Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur les promesses électorales et le poids de la dette publique, ainsi que sur son projet de société fondé sur "la loi du plus juste", Poitiers le 16 février 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur les promesses électorales et le poids de la dette publique, ainsi que sur son projet de société fondé sur "la loi du plus juste", Poitiers le 16 février 2007.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

Circonstances : Déplacement de François Bayrou à Poitiers le 16 février 2007

ti : Je suis très heureux de vous retrouver, très ému de vous voir si nombreux avec le sentiment que ce qui se joue en ce moment est très important, que les neuf semaines que la France va vivre, sont neuf semaines très importantes. Je suis très heureux d'être dans la Vienne. Je suis lié à la Vienne pour beaucoup de raisons. La première est que ma femme a vécu son enfance à Loudain avant de bouger vers Bressuire, ce qui fait que j'ai avec les Poitou-Charentes des liens affectifs et comme je parle de Loudain, je veux simplement dire à quel point je suis heureux d'être dans le département que René Monory a présidé si longtemps. De lui adresser un signe amical et chaleureux et peut-être aussi avec vos applaudissements.

Je suis très heureux d'être entouré des amis qui sont là, qui sont mes compagnons fidèles. On a vécu des années qui n'étaient pas des années faciles, certains disent même de traversée du désert. Ceux qui ont traversé le désert avec moi, je les ai surnommés les bédouins. Je suis heureux de saluer ceux qui sont là : Jean-Pierre Abelin, député de la Vienne, Philippe Arnaud, sénateur de la Charente, le général Philippe Morillon, député européen.

Je n'ai pas besoin de vous dire que ce qui se passe est formidable. Qu'il y a au sein du peuple français un grand mouvement de confiance et de d'espoir. Que ce grand mouvement de confiance et d'espoir est réfléchi, déterminé, fondé, et que ce grand mouvement, personne, je le crois, ne l'arrêtera. Et vous avez été si nombreux à me faire des signes amicaux après l'émission d'hier soir (NB A vous de juger sur France 2) que je veux vous dire à quel point je sais quelle est la force d'un pays, en tout cas d'une part importante de ce pays, qui se reconnaît dans des idées qui sont exposées devant lui, ou plus exactement dans un projet qui est un projet que ce pays attendait depuis longtemps. Qui est un projet à la fois sur le fond et dans la démarche politique, qui assume son identité, son originalité, qui assume la différence avec ce qui s'est fait depuis 25 ans.

Mais avant de vous parler de la situation de la France, je veux vous raconter l'après-midi que nous avons eue. J'ai voulu, à Poitiers, mettre au centre de la campagne électorale ou faire un sujet de campagne électorale, de la situation des femmes qui sont dans des métiers très exposés - je vais vous dire pourquoi - qui sont les métiers de caissière ou de mise en rayon dans la grande distribution. Je dis un mot de la situation des femmes. Il ne vous aura pas échappé que pendant toute la campagne électorale, j'ai accordé dans chacun de mes déplacements, une attention particulière aux femmes, notamment en banlieue chaque fois que je me suis rendu dans un « quartier » - comme on dit - difficile, dans une « banlieue » - comme on dit - à problèmes. Chaque fois que j'ai du traiter des questions de l'immigration, j'ai voulu en parler avec les femmes de ces quartiers parce qu'elles portent sur leurs épaules un des enjeux les plus importants de l'avenir de la France parce qu'elles portent sur leurs épaules pour beaucoup d'entre elles, et souvent seules, de l'éducation des enfants. J'ai exprimé cette conviction souvent, mais je l'ai exprimée avec une force particulière un jour dont je me souviens très bien, et vous aussi, il y a plusieurs mois, le jour où, à Marseille, cette jeune fille d'origine sénégalaise s'est trouvée brûlée dans un bus simplement parce que des garçons avaient, une fois de plus, mis le feu à ce qu'était pourtant le cadre de leur vie. Et cette fois-là ils ont brûlé leur soeur. J'étais à l'autre bout du monde, j'étais en Nouvelle-Calédonie, exactement aux antipodes et quand j'ai appris cela, j'ai été envahi par le sentiment qu'il fallait ajouter quelque chose de plus à la lutte contre ce genre de dérives et il fallait pour lutter contre tout cela, désormais s'appuyer sur les femmes. En disant : « Ecoutez, on ne va pas accepter que nos quartiers, nos familles, nos enfants se trouvent plongés dans ce chaos au point qu'ils en arrivent à brûler les bus qui leur servent de lignes de transport avec leur soeur à l'intérieur ». J'ai un grand espoir dans les femmes pour sortir le pays de la situation dans laquelle il se trouve. J'ai un grand espoir parce qu'elles sont réalistes. Elles sont moins idéologues que les candidats ou beaucoup de candidats hommes. Elles n'ont pas ou elles n'aiment pas ce culte de l'affrontement dans lequel on fait vivre la France et je trouve qu'il faut répondre à ces vertus. Il faut parler avec elles des problèmes de leur vie de tous les jours. C'est pourquoi j'étais l'autre jour au Val Fourré. C'est une banlieue réputée extrêmement difficile. L'accueil a été formidable. On y a passé douze heures sans sécurité, sans garde du corps, simplement au contact des Français, nos compatriotes, de tous ceux qui vivent là, quelle que soit leur origine, et il est vrai que les origines sont diverses. Quelle que soit leur religion, et il est vrai que les religions sont diverses. Quelle que soit la couleur de leur peau, et il est vrai que la couleur de la peau est diverse. Et au Val Fourré, j'ai fait une réunion avec ces jeunes femmes, mères de famille, qui ont, pour beaucoup d'entre elles, seules, la charge des enfants qu'elles élèvent. Et on a parlé de la situation qui était la leur. On a parlé notamment de la situation qui était la leur en face de l'école parce que je suis frappé depuis longtemps en les rencontrant de l'inquiétude qui est la leur de la situation de l'école de France. J'ai été frappé de voir beaucoup d'entre elles, elles sont musulmanes pour la plupart, dire qu'elles ne peuvent pas laisser leurs enfants à l'école publique et qu'elles vont les mettre à l'école privée catholique parce qu'à l'école publique du quartier, ils ne sont plus en sécurité. Et pour moi qui suis professeur de formation, qui ait été ministre de l'Education nationale, cette phrase est une défaite pour l'Education nationale, une défaite pour la République. Et je dis que des phrases comme celle-là devraient nous imposer le devoir et l'exigence de fixer comme article premier « Plus personne ne doit pouvoir se sentir en insécurité ou en difficulté dans l'école de la République ». Si nous ne sommes pas capables de remettre dans les collèges la discipline élémentaire, le respect élémentaire, le respect des professeurs, le respect des enseignants, le respect des élèves entre eux. Si nous ne sommes pas capables de le faire avec des élèves de dix ans, douze ans, quatorze ans, alors comment voulez-vous que nous résolvions les grands problèmes de la planète ? Comment imaginer qu'un peuple comme le peuple français, que des responsables comme ceux que nous sommes, soyons suffisamment impuissants, suffisamment désarmés pour nous avouer incapables de remettre la discipline scolaire à l'intérieur de l'école. Je dis la discipline scolaire et je m'arrête une seconde dessus. Je ne suis pas de ceux qui prétendre qu'on va remettre de l'ordre à l'intérieur de l'école en y mettant des policiers. C'est déjà une idée absurde, nous pas assez de policiers dans la ville et dans la rue pour assumer la sécurité, mais en plus, vous imaginez que nous n'en aurons jamais assez pour en mettre dans les 9000 établissements français. Mais sur le fond, quand bien même ils seraient là, ce n'est pas leur boulot. Ce n'est pas notre vision de l'école, parce que l'école c'est le lieu dans lequel on doit expliquer que l'ordre qui s'impose ce n'est pas l'ordre de la rue. Dans la rue, hélas ! règne trop souvent la loi du plus fort, dans l'école je veux que règne la loi du plus juste. La loi du savoir, la loi qui fait que, même si c'est une jeune femme frêle en début de carrière, qui n'a pas la voix très forte, elle doit être respectée parce qu'elle a appris, elle a un bagage de connaissances et qu'elle va le transmettre comme le bien le plus précieux aux générations qui viennent. Elle doit être respectée en elle-même. Pas respectée parce qu'elle est ceinture noire de judo, pas respectée parce que c'est une karatéka et qu'elle est capable de prendre le plus grand des gaillards qui sont là et de l'envoyer au tapis. Elle doit respectée parce qu'elle est une enseignante, parce qu'elle est une femme respectable en elle-même et parce qu'elle est la clé de l'avenir. Et voilà pourquoi, en effet, nous avons un devoir à l'égard de l'école, spécialement à l'égard de l'école dans les quartiers difficiles. Il y en a qui disent « ce n'est pas dur, il suffit que les élèves des quartiers difficiles, ceux qui le méritent, aillent s'inscrire dans les établissements de centre ville - c'est pour cela qu'ils veulent, comme on dit, supprimer la carte scolaire. Ce n'est pas vision. Pour moi, la carte scolaire n'est pas une obligation pour les familles, c'est une obligation pour la République, pour l'Etat, pour l'Education nationale. La carte scolaire veut dire « moi, Education nationale, nous République, nous garantissons que, quel que soit le lieu où l'on vit en France, même si c'est une vallée pyrénéenne, même si c'est au Val Fourré, même si c'est à Vaulx-en-Velin, même si c'est à Clichy-sous-Bois - tous ces lieux dont on est obligé de constater quelquefois qu'ils sont devenus des zones de non droit et qu'on les a laissés tomber au rang de « relégués » - qu'on aura deux choses : la discipline scolaire et - si on veut et si on peut - la voix vers l'excellence. » Comme au lycée Henri IV à Paris. « Nous, République, nous garantissons que vous aurez votre chance, d'où que vous soyez ». Il y a des gens qui disent que ce n'est pas possible. Comment ce n'est pas possible ? Cela l'a été pendant des décennies, partout en France. Il y a ici des gens de générations plus avancées, la mienne par exemple, qui savent que cela a été le cas partout, y compris dans les établissements les moins huppés et partout il y avait des options qui permettaient d'atteindre des niveaux scolaires qui étaient intéressants. Partout, on faisait du latin, du grec, de l'allemand, quelquefois du Russe. Je veux qu'on renoue avec cela en France. Nous n'avons pas à renier cet objectif-là, nous avons à l'assumer. Je trouve que cela est une réponse à l'inquiétude de ces femmes que j'ai rencontrées dans les cités. Il y a évidemment beaucoup d'autres questions : les discriminations au travail. Comment se fait-il qu'en France, nous soyons le pays du monde que les femmes gagnent 30% de moins que les hommes ? Normalement, cela ne devrait pas être la France. Normalement, en France, pays dit-on des droits de l'Homme et qui mérite qu'on lui rappelle que les droits de l'Homme c'est d'abord et aussi les droits de la femme. Je sais très bien qu'il y a cette différence parce qu'on considère qu'une femme dans sa vie va avoir des enfants, que donc sa carrière peut en être ralentie, que donc on ne peut peut-être pas lui confier des responsabilités. Justement, il faut lutter contre discrimination-là. Il n'y a rien dont nous ayons plus besoin que d'avoir en France des naissances parce que nous allons vivre un temps très difficile dans lequel le déséquilibre démographique va faire que le nombre des retraites par rapport au nombre des actifs, va poser des problèmes sans précédent au pays. Nous venons d'un temps dans lequel cinq actifs se cotisaient pour faire vivre un retraité. C'est le cas des années 60. Nous sommes aujourd'hui dans le temps où on a encore, pas tout à fait mais presque, deux actifs pour un retraité. Nous allons vers le temps dans lequel il faudra deux actifs pour faire vivre trois retraités. Entendez bien, pas seulement un pour un. C'est déjà lourd, au sens propre, impossible à porter, un pour un. Vous devez travailler pour votre famille et vous devez travailler en plus, puisque c'est le système que nous avons choisi, pour faire vivre une personne à la retraite. Mais on va vers le temps où on aura plus que deux actifs pour trois retraités et cela va arriver si on ne fait rien, dans quelques décennies. Ce qui veut dire, bien entendu, qu'on va devoir assumer ensemble la réflexion et la décision sur une réforme des retraites durable, qu'on n'aura pas à remettre en cause tous les ans. Qui s'équilibrera d'elle-même au travers du temps. J'ai énoncé hier soir (NB : dans l'émission A vous de juger sur France 2) les principes de cette réforme des retraites à mes yeux : chacun devra décider lui-même de son âge de départ à la retraite. Il aura une pension en fonction des années passées au travail, de la pénibilité des années passées au travail - si on m'écoute -, en fonction du statut qui était le sien pendant ces années-là. S'il trouve que cette pension est suffisante, si elle lui convient, alors il pourra partir à la retraite. Sinon, il prolongera ses années de travail jusqu'à atteindre le meilleur équilibre possible pour sa vie. Ce qui veut dire aussi qu'il faut que l'on se tourne vers les entreprises en leur disant « s'il vous plaît, arrêtez de considérer les travailleurs de plus de 50 ans comme des « Kleenex » qu'il faut désormais jeter sur le bord de la route ». On ne peut pas raconter que pour équilibrer la charge des retraites, on va devoir, en France, comme dans tous les autres pays qui nous entourent,
travailler jusqu'à l'âge où on aura obtenu une pension convenable et en même temps jeter les gens à 50 ans. Car c'est cela qui se passe. Tous les jours en France des entreprises écartent des personnes qui ont 50 ans et les mettent en pré-retraite, système absurde quand on y réfléchit. Je connais dans ma région, des personnes qui ont été mises à la retraite à 50 ans à salaire plein jusqu'à arriver aux 60 ans où ils pourront alors liquider leur retraite. Vous croyez que c'est un pays qui va bien, un pays qui est capable de faire une chose pareille ? C'est bien pour les gens qui le reçoive, naturellement. Bien entendu je les comprends, je ne dirais pas que je les envie, mais franchement, il n'est pas raisonnable et responsable, de mobiliser l'argent de l'Etat pour faire en sorte qu'on écarte du travail des gens qui ont 50, 51, 52 ans. Naturellement, il n'est pas raisonnable de dire qu'il faudra travailler plus longtemps et de jeter tous les gens qui ont 50 ans. Donc on va devoir bâtir, nous tous ensemble, une réforme des retraites sérieuse qui prendra en compte tous les Français, quel que soit le régime d'origine dans lequel ils se trouvaient, y compris les régimes spéciaux. Il faut le dire de la manière la plus ouverte parce qu'il n'y a pas là-dedans une offense, un manquement, une méchanceté à l'égard des uns ou des autres. Nous avons une obligation nationale de ne pas laisser notre pays sombrer. Nous avons une obligation nationale de ne pas laisser aux générations qui viennent et qui sont très nombreuses, cet héritage-là ! Qu'est-ce que c'est que des parents qui ruinent leurs enfants ? Qu'est-ce que c'est qu'une génération de gens qui leur laisse sur le dos, des dettes qu'ils ne pourront pas assumer ? Je parle de la dette des retraites mais il y a évidemment la dette financière.

J'ai pris l'engagement de ne jamais prendre la parole pendant cette campagne devant une salle, à la radio ou à la télévision, sans dire que nous ne pouvons pas continuer à creuser le déficit de la France et à augmenter la dette de notre pays comme nous le faisons. Nous ne pouvons pas continuer. Raison pour laquelle je dis qu'il faut que nous nous adressions aux deux candidats officiels et que nous leur indiquions, Madame et Monsieur, que ce n'est pas possible qu'ils continuent tous les soirs à signer des chèques qui seront en bois, à promettre à chacune des catégories de Français sans aucune exception, quels que soient l'âge, le statut, la profession, les opinions, des dizaines de milliards d'euros que nous n'avons plus. Il faut qu'ils arrêtent de garantir à chacun une allocation supplémentaire, une subvention supplémentaire, une augmentation supplémentaire, un crédit supplémentaire. Ce n'est pas possible, même de le faire croire. Naturellement, ils ne pourront pas le faire. Personne ne pourra le faire dans un pays qui a les finances publiques comme nous les avons laissées devenir. Ce n'est pas civique de le faire croire. Alors j'ai été extrêmement heureux de voir ce matin, en lisant un grand journal du matin - dont le nom commence par un F et s'achève par un O - dans une enquête que c'est cette approche qui refuse de faire des promesses qu'on ne pourra pas tenir. Et s'il y a des promesses à faire, qu'ils s'engagent à les financer toutes par des économies, ce que je ferai sous l'autorité de Charles de Courson qui est le budgétaire le plus rigoureux, je crois, reconnu par ses pairs, que compte l'Assemblée nationale. 57% des Français ont choisi de soutenir cette approche-là en disant que cela est sérieux et que le reste ne l'est pas. Je m'y tiendrai. Hier matin, j'étais devant le Comité national olympique et sportif français, et mes concurrents sont venus aussi, certains se sont exprimés par vidéo et ils ont promis, les uns le doublement du budget, les autres le triplement du budget, les autres le quintuplement du budget du sport et moi qui aime beaucoup le sport, qui considère que c'est quelque chose de très important pour la société française, qu'il faut l'encourager, l'aider, le comprendre, le reconnaître, je suis monté à la tribune et j'ai dit « Mesdames et messieurs, j'ai un discours écrit dans lequel on m'a proposé de vous dire qu'il fallait doubler le budget du sport, et bien, je vous le dis, je ne vous ferai pas de promesses de cet ordre. » Je refuse que la campagne électorale soit un moment de démagogie, je veux que ce soit un moment de lucidité. Que nous soyons placés devant nos responsabilités. Donc on aura une réforme des retraites, on assumera cette réforme des retraites et pour être certain que personne ne sera trompé, que personne n'aura le sentiment qu'on décide dans son dos même avec les principes que j'ai indiqués, que je crois justes - mais on en discutera avec tout le monde, avec les partenaires sociaux et avec les Français - j'ai annoncé que cette réforme je la soumettrai au référendum du peuple. Parce que c'est le seul moyen de garantir qu'on ne se trouvera pas dans une situation de blocage total du pays, simplement parce qu'une partie de ce pays aurait eu le sentiment qu'on le trompait par des décisions venues d'en haut et auxquelles ils ne seraient pas associés. Je suis décidé à changer la méthode politique et au lieu de considérer qu'une fois que les citoyens ont voté, ils vous ont donné un chèque en blanc, que vous leur avez donné de belles paroles, fait de mirifiques promesses - vous savez ce que disait un homme politique célèbre dans les décennies précédentes ? Il disait « les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent » - . Je crois que les promesses engagent ceux qui les font et j'ai tout à fait l'intention de faire respecter ce principe et donc, ce n'est pas parce qu'on a fait de belles promesses et ce n'est pas parce qu'on a voté, qu'on doit désormais considérer que c'est au sommet de régler les questions. Je veux que les Français soient associés aux grandes questions qui touchent l'avenir du pays pour les assumer. Pour que ce soit un grand peuple, lucide, les yeux ouverts, qui dise « on a un problème ». Tout le monde le sait, il n'y a pas une personne en France, je crois, en tout cas, il n'y a pas un politique en France, je suis sûr, qui ignore qu'on a un très lourd problème devant nous avec les retraites. On est assez grand pour le regarder en face. On est assez grand pour l'assumer et pour l'assumer de manière juste. Raison pour laquelle je demanderai aux partenaires sociaux de prendre aussi leurs responsabilités ; ils sont syndicalistes, ils représentent des travailleurs. Je souhaiterai qu'il y ait aussi des représentants des retraités. Il faut que tout le monde soit associé, les actifs et les retraités. Il faut trouver un moyen de représenter les jeunes aussi, parce que c'est pour eux que ce genre de questions va être tranché. Il faut que nous soyons enfin un peuple de citoyens adultes, capables de regarder les choses en face et que nous décidions ensemble. On a le temps, on prendra les mois nécessaires. On fera le travail pédagogique de cette grande entreprise de redressement du pays. Mais on le fera.

Cela ce sont les retraites, mais j'étais parti des femmes et des familles, et je sais pourquoi.

Parce que la vérité est que si on veut que les retraites soient équilibrées en France, alors il est juste de dire qu'il faut qu'il y ait des naissances, des jeunes qui viennent, des enfants qui viennent, pour qu'on rééquilibre le rapport entre les personnes âgées et les plus jeunes, dans notre pays. C'est une nécessité et donc il est bien de parler aux femmes et aux familles et de leur apporter l'aide et le soutien dont elles ont besoin.

C'est pour cela que je suis allé en banlieue rencontrer toutes ces femmes et que je suis allé aujourd'hui rencontrer les femmes les plus exposées économiquement. Celles qui travaillent dans les grandes surfaces. J'aurai pu dire aussi celles qui travaillent dans un certain nombre d'entreprises de nettoyages. Parce que ces femmes-là ont à la fois beaucoup de précarité, ce sont de très grandes entreprises mais ces entreprises multiplient les contrats en CDD avec très peu d'heures, 20 heures, pour qu'il y ait plus de monde à mobiliser en cas de coups de feu - disons la vérité, c'est pour cela que c'est fait -, avec un très grand nombre de contrats de précarité - souvent d'ailleurs s'adressant aux étudiants -. Elles ont des horaires difficiles, parce que, quand vous êtes dans la mise en rayon dans un grand magasin, l'embauche est à 5 heures, donc vous devez vous lever à 4 heures et naturellement si vous êtes une maman seule avec des enfants, ce n'est pas une chose extrêmement facile. Précarité, très faible salaire, conditions de travail difficiles, et, par-dessus le marché, le stress que la demande de résultats - je le dis au passage, que les 35 heures aussi - ont imposé dans ce genre d'entreprise et dans ce genre de travail. Je dis qu'il faut les protéger et c'est la raison pour laquelle j'ai dit que, dans ce genre d'entreprise-là, il fallait demander qu'il y ait des règles pour que le nombre de contrats à durée déterminée ou le nombre de contrats à temps partiel soit réduit par rapport au nombre de CDI. Il faut un équilibre nouveau. Quand une partie de la nation est exposée, alors c'est à l'Etat ou aux partenaires sociaux de dire « attention, là on n'est pas dans l'équilibre nécessaire, on n'est pas dans la justice nécessaire ». Ce n'est pas la même chose que dans une toute petite entreprise.

Très souvent c'est difficile pour les toutes petites entreprises, elles ont besoin de ce genre de contrat. Là, on est devant de très grosses entreprises de distribution française. Il est juste et normal de leur demander que, quand elles offrent un contrat à temps partiel à une personne, il faut qu'il soit suffisamment substantiel pour lui permettre de vivre avec. Il faut remonter, pour ces entreprises, le plancher - 25, 30 heures - du contrat à temps partiel pour permettre de vivre avec leur travail. Première idée. Une deuxième idée, il faut les aider à garder leurs enfants. Et pour cela, il y a à encourager, avec les collectivités locales une politique de crèche à proximité du travail. Je dis à proximité du travail. Je ne dis aps exactement dans l'entreprise. Parce qu'elles ont l'impression, pour beaucoup, pendant les heures que j'ai passées avec elles, que si la crèche est une crèche d'entreprise, alors cela va aussi vouloir dire que l'on va vouloir leur proposer des horaires encore un peu plus destructurés que les horaires qu'elles ont. Donc crèches à proximité du lieu de travail. Crèches dans le bassin d'emploi. Pour qu'elles ne soient pas dépourvues, quand elles ont à assumer des horaires de cet ordre. Ca, c'est une société progressiste. Ca, c'est une société qui fait attention aux gens. Humaniste, humaine. Puis une troisième idée, il y aura beaucoup de gens qui ne seront pas d'accord avec moi. Elles ont exprimé une inquiétude que je partage. Comme elle, je veux dire que je ne suis pas d'accord avec l'idée de l'ouverture des magasins le dimanche. Je ne suis pas d'accord, je sais que je me trouve en contradiction avec Nicolas Sarkozy sur ce point, j'assume cette contradiction. Je ne suis pas d'accord et je pense qu'il y a là derrière cette question qui n'est pas à mes yeux une question secondaire, derrière, il y a un projet de société. Parce que je sais très bien qu'un grand nombre de nos compatriotes souhaitent pouvoir faire ses courses le dimanche. Et je comprends cette attente. Mais il se trouve que je sais aussi qui sera derrière la caisse. Quelles seront les femmes, car ce seront des femmes, des jeunes femmes, souvent seules, n'ayant qu'un seul salaire pour élever leurs enfants et qui seront obligées d'accepter des tâches de cet ordre, d'accepter de travailler même si elles n'en n'ont pas envie et que pendant ce temps-là, le dimanche, leurs enfants seront seuls. Eh bien, moi, je considère que nous sommes une société qui doit affirmer que tout n'est pas marchand dans la vie. Que tout n'est pas consommation dans la vie. Et que le droit à avoir ses enfants le dimanche doit être garanti à toutes les familles de France, qu'elles soient avantagées financièrement, ou qu'elles soient désavantagées financièrement. C'est une manière pour nous de dire que nous avons des valeurs de société et pas seulement des attentes financières, légitimes, compréhensibles, des attentes de loisir légitimes et qu'il y a quelque chose d'autre qui est le droit pour une jeune femme de voir ses enfants le dimanche. Quelle que soit la situation financière qui est la sienne. Alors c'est une question difficile parce que je sais bien les sondages. Il y a beaucoup de sondages qui disent que les gens veulent 'ouverture des magasins le dimanches. Moi, je pense qu'on a le droit de dire qu'on a des valeurs qui sont des valeurs pour tout le monde et pas seulement pour quelques-uns. Voilà la journée que nous avons passée.

Cette journée pour moi s'inscrit dans une projet de société comme je le disais à l'instant. Au fond, il y a deux modèles de société qui sont en train de s'opposer chez nous et sur la planète. Deux grands modèles. Il y a le modèle, et il est puissant, de la loi du plus fort. En face du modèle de la loi du plus fort, il y a je l'espère, le modèle de la loi du plus juste. Eh bien je suis là dans cette campagne pour défendre le modèle de la loi du plus juste, même contre le modèle de la loi du plus fort. Ce qui ne veut pas dire qu'un pays comme la France doit renoncer à la performance économique, à l'emploi, à la croissance, à améliorer la situation des gens. Si je veux faire un diagnostic, je trouve que l'on n'a pas assez défendu cela les dernières années. Par exemple, je suis de ceux qui pensent que l'emploi, c'est par l'entreprise que ça passe. On peut naturellement imaginer des coups de main de la part de l'Etat. Mais le vrai emploi, celui qui va nous permettre de bâtir à long terme des choses pour notre pays, cet emploi, il sera créé par l'entreprise et par personne d'autre. Ce qui veut dire qu'il faut faire pour la France une politique pro-entreprise. Et spécialement, parce que si l'on veut une forêt, il faut protéger les jeunes pousses, une politique en faveur des petites entreprises de notre pays. Des petites et des moyennes entreprises, des entreprises artisanales. Des entreprises commerciales. Il faut les protéger et les soutenir, comme on protège et on soutient les jeunes pousses quand on est arboriculteur. Et croyez-moi, si l'on met devant ses yeux le chiffre, le nombre de ces petites entreprises en France, alors on découvre des choses qu'on ne soupçonnait même pas. Écoutez bien ces chiffres, je ne vous accablerai pas de chiffres, en France il y a deux million six cents cinquante mille entreprises. Un million cinq cents mille d'entre elles n'ont pas de salarié. Il n'y a qu'une personne qui travaille pour elle-même. Et un million d'entreprises ont entre un et neuf salariés. C'est-à-dire que au-dessous de dix salariés, vous avez deux millions cinq cents mille sur deux millions six cents cinquante mille entreprises en France. Plus de 95%. Des entreprises françaises ! C'est pourquoi je dis que, président de la république, je ferai voter une loi de protection et de soutien des entreprises en France. Je veux vous dire ce qu'il y aura dans cette loi. Oh, je ne serai pas un esprit très original. Mais quand même. Parce que la loi de protection et de soutien des petites entreprises, ce n'est pas autre chose qu'un texte très célèbre, américain, le Small Business Act. Il a été signé et mis en vigueur en 1953. Nous avons 54 années de retard. Je ne fais que reprendre l'action de la Small Business Administration comme disent les Américains, le travail du Small Business Act en y ajoutant une petite idée de mon crû. Quatre chapitres pour vraiment aider les petites entreprises.

Premier chapitre, c'est la simplification. J'en entends parler depuis, allez, trente ans depuis que je fais de la politique. Tous les ans, il y a un nouveau secrétaire d'Etat ou ministre des Entreprises. Il annonce la simplification et la simplification ne se fait jamais. Je propose une mesure radicalement différente : au lieu de la faire faire la simplification par l'administration, je propose qu'on la fasse faire par les usagers. C'est-à-dire que ce soient les artisans, les commerçants, les chefs d'entreprises qui se mettent autour de la table et qui disent : ce papier-là, ce formulaire-là, ce dossier-là, vous n'en avez pas besoin. Nous proposons par exemple toutes les données que vous cherchez sur une bande de données. Vous viendrez les chercher vous-mêmes, on n'aura plus besoin de remplir les papiers. Je pense que s'i l'on confie la simplification aux usagers, il est probable qu'on aille plus loin et plus vite que si on la confie à l'administration. Quelque chose me dit cela. Mais on a besoin de simplifier. Vous êtes une grande entreprise. Vous avez des services qui sont hyper-pointus, chargés, connaissant les textes, juristes familiers des jurisprudences. Mais si vous êtes un artisan, avec votre femme qui tient les comptes, vous êtes plombier et si c'est elle qui fait les factures et qui paye l'URSSAF, toutes ces joyeusetés-là, ce n'est pas du tout la même situation. Alors peut-être est-il juste d'être très exigeant auprès des grandes entreprises, mais ce n'est pas sérieux, ce n'est pas lucide de le faire auprès des toutes petites entreprises. Donc un : simplification.

Deux, c'est pour cela que je parle de soutien. Je suis persuadé que l'on peut faire quelque chose de sérieux, de rapide, contrôlable par tout le monde, pour faire repartir la création d'emplois en France, spécialement des emplois en direction des jeunes diplômés, spécialement des emplois en directions plus de cinquante ans. Ce sont deux catégories qui se trouvent exclues de l'emploi parce que l'entreprise considère qu'ils coûtent trop chers par rapport à ce qu'ils peuvent rapporter. Un point commun entre ces deux catégories. Je propose une mesure de soutien claire et simple qui est celle-ci, je propose qu'on donne aux entreprises françaises quelles que soient leur taille la possibilité, la faculté de créer deux emplois nouveaux sans charge. Quand je dis sans charge, je le fais un peu rapidement, parce qu'il faut cependant qu'elles participent à la retraite. Il y aura dix pour cent de charge par entreprise. Et si vous vous dites : mais tous ces gens, ces emplois nouveaux ! Créés ! Vous avez cinq emplois, c'est le sixième et le septième qui vont être pendant cinq ans ainsi allégés de charge. Il y a des centaines de milliers d'emplois que l'on va pouvoir créer. Des milliers d'emplois pour, par exemple, le rêve d'entreprise est d'avoir un commercial. Quelque fois le rêve de l'entreprise est d'avoir un designer. Quelque fois le rêve de l'entreprise sera d'avoir quelqu'un qui aille chercher des marchés nouveaux à l'étranger. Tout cela peut être créé. On verra tout de suite si cela marche ou pas. L'avantage, si cela ne fonctionne pas, c'est que cela ne coûte rien. Moi, je crois que ça va marcher fantastiquement. Je pense que l'on va pouvoir assurer s'il y a dans la salle des patrons de petites et moyennes entreprises, des artisans et des commerçants, je leur demande de dire si cette idée les intéresse ou pas (Oui, parfait, dans la salle.) Bon. Rien que là, on vient de créer quatre cents emplois. Ecoutez quatre cents emplois un soir à Poitiers, ça vaut la peine. Non, vous voyez ce que je veux dire, outre le sourire, je veux dire que tout d'un coup, vous pouvez rendre le moral à la Nation. Tout d'un coup, vous allez pouvoir offrir à beaucoup de gens des perspectives nouvelles. En tout cas, vous allez pouvoir, j'appelle cela le continent des emplois gelés, ceux qu'on voudrait créer, mais qu'on ne peut pas parce que cela coûte trop cher. Tout d'un coup, vous allez pouvoir vérifier si ce continent existe. Et moi aussi, d'ailleurs, au passage. J'ai la certitude qu'il existe. Tout d'un coup, on va repasser la marche avant. Au lieu d'être dans la situation si dure qui est la nôtre aujourd'hui. Je vous rappelle. On dit qu'on a deux millions de chômeurs. Évidemment, ce n'est pas vrai. On a quatre millions et demi de chômeurs en France. Savez-vous par exemple que les deux-tiers des RMIstes ne sont pas comptés dans les statistiques du chômage ? Trouvez-vous cela normal ? Et que les chômeurs d'Outre-Mer ne sont pas comptabilisés dans les statistiques du chômage ! 300.000. On ne les compte pas. Il suffit que vous acceptiez une formation pour que vous soyez sorti des statistiques du chômage. Ce n'est pas sérieux, ce n'est pas bien. Je préfère un pays qui regarde en face les choses. Et je suis persuadé qu'on va pouvoir baisser considérablement cette chose-là. Ca, c'est le coup de pouce que je donne aux petites entreprises. Alors deux emplois, pour moi, c'est pour toutes les entreprises. J'aime bien les mesures que tout le monde peut comprendre en une phrase. D'habitude, il faut trois cents pages d'explications du ministère des Affaires sociales et de l'Emploi, des dossiers épais comme ça, pour expliquer ce qu'est le travail nouveau que l'on met en place. Il y en a tellement des contrats de travail nouveaux. Il y en a généralement cinq par an. Même les experts ne s'y retrouvent pas. Et moi j suis content parce que comme ça, elle se comprend à la télévision en une phrase. Quelque soit l'entreprise, le secteur d'activité, y compris agricole, je signale cela au passage dans une région agricole, quelle que soit l'entreprise, le secteur d'activité de l'entreprise, que vous soyez commerçant, artisan, profession libérale, industriel, quelle que soit la taille de l'entreprise, vous avez le droit de créer deux emplois sans charge. Évidemment, Total, deux emplois, ce n'est pas ce qui va changer son équilibre financier. Mais le plâtrier de Loudun auquel je pense, le maçon de Loudun, dans une ville où il y a de si belles pierres, ça, ça va lui changer la vie. Le maçon, c'est un peu plus compliqué, au passage parce que le maçon, ce n'est pas d'emplois qu'il manque, c'est de personnes à employer. Parce que l'on est devant une espèce de barrage de la société française qui, pour de grands secteurs d'activité, les personnes n'en veulent pas. C'est vrai pour le bâtiment, c'est vrai pour l'hôtellerie et ça nous obligera à poser de grandes questions pour l'avenir. Comment réhabilite-t-on l'image de ces métiers ? Et enfin le plombier de Loudun, ça va lui changer la vie. Le menuisier de Loudun, ça va lui changer la vie. Et je trouve que c'est de la vraie et du vrai soutien à l'entreprise. Deuxième chapitre.

Troisième chapitre. Une disposition que les Américains ont prise depuis longtemps qui est faite en particulier pour éviter d'étrangler les sous-traitants comme le font avec tellement d'appétit les grandes entreprises. Je propose que l'on réserve aux petites entreprises une part des marchés publics. Pour les Américains, j'ai décalqué les chiffres, au-dessous de 50.000 dollars, chez nous, on dira 50.000 euros, le change ne sera pas tout à fait exact, mais cela ne fait rien, c'est un ordre de grandeur, 50.000 euros, les marchés publics sont réservés aux petites entreprises. Au-dessus de 50.000 euros, on réserve 20% des marchés publics aux petites entreprises. C'est pour éviter, comme vous le voyez, ce qui se passe d'habitude ces très gros donneurs d'ordre qui prennent les marchés publics et après se tournent vers les sous-traitants. Ils leur mettent le garrot. Ils les obligent à assumer les travaux sans en avoir le bénéfice. Cette mesure, je le dis à l'avance, ne me rendra pas populaire chez un certain nombre de grands groupes de bâtiment et travaux publics. Mais enfin, cela ne fait rien, je ne suis déjà pas populaire auprès d'eux pour m'être exprimé à ce sujet. Ce sont les connaisseurs qui applaudissent, vu le lien qu'il y a entre les médias, enfin bref tout le monde aura compris. Parce que je pense que la vie n'est intéressante que si elle est sportive. Il y a des moments où il faut prendre quelques risques. Ne serait-ce que pour montrer qu'il n'y pas de montagne que l'on puisse bouger. Je ferme la parenthèse. C'était le troisième chapitre.

Pour le quatrième chapitre, j'ai une idée qui est toute simple et assez révolutionnaire. Je propose qu'on oblige l'Etat à respecter les règles que l'Etat impose aux autres. Par exemple, l'Etat impose et à mon avis, c'est à juste titre, un certain nombre de règles du point de vue de délais de paiement pour les entreprises. Eh bien, je propose que l'Etat respecte les règles en matière de paiement qu'il impose et ainsi il n'y aura plus... Tiens, je vais me rendre populaire encore un peu plus, je propose que l'Etat respecte le délai de paiement et invite les collectivités locales à respecter les mêmes règles. Parce que vous comprenez, quand vous avez réparé le toit d'un édifice public et qu'un an après, vous n'avez toujours pas reçu le chèque ou le virement de paiement de ce travail-là, vous comprenez qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans le rapport avec la puissance publique. Voilà. Quatre règles toutes simples. Simplification. Marchés publics. Création de deux emplois nouveaux sans charge. Obligation pour l'Etat de respecter les règles. Je dis au passage que l'Etat devrait respecter aussi ce genre de règles dans le domaine des emplois auxiliaires qu'il impose dans un certain nombre de secteurs dont l'Education nationale. Parce qu'il se trouve que l'Etat est extrêmement exigeant. Il dit CDD. Au bout de deux CDD, un CDI, et je ne dis pas qu'il a tort de le faire. Mais qu'il y a dans l'administration et dans l'Education nationale des auxiliaires qui sont là depuis dix ans ou quinze ans et qui vivent toujours dans la précarité avec la menace d'être jetés aux premiers vents contraires. Eh bien, je trouve que cela ne va pas. Alors, tout ceci n'est pas facile. Tout ceci est très exigeant. Mais je vais vous dire : je pense que c'est d'exigence que nous avons besoin dans les temps qui viennent. Je pense que nous avons besoin de retrouver une France debout, une République debout, un État debout. Alors je sais bien que tout ce que je décris là, et je n'ai abordé ce soir que le problème des femmes et celui de l'emploi, mais Dieu sait que des problèmes, il y en a beaucoup d'autres, on a un grand problème avec le climat et la biodiversité. Et c'est en toute conscience que j'ai signé ce que Nicolas Hulot a demandé du sujet. Je pense qu'on est devant une menace sur l'espèce humaine créée par l'espèce humaine. Ca nous oblige d'être lucides alors que nous avons refusé de l'être pendant des années. Ca nous oblige de poser ce problème devant la communauté internationale et à l'obliger à venir s'en occuper. Ca nous oblige a être exemplaire et c'est une immense tâche que nous avons devant nous. Pas cruelle. On ne va pas retourner à l'âge des cavernes. On va au contraire assumer une forme de société et de civilisation différente. On va faire attention à ce qui est rare. On va être plus économes, on va être plus sobres, on va choisir par exemple des produits qu'on peut réparer, pas forcément des produits qu'on est obligé de jeter. Des choses toutes simples qui nous permettront de vivre mieux et davantage en conformité avec nos responsabilités.

On a un grand problème avec le climat. On a un grand problème d'exclusion. Moi, je ne serai pas le président d'un pays qui va accepter durablement d'avoir un millions et demi de personnes plongées dans le sentiment de désespoir que l'on éprouve quand personne ne fait appel à vous et l'espèce de honte qui fait que vous ne pouvez même pas l'avouer. Et ces personnes-là, la plupart du temps, sont prises au piège, j'en parlais encore tout à l'heure avec les caissières. Et les personnels des grandes surfaces. Vous savez quel est le piège ? Vous êtes au RMI. Vous avez un certain nombre d'aides, d'allocations, de coups de main, vous ne payez pas les impôts locaux, vous ne payez pas la redevance télévision, vous avez une aide pour les transports, vous avez une aide pour la cantine des enfants. Vous acceptez un travail, et au bout de quelques semaines, vous perdez ces aides. Donc on vit dans un pays qui marche tellement sur la tête, qu'il a créé cette espèce de trappe et de piège dans lequel, si vous acceptez de revenir au travail, vous perdez les avantages que vous aviez quand vous étiez aux avantages sociaux. Vous travaillez, vous perdez. Eh bien, moi, je veux un système tout simple. Si on travaille, on gagne. Et donc, on va garantir. Cela, c'est de la vraie générosité. On a toutes ces personnes-là qu'on va sortir de l'inactivité, du sentiment de ne servir à rien, et que plus personne ne vous regarde. C'est un grand problème que celui de l'exclusion.

On a l'Education nationale, j'en ai parlé. On, ce n'est pas un petit problème, l'Education nationale, c'est un grand et beau problème pour la France. Grande chance pour la France. On a la recherche. On forme les meilleurs chercheurs de la planète avec nos universitaires, avec nos écoles, avec notre investissement, avec nos impôts, et c'est aux États-Unis qu'ils vont découvrir les brevets. Eh bien, ça ne va pas. On va remettre le pays à l'endroit. Tous ces problèmes-là, ce sont d'immenses défis. Mais pour moi, ce sont autant de chances. Tous ces problèmes-là, vous savez la conclusion à laquelle j'arrive : j'ai la certitude, je suis décidé à défendre devant le pays cette certitude, j'ai cette certitude qu'aucun de ces problèmes, on ne pourra les régler en restant dans l'affrontement stupide et stérile entre l'UMP et le PS que nous vivons depuis vingt-cinq ans. Je suis persuadé que nous n'avons aucune chance d'y arriver si l'on continue dans cette voie que l'on fréquente depuis vingt-cinq ans et qui a formé autant d'échecs. Je suis certain, je ne dis pas qu'il n'y a plus de gauche et de droite, pas du tout, chacun a sa tradition, chacun a son histoire, chacun a ses valeurs. Je considère que ces valeurs, cette histoire, sont légitimes. Il y a des gens qui viennent de la droite, et ils ont raison d'être fiers de leur histoire. Il y a des gens qui viennent de la gauche, et ils ont raison d'être fiers de ce qu'ils croient. Il y a des gens qui viennent du centre, ils ont aussi raison d'être fiers de ce qu'ils croient. Mais la novation, pour moi, est celle-ci : ça n'est pas parce qu'on ne pense pas exactement la même chose sur tous les sujets qu'on n'est pas capable de se rassembler et de travailler ensemble pour sortir le pays de la crise dans laquelle il est enlisé depuis vingt-cinq ans. Mes chers amis, leur affrontement, leur guerre perpétuelle, PS contre UMP, droite contre gauche, Sarko/Ségo, aller/retour, tout ça, c'est préhistorique. Il y a des moments où il faut accepter de comprendre que les temps ont changé. Écoutez, de l'autre côté du Rhin, il y a dix-huit mois, alors que les chefs politiques avaient exactement le même discours que ces deux-là, eh bien, le peuple allemand a pris la décision que, quelle que soit cette espèce d'obsession des états-majors, lui, il allait les obliger à travailler ensemble. Et ils ont obéi. Les résultats que l'Allemagne obtient aujourd'hui, déclenchent l'admiration de toute l'Europe. En dix-huit mois, l'Allemagne a fait plus pour se redresser qu'elle n'avait fait dans les dix années précédentes. Je ne dis pas que rien n'avait été fait. Elle a fait plus. Et ça marche. Pour une raison très simple, parce que tout le monde sait désormais que tous ces grands choix, ce sont des choix justes. Puisque il y a des élus des grandes sensibilités pour garantir que c'est bien la voie objective qu'il faut suivre. Eh bien les Allemands ont pu le faire parce qu'ils ont une loi électorale aux élections législatives qui le permet. En France, nous avons une autre clef, heureusement. Cette clef, c'est l'élection présidentielle. Nous avons le moyen et je suis absolument certain que les Français vont le saisir. J'en suis certain parce qu'il y a un sondage qui est sorti hier. Vous l'avez peut-être vu, disant l'idée de François Bayrou de rassembler des gens dans un gouvernement d'union, est-ce qu'elle vous plaît ou pas ? Vous connaissez le résultat ? 71% des Français ont dit qu'ils étaient pour cette idée. Qui veut résister à 71% des Français ? En tout cas, je vous le jure, pas eux. Ils n'ont pas les moyens, ils n'ont pas la force, ils n'ont pas la capacité de résister à la volonté qui est en train de se former au sein du peuple français. Nous, nous avons la clef de l'élection présidentielle. Le 6 mai, je n'ai aucun doute sur ce sujet, le 6 mai, les Français vont donner mandat à leur nouveau président de la République de réunir ces forces antagonistes et de les obliger, de les contraindre, de les inviter à bien vouloir se réunir pour sortir le pays de la difficulté dans laquelle il se trouve. Et ça, mes chers amis, ça va bigrement nous changer. Là, ceux qui espèrent en effet depuis longtemps qu'il y aura du changement, ils vont trouver ce changement. Et c'est ça l'explication du mouvement de confiance si profond qui est en train de se former dans le peuple français. Moi, je veux vous dire simplement que je serai le porteur de ce projet devant les citoyens français, sans relâche, sans repos, sans une minute de répit pendant les combien ? Non, non, nous devons aller jusqu'au deuxième tour, cher ami, pendant les onze ou douze semaines que nous avons à vivre ensemble de manière que tout le monde comprenne qu'en France, le 7 mai ne sera pas comme le 5 mai. Que quelque chose aura changé, que la France va se redresser parce qu'elle va se rassembler.

Je vous remercie.

Source http://www.bayrou.fr, le 6 mars 2007

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