Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur l'Europe et la protection de l'environnement, Metz le 27 février 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur l'Europe et la protection de l'environnement, Metz le 27 février 2007.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

Circonstances : Déplacement de François Bayrou à Metz le 27 février 2007

ti : Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la foule que nous formons tous ensemble ce soir pour comprendre que, en effet, dans deux mois et deux semaines, la France aura changé.

Dans deux mois et deux semaines, la décision du peuple français, du peuple souverain français, aura, et j'en suis sûr, profondément changé le paysage politique de notre pays et démenti les pronostics qui, il y a quelques semaines encore, annonçaient que tout était réglé à l'avance.

On vous disait que cette élection, au fond, c'était très simple, on allait faire directement le deuxième tour, que le premier tour était absolument inutile, on annonçait que tout était réglé à l'avance et, peu à peu, d'abord comme une perspective éloignée, désormais comme une certitude, les Français découvrent que le résultat ne sera pas celui qu'on leur prédisait, ils ont décidé eux-mêmes d'imposer, dans cette élection présidentielle, leur volonté et leur volonté profonde de changement.

Alors vous aurez aperçu bien entendu que cela donne lieu, depuis quatre ou cinq jours, à de très importants remous, à des attaques de toute nature venues d'un bord et de l'autre et du troisième, des feux croisés. Finalement, entre Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Jean-Marie le Pen, il y a un point commun désormais, c'est la volonté de nous abattre.

Et ils expliquent bien entendu, naturellement... alors là, les chapelets d'accusations et d'injures pleuvent.

Mes chers amis, ces attaques sont les plus normales, c'est la réaction la plus habituelle, c'est ce que l'on pouvait attendre de mieux, ces attaques sont une reconnaissance et elles disent quelque chose de très simple, c'est que ces candidats, comment dirais-je, du paysage politique habituel, désormais, ont peur. Ils ont mobilisé des comités, des voltigeurs, des snippers, des tireurs de listes, des faiseurs de petites phrases, des présentateurs d'insinuations, parce qu'ils sentent que leur situation établie ne l'est plus.

Ils ont compris que ce qui est, qui était en train de se passer, ce qui est en train d'apparaître, c'était la mise en cause de leur confort, des situations qui étaient les leurs réservées et qui, pour deux d'entre eux, leur réservaient, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, le PS et l'UMP, le monopole de l'éligibilité et qui, pour le troisième, Jean-Marie Le Pen, lui réservait le monopole de la contestation.

C'était la situation la plus confortable que l'on pouvait imaginer. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy étaient assurés d'avoir 50 % de chance d'être élus et, s'ils avaient des craintes, il restait Jean-Marie Le Pen et, là, c'était sûr, il suffisait d'agiter son nom pour que les voix, en foule, on appelait cela le vote utile, se précipitent chez les deux candidats officiels. C'était ceinture et bretelles.

Eh bien, mes chers amis, il se trouve que, parce que nous l'avons proposé et que les Français l'ont choisi, la situation est en train de changer du tout au tout et que, de 8 à 10, de 10 à 12, de 12 à 15, de 15 à 17, de 17 à 19, bientôt à 20 ou 21, les Français ont décidé d'imposer un candidat, une proposition et un projet politique qui allaient répondre à leurs attentes.

Je suis très fier que nous ayons conduit ce combat, mais ce combat, je veux le rendre, ce mouvement, je veux le rendre à ceux qui en sont les véritables auteurs que sont les citoyens français. C'est eux qui, depuis des semaines, des mois ont saisi toutes les occasions pour montrer que la politique comme on la leur proposait ne leur convenait pas. Les citoyens français, depuis des semaines, des mois et des années, chaque fois qu'ils en avaient l'occasion, montraient ce qu'étaient leurs réserves et leurs réticences. Au fond, ils traduisaient une aspiration à voir la volonté politique s'exprimer à nouveau pour notre pays et dans notre pays. Ils attendaient que quelqu'un leur propose de dépasser les vieux clivages pour conduire, pour notre pays, une oeuvre de redressement national dont ils sentaient bien que nous avons le plus grand des besoins.

C'est de cette oeuvre de redressement national dont je veux vous parler. C'est de ce projet que nous avons à conduire ensemble dont je veux vous dire un mot. Je veux que, ensemble, nous mesurions les défis que nous avons devant nous et la manière de les relever et je trouve que la journée que j'ai passée à Metz, Nathalie, sous ta conduite, avec votre présence, traite, au fond, de deux chapitres tout à fait essentiels de ce que nous avons à vivre. Tout à l'heure, je suis allé visiter une nouvelle fois, cela doit être la sixième ou la septième dans ma vie, la maison de Robert Schuman à Scy Chazelles.

C'est, pour moi, chaque fois que je franchis le seuil de cette demeure lorraine, chaque fois que je vois le jardin modeste, potager et d'agrément, où méditait Robert Schuman, chaque fois que je vais m'incliner sur sa tombe dans la petite chapelle qui est à côté de sa maison, je ressens un immense mouvement de gratitude à l'égard de cet homme. Je lui suis si profondément attaché que c'est la seule photo que j'ai jamais eue dans mon bureau, la photo de Robert Schuman et, chaque fois que je le regarde, sur cette épreuve photographique, je vois quel homme profond et juste il était.

Pour moi, Robert Schuman est une référence en politique, non pas un modèle, parce que c'est quelqu'un qui appartient à l'immense catégorie des hommes de l'Histoire, mais je vois ces deux traits dont le mélange fait une personnalité hors du commun pour l'Histoire de notre temps.

Le premier trait est une immense modestie, une immense humilité. S'il y a quelqu'un qui n'a jamais apprécié, ni même recherché, les ors de la République comme l'on dit, les signes extérieurs du pouvoir, les majestueux cortèges, les voitures, chauffeurs, gardes du corps de toute nature qui sont l'apanage du pouvoir aujourd'hui, s'il y a quelqu'un qui, au contraire, a voulu la vie humble, la vie modeste dans sa maison, prenant le train avec sa serviette et, dans la serviette, un sandwich entouré de papier sulférisé, préparé par la fidèle Marie qui s'occupait de lui et qui était sourde d'ailleurs. Il montait à Paris avec sa serviette et son sandwich et, à côté du sandwich, il y avait les textes les plus importants qui concernaient l'histoire de la France, de l'Europe et, au fond, de l'Humanité, dans la même serviette.

Dans le train, il corrigeait le texte de l'appel de mai 1950 et, plus tard, les textes qui ont préparé le Marché commun, la grande aventure européenne.

Cette immense humilité, accompagnée de cette immense vision... Si je devais faire le portrait de l'homme d'État ou de l'homme d'Histoire idéal, j'inscrirais ces deux traits: humilité dans sa vie et vision pour la politique et pour son pays, vision qui ne se laisse détourner par rien, qui propose, qui va jusqu'au bout des projets qui vont changer jusqu'à l'âme d'un peuple.

Est-ce que vous vous rendez compte ? Oui, vous vous rendez compte mieux que moi, ce que c'était en Moselle, en 1950, que de dire : nous allons bâtir une maison commune avec l'Allemagne, nous allons, en Moselle, partager désormais le charbon et l'acier. Le charbon et l'acier pour lesquels on s'était fait la guerre, trois fois, en quelques décennies et, une fois, cela avait été une défaite militaire avec le changement des frontières qui allaient avec et, la deuxième fois, il s'était agi du carnage le plus sanglant que l'Humanité a connu depuis qu'elle est Humanité.

Un carnage délibéré, j'en parle comme un enfant des Pyrénées, pas comme un homme ou une femme des marches de l'Et, comme vous êtes.

Dans mon petit village au pied des Pyrénées, il y a un monument aux morts et, sur ce monument aux morts de la guerre de 1914, il y a trente-six noms et le village comptait 350 habitants, trente-six garçons, soit plus de 10 % de la population du village qui sont venus se faire hacher par les balles allemandes ou les éclats d'obus.

J'ai connu, non pas de réputation, mais moi qui vous parle, des femmes nombreuses qui n'ont jamais trouvé à se marier, parce que tous les garçons étaient morts. J'ai été élevé en partie par une vieille dame qui était couturière. Elle avait, par une maladie, perdu un oeil et, de surcroît, elle boitait. Moi, je la trouvais très jolie quand j'étais enfant. Elle s'appelait Trézia. Elle était, au moment de la déclaration de la guerre en 1914, fiancée avec un jeune garçon du village.

Ce garçon a été tué en 1916. Alors, elle a porté le deuil. Puis, un an et demi après, elle s'est fiancée à nouveau avec le frère de ce garçon et, trois semaines après ses fiançailles, il a été, lui aussi, tué à la guerre et elle a fini par épouser vingt ans après, le père de ces deux garçons devenu veuf.

Voilà quelle était la vie des villages quand le maire venait frapper à la porte et que l'on savait, à voir ces yeux, que c'était pour dire que le garçon était parti et qu'il ne reviendrait jamais.

La plus effrayante tuerie que le monde a jamais connue, voulue délibérément par les états-majors, parce que l'idée était que, cette fois-ci, on allait régler définitivement les comptes avec l'ennemi, celui qui était de l'autre côté du Rhin et que l'on allait régler les comptes, hélas en tuant ces garçons.

Et puis, après l'armistice, après le traité de Versailles, il n'a pas fallu attendre beaucoup plus de vingt ans pour que, cette fois-ci, on aille encore plus loin et que l'on ne se satisfasse pas de tuer les hommes. On a voulu tuer même une certaine idée de l'Humanité. Et cela était le nazisme avec la suite que vous savez et que nous savons tous, comme une tâche à jamais sur l'histoire de l'Humanité.

Et voilà que, cet homme-là, de ce côté ou de l'autre côté, selon la position des frontières, celui que, à l'Assemblée Nationale, on a insulté, parce qu'il était à la tribune, en le traitant de Boche -vous vous souvenez de tout cela-, cet homme-là a dit : "Il ne suffit plus de faire la paix, il faut aller encore plus loin, si nous voulons que la paix soit définitive et que l'on oublie jusqu'aux souvenirs de la haine qui nous faisaient nous faire la guerre" et il a proposé, pas seulement de faire la paix, mais de bâtir une maison commune.

Vous vous rendez compte ce qu'il fallait à Jean Monnet et à lui de courage, de vision et de volonté de porter plus loin l'histoire de leur pays, de volonté de dépasser les contingences, les intérêts électoraux, de porter plus loin ce que les hommes ont de bon en eux ? C'est, pour moi, quelque chose de très important.

Il y a, au fond, deux sortes de politique et vous les observerez avec cette idée : les politiques dont le but est de se servir, pour leur promotion, de ce que les hommes ont en eux de jaloux, de mesquin, de bas, de mauvais -nous en avons tous- et les politiques qui, au contraire, ont décidé de se mettre au service de ce que les hommes ont en eux de haut, de grand et de généreux. Cela amène à ne pas parler de la même manière et cela conduit à ne pas proposer les mêmes choses.

Naturellement, comme vous l'avez compris, il est plus facile de se faire des succès en excitant ce que les hommes ont en eux de moche, l'envie de montrer quelqu'un du doigt, l'envie de chercher des boucs émissaires, l'envie de se regrouper contre quelqu'un ou contre quelque chose. C'est plus facile, mais cela va moins loin et, surtout, cela ne donne jamais de bons fruits.

Je ne connais aucune politique fondée sur ces sentiments de jalousie, de méchanceté, aucune de ces politiques qui ait jamais réussi, jamais. On ne peut pas en trouver une seule qui ait réussi.

Ainsi, ceux qui veulent vraiment, le service, l'action politique au service de leurs concitoyens, sont toujours tirés vers le haut. C'était le cas de Robert Schuman et c'était le cas de la plus formidable histoire que des hommes aient construite depuis le début de l'Humanité. Je dis cela pour les plus jeunes qui sont très nombreux et que je suis heureux d'accueillir.

Depuis qu'il y a des hommes sur cette terre, jamais on a conçu une aventure, une entreprise historique comme l'entreprise historique européenne, jamais. Ce n'est pas la mode de dire cela aujourd'hui, comme vous l'avez compris.

Aujourd'hui un candidat qui parle de l'Europe dans un meeting, on a tendance à le regarder avec un sourire de commisération, mais, moi, je sais qu'ils en parlaient, parce que c'est la grande question de notre avenir.

Jamais, depuis que l'Humanité est Humanité, il n'y a eu des peuples qui ont décidé de mettre en commun ce qu'ils avaient de plus précieux après s'être fait tant de fois la guerre.

Très souvent, je pense au Proche Orient. Je pense à cette terre déchirée. Très souvent, je pense à cette guerre qui paraît ne jamais finir, autour de Jérusalem et autour de l'eau. Et, très souvent, je me dis que, peut-être, verrons-nous le jour où, sur cette terre, là aussi, on aura décidé, plus seulement de faire l'armistice, mais d'aller plus loin et de se construire une maison commune.

D'une certaine manière, ce jour-là, il y aura un peu de Robert Schuman dans cette formidable et magnifique espérance que nous verrons renaître.

On a donc vu Robert Schuman et, en s'inclinant sur l'endroit où dort Robert Schuman, dans ce magnifique endroit, un journaliste, alors que nous nous recueillions dans cette chapelle, m'a dit : "Mais est-ce que vous ne pensez pas que Robert Schuman devrait être au Panthéon ?"...

Je dis : "Mon Dieu ! Si j'ai quelque chose à dire, il mériterait d'être au Panthéon, mais, par pitié, qu'on le laisse là, dans un des plus beaux lieux que l'on puisse imaginer pour dormir".

Je pense souvent à ce pauvre Alexandre Dumas, amateur de la vie, il dormait dans un petit cimetière, presque campagnard. On est allé le chercher pour le mettre au Panthéon. Ce qu'il doit s'ennuyer dans les murs du Panthéon !

Je me fais beaucoup d'ennemis en disant tout cela, mais, enfin, j'en ai déjà un certain nombre, donc ce n'est pas grave d'en ajouter quelques uns pour la bonne cause !

En tout cas, je promets, si je suis élu président de la République, que je ne proposerais pas que Robert Schuman aille au Panthéon, je proposerais qu'il continue à dormir à Scy Chazelles.

Vous voyez donc l'amour de la terre de Moselle qui me porte.

À côté de nous, il y avait un homme qui, comme jeune garçon, a été l'ami, le proche, le collaborateur de Robert Schuman, c'était Jean-Marie Pelt.

Après cette rencontre avec Robert Schuman, c'était la rencontre avec Jean-Marie Pelt. Les deux hommes étaient liés d'amitié, une communauté comme cela qui a traversé le temps.

J'ai trouvé qu'il y avait là des signes, car Jean-Marie Pelt, je le dis pour les quelques uns d'entre vous qui l'ignoraient, c'est, j'allais dire, le pape -il m'en voudrait-, c'est l'une des personnalités, j'allais dire, la personnalité la plus respectée dans le monde de l'écologie française, européenne et internationale. C'est le président de l'Institut écologique européen installé à Metz. C'est un très grand botaniste, un très grand pharmacologue de l'Université de Metz qui en est très fière.

Cet homme a porté, dans toute la vie scientifique de notre continent, l'idée qu'il fallait défendre la biodiversité, l'idée, d'abord, qu'il fallait être en alerte quand de grandes menaces venaient. Il a été, en 1972, de ceux qui ont annoncé le drame de l'amiante et il a fallu vingt-cinq ans pour que l'on prenne les décisions qui s'imposaient pour que l'amiante cesse d'être utilisée, faisant, comme un rouleau compresseur, quelque chose comme 3 000 morts par an dans notre pays.

En 1972, Jean-Marie Pelt et ses amis avaient averti de ce qui allait se passer et, pendant vingt-cinq ans, les gouvernements ne voulaient rien entendre.

Je trouve que cet exemple, mais pas seulement celui-là, parce que je pourrais utiliser le même exemple pour l'amiante, pour le sang contaminé, pour l'hormone de croissance pour les maladies diverses et variées que l'on a vu se développer ces dernières années, est une tragédie. Que les gouvernements, peut-être on verra cela pour les OGN, ne puissent pas être placés devant leurs responsabilités et que qu'on ne les oblige pas à prendre des décisions à temps devant l'opinion publique.

Voilà pourquoi j'ai dit que, si je suis élu Président de la République, je mettrai en place une autorité indépendante qui sera chargée de donner l'alerte chaque fois que l'on verra naître ou venir de loin un grand problème de santé publique ou d'environnement, que les citoyens pourront saisir, que les scientifiques pourront saisir et qui ne laissera plus jouer le jeu de "On ne sait pas bien, on n'a pas de preuves scientifiques", autrement dit une autorité scientifique indépendante qui mettra les gouvernants devant leurs responsabilités chaque fois que nécessaire.

Cela, c'est un grand progrès, parce qu'on ne pourra plus éluder les choses, je me souviens très bien avoir vécu les mois qui précédaient l'explosion de cette immense affaire du sang contaminé. Je me souviens très bien de ce que disaient les milieux gouvernementaux. Ils disaient : "Mais, on n'a pas de preuves. Il y a des gens qui s'inquiètent, c'est pour rien". Il y avait naturellement de grands intérêts derrière tout cela, comme pour l'amiante, de grands intérêts qui disaient : "S'il vous plaît, ralentissez", avec toutes les bonnes raisons économiques possibles, mais, pendant ce temps, hélas ! d'autres étaient victimes.

Donc, je veux changer cela aussi.

La manière dont on peut saisir les gouvernants, de grands problèmes de santé publique, d'urgence, d'environnement, devant lesquels ils devront prendre des décisions et les assumer devant l'opinion publique.

En 1972, donc, Jean-Marie perte s'occupe d'amiante et, après, il est de ceux qui, parmi les premiers, commence à dire : "Attention, il se passe quelque chose d'extrêmement grave du point de vue du climat. On est devant un problème dont l'ampleur a été jusqu'à maintenant complètement sous-estimée".

J'ai commencé à travailler sur ces problèmes du climat il y a cinq ou six ans, parce que, comme tout le monde, j'avais, présente à l'esprit, l'idée que, des variations climatiques, il y en a déjà eu dans l'histoire de l'Humanité.

Chez nous, dans les Pyrénées, nous avons des carrières de sable et, dans ces carrières de sable, on trouve pléthore de noix de coco fossiles. Ce sont des masses brunes, ce sont des noix de coco fossiles, chez nous, dans les Pyrénées.

Alors, c'est très au sud, naturellement, mais quand même ! Dans ce pays qui -naturellement la Moselle et la Lorraine exceptées, l'Est excepté ! et l'Est le plus beau pays du monde !, mais je ferme la parenthèse, je vous laisse avec plaisir le bénéfice- est le deuxième plus beau pays du monde après la Lorraine, la Moselle et l'Est, donc, chez nous, on a eu un climat tropical et, à quelques centaines de mètres de ces carrières de sable, il y a les restes d'immenses moraines glaciaires. Nous avons donc eu aussi des grandes glaciations. Il y a eu tout cela.

Je pensais naïvement, comme beaucoup de gens, que, peut-être, nous étions devant des phénomènes qui étaient des phénomènes de cycles climatiques. Au Moyen-Âge, il y a eu une petite période glaciaire, comme l'on dit, avec les glaciers du Mont Blanc par exemple qui s'étendaient évidemment infiniment plus loin que maintenant.

J'ai donc voulu rencontrer les scientifiques, les associations. J'ai fait des dizaines de réunions de plusieurs heures, en secret, en tout cas discrètement avec Greenpeace, le Monsieur à qui les renseignements généraux se sont intéressés récemment !

Avec Bruno Rebelle, on a fait cette réunion et j'ai rencontré d'autres scientifiques, de très brillants et très rigoureux hommes et femmes, et tous m'ont dit : "Nous sommes arrivés à la conclusion que ce qui se passe aujourd'hui ne ressemble pas à ce qui s'était passé dans les périodes précédentes où le climat avait connu des plus et des moins. Ce qui se passe aujourd'hui est impressionnant et terrifiant".

À ce moment-là, ils sortaient deux courbes qui étaient, à dix ans près exactement parallèles et ces deux courbes, c'était celle de l'émission des gaz à effet de serre dans l'atmosphère et celle de l'augmentation du climat.

Ces deux courbes disent quelque chose de très simple : le réchauffement auquel nous assistons, c'est notre responsabilité. Ce sont les activités humaines, les millions de tonnes de pétrole, de gaz et de charbon que nous brûlons dans nos moteurs, dans nos usines, qui rejettent, dans l'atmosphère, des gaz, qui piègent le rayonnement et font monter la température sur la terre et la font monter comme cela.

Cela veut dire que, d'ici quelques dizaines d'années, peut-être moins, si nous ne faisons rien, l'Humanité, pas notre coin de terre, l'Humanité, la race humaine, va être devant un risque qui la concerne comme espèce. C'est alors que l'on comprend, tout d'un coup, que ces problèmes de biodiversité, les plantes qui disparaissent, ces problèmes nous concernent aussi, car nous sommes une espèce comme les autres.

Il est vrai que nous sommes responsables avec les activités, les millions de millions de tonnes que nous avons brûlées et que nous rejetons. Vous savez ce que sont le charbon, le pétrole, le gaz, ce sont des matières vivantes accumulées sur la planète au travers des millions de siècles, qui se sont décomposées et qui ont formé, avec de la pression, ce carbone fossile.

Si nous sommes responsables, alors nous devons choisir l'attitude que nous allons suivre : ou bien nous allons faire comme ces gens qui ce mettent un bandeau sur les yeux pour ne pas voir la réalité et, à ce moment-là, nos enfants nous regarderont, croyez-moi, d'un drôle d'oeil, ou bien nous décidons qu'il faut que nous nous en occupions.

J'ai été parmi les premiers à signer le texte de Nicolas Hulot et je trouve qu'il a bien fait de mettre ce sujet dans l'actualité de la campagne présidentielle et, évidemment, depuis quinze jours ou trois semaines, depuis que tout le monde a signé, personne n'en parle plus. Moi, je suis décidé à en parler et à continuer à imposer ce sujet dans la campagne présidentielle.

Je veux vous dire ceci : parmi les tâches que je considère comme des missions du Président de la République, celui où celle qui sera élu en 2007, il y a ceci. Il lui revient, en tant que Président de la République française, de dire aux autres peuples de la planète que nous avons une responsabilité en commun et c'est un langage qui engage les politiques de tous les pays, parce que, jusqu'à maintenant, disons la vérité, qu'est-ce qui pollue ? Ce sont les pays riches.

Qu'est-ce qui ne pollue pas ? Ce sont les pays pauvres.

Pourquoi ? Parce que c'est nous qui avons les usines, c'est nous qui avons les transports en commun, c'est nous qui avons les avions, c'est nous qui brûlons, dans nos moteurs, cette énergie qui dormait depuis des millions de siècles. C'est notre responsabilité.

Il faut que vous mesuriez que, quand les États-Unis polluent 25, l'Europe, hors la France, pollue 15, la France pollue 10, parce que nous avons des centrales nucléaires et que le nucléaire fait des déchets, mais ne rejette aucun gaz à effet de serre, puis l'Inde pollue 3, la Chine pollue 2 et un pays africain pollue moins de 1. Il y a un rapport de 1 à 25 entre les plus pauvres et les plus riches.

Évidemment, lorsque l'on va poser cette question devant la communauté de tous les États de la planète, à ce moment-là il sera très important d'expliquer que, bien entendu, on ne peut pas laisser dans le sous-développement des dizaines de millions de personnes, simplement parce que, nous, les riches, nous devons continuer à polluer pour avoir l'agrément dans notre vie. Ceci est une question pour les chefs d'État internationaux, les chefs d'État de tous les pays de la planète.

Le Président de la République française a, dans cette réflexion, une responsabilité particulière et nous devons être exemplaires. Il y a en effet un certain nombre de choses à faire du point de vue des économies d'énergie, du point de vue mettre un peu moins de transports sur les routes et en mettre un peu plus sur les trains et sur des péniches, peut-être, un jour, réfléchir à la manière dont on brûle le carburant dans des avions, peut-être réfléchir à la manière dont il faut que l'on oblige à faire des économies d'énergie, tout le monde, que c'est notre intérêt à tous et ce n'est pas difficile de faire des économies.

Je vous donne un exemple très bête et très simple, pas du niveau d'une campagne électorale présidentielle -enfin, vous mettrez cela sur le compte de la fatigue !- : ceux d'entre vous qui ont, dans leur voiture, il y en a beaucoup, un indicateur de consommation instantanée, je vous propose de comparer 1 000 kilomètres faits avec l'indicateur de consommation instantanée branché devant leurs yeux et 1 000 kilomètres faits sans l'indicateur de consommation instantanée branché devant les yeux. Je vous encourage à le faire.

J'ai fait dix fois cette expérience avec des amis. L'économie quand l'indicateur de consommation instantanée est branché est de 15 % : un peu plus de 7 litres lorsqu'il n'est pas branché et moins de 6 litres lorsqu'il est branché. Pour une raison toute bête, quand l'aiguille monte, on lève le pied.

Vous voyez que ce n'est pas du niveau d'une campagne présidentielle, franchement pas !, mais si vous réfléchissez à cette idée que l'on peut, sans changer du tout notre mode de vie, ni les distances que l'on parcourt, ni même la vitesse à laquelle on les parcourt, ni notre manière de conduire, simplement en levant le pied, économiser 15 % de la consommation d'une voiture. Alors, vous mesurez que, tout d'un coup, le domaine des économies d'énergie est immense, que l'énergie la plus disponible, celle que l'on peut trouver pour le moins cher, c'est l'énergie que l'on économise.

Je suis certain, puisqu'ils s'y sont engagés, moi en tout cas je tiendrai cette parole, que le prochain Président de la République et le prochain Gouvernement vont faire respecter cette exigence que la France devienne enfin le pays qui prend la tête des pays à économie d'énergie.

Cela ne coûte pas très cher, cela crée des emplois sur place et, en tout cas, cela dit une chose formidable : nous étions irresponsables, nous avons l'intention de devenir responsables pour nous-mêmes et pour nos enfants.

Et c'est ainsi que j'ai approuvé cette idée que, dans le prochain Gouvernement, il y ait un n° 2 du Gouvernement chargé de penser aux conséquences que les décisions que nous prenons auront sur nos enfants et sur les enfants de nos enfants, quelqu'un qui regarde l'avenir et ne soit pas obsédé par les sondages du lendemain matin, parce que je crois que c'est la pire des manières de gouverner que de gouverner uniquement en fonction des sondages du lendemain matin.

On a besoin de cette vision, de cet esprit de long terme.

Vous voyez que tout cela change, il y a des gens qui, très souvent, disent : "Mais enfin vous voulez revenir en arrière ?"... Non, parce que je suis certain que le projet de société qui permettra aux hommes et aux femmes de notre pays et de notre temps d'être plus sobres, plus solidaires, de faire attention ensemble à ce qui va leur arriver, de penser aux générations qui viennent, cela c'est une société plus humaine que la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui.

C'est une société de solidarité et de développement, voyez-vous, et je souhaite qu'elle puisse se servir de ce que l'État a de plus intelligent comme prévisions, le plan. On appelait cela autrefois, on vient de changer le nom, je ne sais plus comment cela s'appelle, on change toujours le nom de tout en France, donc on ne peut plus s'y retrouver, jamais, sauf à être un expert du bottin administratif. D'ailleurs, c'est simple, le bottin administratif, autrefois, était très gros, autrefois, il y avait 200 pages, maintenant, il y en a 3 000 pages !

C'est la France.

S'il y avait eu cette autorité chargée du long terme, est-ce que vous croyez qu'elle aurait laissé les Gouvernements prendre les décisions successives qu'ils ont prises pour arriver à ce que notre pays ait 1 200 Mdeuros de dettes sur les épaules ? Est-ce que vous croyez qu'elle aurait fait cela ?

Je me suis juré de ne jamais prendre la parole pendant la campagne électorale, pas une seule fois, en meeting ou devant les caméras de télévision, sans parler du déficit et de la dette qui est une honte pour notre pays et notre génération, une honte, car je voudrais que vous les regardiez, celles et ceux qui sont là, regardez-les bien, on leur a laissé sur les épaules deux dettes, pas une dette, deux dettes : la première est financière, ces dizaines, centaines, ces milliers de milliards d'euros que nous avons empruntés pour payer les dépenses courantes. Voyez ce qu'est une famille dans laquelle on emprunte pour payer les dépenses courantes et on passe à la génération suivante ses charges, y compris pour payer ce qui est inimaginable, y compris pour payer les dépenses de santé ?!...

Voyez ce qu'est une génération qui prend la décision, en cachette, en catimini, sans le dire à personne, chut... on n'en parle pas... qui prend la décision que les ordonnances, ce sont les enfants qui les paieront.

C'est cela que l'on a fait !

Pour 100 Mdeuros, eux qui, en plus, vont avoir, je suis désolé de le dire, à assumer les millions de personnes âgées que nous allons être bientôt et dont il va falloir qu'ils paient les retraites.

Deux dettes, la dette financière et la dette démographique, je vais l'appeler ainsi.

Un pays qui n'est pas capable, à un moment de son histoire, de dire, debout, en regardant dans les yeux : "Nous ne voulons plus être irresponsables comme nous l'avons été et nous décidons, une fois pour toutes, que nous allons régler les affaires de manière qu'au moins, nous n'aggravions pas la charge qui pèsera sur les épaules de nos enfants", ce pays-là est un pays debout. Autrement, c'est un pays laxiste et irresponsable.

Et cela commence, cette démarche de responsabilité, par quelque chose de tout simple, qui est de prendre la décision irrévocable de barrer de nos choix électoraux les candidats qui continuent, malgré cela, à multiplier par dizaine de milliards les promesses dont ils n'ont pas le premier sou.

C'est la raison pour laquelle j'ai choisi l'attitude qui est la mienne : peu de mesures, peu d'engagements, tous financés, tous capables de changer la situation du pays, mesures qui touchent l'Éducation nationale, mesures qui touchent l'emploi, mesures qui touchent l'exclusion, trois secteurs clés, me semble-t-il, de l'avenir du pays.

Pour l'Éducation nationale, il faut concentrer tous les efforts pour qu'il n'y ait plus d'enfants qui entrent en sixième sans savoir lire et écrire et je parle de cela, naturellement, en ayant à l'esprit l'importance de cet engagement, parce que, naturellement, c'est plus difficile aujourd'hui de le réaliser, avec l'importance que l'image a prise dans notre société, la télé, les jeux vidéo, les consoles électroniques sur lesquels les enfants mettent toute leur attention, alors que nous la mettions, autrefois, nous, pour rêver, nous évader, pour nous raconter de belles histoires, dans les livres.

C'est la vérité. Ils ont donc bien du mérite, et je veux le dire devant vous, les enseignants qui réussissent, malgré tout, à conduire, vers l'écrit, vers la force de l'écrit, ces esprits qui sont entièrement dans la société de l'image où tout le monde les maintient et où tout le monde les pousse.

C'est la raison pour laquelle, même si l'on m'en fait quelquefois le reproche, en effet, moi, je ne laisserai pas prendre les enseignants comme boucs émissaires de toutes les difficultés de la société dans laquelle nous vivons.

Je ne vous dis pas qu'ils n'ont que des qualités, je sais très bien qu'ils ont... comment dirais-je... des habitudes qui consistent, chaque fois que l'on pose un problème pédagogique devant eux, à répondre en termes de moyens, de postes, de millions... Je le sais très bien, j'ai été leur ministre pendant quatre ans.

Je connais leurs qualités et quelques-unes de leurs faiblesses, mais j'ai un souvenir précis depuis longtemps. J'étais ministre de l'Éducation nationale et, un jour, j'ai voulu lancer une enquête bizarre, parce qu'il y avait un sujet qui me tarabustait depuis longtemps. Ce sujet était : comment se fait-il, alors que tout le monde dit que la réussite à l'école vient de la famille -alors, eux, ils ont des familles formidables !-, quelles étaient les raisons qui pouvaient expliquer qu'il y avait des familles au départ défavorisées chez qui les enfants réussissaient très bien, et des familles au départ très favorisées chez qui les enfants ne réussissaient pas.

J'ai donc confié cette étude à des sociologues, des gens très sérieux, très savants et très rigoureux et ils ont trouvé un résultat que je vous soumets : réussissaient les enfants dans les familles desquels l'école était respectée, honorée et soutenue et échouaient les enfants dans les familles desquels l'école était malvenue et où l'on en disait du mal à la maison.

Ceci, je suis sûr, à voir vos yeux, que cela évoque des choses de votre enfance, de votre entourage ou de votre voisinage.

Ce qui est vrai pour les familles, je veux vous dire ma conviction que c'est vrai pour un pays. Les pays qui réussissent le mieux dans les classements internationaux, les pays asiatiques ou les pays scandinaves, ce sont des pays dans lesquels l'école est regardée comme étant le critère absolu de la réussite et soutenue par le pays et par les familles.

Eh bien, je veux que la France... moi qui invite notre pays à mettre tous ses efforts dans l'éducation, parce que c'est simple, la mondialisation, c'est la compétition, et si vous n'êtes pas capable de concentrer tous vos efforts sur le domaine qui va vous permettre d'arriver à l'excellence, alors vous êtes sûr d'échouer.

Je dis oui, l'éducation, l'éducation primaire, l'éducation secondaire, l'enseignement supérieur, la recherche, cela doit mobiliser tous les efforts disponibles de notre nation avec, d'un côté, la garantie des moyens et, de l'autre, une demande d'exigence et de réussite plus importante que celle que nous avons connue jusqu'à maintenant.

Cela, c'est une stratégie pour notre pays et je veux que l'on fasse quelque chose pour l'emploi, quelque chose de simple, quelque chose de compréhensible par tous, pas un plan en 45 chapitres et 458 pages comme le sont d'habitude les plans et les programmes électoraux, une idée que l'on puisse expliquer en 30 secondes à tous les concitoyens de notre pays, spécialement à ceux qui peuvent créer de l'emploi, c'est-à-dire aux entreprises.

Je propose que l'on puisse créer deux emplois sans charges pendant cinq ans dans toutes les entreprises françaises, quelle que soit la taille, la spécialité, la mission et la définition de ces entreprises.

Et je vous encourage, s'il vous plaît, si vous n'êtes pas convaincus par cette idée, à aller trouver votre voisin l'artisan, votre voisin le commerçant, les gens qui assument, en France, le petit tissu économique de notre pays, les gens qui font vivre notre pays.

Vous savez combien il y a en France d'entreprises qui n'ont aucun salarié ?!... Il y en a 1 500 000 et, des entreprises qui ont moins de dix salariés, il y en a un million de plus soit 2 500 000, sur les 2 650000 en tout que compte notre pays. 95 % des entreprises sont des petites entreprises.

Et bien, ce sont les petites entreprises qu'il faut aider. C'est sur les petites entreprises qu'il faut concentrer l'aide à la création d'emplois, parce que, avec elles, au moins on a une certitude, c'est qu'elles ne vont pas délocaliser. Ce sont des entreprises de chez nous et elles resteront chez nous.

Et tout cela, qui a l'air élémentaire et de bon sens, en réalité, mes chers amis, c'est une stratégie un peu plus élaborée que ce que j'expose, parce que, quand on parle avec de grands économistes -j'en ai, comme chacun le sait, un certain nombre autour de moi depuis longtemps- qui travaillent avec moi depuis des années, quand on parle avec eux et que l'on essaie de comparer l'économie allemande à l'économie française, alors on découvre qu'il y a un grand défaut, un grand manque dans l'économie française, c'est l'absence de moyennes entreprises, de ces entreprises de 250, 300, 350, 400 personnes qui maillent le territoire national et qui sont, en même temps, en situation de se projeter sur les marchés du monde, celles qui sont en train de réussir en Allemagne aujourd'hui. Des miracles qui font que l'on regarde de nouveau l'Allemagne avec des yeux ronds. J'y reviendrai dans un instant.

Une fois que vous avez compris que ce qui manque, ce sont les entreprises moyennes, alors vous vous dites : "Mais, enfin qu'est-ce que qu'une entreprise moyenne ?"... Et, alors, vous découvrez quelque chose de très bête qui est qu'une entreprise moyenne, c'est une petite entreprise qui a grandi et il faut donc aider les petites entreprises comme quelqu'un qui voudrait avoir une forêt va protéger les semis de jeunes pouces qui sont les biens.

C'est pour cela que je dis que je ferai voter une loi que j'appelle "de protection et de soutien de la petite entreprise". Ne me prenez pas pour très original quand je dis cela, car cette loi a été votée aux États-unis en 1953. Il y a cinquante-quatre ans qu'ils l'ont votée et mise en place, cela s'appelle, en anglais, le Small business act.

Il faut faire la même chose chez nous. Cela garantit des simplifications, cela va aider à avoir des relations meilleures avec l'administration. On va leur réserver une part des marchés publics, pour qu'elles cessent d'être étranglées comme sous-traitant par les grands donneurs d'ordres et on va faire quelque chose qui n'a jamais été fait depuis longtemps et qui vaudra pour cela et pour le reste, on va prendre une décision qui est celle-ci : on va enfin imposer à l'État de respecter les règles qu'il impose aux autres.

Par exemple, l'État oblige toutes les entreprises à respecter un certain nombre de délais de paiement et lui-même se fiche d'avoir des factures qui traînent depuis neuf ou dix mois. Et bien, ceci n'est pas acceptable et on va dire à l'État que l'on va maintenant entrer dans une nouvelle époque : "Mesdames et Messieurs qui êtes le visage de l'État français, vous allez vous imposer de respecter les délais de paiement que vous imposez à toutes les autres entreprises".

Ceci sera vrai, il faudra le temps nécessaire, pour un certain nombre d'autres secteurs. Par exemple, on va enfin faire, et je vais dire comment, de la simplification administrative.

Vous avez tort d'applaudir à cette phrase, parce que tous les hommes politiques l'ont dite à tous les micros depuis qu'il y a des campagnes électorales et depuis que le monde est monde, mais moi, je vais dire comment et, cela, permettez-moi de le dire, c'est plus fort !

Au lieu de faire faire la simplification administrative par l'administration, on va la faire faire par les usagers. On va mettre les artisans autour de la table. Je ne sais pas s'il y a des artisans dans la salle, s'il y en a, je les invite, car les petits artisans auront désormais un défenseur, parce que je n'ai pas l'intention d'être le Président des très grandes entreprises qui font comme vous le savez le socle -il est honorable et respectable- de l'économie française, mais j'ai aussi l'intention d'être le porte-parole des petits, ceux qui n'ont personne pour les défendre.

Il faut que le Président de la République représente ses concitoyens auprès des puissants, ses concitoyens qui ne sont pas des puissants, il faut que le Président de la République les fasse entendre à tous les puissants, y compris les puissants des pouvoirs politiques ou de l'administration.

Je trouve que c'est très noble comme mission. Je considère que cela fera partie de mes obligations, si je suis élu Président de la République.

J'en reviens à la question.

On va asseoir...

DANS LA SALLE. - Les agriculteurs aussi !

François BAYROU. - Monsieur, comme vous le savez, j'ai rencontré un tracteur dans ma vie et, désormais, plus personne ne peut l'ignorer !

Au fond je suis très fier que la vie, qui n'est pas toujours gentille, ait fait que je sois amené à travailler de mes mains quand j'avais vingt ans. Je trouve que c'est quelque chose qui, dans une vie, ne doit pas être dissimulé. Je m'empresse donc de dire que les tracteurs sont arrivés par hasard. Je n'avais jamais pensé que mes tracteurs puissent avoir une telle fortune médiatique !

Maintenant, partout où je me déplace, on m'offre des petits tracteurs ! Je trouve cela très sympathique et tous les dessins humoristiques de tous les journaux me représentent désormais au volant d'un tracteur !

C'est assez sympathique parce que les autres sont dans des voitures de sport, mais ils sont derrière ! Fermons la parenthèse !

On va faire cette loi de protection et de soutien de la petite entreprise. Je suis persuadé que cela, plus les deux emplois sans charges leur donnera un grand ballon d'oxygène pour la création d'emplois. Vous verrez ainsi que les jeunes sont là, surtout les jeunes diplômés et ceux dont on ne parle pas, c'est-à-dire les plus de cinquante ans que l'on pousse sur le bord de la route.

Il y a une chose qui m'agace dans la manière dont les débats sont conduits. On parle à juste titre de réforme des retraites et j'en parlerai pendant toute cette campagne électorale, parce que l'on ne peut pas leur laisser une charge trop lourde sur les épaules des plus jeunes autour de nous. On dit qu'il faudra que, d'une manière ou d'une autre, librement, dans mon projet, ceux qui le pourront, décident qu'ils peuvent retarder, s'ils le souhaitent, l'âge de leur départ à la retraite.

Il y a une chose que l'on ne dit pas, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui aimeraient retarder l'âge de leur départ à la retraite, mais on les a mis sur le bord de la route et on les a privés de leur emploi.

Savez-vous -ce chiffre est, selon moi, terrifiant- que, le jour où les Français prennent leur retraite, il y en a plus de un sur deux qui n'a plus d'emploi. Ceci n'est pas une société juste et ce n'est même pas une société qui est logique. Il y a quelque chose qui ne va pas dans cette affaire.

Je suis partisan que l'on se tourne vers les entreprises et que l'on réfléchisse avec elles à cette idée simple : il est de l'intérêt général que l'on puisse conserver au travail des personnes d'expérience et faire en sorte que toute la France, tous les plus de cinquante ans se sentent accueillis dans l'entreprise et pas "virés" de l'entreprise comme ils le sont pour la plupart aujourd'hui.

On a besoin de tout le monde, on a besoin des jeunes, on a besoin de leur retrouver une place, on a besoin d'alléger le poids qu'ils ont sur les épaules, on a besoin de les accueillir, de les entendre et de considérer qu'ils sont, pour nous, une formidable chance et pas une formidable charge. On a besoin d'eux.

On a également besoin des plus âgés dans un temps où l'espérance de vie augmente d'un trimestre tous les ans. Est-ce que vous mesurez ce que cela veut dire que de virer les gens du travail à cinquante ans et quelquefois avant ?!...

Le nombre de nos concitoyens qui se sentent regardés du coin de l'oeil à partir du moment où ils ont quarante-cinq, quarante-huit, cinquante ans, c'est quelque chose qui n'est, excusez-moi de le dire, pas digne d'un pays comme la France. Ce n'est pas digne d'un pays comme le nôtre.

J'en arrive à ma conclusion.

On a parlé de la dette, de l'éducation. On a parlé de l'emploi. J'aurais pu parler de l'exclusion. J'aurais pu parler de l'ensemble des problèmes immenses qui se présentent devant nous, car jamais une génération n'aura eu à traiter des problèmes de l'ampleur de ceux que nous allons devoir traiter.

Jamais, depuis très longtemps, un pays n'a eu à faire face ainsi à l'impératif et, j'allais dire, à l'urgence de son redressement.

Alors, quelle est mon idée et quelle est ma vision ? J'ai mesuré la dimension des problèmes que nous avions à régler, j'ai mesuré les montagnes que nous allons avoir à bouger pour que notre pays redevienne ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, c'est-à-dire un repère et une référence pour les autres, un pays qui n'ait plus à rougir de la manière dont il traite ses banlieues, un pays qui n'ait plus à rougir de la manière dont il traite ses zones rurales, l'un et l'autre, un pays qui ait à reconstruire une certaine idée de l'État.

L'État, c'est formidable en France, c'est hyper présent là où tout va très bien et c'est totalement absent là où tout va mal. Je veux le contraire. Je veux remettre les choses à l'endroit. Je veux qu'il y ait plus d'État là où cela va mal et un peu moins d'État là où cela va bien, car l'État est fait pour protéger et souder les citoyens dans une République comme la nôtre.

On a besoin de redessiner l'État, besoin de redessiner les collectivités locales. Mes chers collègues, Madame la Présidente des élus, je suis désolé de le dire, mais on ne peut pas continuer à vivre, ne serait-ce que pour faire des économies, dans un univers où les collectivités locales sont devenues un labyrinthe tellement compliqué, tellement difficile, tellement fait pour les spécialistes que personne ne peut reconnaître et comprendre comment cela marche, y compris parfois les élus qui sont chargés de l'animer. Il faut mettre un peu de simplicité dans tout cela.

Alors, vous voyez la dimension des choses que nous avons à construire tous ensemble : remettre l'État d'aplomb, remettre de l'ordre dans les finances publiques, c'est-à-dire être capables de faire des économies là où cela sert un peu moins, être capables de redessiner les collectivités locales, être capables de recréer de l'emploi, de soutenir les entreprises, de lutter contre l'exclusion, de rebâtir l'Éducation nationale, de traiter du climat, de l'Europe comme il faut en traiter.

Je suis arrivé à la conclusion que ces tâches sont tellement immenses qu'il est stupide et naïf de croire que l'on pourra y apporter une réponse avec une moitié du pays perpétuellement en guerre contre l'autre. Je suis certain que, si tant et tant de millions de Français se mettent en mouvement pour m'apporter aujourd'hui la confiance et leur soutien, c'est en particulier en raison de cette idée.

Ils savent comment cela se passe dans leur famille et ils savent que le temps n'est plus, dans la famille, où tout le monde avait la même opinion. Ils savent comment cela se passe dans l'entreprise et que, dans l'entreprise, on est bien obligé de travailler avec des gens, mêmes s'ils ne pensent pas exactement comme vous. Ils ont compris que le temps venait de s'adresser aux politiques en disant : "Cela fait vingt-cinq ans que vous menez cette guerre stupide, quand quelqu'un est au pouvoir, ceux qui sont dans l'opposition sont en désaccord avec tout et, quand une alternance intervient, ceux qui arrivent démolissent ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs. On ne peut pas continuer comme cela. S'il vous plaît, vous allez vous asseoir autour de la table et on va réfléchir ensemble à la manière dont notre pays va s'en sortir".

Il n'y a, en France, pour cette injonction, pour cette mise en demeure, pour ce mandat, qu'une élection, c'est l'élection présidentielle. Nos voisins, en Allemagne, ont le moyen de faire cela aux élections législatives, alors ils s'arrangent pour mettre les deux partis dans l'obligation d'avoir à travailler ensemble, malgré les serments qui avaient été faits et multipliés depuis des années, en disant que les autres étaient des ennemis et que l'on ne pourrait jamais travailler avec eux. Cependant, une fois que le peuple allemand a décidé, ils ont bien été obligés de le faire.

Regardez comment cela fonctionne, toute l'Europe se tourne vers l'Allemagne en disant que l'Allemagne est de retour. Ce pays, qui était dans la crise, dans la difficulté, dont tout le monde considérait qu'il était à la traîne, voilà que, de nouveau, avec ce Gouvernement nouveau, d'entente nationale, on considère qu'il se redresse et qu'il est désormais à l'avant-garde.

En France, on ne peut pas le faire aux élections législatives, on peut le faire qu'à une seule élection, l'élection présidentielle, en choisissant de soutenir un candidat qui soit républicain, qui a, depuis des années, montré que tel était son cap, c'est-à-dire qui a gagné, au moins, par sa persévérance la crédibilité de s'adresser à ses compatriotes en disant : "Voilà le grand choix que la France doit faire, en choisissant le projet, non plus de diviser les Français, mais de les rassembler", surtout quand, en réalité, vous le savez bien, ils pensent, pour l'essentiel, la même chose.

En choisissant ce candidat et en choisissant ses projets, les Français vont donner mandat au monde politique, pour une fois, de ne pas travailler dans l'intérêt partisan, mais de travailler dans l'intérêt général.

Ceci est l'explication, la clé et le secret de ce qui est en train de se passer en France. J'ai lu dans les journaux qu'autour de Nicolas Sarkozy, on avait mis en place une cellule pour comprendre la stratégie et les raisons qui faisaient que ce candidat inattendu était tout d'un coup en train de bouleverser toutes les prévisions.

Comment faire pour le comprendre ? Comment faire... Alors, ils ont embauché des experts, nombreux, pour essayer de comprendre.

Je vais leur donner la clef de cette affaire : il se trouve que les Français ont décidé qu'ils voulaient changer la manière dont on pratique la politique dans leur pays et il se trouve que nous leur avons proposé, avec la persévérance et la crédibilité nécessaire, un chemin crédible pour y arriver.

Il n'y a pas d'autre secret ou mystère autour de ce grand changement qui est en train d'intervenir en France.

D'ailleurs, ce grand changement, honnêtement, si on avait un minimum de connaissance de l'histoire, alors on découvrirait qu'au fond, c'est la grande logique de ce que l'on fait dans notre pays quand il y a un moment de crise et que l'on décide de le redresser. C'est ce que l'on a fait à la Libération quand le Général de Gaulle a choisi de composer un Gouvernement d'union nationale. C'est ce que l'on a fait en 1958 quand il a choisi que tous les grands courants démocratiques du pays devaient s'aligner pour le redresser. C'est ce que des hommes aussi différents que Pierre Mendès-France, Valérie Giscard d'Estaing, Raymond Barre, Jacques Delors ont eu, un jour ou l'autre, à l'esprit de faire pour sortir notre pays des difficultés où il s'enlisait.

Simplement, aujourd'hui, c'est devenu possible, c'est devenu crédible et les Français vont le choisir. Cela se passera le 22 avril et le 6 mai.

Je vous remercie d'avoir été là pour conduire ce mouvement.


Source http://www.bayrou.fr, le 1er mars 2007

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