Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, dans "Pèlerin Magazine" le 25 janvier 2007, sur ses propositions électorales, l'Europe, le projet de société libérale et l'adaptation de la législation de l'adoption simple pour les couples homosexuels. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, dans "Pèlerin Magazine" le 25 janvier 2007, sur ses propositions électorales, l'Europe, le projet de société libérale et l'adaptation de la législation de l'adoption simple pour les couples homosexuels.

Personnalité, fonction : BAYROU François, BOYER Paula, ABBUNDO ANTOINE d', LIEVEN Samuel.

FRANCE. UDF, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007; ; ;

ti : Pèlerin Magazine : Si vous étiez élu, quelles mesures mettriez-vous en

oeuvre rapidement pour marquer vraiment votre différence ?

François Bayrou : Vous voyez l'état de la France ? Le déficit, la

dette, le chômage qui touche non pas 2 millions de personnes comme le

disent les chiffres officiels, mais 4 millions, les entreprises qui

s'en vont, les défis climatiques, l'exclusion, l'éducation mise en

cause, tout cela on ne le résoudra pas en continuant comme on l'a fait

depuis 25 ans. Je suis pour un accord politique qui dépasse le clivage

droite-gauche. La guerre perpétuelle UMP-PS, on a déjà donné : 25 ans

d'échecs répétés. Quand l'un est au pouvoir, il défait ce qu'a fait

l'autre, et vice versa. Il faut une période où on mettra les querelles

entre parenthèses et où on travaillera ensemble. En Allemagne depuis

2005, en Autriche depuis janvier 2007, une union nationale s'est

imposée. En France, seule l'élection présidentielle peut permettre de

conduire d'urgence des politiques habituellement qualifiées de droite -

la réduction des déficits publics et de la dette, le retour au travail

- en même temps que d'autres, dites de gauche, comme la lutte contre

l'exclusion ou la défense de l'éducation. Nous avons besoin des unes et

des autres.

Pèlerin Magazine : Pour lutter contre le chômage, préoccupation n° 1

des Français, vous voulez créer des emplois en baissant les charges

sociales. Cette méthode n'est ni neuve, ni efficace ...

François Bayrou : Ce que je propose est très différent ! Et très simple

: chaque entreprise doit pouvoir créer deux emplois nouveaux,

exemptés de charges (sauf 10% de cotisations retraite) pendant cinq

ans, et ouverts à tout type d'emploi, aussi bien à des jeunes diplômés

qu'à des séniors. Testez cette idée auprès d'artisans et de chef

d'entreprise, surtout de petites entreprises, vous verrez leur réaction

et vous comprendrez alors l'extraordinaire gisement d'emplois

disponibles...

Pèlerin Magazine : Mais cela va être très coûteux pour nos finances

publiques, déjà déficitaires !

François Bayrou : Non. C'est le chômage qui coûte cher. Si, comme je le

crois, les chefs d'entreprise créent plusieurs centaines de milliers

d'emplois, nous économiserons les indemnités chômage, si bien que la

mesure s'autofinancera.

Pèlerin Magazine : Dans le passé, des entreprises ont profité des aides

pour créer des emplois qu'elles auraient de toute façon créé...

François Bayrou : L'essentiel, c'est que des emplois soient créés !

Mais, pour soutenir les artisans et les PME, il faut aller plus loin.

Simplifier les règles et les contraintes qui leur sont imposées. Et

aussi leur réserver une partie des marchés publics (la totalité des

contrats inférieurs à 50 000 euros, 20 % sur les autres), à l'image des

procédures instaurées depuis 1953 aux États-Unis par le Small Business

Act. Il faut éviter que les grosses entreprises étranglent les sous-

traitants.

Parallèlement, développons les moyens de la recherche, de 5 % par an de

manière à nous mettre, en dix ans, au niveau des Nations qui

réussissent le mieux. Notre capacité d'innovation et donc les emplois

de demain en dépendent.

Pèlerin Magazine : Faut-il revenir sur les 35 heures ?

François Bayrou : Cette loi est l'une des erreurs les plus graves qui

aient été commises ces dernières décennies, tous les gouvernements

confondus. Aujourd'hui, tout le monde constate que le salaire réel a

baissé, que le travail rapporte moins. Il y a deux causes principales,

la dette publique de la France - pour la rembourser, l'État prélève en

moyenne 2000 à 3000 euros par an à chaque Français - et les 35 heures.

Mais je sais aussi que les 35 heures permettent à beaucoup de femmes

qui élèvent des enfants de trouver un meilleur équilibre. Pour sortir

de ce piège, il faut donner le choix aux Français. Ceux qui veulent

gagner plus, doivent pouvoir travailler plus : Je propose que les

heures supplémentaires reçoivent une prime de 35 % sans qu'elles

coûtent davantage à l'entreprise qu'une heure normale, cette prime de

35% étant simplement défalquée des charge sociales.

Pèlerin Magazine : Les Français s'inquiètent parce que la

mondialisation balaye le modèle social français. Que faire ?

François Bayrou : La mondialisation, personne ne l'empêchera, mais dans

la mondialisation, notre modèle social peut être un atout décisif. La

France peut en profiter si elle sait renforcer le sentiment de

solidarité entre les Français, leur capacité à se serrer les coudes...

Cela, c'est le modèle républicain français. Ce modèle, il faut le

rebâtir et non pas le démolir. Dans toute compétition, l'esprit

d'équipe, c'est déterminant !

Cependant, il faut le savoir : rétablir des équilibres mondiaux en

notre faveur ne se fera que si nous avons une Europe solide pour nous

défendre.

Pèlerin Magazine : Pouvez-vous donner un exemple ?

François Bayrou : Aujourd'hui, la Chine ne respecte pas les règles

d'une concurrence loyale. Les États-Unis et l'Europe devront, tôt ou

tard, faire front ensemble pour demander aux Chinois que leur monnaie

ne soit pas sous-évaluée de 400 % comme c'est le cas aujourd'hui, ce

qui fausse la concurrence...

De même, il faudra bien que ces pays respectent les règles que nous

nous imposons, en matière d'environnement par exemple. De tels enjeux,

nous ne les relèverons pas seuls. Ce n'est qu'ensemble que les pays

européens pourront peser.

Pèlerin Magazine : Pourtant, les Français ont le sentiment que l'Europe

les dessert. L'Europe est-elle une idée dépassée ? Si non, comment la

remettre au service des citoyens ?

François Bayrou : L'idée européenne connaît une crise sans précédent

sans doute, parce que parmi les dirigeants des grands pays, personne ne

la défend. En 2005, lors du référendum sur la constitution européenne,

le "non" l'a emporté pour trois raisons : ce texte était illisible, il

a fait peur ; les Français ont eu le sentiment qu'on voulait leur

imposer un projet de société libéral dont ils ne veulent pas ; enfin,

la prochaine adhésion de la Turquie leur a fait redouter une perte d'

identité.

Que faire ? D'abord réaffirmer que rien ne se fera, jamais, contre les

Français ou sans eux. Si l'on doit adopter un nouveau texte, je prends

l'engagement que ce soit fait par référendum. Il faut répondre point

par point à toutes les craintes, sans les éluder. Expliquer aux

Français les vrais enjeux : sans l'Europe, il n'y a aucun avenir pour

notre projet de société. Sans l'Europe, nous n'aurons aucun moyen de

peser sur les évolutions du monde, que ce soit l'immigration ou l'

attitude de la Chine.

Pèlerin Magazine : Comment comptez-vous procéder pour réduire dette et

déficits publics ?

François Bayrou : Aucun gouvernement ne réussira s'il ne renonce pas à

la facilité d'endetter le pays. Dans la Constitution française devrait

figurer l'obligation de présenter un budget en équilibre, au moins pour

les dépenses de fonctionnement. Il est immoral d'emprunter pour

financer notre train de vie quotidien. Il faut se fixer des priorités :

proposer à l'école et à l'université des objectif ambitieux avec des

moyens supplémentaires. En même temps, il faut redéfinir l'État, l'

alléger, le rendre sobre. Si je suis élu, symboliquement, je réduirai

aussitôt de 20 % le budget de l'Élysée.

Pèlerin Magazine : Et les retraites ?

François Bayrou : Il faut donner aux Français la possibilité de

choisir. S'ils veulent partir tôt, ils auront moins, s'ils veulent une

retraite plus élevée, ils devront travailler plus longtemps. Il faut

l'expliquer. Puis, faire un référendum.

Pèlerin Magazine : En prenant position pour "l'adoption simple" par des

couples homosexuels, n'avez-vous pas cédé au conformisme ambiant et

renoncé à défendre la famille ?

François Bayrou : La famille, j'en suis un défenseur actif. Je suis

marié depuis l'âge de 20 ans et nous avons 6 enfants, 11 petits-

enfants. C'est dire que ma conception de la famille est traditionnelle

et heureuse. Mais, j'ai beaucoup réfléchi. Et j'ai évolué. En prenant

en compte la vie des gens comme elle est -et non pas comme je la

voudrais-, je ne porte en rien atteinte à la famille.

On ne choisit pas d'être homosexuel. Face à cette réalité, je propose

la réponse la plus juste possible, sans mélanger ce qui est de l'ordre

de la loi et ce qui relève de la morale. Les homosexuels qui vivent en

couple ont des problèmes pour transmettre des biens. Ce n'est pas

juste. Je propose un contrat qui leur permette de transmettre leurs

biens au survivant en cas de décès. Quant aux enfants qui sont élevés

par des couples homosexuels et n'ont aucune autre famille (on dit qu'il

y en a 30000), ils ont besoin de sécurité. Ces enfants ont un lien de

filiation avec l'un des membres du couple qui l'élève, et aucun lien

avec l'autre. Et quelle est leur situation en cas de décès du parent

"officiel" ? Pour eux, je propose une adaptation de la législation sur

l'adoption simple, créée en 1924 pour que les orphelins de la guerre de

1914-1918 puissent avoir, lorsque leur mère se remariait, un lien avec

leur beau-père. Il est juste qu'il y ait reconnaissance d'une

responsabilité d'éducation, même en l'absence de filiation. En

revanche, je reste opposé à l'adoption plénière par un couple

homosexuel, car l'enfant aurait alors deux pères ou deux mères, ce qui

est pour moi un risque de confusion grave...

Pèlerin Magazine : Ne bradez-vous votre héritage démocrate chrétien ?

Déjà, votre refus de voir figurer dans le projet de constitution

européenne une référence aux "racines chrétiennes" de l'Europe avait

semé le trouble...

François Bayrou : Que les racines de l'Europe soient chrétiennes, il

suffit d'ouvrir un livre d'histoire pour le mesurer. Mais l'Europe n'

est pas faite que de christianisme : il y a aussi le judaïsme et l'

héritage d'Athènes, de Rome, des Lumières... La religion, pour nous

Européens, c'est de l'ordre de la foi, et la constitution, c'est de

l'ordre de la loi. C'est pour quoi les racines chrétiennes de la

France, qui sont pourtant une réalité, ne figurent pas dans la

Constitution française.

Cela ne signifie pas que la religion soit limitée à l'espace privé. Les

religions s'expriment dans l'espace public, elles défendent leurs

systèmes de valeurs, on doit les écouter, pas leur obéir...Je suis fier

de l'histoire de la démocratie-chrétienne ! Et j'ai la foi. Mais, je

suis aussi un défenseur de la laïcité. Fidèle à ma double vocation, je

n'aime pas le mélange des genres. Je distingue clairement ce qui relève

de la loi et de la foi. En tant qu'homme politique, mon rôle n'est pas

de parler en tant que représentant d'une religion mais en tant que

citoyen. Fidèle à l'Evangile, je pense qu'il faut donner à Dieu ce qui

est à Dieu et rendre à César ce qui est à César !

Pèlerin Magazine : Faut-il réformer la loi de 1905 organisant les

relations des Églises et de l'État ?

François Bayrou : Cette loi permet tout ce dont on a besoin pour créer

des lieux de culte. Il ne faut pas y toucher, ce serait ouvrir la

boite de Pandore ! Je vois ce qui se passe à la surface de la planète !

Il faut défendre nos principes républicains et ne pas prendre le risque

de favoriser les dérives intégristes.

Pèlerin Magazine : Si vous êtes élu, avec qui gouvernerez-vous ?

François Bayrou : Je veux gouverner avec des personnalités de qualité,

de gauche comme de droite, pourvu qu'elles soient compétentes.


Propos recueillis par Paula Boyer, Antoine d'Abbundo, Samuel Lieven

source http://www.bayrou.fr, le 12 février 2007

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