère que les musulmans entendent bien ce que vous dites aujourd'hui, ça va leur faire plaisir.

Hayate ADJADJ

Et moi j'avais envie...

Nicolas SARKOZY

Vous avez tort, d'abord pour moi les musulmans sont des français monsieur, et je ne parle pas monsieur, à votre différence, je ne parle pas aux Juifs, aux Chrétiens, aux Musulmans. Et j'ajoute monsieur, que nous avons le droit, nous les Français, de dire pour notre pays, comme les Américains le disent pour le leur, comme les Espagnols le disent pour le leur, nous avons le droit de choisir de qui est le bienvenu sur notre territoire et de qui n'y est pas le bienvenu. Et ceux qui font pour le racisme, c'est ceux qui avec la générosité et je ne conteste pas votre générosité, ne se rendent pas compte que ce discours de bonne conscience a conduit la France et ça devrait vous faire réfléchir depuis 30 ans à avoir l'extrême droite la plus forte d'Europe. Quand on voit toutes ces bonnes consciences expliquer qu'il faut régulariser tout le monde, à l'arrivée on excite les pulsions racistes et si monsieur LE PEN aujourd'hui ne tient pas le haut du pavé, ce n'est pas parce que vous manifestez à quelques-uns, c'est simplement parce que la droite républicaine fait son travail. Je n'ai jamais été raciste, je n'ai jamais partagé aucune des idées de Jean-marie LE PEN.

Jérôme MONOD

Je le sais ça. Je sais que vous n'êtes pas raciste.

Nicolas SARKOZY

Et j'ai été celui qui, j'ai affronté LE PEN.

Jérôme MONOD

Vous vous servez des idées racistes pour arriver à votre fin.

Nicolas SARKOZY

Ce n'est pas vrai, non monsieur.

Jérôme MONOD

Et ça c'est dangereux et si LE PEN arrive au second tour, il ne faudra pas vous étonner.

Hayate ADJADJ

Excusez-moi, excusez-moi...

Patrick POIVRE D'ARVOR

On arrive à vous, promis.

Nicolas SARKOZY

Monsieur, je vais vous dire une chose, je suis l'homme politique qui a le plus débattu avec Jean-Marie LE PEN, et permettez-moi de vous dire que si vous ne voulez pas que dans nos quartiers, il y ait tant de gens qui votent pour LE PEN, ils votent pour LE PEN pourquoi ? Parce qu'ils pensent que nous autres les responsables politiques républicains, on ne parle pas de leurs problèmes, on ne s'occupe pas d'eux. Et qu'est-ce qui fait peut-être ma différence depuis tant d'années où je m'occupe de la sécurité des Français ? C'est qu'il y a un certain nombre de gens très modestes qui se disent enfin il y en a un qui peut-être nous a compris et qui tient ses engagements. Alors je n'accepte pas d'être traité de raciste parce que c'est faux, parce que c'est injuste.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Mademoiselle et puis madame.

Hayate ADJADJ

Je trouve qu'à l'instant, bonjour monsieur SARKOZY, Hayate de Lille, donc comme je l'expliquais je suis d'origine algérienne et pratiquante musulmane, mais je ne pense pas être différente de mes voisins. Et je voulais vous dire que rien que le propos que vous venez de tenir sur les moutons, c'est déjà, ça c'est un propos raciste pour moi. Et il y a eu certaines personnes qui ont eu l'honneur d'applaudir et ça, ça me choque, ça me choque énormément, vous savez très bien qu'il y a une réglementation que ça ne se passe plus de cette façon, on a des abattoirs, on est civilisé, voilà donc l'histoire du mouton, ça me rappelle Brigitte BARDOT qui franchement n'a pas des idées vraiment tolérables à mes yeux. Moi je voulais également parler de la France, aimez-là ou quittez-là, on peut parler de votre ami Johnny HALLIDAY qui soutenait votre candidature et qui est parti pour justement un problème d'impôt, lui il se plaignait de vivre, tout au moins qu'on lui prenait un peu trop de ses revenus alors que franchement vivre avec ce qui lui reste, j'aimerais bien, j'aimerais vraiment bien.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Répondez après je donnerais la parole à madame.

Nicolas SARKOZY

Si vous me le permettez, je veux répondre à cette question. Je pense qu'il n'y a pas eu un ministre de l'Intérieur qui ait fait davantage pour les musulmans de France que moi madame, en créant le CFCM, en indiquant qu'il n'y avait aucun amalgame à faire entre l'Islam et les extrémistes, en demandant pour les Musulmans le droit de prier non pas dans des caves et des garages, mais dans des mosquées, et en indiquant que l'Islam de France que je souhaite à la différence de l'Islam en France, que je ne souhaite pas était devenue...

Hayate ADJADJ

Excusez-moi sur le culte musulman...

Nicolas SARKOZY

Attendez je veux terminer.

Hayate ADJADJ

Excusez-moi rien que là, vous avez traité pour moi les musulmans d'une façon différente parce qu'en fait les Marocains sont majoritaires dans le culte musulman, et vous avez mis un algérien, je suis algérienne, ce n'est pas le problème, mais vous avez mis un algérien à la tête du culte musulman, déjà je trouve que ce n'est pas normal. Nous, pourquoi on n'a pas le droit aussi à une démocratie dans notre propre culte musulman ?

Nicolas SARKOZY

Madame d'abord Dalil BOUBAKER n'est pas un Algérien, c'est un Français et vous, vous n'êtes pas une Marocaine ou une Algérienne, vous êtes une Française.

Hayate ADJADJ

Mais moi je suis en train de vous dire qu'il y a une majorité quand même et qu'on a mis à la tête du culte musulman, une personne qui ne faisait pas partie de la majorité.

Nicolas SARKOZY

Madame, il y a 1 290 mosquées qui ont voté, et Dalil BOUBAKER est un Français, à mes yeux vous n'êtes pas une algérienne et je ne suis pas un Hongrois.

Hayate ADJADJ

Malheureusement le regard des autres me fait rappeler que je suis Algérienne au niveau du travail, au niveau du logement, donc malheureusement moi je me considère et je reviens à mes origines, parce qu'on me le rejette. Un noir on lui rejette également sa couleur de peau et une personne qui est issue, moi j'ai des parents algériens, physiquement je ne suis pas très typée, mais un nom et un prénom à consonance étrangère, donc de toute façon on me le rappelle.

Nicolas SARKOZY

Mais bien sûr, mais c'est la raison pour laquelle je me suis battu pour que les musulmans de France aient les mêmes droits que les chrétiens, les juifs, les protestants et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle madame, que j'ai été tellement attaqué pour avoir nommé un préfet qui s'appelle Aissa DERMOUCHE. Donc chacun sait bien ce qu'il a à faire, et moi depuis 5 ans, je n'ai pas à rougir de mon bilan en la matière. S'agissant de Johnny HALLIDAY, parlons-en, d'ailleurs je ne vois pas le rapport avec les musulmans, mais là dessus c'est intéressant. Voilà un homme qui travaille depuis 45 ans, et qui a donné beaucoup de bonheur à beaucoup de Français. La question que nous devrions nous poser, madame, c'est pourquoi la France n'est-elle pas capable de retenir le professeur MONTAGNIER, le premier qui a isolé le virus du sida, de retenir sur les 5 candidats au titre de meilleur jeune économiste français, quatre sont à l'étranger, monsieur THURAM comme la quasi-totalité de nos footballeurs de l'équipe de France, à l'étranger, nos joueurs de tennis, à l'étranger, monsieur NOAH en son temps en Suisse, puis aux Etats-Unis. Est-ce que nous ne pourrions pas essayer de réfléchir pourquoi les chercheurs, les créateurs, ceux qui ont beaucoup travaillé, on ne peut pas dire que monsieur HALLIDAY n'est pas quelqu'un qui ait fait beaucoup de bonheur et qui n'ait pas beaucoup travaillé. Pourquoi à un moment donné, se sentent-ils obligés de partir ? Et est-ce qu'on voudrait que la France ne soit accueillante qu'aux sans logement, qu'aux sans papiers, qu'aux sans emploi, et qu'aux sans formation ? Le problème madame de la France...

Hayate ADJADJ

Mais la question n'est pas là... La question n'est pas là, c'est que c'est deux poids, deux mesures.

Nicolas SARKOZY

Non au contraire puisque lui est parti.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Pour que beaucoup puissent poser des questions, s'il vous plait...

Nicolas SARKOZY

La question madame, voyez-vous, c'est la suivante, nous nous acharnons à partager un argent que nous n'avons plus alors que nous devrions nous demander, comment créer de l'argent et des richesses en plus pour le donner à davantage de gens.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Très brièvement.

Nicolas SARKOZY

Je veux que la France soit de nouveau le pays des créateurs, des artistes, des sportifs. Et est-ce que c'est normal pour ceux qui aiment le football que pratiquement deux joueurs de l'équipe de France, sur tous les autres habitent en France ? Est-ce que c'est normal que pas un joueur de nos équipes de tennis habite en France ?

Patrick POIVRE D'ARVOR

Nicolas SARKOZY ...

Nicolas SARKOZY

Est-ce qu'on n'a pas à se poser la question de notre système.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Nicolas SARKOZY, vous posiez une question et vous évoquiez Lilian THURAM et je crois qu'il y avait une question que quelqu'un voulait poser sur Lilian THURAM, c'était Jonathan.

Jonathan CURIEL, 25 ans, cadre commercial

Voilà, bonsoir monsieur SARKOZY.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Levez-vous pour qu'on puisse vous repérer.

Jonathan CURIEL

Ma question est une question justement par rapport à Lilian THURAM, c'est vrai que vous l'aviez vu, il y a quelque temps, rien n'avait filtré, on en a parlé, il y a à peu près une semaine, deux semaines, il aurait dit justement que, je crois si les termes sont bons, qu'en fait la délinquance venait justement des noirs et des arabes, enfin ce sont les mots que vous auriez dit, justement, vous les auriez traité en ces termes là. Donc votre réponse, ce serait plus quoi, ce serait plus un carton rouge, plus un coup de boule ?

Nicolas SARKOZY

Compte tenu de la taille et du gabarit de Lilian THURAM, le coup de boule j'éviterais, franchement et le carton rouge, je ne lui mettrais pas. J'étais assez triste de ces déclarations, parce que c'est un homme de qualité, je l'ai reçu pour qu'on échange et qu'on se comprenne. Et je trouve que ce n'est pas très fair-play pour un sportif d'aller raconter ce qu'il a cru entendre d'une conversation qu'on a eu. Il pouvait tout à fait dire, voilà j'ai vu SARKOZY, on a parlé, je lui ai dit ceci, être mon porte-parole, j'ai trouvé que c'était un peu exagéré, d'autant plus qu'il a travesti la totalité de ce que j'ai dit. Je ne lui en veux pas, mais je ne sais pas trop pourquoi il fait ça. Monsieur THURAM joue en Italie, c'est un grand sportif, je pense que la réalité des banlieues, je la connais mieux que lui parce qu'il y est né, mais ça fait longtemps qu'il n'y est plus. Et par ailleurs il a des moyens, qui lui permettent, je ne pense pas, de comprendre la réalité des émeutes que nous avons vécu en novembre. Parce qu'en novembre 2005, j'ai connu 27 nuits blanches pour gérer les émeutes. Monsieur THURAM jouait dans le championnat italien, grand bien lui fasse à ce moment là. Mais je peux dire une chose, qui est ma fierté, 27 nuits d'émeutes, pas un mort du côté des émeutiers, pas un seul du côté des forces de l'ordre. Il a fallu, croyez-moi, beaucoup de maîtrises et beaucoup de calmes.

Patrick POIVRE D'ARVOR

On va s'interrompre pendant quelques secondes et après on reviendra à madame et à beaucoup de questions sur les privilèges, vous verrez.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Alors de très nombreuses questions, vous pouvez bien sûr continuer à réagir sur votre écran. Madame, je vous avais promis la parole et ensuite beaucoup de questions sur les privilèges, puisque énormément de questions sont posées, mais allez-y posez votre question.

Intervenante

Monsieur SARKOZY dans plusieurs de vos réponses vous avez abordé les 35 heures et leur application, pensez-vous modifier cette application et si oui, qu'elles seront ces modifications ?

Claude DURET, 64 ans, sécrétaire médicale à la retraite

Oui la réponse est oui, je compte modifier si vous me faites confiance, et puis si vous m'élisez président de la République, je compte modifier cette application. Comment ? Je vais essayer d'être le plus simple possible. Je souhaite que les 35 heures restent un minimum mais en aucun cas un maximum, c'est-à-dire que tous ceux et toutes celles d'entre vous qui veulent rester aux 35 heures, vous pourrez le faire. Mais ceux qui veulent travailler plus et les entreprises et les usines qui veulent donner davantage de travail, pourront le faire. Concrètement ça se traduira comment ? On aura le droit de donner des heures supplémentaires. Qu'est-ce que je propose sur ces heures supplémentaires ? Que l'entreprise soit encouragée à donner davantage de travail en ne payant pas de charge sociale sur les heures supplémentaires, que vous madame si vous travaillez plus de 35 heures, vous ne payez pas d'impôt sur le salaire supplémentaire. Je prends un exemple, si vous êtes au SMIC, 1 250 euros et si vous travaillez 50 minutes de plus par jour, ça fait 15 % d'augmentation de salaire. Comment l'Etat s'y retrouvera t-il ? Quand on est au SMIC et qu'on gagne 15 % de plus, ça part dans la consommation, on n'a pas de quoi thésauriser, faire des économies, ce qui créera des recettes de TVA. Reste un problème, comment garantir que vous aurez la liberté de choisir de travailler plus, ou pas puisque je souhaite qu'il y ait une liberté ? Eh bien j'engagerais des négociations avec les syndicats pour savoir comment on garantit la liberté pour chaque salarié de refuser de faire des heures supplémentaires ou d'accepter les heures supplémentaires. Voilà madame ce que je proposerais et je proposerais pour la retraite la même chose. On garantit les 40 ans, mais ceux qui veulent continuer auront une meilleure retraite, et ceux qui sont à la retraite et qui veulent un boulot à temps partiel, pourront le faire. Je veux pour vous la liberté.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Ce matin Nicolas SARKOZY en parlant, on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de gens qui pensaient qu'il y avait deux France, une France qui a de la chance et une France, en gros qui a du piston et une France qui a moins de chance. Alors il y a trois questions que j'avais listé, Chantal je crois que vous aviez une question à poser sur les prêts à taux zéro. Et il y avait une question de Nicole aussi.

Chantal GILLARD, 48 ans, secrétaire

Bonsoir Monsieur le Ministre, donc j'avais une question, tout à l'heure vous parliez des prêts à accession à la propriété à 5 virgule quelque chose, en ce qui concerne les députés, ils ont des prêts à taux zéro, pourquoi pas faire ça pour tout le monde ?

Patrick POIVRE D'ARVOR

Il y avait une question de Nicole aussi, je crois, allez-y, toujours sur les privilèges pour qu'on regroupe les questions.

Nicole GOUIX

Oui monsieur le Ministre à nouveau, moi je parle des personnes qui bénéficient encore actuellement au palais Royal pour ne pas le citer d'appartements à des prix dérisoires de loyer alors que le minimum studio nous le trouvons à 800, 900 euros et même plus et ces personnes là ne gagnent même pas le SMIC donc il y a une France à deux vitesses. Je crois que nous sommes tous les maillons de la chaîne et qu'ensemble nous devons donc un petit peu réparer ces inégalités. Voilà ma question.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Il y a une question de Jean-Marie aussi sur les salaires des ministres, j'avais cru entendre ça ce matin.

Jean-Marie

En juillet 2002, quand vous êtes arrivé au gouvernement, vous vous êtes octroyé une hausse de salaire de 70 % donc je me demandais si vous comptiez faire quelque chose pour le SMIC ?

Patrick POIVRE D'ARVOR

Voilà donc sur ce qu'on appelle les privilèges, Nicolas SARKOZY, je vous laisse répondre.

Nicolas SARKOZY

C'est d'abord tout à fait normal, moi je veux une République irréprochable. Donc une République irréprochable, c'est une République où on dit les choses. En ce qui me concerne en tant que ministre de l'Intérieur, je gagne 11 000 euros et si je suis mis dehors du gouvernement, ou si je perds les élections, je serais payé pendant six mois et après terminé. Si vous voulez mon jugement sur ce salaire, je considère que compte tenu de mes responsabilités, je ne vole pas cet argent. Et que pour moi, non, non mais j'essaie d'y répondre très simplement, et que pour moi, je considère qu'une grosse rémunération quand il y a un grand risque, c'est normal. Ce que je n'accepte pas, c'est les golden parachute, c'est-à-dire celui qui s'octroie des gros salaires et qui en cas d'échec a une grosse indemnité, en cas d'échec, je n'ai pas d'indemnité. Deuxièmement sur les appartements de fonction, je voudrais dire que la procédure actuelle est excessive, tous les ministres n'ont pas besoin d'un appartement de fonction. Qui est-ce qui a besoin d'un appartement de fonction ? Les ministres qui peuvent être appelés de jour et de nuit parce qu'il se passe toujours quelques choses. Je pense au ministre des Transports, je pense au ministre de la Défense, je pense au ministre de l'Intérieur, ce n'est pas parce que je le suis, mais vous imaginez bien que pour moi les nuits sont aussi chargées que les journées et que le samedi et le dimanche, c'est des moments particulièrement intenses pour le ministre de l'Intérieur, pareil pour le 31 décembre ou le 24 décembre. Si je suis élu président de la République, je laisserais un appartement de fonction que pour les ministres qui en ont besoin, pour dire les choses comme elles sont, je ne voudrais pas être vexant à l'égard de qui que ce soit, mais je ne suis pas persuadé que le ministre d'un domaine, par exemple la communication, ait essentiellement besoin d'être présent à son ministère en pleine nuit. En revanche monsieur celui qui est ministre de l'Intérieur, il a besoin d'être joignable à toute heure du jour et de la nuit. Les prêts à taux zéro, vous avez parfaitement raison d'être choquée par cela, je le dis d'ailleurs, jeunes députés, j'en ai profité, ils sont limités, non il faut que tout se sache, on a le droit dans une carrière de députés, une fois, et je crois qu'à l'époque, en tout cas à mon époque, je ne veux pas vous dire de bêtise, mais ça devait être limité à 150 000 euros, mais c'est un privilège qui n'a pas de justification. Enfin sur le SMIC, c'est quelque chose qui est intéressant, moi je ne veux pas l'augmentation du SMIC, je veux l'augmentation des salaires. Pourquoi ? Parce qu'à force de se baser sur le seul SMIC, on casse l'échelle des salaires.

Jean-Marie

C'est le salaire d'une grande majorité de Français le SMIC.

Nicolas SARKOZY

C'est le salaire de la moitié, ce n'est pas rien, c'est le salaire de la moitié. Mais monsieur voyez-vous chaque fois que vous augmentez le SMIC, vous trouvez en situation des gens d'être éloignés de l'emploi mais surtout vous posez le problème de ceux qui sont juste au-dessus et qui se disent et pourquoi pas nous ? J'ai préfère peut-être à tort, mais c'est ce que j'ai voulu faire, poser la question du pouvoir d'achat parce que les salaires sont trop bas en France, c'est parfaitement exact. C'est ce que j'appelle, le travail ne paie pas. Monsieur avait cru comprendre que je disais qu'il y avait les glandeurs d'un côté pour reprendre votre expression, ou les assistés de l'autre. Ce n'est pas du tout ça que j'ai voulu dire, je n'ai pas voulu culpabiliser les uns, j'ai voulu simplement dire, écoutez, ce n'est pas normal, il faut qu'il y ait plus de différence entre celui qui travaille et celui qui est assisté. Enfin dernier point, si on pose la question des privilèges, alors il faut les poser pour tout le monde et pas simplement pour les seuls ministres. Il faut clairement poser la question des privilèges. Moi, je suis tout à fait prêt à faire la transparence, qu'est-ce que j'ai à cacher ? Vous savez, moi ma vie, je n'ai hérité de personne, je me suis battu dur pour être là où je suis. On peut m'aimer, pas m'aimer, voter pour moi, pas voter pour moi, je n'ai pas volé ma place. Des coups, j'en ai pris et j'en ai donné aussi, mais on ne m'a rien donné et si je suis ici devant vous à parler pour essayer de réveiller une France, la France du travail, la France de l'espoir c'est parce que je voudrais tellement que la promotion sociale soit un objectif possible pour chacun d'entre vous. Je voudrais que, j'ai une anecdote, je ne sais pas si elle va vous amuser mais il y a une dame dans la rue, il y a trois ans qui m'a dit, je vous aime bien vous. Je lui ai dit, mais madame pourquoi ? Quand je vous vois, je dis à mon fils, si lui a réussi, toi tu dois pouvoir le faire. Je ne pense pas que c'était très aimable, mais ça m'a beaucoup servi parce que je me suis dit dans le fond, moi je suis partie du public, je n'ai pas hérité d'une circonscription, je me suis battu à toutes les étapes de la vie et j'ai grimpé les échelles. Reste à savoir si le dernier barreau j'arriverais à le grimper, mais ça dépend de vous, mais je les ai grimpé. Et ce que je veux c'est pouvoir redonner de la fluidité à la promotion sociale. J'en ai assez moi d'une société où le fils de paysan n'a d'espoir que de devenir paysan, ou le fils d'ouvrier n'a d'espoir que de devenir ouvrier, je voudrais qu'on puisse monter l'échelle sociale. Ce sont les valeurs qui sont les miennes, je crois au travail, je crois à l'effort, je crois à la récompense, je crois au mérite, j'aime pas le nivellement, j'aime pas l'assistanat, j'aime pas l'égalitarisme, c'est pour cela que j'ai voulu me battre là dessus. Alors ça ne veut pas dire que je veux affamer le smicard. Mais écoutez la démagogie ce serait de dire, je suis ministre de l'Intérieur, je vais être payé au SMIC, ça n'a pas beaucoup de sens. Non mais je sais bien mais vous voyez bien...

Patrick POIVRE D'ARVOR

Il y avait une question justement, puisque vous êtes ministre, il y avait une question de Lydie je crois sur le fait d'être ministre...

Lydie DE BEAUVILLE, 56 ans, secrétaire en intérim

Bonsoir Monsieur le Ministre.

Nicolas SARKOZY

Bonsoir madame.

Lydie DE BEAUVILLE

Je voulais savoir si ça ne vous gênait pas d'avoir les deux casquettes, c'est-à-dire être ministre de l'Intérieur et candidat, à savoir quand même que le ministère de l'Intérieur organise les élections, donc voilà...

Patrick POIVRE D'ARVOR

Et combien de temps encore ?

Lydie DE BEAUVILLE

Oui et combien de temps en plus ...

Patrick POIVRE D'ARVOR

Ca c'est la mienne. Excusez-moi j'en ai posé une.

Nicolas SARKOZY

Oui mais celle là, elle vaut chère. Bon Lydie, je vais essayer de m'en expliquer devant vous. En 2002 le président de la République m'a confié la tache de ministre de l'Intérieur et il m'a dit, il faut faire baisser l'insécurité. Et puis en 2004, il m'a mis ministre des Finances et puis nous avons eu un différent le président et moi, il ne voulait pas que je devienne président de l'UMP, et moi je voulais le devenir. Il m'a dit il ne faut pas que tu sois candidat ou tu quittes le gouvernement. J'ai quitté le gouvernement. Et puis en 2005, il y avait une situation bien difficile, le référendum sur l'Europe avait été perdu, et le président m'a demandé de revenir dans le gouvernement de Dominique de VILLEPIN pour me dire il faut que tu t'occupes de l'insécurité et de l'immigration et que tu fasses le mieux possible. Alors quel est mon raisonnement là dessus madame ? C'est de faire mon travail le plus longtemps possible, encore le mois dernier la délinquance a reculé de 0,16 %. Est-ce que vous croyez que je pourrais dire aux Français comme ça, écoutez j'ai décidé d'être candidat donc je vous laisse tomber, l'insécurité, ça ne m'intéresse plus. J'ai un texte en ce moment, le texte sur la prévention de la délinquance au Sénat, je peux dire aux Français, écoutez je suis désolé, il y a ma campagne, je n'ai plus le temps de m'occuper de vous. Je m'en vais, terminé, je ne défends même pas mon texte jusqu'au bout. Est-ce que vous pensez qu'on m'en serait reconnaissant ? J'ai pris des engagements et des responsabilités devant les Français, celui d'assurer leur sécurité le plus longtemps possible. Je le ferais jusqu'au bout. D'ailleurs j'observe qu'il y a plein de mes amis qui disent, il faut que tu t'en ailles Nicolas, parce que tu vas avoir plein d'ennuis. Des ennuis, pour en avoir, j'en ai. Alors je vais partir, je partirais quand, eh bien je partirais à partir du moment où il y a un devoir de réserve qui s'impose pour les ministres, c'est-à-dire grosso modo...

Patrick POIVRE D'ARVOR

Un mois avant l'élection.

Nicolas SARKOZY

Un peu plus d'un mois.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Fin mars.

Nicolas SARKOZY

Pourquoi, parce que s'il y a un devoir de réserve, je ne peux pas faire le faire ensemble. Mais j'aurais eu Lydie, je vous permets de me croire, la satisfaction de regarder les Français dans les yeux, de leur dire, j'ai pris un engagement, et je le tiendrais. Depuis 2002 on peut me combattre ou me soutenir, mais il y a une chose qui est, je n'ai pas menti. J'ai assumé mes responsabilités, quand ça marchait et quand ça ne marchait pas. Quand j'avais en face de moi quelqu'un dont je pensais que c'était un voyou, je l'ai dit. Je n'ai pas eu peur. Je n'ai pas reculé, j'ai dit que je serais le ministre de l'Intérieur le temps que ce serait possible, parce que mon devoir, ce n'est pas de laisser tomber les Français, c'est d'aller jusqu'au bout. Et imaginez un peu, je viens devant vous, vous m'auriez dit alors vos ambitions, ça compte plus que nous. Eh bien je vais jusqu'au bout, je n'ignore aucun des risques, demain je peux avoir un drame et on me le mettra sur le dos. Mais c'est mon idée des responsabilités.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Donc jusqu'au bout, vers la mi-mars.

Nicolas SARKOZY

Et en faisant ça Patrick POIVRE D'ARVOR, Lydie, je serais le premier à m'imposer une règle qu'aucun autre ne s'est imposé. J'ai vu que François HOLLANDE était très excité là dessus. Il ne devrait pas s'exciter d'ailleurs parce que dans le même temps il dit que je suis un mauvais ministre de l'Intérieur, que les Français le constatent, il devrait m'encourager à rester si j'étais si mauvais que ça. Mais lui François HOLLANDE, quand il était directeur de la campagne de JOSPIN, il ne lui a pas demandé de partir, donc moi je partirais, je n'organiserais pas les élections, on aura un mois, un mois et demi pour les organiser tranquillement et je serais candidat. Et croyez-moi pour mon emploi du temps, pour ma fatigue et pour les risques que je cours, ça sera beaucoup plus facile, mais il ne sera pas dit qu'un seul Français pense que j'ai choisi mes ambitions plutôt que le boulot que j'avais à faire au ministère de l'Intérieur.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Puisque vous parliez de délinquance, il y avait deux questions, je crois de Jérôme et Danièle sur la délinquance et après...

Hakim KHENFER, 25 ans, charpentier

Bonsoir monsieur SARKOZY, tout à l'heure vous parliez de discrimination positive, vous êtes aussi le fruit de... moi aussi je l'assume et j'ai quelque chose que j'ai du mal à comprendre et je pense que d'autres jeunes dans mon cas, ont du mal à se sentir français quand par exemple, moi je travaille, je travaille, de temps en temps je vais voir mes amis, on a un café dans notre quartier, on se retrouve là bas, et on trouve une équipe de CRS qui nous contrôle. Une fois d'accord, deux fois, trois fois mais on est des citoyens comme tout le monde et je pense que ça aussi, ça ne nous aide pas à nous intégrer. Donc je pense qu'aussi il faut faire quelque chose par rapport à votre discours, je ne le critique pas, d'une police plus répressive que préventive, parce que avant je pense qu'on pouvait, on avait des auxiliaires de police, qui osaient parler avec nous. Aujourd'hui c'est des regards froids et c'est quelque chose que je ne comprends pas, on est des hommes, donc je pense qu'on peut avoir un rapport d'homme à homme pas d'homme à bête, ça c'est ma question.

Patrick POIVRE D'ARVOR

Toujours sur la délinquance, est-ce qu'il y a d'autres questions ? Oui répondez.

Nicolas SARKOZY

Parce que c'est très important. D'abord si les policiers se comportent de cette façon là, c'est inadmissible, parce qu'ils sont les policiers de la République. Et je vais même plus loin monsieur, j'ai formellement interdit y compris le tutoiement, y compris le tutoiement, c'est-à-dire que moi je considère que le manque de respect commence à cela. Et l'immense majorité des 150 000 policiers de France, ce sont des gens républicains. Chaque fois que j'ai été saisi d'un manquement des règles déontologiques, j'ai sanctionné extrêmement durement. Deuxièmement vous m'avez dit une police de la répression, attendez essayons de nous mettre d'accord là dessus, si la police n'arrête pas les délinquants, qui le fera ?

Hakim KHENFER

Je comprends ce que vous dites, mais...

Nicolas SARKOZY

Vous comprenez ce que je veux dire, le boulot de la police, si la police ne fait pas son boulot d'arrêter les délinquants, qui le fait ? Et c'est la raison pour laquelle, la police faisant ce travail là, d'arrêter les délinquants, je ne veux aucun amalgame entre les délinquants, et les jeunes. On m'a fait tout un procès parce que j'ai parlé à Argenteuil des voyous ou des racailles, mais à aucun moment je n'ai voulu distinguer ou désigner les habitants des quartiers. J'ai voulu simplement distinguer ceux qui nous jetaient des cocktails Molotov, ceux qui font brûler les voitures des autres, ceux qui violent dans ces caves sordides, ceux qui foutent le feu à un bus, avec une petite jeune fille qui n'avait rien demandé à personne qui se trouve brûlée à 60 %, pourquoi faire l'amalgame ? Mais si la police, monsieur, n'arrête pas ceux qui le méritent, qui le fait ?

Patrick POIVRE D'ARVOR

Ce que monsieur vit mal c'est le délit de faciès.

Nicolas SARKOZY

Il a raison d'ailleurs.

Hakim KHENFER

Oui tout à fait, je trouve ça inadmissible, moi il y a des fois sincèrement je suis né en France, mon père, je suis d'origine algérienne, mon père a fait la guerre avec l'armée française, il a été décoré, et aujourd'hui quand par exemple, les fois où je me suis fait arrêter, et que j'ai senti, j'ai eu des fois, je peux le dire, j'ai déjà eu des insultes racistes du genre, t'es un petit gris...

Nicolas SARKOZY

Un petit quoi ?

Hakim KHENFER

Un petit gris.

Nicolas SARKOZY

Ah bon.

Hakim KHENFER

On nous met les menottes, on nous met à genou, et j'ai demandé qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'ai rien d'illicite sur moi. Il m'adit : Fermes ta gueule et il m'a dit mets-toi à genou. C'est pour ça que je n'ai pas compris.

Nicolas SARKOZY

C'était quand ?

Hakim KHENFER

C'était justement en 2005, mais...

Nicolas SARKOZY

Bon alors vous savez ce qu'on va faire, après, il paraît qu'on nous offre un verre. Moi je vais rester.

Hakim KHENFER

Moi aussi je vais rester.

Nicolas SARKOZY

Très bien, alors vous savez ce qu'on va faire, je le dis devant les téléspectateurs, on va se voir, vous allez me dire le jour, quand et où et je vous garantis que je n'accepte pas cela. Si on vous a dit ce que vous m'avez dit.

Hakim KHENFER

Je suis formel. Je suis même rentré chez moi, je marchais et limite j'avais mal au coeur, j'avais du mal...

Nicolas SARKOZY

Mais monsieur, je serais très heureux d'en parler avec vous, et d'en tirer toutes les conséquences. Vous savez ce n'est pas le genre de chose que je laisse passer. FIN DE LA TROISIEME PARTIE&

Patrick Poivre d'Arvor

Sur l'injustice et sur la justice, il y avait une question de Frédéric.

Frédéric POITOU, 44 ans, Coudoux (13) chef d'entreprise, divorcé, 1 enfant

Oui, monsieur SARKOZY, bonsoir. Je m'appelle Frédéric POITOU, j'habite Aix-en-Provence et je suis chef d'entreprise et je suis accessoirement papa d'un petit garçon que je n'ai pas vu depuis deux ans. Et une des origines de ce problème est une réforme certainement profonde qu'il y a à faire de la justice civile et familiale en particulier. Alors je vais vous poser trois ou quatre petites pistes comme ça et vous répondrez si ça vous intéresse. Pourquoi ne pas demander au procureur de motiver les classements presque systématiques des plaintes pour non-représentation d'enfants ? Pourquoi ne pas inscrire l'aliénation parentale au titre des maltraitances à enfant dans la future loi sur la protection de l'enfance ? Pourquoi ne pas poursuivre immédiatement les parents qui sont coupables de faux témoignage, d'allégation de pédophilie etc. ? Et je sais de quoi je parle. Et puis...

Patrick Poivre d'Arvor

On peut préciser que vous avez...

Frédéric POITOU

Oui, on ne précise pas et une question un peu plus politicienne, est-ce que vous prendrez Jean-Louis BORLOO comme Premier ministre ?

Patrick Poivre d'Arvor

Alors c'est deux sujets à part, si ça ne vous gêne pas on met Jean-Louis BORLOO de côté pour l'instant.

Nicolas SARKOZY

Oui, j'avais compris qu'il n'y avait pas de rapport entre la lutte contre la pédophilie d'un côté et le choix du Premier ministre de l'autre. Donc je retiens votre proposition la motivation du classement sans suite, c'est une bonne proposition. Comprenez bien, le procureur c'est celui qui reçoit vos plaintes et bien souvent ces plaintes sont classées sans que celui, c'est-à-dire qu'il n'y a pas suite, qui a déposé plainte ne sache pourquoi. Bonne suggestion, je la reprends à mon compte. Deuxièmement, je ne veux pas entrer dans le détail des choses, mais je pense que la détention provisoire, devrait être exclusivement autorisée lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui a porté atteinte à l'intégrité physique de la victime. Ce n'est pas la même chose de voler le sac d'une vieille dame en lui cassant le bras, parce qu'on l'arrache avec une moto ou en le prenant délicatement sur le banc. Ce n'est pas la même chose d'être trafiquant de drogue qui tue celui qui consomme, que d'avoir fait un délit qui ne porte pas atteinte à la dignité physique de la victime, je suis très attaché aux libertés. Je ne veux pas qu'on aille en prison avant d'être condamné, sauf si on a frappé sa victime. Est-ce que je me fais comprendre, pour bien montrer que le respect de l'identité de la victime est capital. Deuxièmement remarque, les juges doivent être indépendants et je garantirais cette indépendance, mais ils doivent être responsables. OUTREAU ne peut pas rester comme ça, j'avais été bouleversé par une affaire, l'assassinat de madame CREMEL, 42 ans, partie faire un jogging, une fille de 11 ans, frappée à mort par un individu qui avait déjà tué une femme et qui avait été mis en liberté provisoire. Je ne dis pas que parce qu'on est juge, on n'a pas le droit de se tromper, on a le droit de se tromper, ça peut arriver à tout le monde. Mais regardez la conséquence ! En tout cas, on n'a pas le droit de laisser ça, comme si il ne s'était rien passé, sans demander des comptes. Troisièmement, je demande qu'on change l'ordonnance de 45 sur les mineurs, ça ne peut plus continuer comme ça. Un mineur de 17 ans, n'a rien à voir avec un mineur de 17 ans en 1945 et d'ailleurs quand vous êtes frappé par un mineur ça vous fait la même souffrance que quand vous êtes frappé par un majeur. Quatrièmement, je souhaite qu'on créait des peines planchées pour les multirécidivistes, parce que 50 % des délits, c'est 5 % des délinquants. Et ceux qui ne comprennent pas qu'on ne doit pas revenir 25 fois devant le même tribunal pour la même chose, je souhaite qu'il soit puni sévèrement avec la certitude de la sanction.

Frédéric POITOU

Alors je vais faire une petite proposition, puisque vous restez à l'apéritif avec nous. Est-ce que vous vous engagez à ce que je puisse voir mon fils dans les deux ans qui viennent ?

Patrick Poivre d'Arvor

Alors comme on va bientôt arriver au terme de l'émission...Alors ça, on en parlera peut-être hors antenne.

Nicolas SARKOZY

Vous avez une drôle d'heure pour les apéritifs. Mais s'agissant de votre fils, c'est une décision de justice, et le ministre de l'Intérieur ne peut pas imposer à un juge de dire oui ou de dire non. Je peux prendre en compte votre souffrance, je peux intervenir auprès du Procureur pour attirer l'attention, mais je ne prendrais pas l'engagement que vous le voyez, pour une raison simple, c'est que je n'en ai pas le droit, voilà, ça s'appelle la séparation des pouvoirs.

Patrick Poivre d'Arvor

Alors je répète que je souhaite que le maximum de questions puisse être posé, donc on va faire une petite rafale de questions différentes, mademoiselle par exemple ?

Hélia DUCOURNAU, 20 ans, Talence (33), étudiante en anglais, célibataire pas d'enfant

Oui, bonsoir, la question que j'aimerais poser en fait, ça concerne notamment la justice et à savoir que la délinquance comme vous le savez est de plus en plus précoce et savoir s'il y aurait des réformes concernant l'âge de la pénalité en France, justement par rapport à cette délinquance précoce et de plus en plus importante.

Nicolas SARKOZY

Alors juste un mot très rapidement. Je souhaite effectivement une modification. Je souhaite qu'un mineur entre 16 et 18 ans, qui est multirécidiviste, soit traité comme un majeur, on a bien compris les choses. 16-18 ans, s'il revient à la délinquance, il faut qu'il sache qu'il sera puni comme un majeur. Et deuxièmement, je souhaite qu'on sorte de nos prisons tous les malades psychiatriques. Et qu'on créait des prisons-hôpital (sic) il y a 15 à 20 % des détenus, qui sont en prison mais qui n'ont rien à y faire, comprenez-moi, parce qu'ils sont malades, profondément il faut les soigner.

Patrick Poivre d'Arvor

Mademoiselle.

Manon DELAURY, 24 ans, Rennes (35) étudiante en gestion, célibataire pas d'enfant

Oui, monsieur SARKOZY bonsoir.

Nicolas SARKOZY

Bonsoir madame.

Manon DELAURY

Moi, j'aimerais savoir comment vous appréhendez le fait, qu'il y a de plus en plus de jeunes et notamment de jeunes diplômés qui aspirent à partir travailler et vivre à l'étranger ? Et je pense, il me semble, que ce n'est pas forcément une question qui est liée aux réalités du marché du travail, mais bien plus au discours que vous et la majorité de la classe politique nous tenez, qui sont des discours alarmistes, angoissants et honnêtement très déprimants dans lesquels on ne se retrouve absolument pas. Ce sont des discours qui sont toujours en train d'attiser la méfiance vis-à-vis d'autrui, ça va être les habitants des villes vis-à-vis des habitants des banlieues, ça va être la France vis à vis des nouveaux entrants dans l'Europe, je ne pense pas qu'on puisse continuer comme ça. Moi, je veux vivre dans un pays où on travaille tous ensemble et pas où on avance les uns contre les autres. Sinon je m'en vais.

Nicolas SARKOZY

Vous, vous en allez pour aller où ? Parce que si...

Manon DELAURY

En Angleterre, en Angleterre ou dans les pays du nord où ils ont une société beaucoup plus solidaire effectivement.

Nicolas SARKOZY

Enfin il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus. D'abord que des jeunes partent à l'étranger, c'est très bien. Parce qu'il y a toujours eu les plus jeunes d'une société qui ont voulu conquérir le monde, voyager. On ne va quand même pas empêcher les jeunes de partir, au contraire. En revanche, ce qui n'est pas bien, c'est ceux qui partent parce qu'ils pensent qu'on ne peut plus réussir en France. Et moi, je souhaite que de nouveau, on donne la chance de réussir, c'est pour ça que j'étais à Londres, j'ai parlé devant des milliers de jeunes qui sont là-bas et qui n'ont qu'une seule idée, c'est revenir à condition qu'on les laisse travailler, qu'on les laisse avoir la récompense de leur travail. Qu'on les laisse innover, et puis qu'on modernise nos universités, qu'on ait des campus européens comme il y en a partout ailleurs. Que nos universités aient l'autonomie et que de nouveau on soit le pays des chercheurs, des artistes et des entrepreneurs ! Je ne pense pas qu'on puisse dire qu'on mobilise les uns contre les autres, la démocratie c'est le débat, il faut qu'il y ait des gens qui aient des opinions différentes, on confronte ses opinions et puis vous, les Français, souverainement, vous choisissez.

Patrick Poivre d'Arvor

Alors pour que toutes les opinions puissent s'exprimer, madame vous aviez une question à poser.

Huguette BEAUPRES de MONSALES, Sevran (93), cadre administratif territorial, vie maritalement, 2 enfants

Bonsoir, je suis d'origine Domienne et nous, nous demandons quelle mesure vous prévoyez pour assurer la continuité territoriale ?

Nicolas SARKOZY

D'abord il faut arrêter de dire que les Doms ont besoin de la métropole et dire que la métropole a besoin des Doms, c'est ce qui fait de nous, une nation présente sur tous les océans du monde. La continuité territoriale je veux deux choses : d'abord l'ouverture à la concurrence, parce que les prix sont beaucoup trop élevés pour venir dans les départements. Je ne sais pas si vous êtes des Caraïbes ? Guadeloupe, Martinique ? C'est cela. Les prix sont beaucoup trop élevés et je veux par ailleurs que les aides soient données aux clients et non pas à la compagnie. C'est-à-dire que ça soit un droit personnel pour vous et pendant que je suis sur les départements d'Outre Mer, que j'aime énormément et puis que je connais un petit peu. Je veux qu'on leur donne la culture du développement économique en faisant une zone franche globale, qui permette de créer des activités, je pense à la Réunion, Guadeloupe, Martinique, mais je pense aussi à la Polynésie et à la Nouvelle Calédonie. Il n'y a aucune raison de condamner vos jeunes l'assistanat. Mais la continuité territoriale c'est qu'on arrête de vous demander les prix qu'on vous demande sur des billets d'avion, écoutez, c'est extraordinaire, le prix qu'on fait payer. Je n'accepte pas cette réalité, ce n'est pas la continuité territoriale et les aides qui sont données, sont mal utilisées pour cela.

Patrick Poivre d'Arvor

Vous avez une question sur votre droite.

Elisabeth ROUSSEAU, 35 ans, Gardegan (33), vitricultrice, mariée, 2 enfants

Oui, bonsoir, vous disiez que ceux qui veulent y arriver, vous voulez leur donner les moyens de réussir. J'ai choisi une filière qui n'est peut-être pas simple, je suis viticultrice et j'aurais voulu savoir si vous aviez des mesures concrètes à nous proposer pour nous soutenir, parce que c'est une filière économique qui est quand même relativement importante en France.

Nicolas SARKOZY

Alors trois choses, d'abord je veux un meilleur partage de la richesse avec la distribution. Il faut que vous, les viticulteurs vous, vous organisiez et vous, vous rassembliez plus fortement, parce que la création de valeur elle est trop prise par la grande distribution par rapport aux viticulteurs. Deuxièmement, je veux qu'on arrête avec des importations de vins qui ne correspondent pas aux critères de qualité qu'on vous oblige à respecter et vous voyez ce dont, à quoi je fais allusion. Et troisièmement, je veux qu'il y ait une vraie campagne sur le vin qui est un produit du terroir et qu'on ne doit pas culpabiliser. Je ne peux pas vous imposer une règle qu'on n'impose à aucun autre en Europe.

Patrick Poivre d'Arvor

Le monsieur à chapeau est viticulteur lui aussi.

Nicolas SARKOZY

Donc je suis parfaitement conscient des problèmes de la viticulture, des problèmes de surproduction pour un certain nombre et puis de concurrence internationale puisque maintenant on fabrique du vin partout dans le monde. Et il y a beaucoup de concurrence, voilà les trois mesures que je propose pour la viticulture.

Patrick Poivre d'Arvor

Une question, oui allez-y !

Jean-Luc MALDANT, 40 ans, Chorey-les-Beaune (40), viticulteur, marié, 3 enfants

Monsieur SARKOZY pour terminer sur la question, pour la viticulture française, ce qui serait bien, c'est qu'on puisse avoir un peu plus de soutien dans notre pays. On est reconnu dans le monde entier et on ne l'est pas suffisamment en France. Donc ce que nous, on aimerait c'est que les pouvoirs publics nous aident à dissocier notre produit de certains manufacturiers alcooliers qui ne sont pas des produits qui sont toujours très honnêtes ?

Nicolas SARKOZY

Ecoutez, c'est ce que je viens de réponde, mais pour moi, la préférence communautaire ce n'est pas un gros mot.

Patrick Poivre d'Arvor

Monsieur vous vouliez...levez-vous comme ça on vous verra.

Grégory GALIANO, 26 ans, Montpellier (34), manutentionnaire, célibataire, pas d'enfant

Excusez-moi, bonsoir monsieur SARKOZY. Ce serait par rapport au pacte écologique et en fait, par rapport à la Fondation Hulot, votre programme sur ce sujet-là très pointilleux et à la fin, j'aimerais bien aller boire un verre de vin avec vous avec plaisir avec nos amis viticulteurs.

Nicolas SARKOZY

Je vais vous dire un truc qui va vous décevoir, je ne bois pas de vin. Mais enfin je ne bois pas d'alcool pour tout...

Patrick Poivre d'Arvor

Vous n'encouragez pas la filière agricole ?

Nicolas SARKOZY

Pourquoi j'ai signé le pacte écologique de Nicolas HULOT ? Parce que j'étais d'accord. Qu'est-ce que je ferais ? Je veux faire payer le pollueur plutôt que le travailleur. Je veux que la taxe sur la pollution passe de 2,5 points de PIB à 5 points et je veux que la TVA sur les produits propres soient systématiquement une TVA à 5 %. Je prends l'exemple de la voiture, la voiture propre elle est plus chère que la voiture qui ne l'est pas. C'est un comble ! Il faut mettre la voiture propre à une TVA à 5,5 % et laisser sur la voiture la TVA à 19,6 pour rééquilibrer les choses. Et je suis parfaitement conscient que le monde danse au bord du précipice et que c'est tout de suite qu'il convient d'agir. Mais je voudrais aussi prendre mes responsabilités, la France émet 21 % de gaz à effet de serre de moins que les autres, pour une raison, c'est que grâce au Général de GAULLE, nous avons fait le choix du nucléaire. Et je n'accepterais pas qu'on remette en cause ce choix.

Patrick Poivre d'Arvor

Dans le pacte de Nicolas HULOT, il y a la création d'un vice-Premier ministre chargé du développement durable et vous n'avez pas répondu à la question sur le Premier ministre. Pardonnez-moi...

Nicolas SARKOZY

Non, parce que pour moi, ce qui compte...

Patrick Poivre d'Arvor

Sur Jean-Louis BORLOO.

Nicolas SARKOZY

Ah ! Ecoutez ça m'est difficile...

Patrick Poivre d'Arvor

Lui, un autre....

Nicolas SARKOZY

Non, mais Jean-Louis BORLOO est un garçon qui a beaucoup de talents, mais ça m'est difficile au répondre au choix du Premier ministre sans savoir si je serai président de la République.

Patrick Poivre d'Arvor

Imaginez que vous le soyez, parce que c'est quand même le but pour l'instant ?

Nicolas SARKOZY

Est-ce que c'est important de le savoir ? Bon, c'est un pas, un tandem, que par ailleurs, on peut en changer mais surtout ça donnerait l'impression de m'y croire, alors que je ne m'y crois pas, je sais trop d'expérience, que les élections c'est à 20 heures que c'est terminé. Et croyez bien que j'attaque tout ça, avec beaucoup d'humilité, parce que je sais que la route est très longue et que les Français choisiront au dernier moment. Et permettez-moi... mais Jean-Louis est un personnage clé, je suis entouré d'une très bonne équipe dont il fait partie. Mais donner le sentiment de se partager les postes alors que rien n'est fait, très peu pour mois, même avec le soutien de Patrick POIVRE d'ARVOR.

Patrick Poivre d'Arvor

Monsieur, je ne fais que relayer la question de monsieur POITOU. Allez-y !

Pierre-Antoine WURMSER, Amiens (80) étudiant en école de commerce, célibataire, pas d'enfant

Bonsoir monsieur le ministre, je voulais savoir vous prônez la rupture et le changement. Je voulais savoir votre position sur le statut actuel du président de la République, qui depuis 58 et le Général de GAULLE a quasiment les pleins pouvoirs et quasiment presque une monarchie au pire ? Je voulais savoir aussi ce que vous pensez donc de cette position par rapport à une évolution possible d'une constitution européenne ? Et enfin une dernière question, l'espérance de vie en France d'un homme est de 76 ans, monsieur LE PEN a 78 ans, trouvez-vous normal que l'on soit en mesure d'élire un président qui peut ne pas finir son mandat ? Merci.

Nicolas SARKOZY

Vous savez ça peut m'arriver aussi. Ces choses-là ce n'est pas une question d'âge. Alors pour répondre à votre question, je proposerais pour le président de la République deux mandats, pas un de plus. Parce que j'estime monsieur que l'énergie que l'on met à durer, on ne la met pas à faire. Et moi, je veux être un président de la République qui fait, qui agit, qui bâtit, qui construit. Deuxièmement vous avez raison, il y a des tendances à la concentration de trop de pouvoir. Moi, je veux être un président qui gouverne ensemble avec les gens et donc j'encadrerais mon pouvoir de domination. Je ne veux plus que les nominations soient le fait du prince. Je demanderais donc que pour tous les postes importants, les nominations que j'envisagerais chacun se soumette à une procédure d'audition publique pour expliquer son programme pour le poste qu'il veut prétendre et mieux que ça, je demanderais que les commissions compétences à l'assemblée et au Sénat ratifient cette nomination et peut-être même à une majorité qualifiée pour que la majorité et l'opposition se mettent d'accord ensemble. Enfin dernier point, je veux que le président de l'ouverture politique, comprenez-moi, je veux gagner sur mon projet et sur mes idées, mais je sais bien qu'on ne gouverne pas seul. Qu'il faut une équipe et je sais que l'équipe, les gens bien ne se trouvent pas dans son seul camp, dans sa seule famille. Je ne suis pas l'homme d'un clan, je ne suis pas l'homme d'une famille politique, je veux m'adresser à tous les Français, sans exception et je pratiquerais l'ouverture, je ne veux pas mégoter, je ne veux pas compromis avant, mais je pratiquerais l'ouverture après. Parce que la France a besoin de l'énergie de tous ses enfants et de tous les talents. Et il n'y a pas deux équipes de France.

Patrick Poivre d'Arvor

Deux mandats dites-vous, Nicolas SARKOZY, vous avez laissé entendre de-ci, de-là, qu'un seul vous suffirait en ce qui vous concerne...

Nicolas SARKOZY

Ca c'est un choix personnel, si les Français me faisaient confiance. Mais je pense qu'en tout état de cause, ce n'est pas sain que quelqu'un reste trop longtemps au même poste, dans les mêmes conditions. Toutes les démocraties dans le monde, la classe politique se renouvelle, il faut qu'elle se renouvelle aussi en France.

Patrick Poivre d'Arvor

Sur la politique étrangère, il y avait une question de Christian, je crois sur l'intervention américaine en Iran.

Christian BRUYAS, 58 ans, Saint-Etienne (42), ouvrier dans le bâtiment, marié, 4 enfants

Oui, bonsoir monsieur SARKOZY, le 12 septembre 2006, vous avez rendu visite à George BUSH et vous lui avez évoqué à cette époque, alors que vous étiez, candidat, vous n'étiez pas encore candidat, vous étiez ministre et candidat potentiel, mais pas déclaré, vous lui avez évoqué l'arrogance de la diplomatie française, et le WASHINGTON POST le lendemain ou le surlendemain avait taxé votre intervention de très pro-américaine et avec une rhétorique digne d'un membre de l'administration BUSH. Depuis il s'est passé la non-élection du président américain et lors de votre investiture, du congrès...

Nicolas SARKOZY

La non-élection....

Christian BRUYAS

Du congrès de votre investiture le 14 janvier 2007, vous avez rendu hommage à Jacques CHIRAC en disant que c'était tout à son honneur d'avoir dit non à l'intervention américaine, excusez-moi en Irak. Alors je me pose d'abord une première question : Est-ce qu'il s'agit pour vous, d'une attitude stratégique ou d'un mea culpa qui serait également tout à votre honneur ? J'estime, c'est une première question. Deuxièmement donc vous aviez spécifié que l'intervention en Irak était une erreur, erreur c'est un doux euphémisme, parce qu'on sait que même l'administration américaine reconnaît maintenant que c'est un véritable désastre. Et que dernièrement, on peut lire sur le dernier rapport des services de renseignements américains, on peut le lire sur LE MONDE du 3 janvier, qu'ils estiment que sur un an ou les 18 mois à venir, le chaos va continuer, la guerre civile va continuer entre Chiites et Sunnites et Kurdes, donc vraiment ce n'est pas évident. Ma question importante, pour vous, qui serez peut-être notre président bientôt, il y a des bruits de bottes à la frontière iranienne, les Etats-Unis commencent à préparer leurs navires de guerre. Et pas mal de protection anti-aérienne sur les pays amis, si vous êtes élu président de la République, est-ce que vous, vous opposerez à une éventuelle intervention américaine militaire sur l'Iran ? Sachant que l'Iran contrairement à l'Irak est une République islamiste élue démocratiquement par son peuple et quel est...

Patrick Poivre d'Arvor

Je crois qu'on a bien compris la question...

Christian BRUYAS

Non, mais je crois que c'est très important. Je crois que c'est important dans la mesure où...

Patrick Poivre d'Arvor

Oui, mais il faut être très concis, si on veut que l'invité le soit aussi.

Christian BRUYAS

Où l'Iran soutient le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine et est très présent en Irak auprès des Chiites. Sachant donc que ces gens-là pourraient développer des actions terroristes en Europe et notamment en France ?

Patrick Poivre d'Arvor

Alors la réponse de Nicolas SARKOZY.

Nicolas SARKOZY

Enfin la réponse, il y a un foisonnement de question, d'abord monsieur, le fait que le président iranien ait été élu, ne le rend pas respectable pour autant. Je rappelle que monsieur HITLER a été élu. Deuxièmement que les choses soient très claires, le Hamas a été élu, je ne discuterais pas avec le Hamas et il ne suffit pas d'être élu pour être quelqu'un de respectable. Premièrement, deuxièmement, une intervention militaire en Iran, est-elle possible ? Je pense qu'un pays de 75 millions d'habitants et je pense qu'une annonce de cette nature, ne serait pas judicieuse alors même que les sanctions sur l'Iran sont en train peut-être de commencer à porter leurs fruits. Puisque vous l'avez vu, le président iranien a perdu les élections municipales et je m'en réjouis. Il y a un débat aujourd'hui qui se produit en Iran, parce que l'isolement coûte cher. Donc pas question d'intervention militaire. Deuxièmement monsieur, je mets au défi qui que ce soit, de voir un seul de mes propos ayant cautionnés l'intervention militaire en Irak, ni en 2003, ni en 2004, ni en 2005, ni en 2006. Troisièmement, le président BUSH a été élu des Etats-Unis, le fait que je serre la main du président d'une grande démocratie, ne veut pas dire que j'accepte tous ses choix. Monsieur CHIRAC va aller voir monsieur POUTINE, ce n'est pas parce qu'il lui serre la main, qu'il accepte tous ses choix. Et heureusement, ce n'est pas nous qui choisissons le président des Etats-Unis. Reste la dernière question, est-ce que je nous considère comme des amis des Américains, ma réponse est oui. Pourquoi ? C'est le seul peuple avec les Polonais avec qui nous n'avons jamais été en guerre dans notre histoire, au moment de leur indépendance c'est LAFAYETTE qui était là-bas au nom de la France et quand on en a eu besoin, allez donc en Normandie, voir le nombre de croix blanches où des jeunes américains sont venus mourir, c'est une démocratie, nous sommes une démocratie. Pour autant, je souhaite qu'on parle aux Etats-Unis comme des amis, mais comme des amis on n'est pas obligé d'être d'accord sur tout. Et donc on doit pouvoir leur dire " non. "

Patrick Poivre d'Arvor

Alors pour qu'il n'y ait pas de frustrer ou le minimum en tout cas, une dernière question.

Jean-Claude IMBERT, 40 ans, Clérieux (26), ouvrier cimentier, vit maritalement, 2 enfants

Bonsoir monsieur SARKOZY, je voulais avoir une... vous avez dit que vous vouliez enrayer la drogue qui sert à payer des armes, quels sont vos objectifs pour arrêter ça ? Justement cette drogue qu'on insère dans les veines de nos enfants ?

Patrick Poivre d'Arvor

Une autre question pendant qu'on y est, comme ça, on va pouvoir, monsieur ?

Christophe HERMES, 41 ans, Mettray (37), agent administratif dans le BTP, pacsé pas d'enfant

Bonjour, Christophe HERMES de Tours, voilà donc moi j'ai l'impression qu'on oublie complètement la classe moyenne, on y pense juste avant les élections pour récolter des voix, on y pense après pour mettre la main à la poche voilà alors si on vient de me faire un petit cadeau, 8 % sur les impôts, quelqu'un qui gagne 400 euros, ça lui fait 32 euros de gagner, 2 baguettes et demi est-ce que vous croyez que c'est assez ? Et qu'est-ce que vous pensez faire pour une réduction d'impôts significative prochainement ?

Patrick Poivre d'Arvor

Une troisième question ?

Jean-Claude CARRE, 66 ans, Cestas (33), programmeur/analyste à la retraite, marié 2 enfants

Monsieur SARKOZY, je vous appelais toujours à peu près dans ce sens-là, étant à peu près de la classe moyenne, moi aussi. Je suis surpris qu'étant retraité, c'est-à-dire sans augmentation de pouvoir d'achat, les impôts augmentent toujours. On arrive même maintenant à payer l'ISF grand Dieu nous devenons riches. Non, mais c'est que le patrimoine a été réévalué, surévalué alors que les grandes fortunes qui sont soumises à l'ISF, elles, elles se cassent. Nous, on est là, on est re-taxé, re-surtaxé on nous promettra peut-être une baisse d'impôts, comme aux dernières élections présidentielles, mais je serais quand même content de connaître votre réaction sur ce sujet ?

Patrick Poivre d'Arvor

Alors sur les impôts et sur la drogue ?

Nicolas SARKOZY

Sur la drogue, guerre totale parce que nous sommes de tous les pays d'Europe celui où les jeunes fument le plus de cannabis. L'idéologie héritée de 68 qui a consisté à supprimer l'interdit social sur la drogue est une catastrophe. La notion même de drogue douce est une absurdité, si c'est une drogue, elle n'est pas douce.

Jean-Claude IMBERT

Monsieur SARKOZY si la drogue était légalisée, vous auriez un regard dessus ?

Nicolas SARKOZY

Partout où la drogue a été légalisée, demandez donc aux Pays-Bas et en Espagne, ce fut une catastrophe. En tout cas que les choses soient claires, si je suis élu président de la République, je ne légaliserais pas la drogue, je la combattrais. Mais je veux aller plus loin en parlant de deux choses, le problème du suicide des jeunes, 13 ou 14 000 suicides par an...

Jean-Claude IMBERT

Donc c'est la journée aujourd'hui.

Nicolas SARKOZY

Bien sûr et également des maladies du stress, de la dépression nerveuse, du mal de vivre. Si je suis élu président de la République, je veux donner des moyens à la recherche, je veux spécialiser les services sur ces questions-là et ceux qui sont malades de dépression ou de stress ou de mal-être ou mal-vivre, n'ont pas à être culpabilisés. Ils portent, quand on a une maladie organique, quand on a une fracture, on va chez le médecin pour se faire soigner, quand on est dépressif, parce que la vie est dure, parce qu'il y a de la pression, parce que c'est lourd à porter tout ça. Il faut faire un grand plan national pour aider ces millions de gens à vivre c'est une question d'humanité. Et c'est votre question sur la drogue qui m'y a fait penser. Monsieur...

Patrick Poivre d'Arvor

Sur les impôts maintenant...

Nicolas SARKOZY

Monsieur, je n'ai pas parlé des classes moyennes, excusez-moi, parce que je n'aime pas trop l'expression. Parce que je ne vous vois pas comme la moyenne. La moyenne d'ailleurs qu'est-ce que ça veut dire, je vais me faire attraper après, parce que monsieur la moyenne, vous niez l'existence d'une minorité, en vérité vous êtes suffisamment riche pour payer tous les impôts....

Christophe HERMES

Oui, mais je viens maintenant on presse, dans la classe inférieure...

Nicolas SARKOZY

Bien sûr vous avez peur du déclassement...

Christophe HERMES

Ca y est de plus en plus.

Nicolas SARKOZY

Mais monsieur quand je parle de la France du travail et du travail qui doit payer, à qui je parle si ce n'est à vous ? Quand je me bats, pour que vous puissiez conserver le fruit du patrimoine, pourquoi ai-je proposé la suppression pour 90 % des Français, les droits de succession ? Si ce n'est en pensant à vous. Quand on a travaillé toute sa vie, on a le droit de donner à ses enfants le fruit d'une vie de travail. Alors l'un dit, sur les impôts j'ai proposé le bouclier fiscal à 50 %, qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire que je ne veux pas que l'Etat sur aucun d'entre vous, puisse vous prendre, plus de 50 % de ce que vous avez gagné. Comment on y arrive ? Il faut réduire nos dépenses, quel est le problème qui est posé ? Le problème des effectifs dans la fonction publique, j'ai proposé de ne pas remplacer un départ sur deux, parce que je veux que les fonctionnaires soient mieux payés, mieux formés, mieux considérés, mais on ne peut pas continuer à augmenter le nombre de nos fonctionnaires, alors même que nous avons l'endettement qui est le nôtre et le déficit qui est le nôtre. Et je dis d'ailleurs aux fonctionnaires de France, ceux qui promettent d'embaucher toujours plus de gens ne sont pas ceux qui vous augmenteront. Je préfère moins de fonctionnaires, mieux payés, mieux formés, mieux considérés, mieux respectés, mais il va falloir faire des économies. Et ces économiques sont parfaitement incontournables si on veut baisser les impôts et réduire la dette de la France, parce qu'un pays endetté, c'est un pays qui n'est pas libre.

Patrick Poivre d'Arvor

Nicolas SARKOZY, ça fait exactement deux heures que nous sommes ensemble, vous avez parlé pendant une heure 23, le reste du temps, c'était donc les Français, qui ont pu s'exprimer, il y a des frustrés forcément parce que tout le monde n'a pas pu le faire. Je pense que les questions ont été, on ne peut plus spontanées et sur la drogue que la réponse a été donnée...

Intervenant

Non, parce que non, justement non, parce que...

Patrick Poivre d'Arvor

Je ne vous vois pas, mais...

Intervenant

Bonsoir monsieur SARKOZY, je suis là.....

Patrick Poivre d'Arvor

Monsieur ayez la gentillesse de respecter ceux qui n'ont pas pu s'exprimer c'est la seule chose.

Intervenant

Non, mais c'est sur la drogue, il a...

Patrick Poivre d'Arvor

Sur la drogue, je crois que la réponse a été faite, donc là c'est vraiment une question de démocratie. En tout cas, je voulais vous remercier, Nicolas SARKOZY d'avoir accepté...

Nicolas SARKOZY

Non, je suis désolé de ne pas répondre à toutes les questions, je vais rester bien sûr.

Patrick Poivre d'Arvor

Il va y avoir la possibilité hors antenne de le faire, la possibilité de réagir...

Nicolas SARKOZY

Il y aura un résumé demain.

Patrick Poivre d'Arvor

De réagir également sur notre site " tf1.fr " je vous remercie tous d'avoir joué le jeu, vous d'avoir essuyé les plâtres. La semaine prochaine, lundi prochain ce sera Jean-Marie LE PEN, Marie-George BUFFET, Olivier BESANCENOT et puis ensuite Ségolène ROYAL et puis ensuite François BAYROU et tous les autres. Merci à tous...

Nicolas SARKOZY

Moi, je voudrais vous remercier de m'avoir interrogé comme ça et d'avoir joué le jeu de la démocratie.

Patrick Poivre d'Arvor

Merci, Nicolas SARKOZY, au revoir.


Source http://www.u-m-p.org, le 6 février 2007

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