Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur son programme présidentiel notamment la réduction de la dette publique, la lutte contre les inégalités scolaires et sociales, et l'aide aux entreprises par l'exonération de charges sociales pendant cinq ans, Caen le 1er mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur son programme présidentiel notamment la réduction de la dette publique, la lutte contre les inégalités scolaires et sociales, et l'aide aux entreprises par l'exonération de charges sociales pendant cinq ans, Caen le 1er mars 2007.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

Circonstances : Meeting électoral à Caen, le 1er mars 2007, dans le cadre de la campagne pour les élections présidentielles de 2007

ti : Mes chers amis, je suis extrêmement ému par votre présence si nombreuse, extrêmement ému par la volonté de ceux qui nous ont rejoints, parfois de loin, dont je le rappelle plusieurs centaines n'ont pas pu entrer dans ces salles, parce qu'il y a plusieurs salles, et je répète que je vais aller les voir à la fin de cette rencontre.

Je suis très ému par ce qui se passe en France, par l'engagement, la volonté, le dévouement de tant et tant de Français, de centaines de milliers, de millions de Français qui ont décidé que les choses allaient, en France, changer au moment de cette élection présidentielle.

Je veux saluer d'abord les amis qui nous ont accueillis. Je remercie Philippe Augier, mon ami et mon complice de si longtemps de sa présence et de son accueil et je vous demande d'applaudir tous ceux qui ont organisé cette rencontre.

Je voulais saluer les parlementaires nombreux, ceux qui se sont exprimés. Parmi les parlementaires du Calvados, je salue Rodolphe Thomas, le jeune député-maire d'Hérouville, Claude Leteurtre, le député de Falaise, mon ami et complice Jean-Léonce Dupont, sénateur du Calvados.

Je salue Pierre Albertini, député-maire de Rouen, qui porte, dans notre courant de pensée, la responsabilité du projet. Je salue Catherine Morin-Desailly, sénateur et premier adjoint au maire de Rouen.

Je salue les parlementaires qui nous ont rejoints : Jean-Jacques Jégou, sénateur du Val-de-Marne, Gérard Vignoble, député du Nord, Philippe Nogrix, sénateur d'Ille-et-Vilaine.

Je suis très heureux de cette rencontre et de cette amitié que vous me manifestez en étant là.

Je voudrais avoir un mot particulier pour les plus jeunes qui sont si nombreux ce soir, les centaines et milliers de très jeunes qui nous ont rejoints, qu'ils soient apprentis ou étudiants, parce que cette réunion est leur réunion et je voudrais avoir un mot particulier pour les sourds et malentendants qui sont présents au premier rang et pour qui on traduit cette rencontre.

Il n'y a pas que les jeunes. Il y a aussi des personnes plus âgées et elles méritent nos applaudissements, parce que ce sont toutes les générations qui vont, ensemble, décider du destin du pays.

Et, au fond, cette élection, qui est scrutée absolument partout dans le monde, le nombre d'articles qui, dans la presse américaine, sud-américaine, d'Extrême-Orient, se multiplie sur ce qui est en train de se passer en France, le candidat inattendu qui est en train de bouleverser cette élection, et ils ne savent pas encore à quel point on va la bouleverser !

Cette immense surprise est en train, en effet, d'intervenir dans un scénario qui paraissait jouer à l'avance, décidé à l'avance. Ce n'était pas la peine que l'on organise le premier tour puisque l'on connaissait déjà ceux qui seraient en piste pour le deuxième tour.

Chaque fois, si vous y réfléchissez bien, depuis que l'élection présidentielle existe, chaque fois, les Français, le peuple des citoyens français bouleverse ainsi la donne de ce que l'on annonçait comme un scénario écrit à l'avance.

Les observateurs, chaque fois, se perdent en analyses, pour savoir quelles sont les causes de cette surprise. Pour moi, la cause principale de la surprise qui, chaque fois vient changer le résultat attendu de l'élection présidentielle, est extrêmement profonde, extrêmement solide. Elle a une immense signification qui est celle-ci : le peuple des citoyens veut ressaisir le pouvoir dont on voulait le priver.

Les citoyens français voient, entendent et observent, que, à l'avance, on veut leur imposer un scénario et chacun d'entre eux, dans un mouvement qui a une immense signification, avec ceux qui l'entourent, sa famille, ses collègues de travail, ses voisins, à chaque élection, décide que le scénario que l'on avait écrit à l'avance, ce ne serait pas celui qui serait suivi et ceci, si vous y réfléchissez bien, cela veut dire quelque chose à quoi, d'habitude, on n'accorde pas une grande signification.

Il est inscrit dans la Constitution que c'est le peuple qui est souverain et on a inventé l'élection présidentielle pour que puisse s'exercer la souveraineté du peuple français, parce que l'élection du président de la République au suffrage universel donne au peuple des citoyens le pouvoir de changer la donne s'il le souhaite.

C'est cela qui est en train de se passer dans notre pays. Le peuple des citoyens a décidé que le schéma habituel de la politique dans lequel on voulait l'enfermer ne lui convenait plus, qu'il avait connu trop d'échecs et qu'il était temps que l'on tourne la page sur ces 25 années d'échecs.

Cette fois-ci, il s'est passé quelque chose d'autre qui expliquera le ton de mon intervention. Je n'ai pas l'intention de faire de la polémique avec qui que ce soit. Je ne dis pas que je n'aperçois pas quelques éléments qui me permettraient de faire de la polémique. Je dois avouer que la multiplication des attaques dont, depuis dix jours, nous sommes l'objet, sous les feux croisés de la gauche, de la droite et de l'extrême-droite, qui auraient donné très cher pour rester entre eux...

Formidable situation : il y avait l'UMP et le PS qui étaient certains d'être en final. Ils avaient donc une chance sur deux de l'emporter. Une chance sur deux, ce n'est pas mal. Pour ceux qui s'intéressent au concours de pronostics, une chance sur deux, c'est finalement un capital qu'il convient de ne pas laisser perdre et ils avaient une assurance tous risques garantie, un parachute en or. C'était la présence de Jean-Marie Le Pen qu'il suffisait d'agiter, comme on agite la muleta devant le taureau, de manière que les voix se précipitent en masse vers les deux candidats qui étaient censés défendre la République contre l'extrême-droite. C'était cela le scénario et c'était cela le schéma.

Alors, à entendre leurs attaques multiples, multipliées... J'ai même entendu Jack Lang aujourd'hui expliquer que j'étais le responsable de la crise d'Airbus ! Aujourd'hui même !... Oui, il faut de l'imagination, n'est-ce pas ?

Nous allons donc avoir des attaques de toute nature, les plus politiciennes et les plus désastreuses du point de vue de l'esprit civique. Je n'ai aucun doute sur ce sujet et, finalement, je les comprends ! Les pauvres !

Mettez-vous à leur place, que voulez-vous qu'ils fassent contre la force d'un peuple qui a décidé de se mettre en marche et d'imposer un président de la République qui le respectera et le rassemblera ?

On dit toujours que l'élection présidentielle, c'est la rencontre d'un homme et d'un pays, d'un homme et d'un peuple. C'est exactement ce qui est en train de se produire. C'est la rencontre d'un pays avec un projet, un projet porté par une méthode et une personnalité qui ne ressemble pas, en effet, à ce que l'on a connu depuis vingt-cinq ans.

Je vais vous dire en quoi cette méthode et ce projet diffèrent profondément de ce que nous avons connu depuis vingt-cinq ans. Voyez-vous, j'ai été un responsable politique classique. Je n'en rougis pas, c'était honorable. J'ai été un très jeune député, un très jeune ministre. J'ai exercé une fonction qui est, à mon avis, une des plus belles que l'on puisse rencontrer dans la République : ministre de l'Education nationale. J'en ai été très fier et j'en garde un souvenir profond, comme je l'ai expliqué lundi soir dans l'émission de TF1. J'ai été élu comme chef de parti.

Tout cela était flatteur, était intéressant, puis, peu à peu, j'ai vu se former sous mes yeux l'échec de mon pays. Quand vous êtes un responsable politique, quand vous avez été député, quand vous avez été ministre, quand vous exercez des responsabilités, que vous voyez se succéder, à chaque élection, la flambée des rêves, des promesses de toute nature et, derrière, très vite après, la désillusion, quand vous voyez la chute de la France, de notre pays, dans tous les classements internationaux sans exception, quand vous voyez ce pays, qui a été un des plus lumineux et dont c'est la vocation de le rester, qui accumule, au fur et à mesure que le temps passe, les raisons de se désespérer, alors si vous êtes, non pas un responsable politique, mais un citoyen conscient, soucieux de ce qu'il y a dans l'âme de ceux et celles qui lui confient son mandat, alors vous vous posez des questions qui sont des questions profondes, simples et la principale de ces questions est : peut-on continuer comme cela ?

C'est celle-là la question que je me suis posée.

J'ai vu ce qu'était la guerre des clans, la guerre des camps, les assurances que l'on donnait au pays, trahies au bout de quelques semaines. Je me souviens très bien de Jacques Chirac élu sur la fracture sociale et, quelques mois après, pour des raisons d'ailleurs explicables, qui tenaient à la préparation de l'euro, le revirement, le changement et combien de millions de Français ont ressenti cela comme une trahison de leurs espoirs.

Je me souviens très bien de Lionel Jospin élu en 1997. Il s'est fait élire, et je vois encore l'image sur l'écran de télévision, en disant : "Si je deviens le chef du gouvernement, je poserai des conditions extrêmement fermes et strictes à la naissance de l'euro et, si on ne remplit pas ces conditions, nous n'irons pas à la défense de l'euro."

Lionel Jospin, en quinze jours, a replié les conditions et il a, ce que je trouve d'ailleurs légitime, choisi ce grand dessein européen, mais imaginez tous ceux parmi les Français qui y avaient cru.

Je me souviens très bien de ce que disaient les militants et les responsables de gauche, quand ils ont découvert que le gouvernement de Lionel Jospin avait le record de la privatisation des entreprises. C'était ce gouvernement-là qui avait le record de la privatisation des entreprises.

Je me souviens très bien qu'en 2002, on a dit : "On va baisser les impôts de 30 %, croix de bois, croix de fer et, si je mens, je vais en enfer". Non seulement bien sûr cette promesse n'a pas été remplie, mais les prélèvements obligatoires ont augmenté dans notre pays. On a remplacé quelques impôts par quelques taxes, quelques impôts nationaux par quelques impôts locaux, mais, au bout du compte, les prélèvements obligatoires ont augmenté en France de plus de 1 % de la richesse nationale pendant cette période.

Je me suis dit que, dans cette succession d'affrontements, dans cette succession de promesses et cette succession de désillusions, il n'y avait, au bout du compte, que le désespoir de la France et j'ai décidé que je proposerai à notre pays de changer de cap.

J'ai décidé qu'il fallait, maintenant, proposer aux citoyens français, de regarder la réalité en face, de refuser les promesses mensongères et, au lieu d'épuiser l'énergie de la nation dans une querelle incessante, de la regrouper pour qu'elle se redresse, de la rassembler pour qu'elle réussisse à relever les défis qui étaient les siens.

Je me suis juré que je ne commencerai pas une réunion publique, pas une émission de télévision, pas une émission de radio, pendant cette longue campagne électorale, sans dire la réalité de la situation de notre pays en face de quelque chose que tout le monde voulait ignorer, qui est la réalité du déficit et de la dette qui est en train d'écraser les générations les plus jeunes qui sont là, d'une manière irresponsable, scandaleuse et immorale.

Ce n'est pas possible d'avoir un pays debout qui est en train d'écraser, sous sa propre irresponsabilité, les générations les plus jeunes qui sont en train de se préparer à entrer dans la vie active, voyez-vous, dans cette élection-là, ce qui se joue, ce n'est pas seulement la situation de ceux qui vont voter. Je vous encourage à réfléchir à ceci. Vous tous qui êtes électeurs, vous allez pouvoir déposer un bulletin dans l'urne, mais ce qui se joue c'est la situation de ceux qui ne sont pas encore électeurs.

Au fond, le choix politique que nous allons faire, nous ne le faisons pas seulement pour les générations qui ont atteint l'âge de dix-huit ans, mais pour ceux qui ont quatorze ans, douze ans, cinq ans, pour les bébés qui sont nés et pour les bébés qui vont naître.

Je ne veux pas, et vous ne voulez pas non plus, que des décisions irresponsables compromettre leur avenir, parce que, eux, ce qu'ils vont devoir porter, c'est une charge comme aucune génération avant eux.

Je ne veux pas, et vous ne voulez pas non plus, que des décisions irresponsables compromettre leur avenir, car ce qu'ils devront porter, eux, est une charge qu'aucune génération avant eux n'a eu à supporter :

- Dette financière de notre pays : lorsque Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre ont quitté le pouvoir en 1981, la France était le pays le moins endetté de la planète. En vingt-cinq ans, on a multiplié la dette de notre pays par six. Elle était d'environ deux cents milliards d'euros, au cours actuel de l'euro, lorsqu'ils sont partis et, le 1er janvier de cette année, elle a dépassé mille deux cents milliards d'euros,
- Dette de l'État,
- Dette d'aide des collectivités locales,
- Dette de la Sécurité Sociale : en effet, nous avons renvoyé le paiement de nos ordonnances sur le travail de ceux qui vont suivre.

Chaque famille française paye, sur son travail, plusieurs milliers d'euros tous les ans pour rembourser la dette du pays. La totalité de l'impôt sur le revenu des Français est consacrée à la charge de la dette.

Nous ne pouvons donc pas laisser grandir cette dette et, si l'on dit, comme un peuple debout, comme des gens responsables, comme des citoyens dignes de ce nom : "Il faut que cela s'arrête", alors il y a une chose à faire, c'est de demander aux responsables politiques, et notamment aux candidats à cette élection, d'arrêter de multiplier les promesses inconséquentes, inconsidérées par dizaine de milliards d'euros dont ils n'ont pas le premier sou, car le budget de l'État n'a pas les moyens de les assumer.

Chaque jour, quand des catégories sociales nombreuses et différentes viennent successivement me voir pour me demander de signer des engagements, comme c'est devenu la mode dans la vie politique de notre pays, chaque jour, je dis : "Je ne signerai pas de promesse". J'ai décidé que je ne me joindrai pas au concert de ceux qui, avant chaque élection, sortent un carnet de chèques bien épais, lesquels seront, en réalité, des chèques en bois.

À chaque catégorie sociale, je dis : "Nous n'avons pas les moyens de payer ces engagements qui sont des engagements irresponsables", et je maintiendrai cette attitude jusqu'au bout.

L'autre jour, je me suis rendu devant le Comité national olympique et sportif français. Dieu sait que j'aime le Comité national olympique et sportif français et notamment tout ce qui est de l'ordre de ces associations, par dizaines de milliers, qui font le tissu sportif du pays et notamment l'olympisme, pour lequel j'ai une grande affection, un grand soutien et une grande préoccupation.

Tous les candidats sont venus, les uns après les autres, devant le Comité national olympique et sportif français. Mes amis m'avaient écrit un formidable discours dans lequel je prenais l'engagement de multiplier par deux le budget des sports. Ils avaient fait cela en rapport, en particulier, avec les représentants du CNOSF, je l'imagine !

Cependant, en promettant de le doubler, j'étais parmi les plus modestes, car une candidate a proposé de le multiplier par trois et un autre a proposé de multiplier par cinq ce budget. Je me demande d'ailleurs pourquoi on s'arrête en si bon chemin. Quand on est en train de faire des promesses de cet ordre, il ne faut pas s'arrêter.

Je suis monté à la tribune et je leur ai dit que, en dépit du discours qui était écrit et que je trouvais absolument remarquable, pour ma part, je ne prendrai pas ce genre d'engagement, car je sais que ces promesses ne seront pas respectées et je ne le veux plus, dans notre pays. Je viens encore de le dire à l'ensemble des hôteliers et des restaurateurs. Je suis, bien sûr, d'accord avec l'idée qu'il serait bien de diminuer la TVA à 5,5 %, mais je me souviens très bien de ce qui s'est passé en 2002.

On le leur a promis, on le leur a signé, on le leur a affirmé, on le leur a confirmé, tous les candidats sans aucune exception, probablement y compris moi, car j'étais à encore à un âge de moindre maturité politique -on va le dire ainsi-, et vous avez vu ce qui a suivi. Nous avons été obligés, jour après jour, de constater que les promesses ne seraient pas respectées.

On a dit : "C'est la faute de l'Europe". C'est toujours ce que l'on dit lorsque que les Gouvernants n'assument pas leurs responsabilités. Nous sommes un pays dans lequel il est devenu à la mode de rechercher le bouc émissaire perpétuel à Bruxelles.

Eh bien, moi, je ne chercherai pas de bouc émissaire à Bruxelles. J'assumerai la responsabilité qui sera celle du Président de la République française. C'est à nous qu'il revient de mettre de l'ordre dans nos affaires et de faire que la France soit désormais un pays qui se redresse.

Je leur ai donc dit : "Je ferai ce que je pourrais, mais je ne signerai pas les formulaires préétablis. Je veux une attitude de responsabilité, je peux choisir ce que sont les priorités pour notre pays et je veux vous dire ce que sont ces priorités".

Dans la situation où la France se trouve, c'est-à-dire dans la situation de mondialisation, de très dure, de très âpre compétition dans laquelle notre pays est plongé, dans cette très dure et très âpre compétition, nous avons une arme, probablement la plus efficace et peut-être même la seule, et, cette arme que nous avons, ce sont les jeunes Françaises et les jeunes Français.

Ce que nous avons à faire, dans un pays comme le nôtre, en choisissant la stratégie que nous allons suivre, c'est-à-dire en désignant nos priorités, ce que nous avons à faire, c'est de dire que, pour la France, la chance de son avenir, c'est l'Éducation nationale : l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire, l'enseignement supérieur et la recherche sont la seule arme qui nous permettra de faire face à l'avenir.

C'est la raison pour laquelle je serai solidaire et exigeant. Solidaire, car je ne laisserai pas prendre les enseignants français comme boucs émissaires de toute la crise de la société française.

Je sais bien, j'ai bien vu, après l'émission de lundi soir, qu'un certain nombre de gens regrettaient que je ne me joigne pas au coeur de ceux qui montrent du doigt les enseignants. Je ne le ferai jamais, car j'ai le souvenir récent d'un événement qui s'est produit alors que j'étais ministre de l'Éducation nationale. J'avais eu l'idée de lancer une Enquête pour savoir pour quelle raison il y avait -phénomène bizarre-, dans un pays où tout le monde disait que le succès scolaire venait de la famille, il se faisait qu'il y avait des enfants issus de milieux très défavorisés qui réussissaient très bien, pas majoritairement, pas assez, mais il y en avait, et des enfants issus de milieu très favorisés, matériellement ou culturellement, et qui échouaient sans qu'il y ait de raison intellectuelle à cet échec.

J'ai demandé que des gens intelligents, pour une fois très formés et très ouverts conduisent cette enquête et la conclusion a été, pour moi, une leçon que je n'oublierai jamais. Elle était celle-ci : réussissent les enfants dans la famille desquels l'école est estimée, soutenue, défendue par les parents et échouent les enfants dans la famille desquels l'école est méprisée, accusée et, au fond, dépréciée par les parents.

Eh bien, mes chers amis, je voudrais que l'on y réfléchisse tous ensemble, car c'est une grande cause et ce qui est vrai dans une famille est vrai dans une nation. En effet, les pays du monde qui ont les meilleures performances scolaires, les pays du sud-est asiatique et les pays scandinaves, sont des pays dans lesquels l'école est soutenue par l'ensemble de la nation.

Comme je veux que l'Éducation nationale en France devienne, non pas une des meilleures du monde, mais la meilleure du monde et, ce, en quelques années, je ferai en sorte que, à aucun moment, on ignore que la nation a décidé de soutenir son école, pour que l'école fasse réussir l'ensemble de la nation.

Cela a, je dirais, pour moi, une signification extrêmement nette, y compris dans les circonstances budgétaires difficiles qui vont être les nôtres : je garantirai les moyens de l'école et, en échange, je demanderai à l'Éducation nationale de prendre un certain nombre d'engagements, ainsi que de fixer un certain nombre d'objectifs qui seront vérifiables par l'ensemble de la nation.

Le premier de ces objectifs paraît tout simple à énoncer, mais il est très difficile à réaliser, c'est que plus aucun enfant dans notre pays n'entre en sixième sans savoir lire et écrire. Je m'empresse de dire que c'est difficile.

Je ne sais pas s'il y a des instituteurs et professeurs des écoles dans cette salle... Il y en a, je les salue. Ils savent que c'est difficile et, ce, pour deux raisons principales que je vais, devant vous, évoquer.

Il y a eu tout un temps, des générations où la société toute entière tournait autour de l'écrit, lequel était valorisé et constituait, pour les enfants que nous étions, le chemin de tous les rêves, de toutes les évasions. On prenait un livre, petit ou gros, car c'était le moyen de trouver d'autres horizons.

Aujourd'hui, ce n'est pas l'écrit, ce sont l'image, la télévision, les jeux vidéo, les consoles, etc., qui représentent l'univers des enfants. Ce dernier n'appartient plus principalement au domaine de l'écrit. Il appartient au domaine de l'image.

On avait senti, depuis plusieurs décennies, venir cette grande inflexion et il nous faut donc défendre l'écrit dans un monde où l'image est reine. Ce n'est pas simple et c'est très difficile pour des enseignants, car il y a le monde dans lequel on vit, la famille et tout cela n'est pas facile à équilibrer.

La deuxième raison, c'est que, comme vous le savez bien, lorsque des enfants sont en situation d'échec à l'école, ce n'est pas principalement pour des raisons pédagogiques, c'est un grand nombre de fois pour des raisons psychologiques, car ils vivent, dans leur vie de famille, des choses difficiles, douloureuses dans lesquelles ils n'arrivent pas à se retrouver. Ces enfants, il faut les identifier et les accompagner et cela demandera des efforts très importants à l'ensemble de l'Éducation nationale.

Cependant, le seul objectif qui soit digne d'une nation comme la nôtre, c'est "illettrisme = 0 %", pas "illettrisme =15 %", comme aujourd'hui, parfois "illettrisme = 20 %", pas "illettrisme =10 %", mais "illettrisme =0 %", parce qu'aucun de ces enfants ne mérite d'être abandonné sur le bord de la route et nous ne pouvons pas nous rendre complices de non assistance à enfants et à élèves en danger.

Ce grand mouvement, il faut que nous le conduisions sur l'ensemble du territoire national, pas seulement dans les quartiers privilégiés, mais sur l'ensemble du territoire national.

Je n'ai pas approuvé ceux qui disent : "C'est très facile, il suffit de décider que, désormais, on abandonne la carte scolaire et que l'on va pouvoir inscrire -d'ailleurs cela se fait assez régulièrement- ses enfants dans les établissements de son choix".

Tout d'abord, je trouve que c'est une réflexion courte et je m'y arrête un instant. Que se passe-t-il le jour où vous avez, dans l'établissement "chic" du centre-ville, quatre fois plus d'inscriptions que de place disponibles ? Que fait-on ? On organise un concours ?!...

Si vous organisez un concours, vous découvrirez, alors, que c'est très souvent le fils de la personne, souvent venue d'ailleurs, qui habite dans la rue du centre-ville, mais qui est, par exemple, le concierge ou un personnel de maison dans une famille du quartier, qui va se retrouver dans l'établissement de banlieue.

Soit l'on tire au sort, soit l'on décide que l'on va seulement conserver les enfants les plus proches du lycée, mais, alors, on revient à la carte scolaire.

Bref, il n'y a rien de facile dans cette idée et, surtout, la question que l'on ne pose pas est celle-ci : que deviennent les établissements que l'on quitte ? Qui sont les enfants qui restent dans les établissements abandonnés et dont vous faites des ghettos ?...

Pour moi, la République, ce n'est pas les ghettos.

La carte scolaire, ce n'est pas une obligation pour les familles. Je suis prêt à l'assouplir pour les familles, mais je ne suis pas prêt à l'assouplir pour l'Éducation nationale. La carte scolaire, c'est l'obligation que l'Éducation nationale se donne à elle-même d'offrir les mêmes chances aux élèves, quel que soit leur milieu d'origine et le quartier où ils sont nés, partout sur le territoire de la République, que ce soient les banlieues en difficulté ou les zones rurales.

On ne parle pas beaucoup des zones rurales dans cette élection. Je pense qu'il est nécessaire d'en parler, car il y a un double abandon : celui des quartiers en difficulté et, souvent, des banlieues et celui de larges zones rurales. Nous vivons dans un pays dans lequel l'État est omniprésent partout où cela va bien et totalement absent partout où cela va mal.

Eh bien, moi, je demande que l'on inverse cette proportion et que l'on décide que l'État, on peut l'alléger partout où cela va bien, mais qu'il faut le réimplanter partout où cela va mal, dans les banlieues et dans les zones rurales en particulier.

Il faut le faire comme un État moderne, il ne faut pas le faire en renonçant à la réforme de l'État. Il faut faire la réforme de l'État. J'ai cité récemment cette étude dans le débat que tu évoquais, Philippe, que j'ai eu avec le premier très haut fonctionnaire de l'Inspection des finances sur cette idée. Il me dit : "Comment allez vous faire la réforme de l'État ?"...

Je lui dis, car c'est un homme que je respecte : "Monsieur, vous êtes le patron de l'Inspection des finances...

L'Inspection des finances vient de sortir un rapport qui dit quelque chose de bouleversant quand on y pense, elle dit : depuis le début des années 1980, toutes les administrations qui ont fait l'objet de décentralisation ont augmenté le nombre de leurs fonctionnaires et pas réduit. Notre pays, c'est cela. C'est d'ailleurs une tentation permanente et que l'on comprend très bien : chacun veut renforcer son pré carré, son espace.

Je suis pour que l'on fasse la réforme de l'État, mais que cette réforme permette de réinstaller l'État là où cela va mal, pas de le laisser là où cela va bien.

Il y a une deuxième chose -et je m'arrêterai là- que je veux faire pour que les chances soient égales, quel que soit le quartier d'où vous êtes originel, la profession de vos parents et la composition de votre famille. Je veux que l'on rétablisse le calme qui, seul, permet de faire des études et la discipline qui, seule, permet de se respecter, dans tous les établissements de tous les quartiers, dans tous les collèges et tous les lycées de France.

Je veux que ce mouvement soit conduit. J'ai été extrêmement frappé, pendant le tour de France que j'ai conduit depuis des années, par ce que m'ont dit les femmes dans les quartiers les plus abandonnés des banlieues françaises, des femmes qui élèvent souvent seule leurs enfants.

Comme vous le savez, le nombre de familles monoparentales est très important et des femmes, mères de familles nombreuses, des femmes le plus souvent musulmanes, me disaient, dans le nord, dans le centre, dans le sud de la France : "Monsieur Bayrou, il faut que l'on vous dise quelque chose, l'année prochaine, on inscrira nos enfants dans l'école privée".

Je suis très content quand il y a la rencontre des sensibilités religieuses, je trouve que c'est très bien quand l'école privé catholique rencontre des enfants et des familles de sensibilité musulmane, de religion musulmane, je trouve cela très bien et très heureux, mais je suis désespéré de la raison qui expliquait leur choix.

Elle me disait : On va inscrire nos enfants à l'école privée catholique, parce qu'ils ne sont plus en sécurité au collège qu'ils fréquentent habituellement.

Je trouve que, pour nous, pour la République, et pour l'Éducation nationale, c'est une défaite. Nous ne pouvons pas accepter que, où que ce soit en France, des parents, et singulièrement les parents parmi les moins favorisés, les moins soutenus, puissent considérer que leurs enfants ne sont pas en sécurité dans un collège de la République, qu'il y a du racket, qu'il y a de la violence, qu'il y a des gestes d'irrespect à l'égard des enseignants ou entre élèves et je suis déterminé à conduire une politique qui fera que, partout en France, le calme et le respect scolaires régneront et seront imposés dans tous les établissements.

C'est la raison pour laquelle je dis qu'il faut proposer aux sept, huit, dix, quinze enfants dont tout le monde sait qu'ils déstabilisent leur classe et leur établissement, parce qu'ils sont eux-mêmes déstabilisés -ce n'est pas principalement parce que ce sont des caïds, mais ils deviennent caïds parce que ce sont des enfants perdus, parce qu'ils ne savent plus où ils en sont- une scolarité adaptée avec les éducateurs et les psychologues nécessaires sous l'autorité du collège qui leur permettent de se retrouver pour qu'ils puissent, quelques mois ou années après, retrouver les autres.

Cette politique est en effet une politique républicaine, humaniste. En même temps, je veux que l'on offre l'excellence partout, la chance de l'excellence à tous les élèves où qu'ils se trouvent, la chance dont ont bénéficié beaucoup de boursiers de la République, à qui l'on a proposé des options, des chemins de scolarité qui les ont conduits au même niveau que les élèves des plus prestigieux des lycées parisiens.

Je ne vois pas pourquoi on accepterait la ségrégation géographique en France. Je ne vois pas pourquoi on ferait de meilleures études dans les lycées du centre-ville de Paris que dans les lycées normands, les lycées béarnais ou les lycées de la banlieue lyonnaise. Je veux que notre pays retrouve l'égalité des chances républicaines et je dis que c'est un objectif qu'il va falloir désormais défendre et imposer comme un grand objectif national.

Tout le monde a droit à sa chance. Tout le monde a droit à la première chance et, dans mon esprit, tout le monde a droit aussi à la deuxième chance. Si on rate, on doit pouvoir se rattraper.

Je ne regarde pas les choses de la vie avec la simplicité ou le simplisme qui sont défendus à certaines tribunes, je ne pense pas que les gens qui sont au chômage ou ceux qui sont au RMI sont responsables de leur sort. Ce n'est pas parce qu'ils sont... que laisse-t-on entendre... paresseux qu'ils se retrouvent dans la situation qui est la leur.

On stigmatise, sur certaines tribunes, ceux qui ne se lèvent pas le matin. Je vous jure qu'il y a des gens qui sont au chômage et qui aimeraient beaucoup se lever le matin, qui aimeraient beaucoup avoir un travail.

Il faut que notre pays conduise une grande politique de lutte contre l'exclusion et la lutte contre l'exclusion commence, et ce n'est pas la peine que l'on se raconte d'histoire, par la multiplication des emplois que nous pouvons offrir aux Français.

Tant que nous n'aurons pas les emplois, toute la politique sociale sera en réalité une politique de... comment dire ... de deuxième ligne, une politique de pis-aller.

Le jour où nous aurons multiplié les emplois, alors vous allez voir des chances nouvelles s'offrir à un très grand nombre de personnes dans notre pays et je propose une idée simple pour multiplier les emplois.

Je propose que, à partir de mai 2007, à partir de l'élection présidentielle et de la réunion du Parlement qui suivra l'élection législative, on vote une loi nouvelle qui permette à toutes les entreprises françaises, quelle que soit leur taille, quel que soit leur secteur d'activité, de créer, si elles le souhaitent, deux emplois nouveaux sans charges par entreprise pendant cinq ans.

Je sais, et je vous demande d'y réfléchir en en parlant autour de vous, ne me croyez pas sur parole, d'ailleurs ne croyez plus les candidats sur parole ! Vérifiez ce qu'ils vous disent, quels qu'ils soient, qu'il y a, autour de vous, des dizaines et des dizaines d'entreprises qui rêvent de créer un emploi, mais qui ne peuvent pas le faire parce qu'elles estiment que cet emploi, avec les charges qui vont avec, coûte tellement cher qu'elles n'arriveront pas à le créer.

C'est la raison pour laquelle je propose cette idée novatrice et c'est une idée qui s'applique en particulier aux jeunes qui sont là, en particulier aux jeunes qui n'arrivent pas à trouver d'emploi, y compris les jeunes qui ont un diplôme et qui n'arrivent pas à trouver d'emploi et c'est une idée qui s'adresse aussi à une autre catégorie parmi vous, ceux qui ont plus de 50 ans et qui, peu à peu, ont été marginalisés et laissés sur le bord de la route sans que l'on puisse leur offrir une vocation et une place dans l'entreprise. Je trouve cette situation terrible, terriblement discriminante, terriblement blessante pour celles et ceux qui en sont les victimes et totalement inciviques pour notre pays.

Tout le monde est en train de dire : il va falloir une réforme des retraites et tout le monde sait qu'il faudra une réforme des retraites. Pour ma part, la réforme des retraites, je la proposerai pour que tous les Français aient la certitude qu'elle ne se fera pas dans leur dos. J'ai pris l'engagement que je la ferai adopter par référendum par le peuple français et que, désormais, on ne va pas se retrouver avec l'éternel scénario des campagnes électorales où l'on fait une élection et, très vite, dans les trois, quatre, cinq, huit semaines qui viennent, on fait adopter le plus de textes désagréables possible pour que les Français ne s'en aperçoivent pas.

Moi, je veux que les Français soient considérés comme des citoyens responsables. Je veux que l'on change la manière dont on conçoit, dont on regarde et dont on considère le peuple dans notre pays. Je considère que c'est au peuple des citoyens français qu'il faut exposer les problèmes les plus difficiles.

Il faut la pédagogie nécessaire et il faut le rendre responsable au lieu de le considérer comme irresponsable. Cela, c'est le moyen de faire bouger les choses dans notre pays.

Mais, s'il faut une réforme des retraites, alors, vous voyez bien que cette réforme va conduire, d'une manière ou d'une autre, selon moi, par une décision libre de chacun des citoyens à pouvoir prolonger son activité si on le souhaite, mais vous ne pouvez prolonger votre activité que s'il y a une activité.

Écoutez bien le chiffre que je vais vous dire et qu'un certain nombre d'entre vous vivent dans leur vie : aujourd'hui, sur le nombre de Français qui partent à la retraite tous les ans, plus de un sur deux n'a plus d'emploi au moment où il part à la retraite. Plus de un sur deux des Français qui prennent leur retraite ont perdu leur emploi au moment où ils entrent dans cette situation nouvelle.

Pourquoi ? C'est très simple, parce que les entreprises considèrent que, à partir de cinquante ans, on coûte trop cher, que la progression de carrière normale, la progression des salaires normale fait que vous coûtez trop cher à l'entreprise et on vous remplace par quelqu'un de plus jeune et quelquefois par des stagiaires. Oui ou non ?

Eh bien, ceci ne ressemble pas à ce que je voudrais voir de mon pays et cette idée de : vous pouvez créer des emplois, ceux que vous souhaitez, sans avoir à acquitter de charges pendant cinq ans, c'est une idée qui permet de ramener à l'emploi un très grand nombre de ceux qui en sont exclus aujourd'hui.

Je pense qu'il y a là la politique la plus sociale et la plus économique que l'on puisse conduire pour changer le moral de la nation et faire que ceux qui voyaient seulement des nuages noirs à l'horizon voient une lumière au bout du tunnel pour en sortir eux-mêmes.

Je n'abandonne pas non plus les centaines de milliers de nos compatriotes qui sont en situation encore plus reléguée, en situation de minima sociaux. Je ne les abandonne pas non plus. D'abord, je m'intéresse à la raison qui fait que tant de personnes sont coincées dans les minima sociaux, sont coincées au RMI par exemple.

Nous avons conduit des enquêtes pour savoir pourquoi ce phénomène était en situation d'aggravation. Savez-vous qu'il y avait un million de RMIste en 2002 et qu'il y a aujourd'hui un million trois cents mille RMIstes. Le nombre des RMIstes a augmenté de presque 30 % en cinq ans. Ce n'est pas à la gloire de notre pays. Cela ne ressemble pas à ce que je voudrais de la République française.

Quand on s'interroge pour savoir pourquoi tant et tant de personnes sont bloquées au RMI, on découvre quelque chose qui est scandaleux, quand on y pense : il y a un grand nombre personnes qui sont bloquées au RMI parce qu'étant donné l'organisation de nos lois sociales, si elles acceptent un travail, elles y perdent au lieu d'y gagner.

Quand vous êtes au RMI, vous avez, et c'est normal, l'exonération des impôts locaux, l'exonération de la redevance télévision, une aide pour les transports, des allocations logements et quelquefois la cantine gratuite pour les enfants. Tout ceci, cela fait une réalité drôlement importante et drôlement lourde, singulièrement pour des personnes seules. Je pense aux mères de famille qui élèvent leurs enfants toutes seules.

Si vous reprenez un travail, pendant quelques mois, c'est un bien, on vous laisse le bénéfice d'un certain nombre de ces avantages, mais, au bout de quelques mois, ces avantages disparaissent. Vous avez accepté un travail et vous perdez tous les avantages que vous aviez avant.

Eh bien, ceci ne ressemble pas à ce qu'il faut pour notre pays. Si nous voulons conduire une vraie politique de lutte contre l'exclusion, alors il faut avoir une idée simple en tête : toute personne qui accepte un travail doit y gagner, y gagner vraiment et non pas y perdre des avantages.

Ceci signifie donc quelque chose qui est une révolution fondamentale dans notre pays : au lieu de réserver les avantages en fonction du statut qui est le vôtre, je pense qu'il faut distribuer les avantages en fonction de la réalité des ressources qui sont celles de la famille.

A ressources égales, droits égaux de manière que, si vous travaillez, vous y gagnez. Il y a quelque chose qui se passe et qui, de toute façon, vous donne la garantie que le travail représentera, pour vous et votre famille, un bénéfice et non pas une perte. C'est un changement profond pour la manière dont est organisé le social en France.

Il y a un deuxième chapitre dans cette lutte contre l'exclusion, c'est que les personnes, qui malgré tout n'auront pas d'emploi, je considère qu'on ne doit pas les laisser dans cet isolement qui est le leur. C'est très difficile d'être au RMI. Je sais bien qu'il y a des salles où, au contraire, il est de bon ton de mal parler, même par insinuation, de ceux de nos compatriotes qui rencontrent cette difficulté. Je ne veux pas que ce soit le cas dans nos meetings.

Au fond de moi-même, je me suis souvent fait la réflexion que, entre la réussite et l'échec, il n'y avait pas loin.

Quand on a été professeur et que l'on voit les élèves que l'on a eus quand ils étaient enfants et ce qu'ils sont devenus quand ils sont adultes, alors on se rend compte que les choses n'étaient pas forcément écrites à l'avance.

Il y a des gens qui tombent du mauvais côté et ce n'est pas de leur faute.

Il suffit d'un accident, un accident professionnel, quelquefois un accident de famille, un couple qui se défait, une famille qui se sépare, et vous vous retrouvez tout d'un coup du mauvais côté.

Le mauvais côté, cela veut dire que, très vite, vous vous isolez, vous avez honte en fait de la situation qui est la vôtre, injustement, mais vous avez honte et vous ne sortez plus et vous ne parlez plus à personne et vous évitez le regard des voisins et, en même temps, comme vous avez sur le dos le surendettement, comme vous avez sur le dos la même envie de consommer que les autres, quand il y a un peu d'argent qui vient, on le dépense le plus vite possible, bref, ce n'est pas une situation enviable.

Je n'ai pas en vie de laisser ces personnes isolées toute seules dans leur coin.

C'est pourquoi je propose, et ce sera une politique très importante à concevoir et à conduire pour la Nation, que toutes les personnes qui sont par exemple au RMI, aux minima sociaux et qui sont valides, on leur offre, en même temps que les quatre cents et quelques euros du RMI, une activité au service de la société, dans les associations et dans les collectivités locales, ce qui leur permettrait d'arrondir leur fin de mois par une espèce de bourse qu'on leur donnerait et, en même temps, de retrouver la certitude de leur utilité, de nouveau le sens de tout le potentiel qu'elles ont et qui peut être mis au service des autres et, au lieu d'avoir une société de la solitude et de l'abandon, nous aurons une société de la solidarité et des coudes qui se serrent.

Je trouve que, cela c'est un projet pour la France.

Vous voyez que, tout d'un coup, si nous conduisons ces projets : multiplication du nombre des emplois par les deux emplois sans charges, sortie de la trappe à RMI que représentent les avantages réservés à ceux qui y sont maintenus et que l'on perd quand on travaille et en même temps ce principe que j'appelle de l'activité universelle, là nous avons une vraie politique adulte, responsable d'un vrai pays moderne, de lutte contre l'exclusion qui est la honte de notre pays et que nous ne pouvons pas accepter, que nous devons combattre de toutes les manières et dans tous les secteurs et auprès de tous ceux qui sont abandonnés dans notre pays.

Je veux un pays de solidarité et pas un pays de l'abandon. Je veux un pays des coudes qui se serrent et pas un pays de l'individualisme, de la solitude et au fond de l'égoïsme qui a caractérisé trop longtemps la société dans laquelle nous vivons et vous voyez comme tout d'un coup l'image et le message de la France changent.

Je crois que la France est le pays qui veut que l'on défende le modèle républicain, c'est un pays qui pense que Liberté, Égalité, Fraternité, ces mots que nous dessinons constamment au-dessus des portails de nos écoles et des portes de nos mairies ont du sens.

C'est drôle un pays qui décide qu'il aura comme devise le nom de trois vertus morales : Liberté, Égalité, Fraternité. Il n'y a aucun autre pays qui ait fait ce choix, je l'ai vérifié dans le monde, en dehors des pays francophones qui nous ont suivis, notamment en Afrique. Partout les devises exaltent la grandeur du pays ou le lien, en tout cas l'honneur qui est rendu à Dieu.

Chez nous, nous avons choisi trois vertus morales. C'est formidable un pays qui se donne comme devise nationale un projet de société.

Je suis fier que nous portions ce projet de société. Je considère que ce projet de société, on en a encore plus besoin au XXIème siècle qu'on en avait besoin au XXème et au XIXème siècle. Je pense que ce projet, la France l'attend, que le monde l'attend.

Je pense que, écoutez bien, car c'est, selon moi, la clef et le noeud de cette élection qui vient, ce projet de société et de solidarité, c'est la meilleure arme que nous pouvons trouver dans le combat de la mondialisation ; c'est comme une équipe sportive, ce ne sont pas les individualités... Voilà que Johnny Hallyday s'est réintroduit dans le débat de l'élection présidentielle !

Ce ne sont pas les individualités qui font le succès d'une équipe, les individualités, c'est bien, les talents, c'est bien, mais ce qui fait le succès d'une équipe, c'est l'esprit d'équipe.

Si nous réussissons à être le pays qui a les jeunes les mieux formés, la recherche la plus efficace, si nous réussissons à faire revenir en France les jeunes que nous avons formés et qui sont partis dans les laboratoires américains, si nous sommes un pays qui accepte l'innovation et la création, si nous sommes un pays qui soutient l'entreprise au lieu de combattre l'entreprise, si nous sommes un pays qui choisit de lutter contre l'exclusion au lieu d'accepter l'exclusion, si nous sommes un pays où l'on comprend que l'on ne peut pas perpétuellement se parler en se faisant la guerre, alors, tout d'un coup, la France va retrouver la fierté, l'optimisme, l'espoir qui caractérise notre nation.

S'il n'y avait pas cette demande de fierté, d'optimisme et d'espoir, croyez-vous que vous seriez ce soir quatre mille à Caen ?

L'immense foule que vous formez et qui a voulu venir pour participer à cette élection présidentielle porte cette attente et cet espoir.

Elle en a assez des querelles et des haines, elle en a assez de ceux qui disent : Dans mon camp, il y a toute la vérité, dans l'autre camp il y a toute l'erreur.

La France sait bien qu'il va être nécessaire de faire travailler ensemble tous ceux qui ont quelques compétences, quelques idées de ce qu'il faut faire pour l'avenir.

C'est comme dans une famille et dans une entreprise. Quelle est la famille dans laquelle on refuserait de parler autour de la table de famille à celui qui n'a pas les mêmes opinions que le chef de famille ? Quelle est l'entreprise où l'on déciderait de ne travailler qu'avec ceux qui ont la même étiquette ou la même carte de parti dans la poche ?

Cela n'a aucun sens.

Ce que nous avons à conduire comme redressement du pays, c'est plus difficile qu'aucune tâche politique qui ait jamais été entreprise par une génération dans notre pays, en tout cas depuis la guerre.

Je vais vous dire ce que je pense vraiment. Ce que nous avons à faire aujourd'hui, étant donné la réalité de la situation de la France, c'est plus difficile que la reconstruction de notre pays à la libération, car, à ce moment-là, les ruines étaient pour l'essentiel des ruines matérielles. Il y avait aussi beaucoup de fracture morale.

C'est plus difficile que ce que le général de Gaulle a eu à faire en 1958 quand il a reconstruit la République au moment du drame de la décolonisation, car nous avons, sur le dos, vraiment des charges énormes et des défis très importants à relever.

J'ai acquis la conviction que le seul moyen de relever ces défis était de proposer aux Français de se rassembler et, pour la période qui s'ouvre, de travailler ensemble d'où que viennent les compétences qui accepteront de le faire et de partager cette charge.

Je considère comme nécessaire de proposer au pays de relever ce défi et si, en effet, comme tout le monde le note dans tous les journaux, les sondages sont en train de bouger considérablement, si les foules qui se rassemblent tous les soirs dans toutes les villes de France sont, comme vous le montrez à Caen, de plus en plus nombreuses, c'est parce que le pays, dans ses profondeurs, a compris qu'il y avait là, désormais, un nouveau chemin qui pouvait le conduire à son redressement.

Je vous remercie d'avoir été ce soir à Caen pour le montrer, le démontrer, le prouver et le soutenir.

Le 22 avril et le 6 mai, nous allons le montrer ensemble.

Merci à tous.

Source http://www.bayrou.fr, le 6 mars 2007

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