Interview de M. Hervé Morin, vice-président de l'UDF et président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, à France-Info le 8 février 2007, sur les conditions du débat télévisé de Nicolas Sarkozy à TF1, la situation de la fonction publique et son sentiment sur la campagne électorale pour les élections présidentielles de 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Morin, vice-président de l'UDF et président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale, à France-Info le 8 février 2007, sur les conditions du débat télévisé de Nicolas Sarkozy à TF1, la situation de la fonction publique et son sentiment sur la campagne électorale pour les élections présidentielles de 2007.

Personnalité, fonction : MORIN Hervé.

FRANCE. UDF, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UDF, vice-président

ti : QUESTION - Vous êtes député UDF, vous êtes des lieutenants de F. Bayrou. Alors, on va parler de la grève des fonctionnaires, de la stratégie de votre champion dans cette campagne électorale (...). D'abord, une petite question sur cette affaire : F. Bayrou, s'en prend à TF1, dénonçant le fait que l'émission "J'ai une question à vous poser", soit produite par D. Ambiel. Vous croyez vraiment dans le fond que les questions qui étaient posées par les Français sélectionnés étaient bidonnées ?

Hervé MORIN - On n'a pas dit ça !


QUESTION - Mais c'est ça le fond de la question quand même !

Hervé MORIN - On a fait simplement que, rappeler ce qu'ont dit certains de vos confrères, en l'occurrence, le Parisien Aujourd'hui en France, et le Canard Enchaîné. Que nous disent-ils ? Ils nous disent que, l'émission a été produite par ABPrime, ABPrime, qui est dirigée par D. Ambiel, dont on sait qu'il a été le conseiller en communication de J.-P. Raffarin, qu'il a été obligé de quitter Matignon, et que, depuis cette date il a rejoint le camp de N. Sarkozy. On nous apprend aussi, que F. Tapiro, qui est le conseiller en com de l'UMP, a participé à la mise en scène de cette...et à l'organisation et à la réflexion sur : comment ils allaient monter cette émission. Et, on apprend par ailleurs, pour montrer à quel point tout ça est très neutre, et que, tout ça ne cherche pas à faire plaisir ou pas à N. Sarkozy, c'est que, TF1 sur son site, lorsqu'il a mis en ligne l'émission, a supprimé les deux questions qui posaient problème à N. Sarkozy. Donc, si vous voulez, il y a quand même tout un faisceau d'indices qui nous permettent de nous poser la question, de savoir dans quelles conditions a été organisée cette émission ?


QUESTION - Cela veut dire que F. Bayrou ne participera pas à cette émission ?

Hervé MORIN - Il se pose la question, nous verrons bien le moment venu.

[...]


QUESTION - Les syndicats de fonctionnaires vont manifester aujourd'hui pour leur pouvoir d'achat, contre la diminution des postes dans la fonction publique. Vous soutenez, vous, ces revendications ?

Hervé MORIN - Qu'il y ait un problème de pouvoir d'achat pour tous les Français, qu'ils soient du secteur public ou du secteur privé, c'est une réalité. Qu'on ait à l'heure actuelle une large distribution de pouvoir d'achat dans la fonction publique, il faut reconnaître que l'Etat n'en pas les moyens. Nous sommes aujourd'hui à un déficit d'environ 40 à 45 milliards d'euros, dans l'espace de cinq ans le déficit...l'endettement du pays est passé de 850 milliards à 1200 milliards, et on voit bien qu'il serait criminel de continuer à distribuer de l'argent que nous n'avons pas. Et donc, pour distribuer du pouvoir d'achat à la fonction publique d'ailleurs, comme au secteur privé, il y a une condition préalable à tout cela, il y en a deux. La première, c'est de remettre de l'ordre dans le système public et notamment dans l'empilement des collectivités locales, ces structures...


QUESTION - Cela veut dire réduire les postes ?

Hervé MORIN - Cela ne veut pas dire réduire les postes, ça, c'est la mauvaise démarche. La bonne démarche, c'est de repenser l'organisation et à partir de l'organisation, de réfléchir à ce qu'il faut pour que ce système marche bien. Je prends un exemple : on a multiplié les lois de décentralisations ; les lois de décentralisation ont fait qu'on a transféré des compétences aux collectivités locales. L'Etat n'en a pas tiré les conséquences, ce qui fait qu'on a aujourd'hui, par exemple, cinq ou six services dépendants des collectivités locales ou de l'Etat qui vont s'occuper du développement économique. Ce que nous nous disons, c'est que, au lieu que les communautés d'agglomérations s'occupent du développement économique, les départements s'occupent du développement économique, les régions s'occupent du développement économique, l'Etat dans les préfectures s'occupe du développement économique, et j'en passe, il faut qu'il y ait une collectivité qui soit par exemple en charge du développement économique, et que les autres ne s'en occupent pas. Au lieu d'avoir quatre ou cinq personnes qui vont traiter le même dossier, qu'il n'y en ait qu'une seule.


QUESTION - Vous, en gros, vous voulez réduire le nombre de services sans...

Hervé MORIN - Non ! C'est la conséquence... Vous voyez bien, il y a deux façons. Il y a la façon de stigmatiser la fonction publique en disant, en clair : vous ne foutez rien ! Et puis, il y a la façon de dire : on va réorganiser le système, et tout le monde va en profiter. La fonction publique va pouvoir travailler dans de meilleures conditions, ne pas être soumise à la complexité des structures, les réunions interminables pour des financements divers et variés. Et en même temps, on va avoir un système qui va générer des économies, ça, c'est la première condition. Donc, remettre de l'ordre dans l'ensemble de l'empilement des collectivités et des structures publiques. La deuxième condition pour donner du pouvoir d'achat, c'est qu'on ait de la croissance. Il y a un économiste qui dernièrement a démontré que si nous avions eu seulement la même croissance que les Pays-Bas depuis 1995, Pays-Bas, hein, eh bien nous aurions pu distribuer en pouvoir d'achat, 160 milliards d'euros. Cela représente la bagatelle de 6.000 euros par salarié. Et donc il faut remettre le pays en état de faire de la croissance. Et puis la troisième chose, et j'en ai terminé, il faut que le sommet de la hiérarchie fasse preuve d'exemplarité en la matière. Cela veut dire que,le pouvoir doit montrer l'exemple...


QUESTION - Le pouvoir modeste ?

Hervé MORIN - Par exemple, F. Bayrou propose le budget de l'Elysée de 20%, ou 10 % : "Si moi je suis président de la République, au Gouvernement, il n'y aura que 16 ministres", dit-il.


QUESTION - Parlons un petit peu de cette campagne. Il se passe quand même quelque chose d'étonnant. Vous allez m'expliquer ça, hein. N. Sarkozy, lui, joue l'ouverture vers l'UDF, et dans le même temps, F. Bayrou, lui, tape de plus en plus sur le candidat de l'UMP. Pourquoi ?

Hervé MORIN - Parce que vous voyez bien que on n'est pas pour taper les uns sur les
autres, mais on voit bien que...


QUESTION - Quand même !

Hervé MORIN - Attendez ! Vous avez S. Royal, qui dans un meeting à Paris parle "des puissances de l'argent", et vous avez N. Sarkozy qui, tout d'un coup, découvre les miracles ou les vertus de l'ouverture. On ne fait pas de l'ouverture. On est là pour essayer de rassembler des hommes et des femmes qui sont de la gauche modérée à la droite moderne, qui pensent exactement la même chose, et qui sont dans des camps différents pour essayer de sortir le pays des difficultés dans lesquelles il est.


QUESTION - Alors, ni droite, ni gauche. En même temps...

Hervé MORIN - On est une alternance à nous-mêmes.


QUESTION - ...force est de constater que vous vous attaquez plus aujourd'hui à N. Sarkozy que S. Royal !

Hervé MORIN - Non, mais attendez. Je prends l'exemple d'hier : N. Sarkozy est à Toulon, et fait un discours pour, disons, flatter l'électorat le plus à droite, voire l'extrême droite. La semaine dernière, il nous cite Blum et Jaurès. Est-ce qu'au lieu de prendre les Français par tranche, de les prendre catégorie par catégorie, est-ce qu'on ne pourrait pas parler au pays en communauté de destin ! Parler à la communauté nationale toute entière, plutôt que d'essayer de segmenter les Français comme si c'étaient des populations différentes et qu'on ne vivait pas dans le même pays ! On est déjà un pays éclaté, ghettoisé, qui se parle peu, où de plus en plus, on a le sentiment de l'émiettement du pays. Et ce que moi j'attends d'un candidat à la présidentielle, c'est qu'il parle à la communauté nationale, aux Français dans leur globalité, en leur disant : on est sur le même bateau, et on va vous parler de la même façon, qu'on soit à Toulon, à Brest, ou à Lille.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 février 2007

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