Déclaration de M. renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur l'art lyrique dans le cadre des premières "journées européennes de l'Opéra", Paris le 16 février 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur l'art lyrique dans le cadre des premières "journées européennes de l'Opéra", Paris le 16 février 2007.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Premières journées européennes de l'Opéra à Paris le 16 février 2007

ti : Monsieur le Président de Fedora, cher Federico Mayor Zaragoza,
Monsieur le Président d'Opéra Europa, cher Bernard Foccroulle,
Monsieur le Ministre, Président de la Réunion des Opéras de France, cher Laurent Hénart,
Monsieur le Directeur de l'Opéra national de Paris, cher Gérard Mortier,
Monsieur le Directeur d'Opera Europa, cher Nicholas Payne,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,


C'est un très grand plaisir pour moi d'ouvrir la première journée de ces rencontres européennes de l'Opéra, à l'Opéra national de Paris, dans ce haut lieu européen de l'art lyrique et de la danse, scène dynamique et au formidable rayonnement, qui réunit un orchestre, un choeur et un ballet, parmi les meilleurs du monde, et des techniciens et des personnels administratifs de tout premier plan, pour le bénéfice de plus de 800 000 spectateurs chaque année.

Merci, cher Gérard Mortier, de nous accueillir aujourd'hui dans cette prestigieuse maison, que vous avez à coeur d'ouvrir au public le plus large, pour faire partager aujourd'hui les interrogations permanentes, universelles, que porte l'art lyrique à travers le temps. Nous connaissons tous, ici, votre engagement européen, qui nous a été très précieux pour la préparation des Rencontres pour l'Europe de la culture. L'Opéra national de Paris témoigne de la forte volonté de l'État d'offrir au public le plus large une production lyrique exigeante et diverse, volonté qui s'est concrétisée par la construction, il y a près de vingt ans, d'un outil résolument tourné vers l'avenir.

Les Journées européennes de l'opéra s'inscrivent dans une dynamique qui me tient tout particulièrement à coeur, et qui a inspiré l'organisation, les 2 et 3 mai 2005, des « Journées européennes de la culture ». Nombre d'entre vous y avaient apporté leur fructueuse participation, et notamment le Président José Manuel Barroso, dont le message tout à l'heure témoignera de l'engagement, au plus haut niveau, des instances européennes en faveur de la culture, de la musique et de l'opéra.

Toujours dans ce même esprit, j'avais ouvert, le 22 juin 2005, le « Forum européen des orchestres », organisé par l'Association française des orchestres au Parlement européen de Strasbourg. Cette manifestation avait su mettre en lumière le rôle de nos formations symphoniques dans l'histoire et le devenir de l'Europe.

L'opéra est par excellence un art européen. Sans même qu'on s'en rende compte toujours, il exprime l'essence d'une culture européenne, identité si difficile à trouver à travers la diversité de nos cultures nationales et de nos sensibilités personnelles.

Oui, l'art lyrique exprime avec force l'héritage universaliste et humaniste de l'Europe. Il y a plus de vingt-cinq siècles, déjà, les habitants d'Athènes célébraient leur appartenance à une communauté, par des spectacles convoquant tous les arts, chant, théâtre, musique et danse. De Monteverdi, il y a quatre cents ans, à Dusapin, je vois une exceptionnelle diversité en même temps qu'une véritable communauté et continuité, celle d'une expression artistique permettant une formidable polyphonie de l'art et de l'esprit. Et je ne vois guère d'autre domaine de la culture qui puisse mieux exprimer les assonances comme les dissonances du concert européen. Un concert qui se résonne dans le monde entier.

Je constate également que l'art lyrique attire et inspire les créateurs d'aujourd'hui, dans tous les pays. Oui, s'il est une expression artistique marquée par un glorieux passé, l'opéra est aussi un art pleinement inscrit dans son temps, toujours curieux de l'avenir, constamment ouvert sur les avancées de la recherche et des nouvelles technologies. Bien des créateurs venus d'autres expressions - vidéastes, plasticiens - fréquentent les plateaux des théâtres lyriques.

Ainsi la définition de l'opéra comme un « art total » reprend-elle toute sa vigueur et tout son sens aujourd'hui, car à nouveau, il interroge les créateurs en dépassant les frontières, aussi bien géographiques qu'artistiques. C'est l'art du décloisonnement, des correspondances, par excellence. Il se joue de toutes les frontières artificielles que les hommes s'échinent à ériger. Il aspire à l'universalité.

En un mot, l'Opéra, c'est l'Europe !


Et je tiens à l'affirmer devant vous, qui avez rejoint nombreux la pétition lancée par Bernard Foccroulle, Directeur général du Théâtre royal de la Monnaie, Directeur général du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, musicien, compositeur, dont nous connaissons tous le profond engagement européen. C'est lui qui est à l'origine de l'appel des 1000 pour une Europe de la culture, relayé il y a deux ans, à Paris, à la Comédie Française, qui avait constitué une formidable interpellation des créateurs, des artistes et des intellectuels, adressée aux responsables politiques : il est temps de refaire l'Europe ! il est temps de faire l'Europe de la culture.

Tout au long de mes trois ans au service de ce ministère, hanté par la rapidité des événements, je n'ai eu cesse de travailler à ce dessein pour répondre à votre appel.

Dans quelques semaines, le 25 mars, nous commémorerons les 50 ans du Traité de Rome.

Je souhaite, par-delà les clivages partisans, que nous puissions oeuvrer ensemble à la construction d'un grand espace culturel européen capable de porter dans le monde les valeurs qui sont les nôtres depuis que le théâtre grec a fait naître la démocratie.

Il y a quelques jours à Berlin, j'ai demandé à tous mes collègues ministres de la culture de soutenir auprès de la présidence allemande la nécessité d'inscrire dans la déclaration qui sera adoptée par les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, le 25 mars prochain, un paragraphe qui inscrive la nécessité de fonder le projet politique européen sur une ambition culturelle ! J'ai besoin de vous. J'ai besoin que vous soyez les relais de cette idée auprès des responsables politiques de tous les États membres de l'Union européenne. Car une telle ambition ne se réalisera pas en un jour. Elle demandera des années et des années pour que nous trouvions l'équilibre nécessaire entre la force de l'identité et le respect des diversités.

Tout au long de mes responsabilités à la tête de ce ministère, je me suis efforcé d'agir au service du dessein européen qui est l'une de mes convictions les plus profondes.

Je suis fier d'avoir contribué à l'adoption par l'UNESCO, à la quasiunanimité de la communauté internationale, de la convention sur la diversité culturelle. C'est grâce à la mobilisation et à l'unité des Européens que cette convention a pu être adoptée dans des délais extraordinairement rapides. Et je tiens à rendre hommage à l'action personnelle du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Avec cette convention, nous avons désormais en Europe une charte commune pour agir dans le domaine culturel. Il y aura, dans les affaires européennes, un avant et un après en ce qui concerne la diversité culturelle. J'en veux pour preuve, pour mon pays, la validation du système d'aides au cinéma que nous n'aurions pas obtenu sans l'adhésion de la Commission européenne à la Convention sur la diversité culturelle. Qui sait si demain, cette même convention n'aidera pas les opéras à mieux garantir leurs aides publiques face au risque d'une application mécanique du droit de la concurrence ?

Je suis fier également, à cette réunion de Berlin, d'avoir, avec mes collègues hongrois, espagnol, italien, polonais et grec, obtenu la création d'un label européen du patrimoine sur le modèle du patrimoine mondial de l'humanité consacré par l'UNESCO. J'apposerai, en France, les premières plaques de ce label en mars, pendant que mes collègues italien et grec le feront sur le Capitole et sur l'Acropole ! En à peine deux ans, dans l'élan des rencontres de l'Europe de la culture, nous aurons réussi, à plusieurs, à créer des règles de classement communes, et à lancer une liste qui, je l'espère, permettra, d'ici un siècle, de repérer et protéger, ensemble, sous le regard de tous nos peuples, l'essence du patrimoine européen, qu'il s'agisse des lieux de mémoire ou des lieux de création. Car ce label s'adresse aussi à vous, maisons d'opéra, maisons d'hier et d'aujourd'hui !

Je suis fier enfin d'avoir participé aux débuts d'une aventure que j'espère prometteuse, comme le fut l'union des Européens dans la conquête de l'espace autour de la fusée Ariane. Je pense à la Bibliothèque numérique européenne et à ce magnifique outil de démocratisation culturelle que représente la Toile. Je souhaite que les Européens s'associent pour diffuser en ligne tout le savoir que contiennent leurs bibliothèques publiques, et qu'ils le fassent dans la multiplicité de leurs langues, qui reflète si bien la diversité de leurs cultures.

Loin de moi l'esprit de satisfaction. Nous avons tant de choses encore à faire, pour faciliter la mobilité des oeuvres et des artistes. Après le label européen du patrimoine, j'aimerais participer à d'autres initiatives. J'aimerais, par exemple, créer un réseau européen des librairies, sur le modèles des salles d'art et d'essai réunies dans EuropaCinéma. Ce réseau des librairies européennes serait un label de qualité, décerné aux maisons dont l'offre est majoritairement européenne et qui choisissent de favoriser la traduction, un thème que vous connaissez bien puisque cette question de la traduction - « la langue de l'Europe », selon le joli mot d'Umberto Eco - se retrouve dans la plupart des disciplines artistiques qui recourent à la langue.

Je voudrais aussi que les Européens s'associent pour lancer ensemble un forum mondial de la culture, une sorte de « Davos » de la culture, qui réunirait artistes, dirigeants économiques et responsables politiques. C'est par une réunion de ce type que nous pourrions convaincre les sociétés civiles européennes des enjeux économiques et stratégiques de la culture.

Je suis convaincu enfin que la circulation des oeuvres et des artistes dépend très largement de la programmation culturelle des chaînes de télévision. C'est pourquoi j'appelle de mes voeux la réunion, tous les ans, sous présidence européenne, des ministres de la culture de l'Union européenne et des responsables de l'audiovisuel public, pour réfléchir à une meilleure programmation des événements culturels européens à la télévision. Et je souhaite que cette réunion annuelle conduise à la création d'un événement symbolique fort qui pourrait être une nuit de la culture européenne, comme il existe déjà une nuit des musées. Très simplement, il s'agirait dans mon esprit que toutes les télévisions publiques européennes présentent la même nuit toutes sortes d'images de leurs choix, d'événements culturels qui pourraient être organisés à travers l'Europe, à l'occasion des journées européennes du patrimoine, dont on sait qu'elles connaissent un immense succès auprès du public.

Vous êtes des hommes et des femmes de l'art ! Vous êtes des hommes et des femmes d'imagination ! Prenez le pouvoir ! L'Europe de la culture ne peut se faire sans vous.


Permettez-moi, pour terminer, de rendre hommage à la Réunion des Opéras de France, qui a lancé l'opération « Tous à l'Opéra ! », dont Nathalie Dessay a accepté d'être la marraine.

Ce sont ainsi 25 maisons, en France, qui ouvriront, demain, très largement leurs portes, pour des répétitions publiques, des projections de films, des visites, des ateliers et des dialogues avec des artistes ou des techniciens.

Tous les publics pourront, au cours de cette journée exceptionnelle, découvrir les multiples facettes et la richesse d'un art servi par plus d'une centaine de métiers différents. Dans notre pays, aujourd'hui, ce sont en effet quelque 6500 professionnels (chanteurs, danseurs, musiciens, techniciens, couturiers, éclairagistes, maquilleurs, régisseurs, administrateurs) qui oeuvrent pour la vie et le rayonnement de l'art lyrique, sur scène, en coulisse ou dans divers ateliers.


Je remercie chaleureusement l'association Opera Europa, la fédération européenne des amis de l'Opéra, Fedora, le réseau éducatif européen Reseo, et l'Opéra national de Paris, qui sont les chefs d'orchestre de ces « Journées européennes de l'opéra ».

Je serai très attentif au résultat de vos trois journées de travail et de réflexion, qui réunissent quelque 600 représentants parmi les plus éminents et les plus compétents du monde lyrique international.

Je tiens enfin à exprimer ma reconnaissance aux mécènes, présents eux aussi, dont l'engagement dans le domaine lyrique est un facteur indispensable de développement et de décloisonnement.

J'adresse un salut particulièrement cordial et chaleureux aux jeunes « ambassadeurs de l'opéra » venus de divers pays pour exprimer leurs idéaux et leurs attentes, leurs expériences, et peut-être leurs craintes, leurs interrogations, au sujet de cet univers fascinant, qui est désormais le leur.

L'opéra est un langage irremplaçable pour conforter, au coeur de l'Europe en devenir, une culture commune, une culture citoyenne, une culture populaire d'excellence.

Je vous remercie. Je vous souhaite trois journées d'échanges fructueux, à l'issue desquels je serai très heureux de vous accueillir, dimanche en fin d'après-midi, dans les salons du ministère de la culture et de la communication.

Source http://www.culture.gouv.fr, le 20 février 2007

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