Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle 2007, dans "Sud-Ouest" du 1er mars 2007, sur différents problèmes d'actualité et les réponses qu'il envisage en cas de victoire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle 2007, dans "Sud-Ouest" du 1er mars 2007, sur différents problèmes d'actualité et les réponses qu'il envisage en cas de victoire.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle 2007

ti : Marie-Anne Sonnesous. - Comment allez-vous vous engager en faveur de la protection de l'environnement ?

Nicolas SARKOZY - La planète danse sur un volcan. Ce n'est pas demain qu'il faut agir, c'est tout de suite. Lorsque vous habitez dans un endroit non desservi par les transports en commun, à quoi cela mène-t-il de vous interdire de prendre la voiture ? Je préfère une politique qui incite. Première proposition : faire bénéficier tous les produits propres, à commencer par les voitures, d'une TVA minorée à 5,5 %. Même traitement de faveur pour les constructions économes en énergie. Deuxième proposition : taxer plus le pollueur et moins le travailleur. Exemple : appliquer une taxe sur les camions étrangers qui traversent la France. Pour rétablir une concurrence équitable, je propose que l'on taxe les produits importés de pays qui ne respectent aucune règle environnementale.


Jonathan Martinez. - J'ai 23 ans et je gagne 1 100 euros nets par mois plus des primes. Mon problème, ce n'est pas tant le pouvoir d'achat que l'impossibilité pour ma compagne et moi d'accéder à la propriété, car les banques ne prennent pas en compte les primes. Comment faire ?

Nicolas SARKOZY - Je ne comprends pas pourquoi la France n'a que 50 % de propriétaires, alors que l'Angleterre en a 75 %. Je veux faire de notre pays un pays de propriétaires, parce que la seule façon de lutter contre la précarité, c'est de permettre aux gens d'avoir un toit. Or, je n'entends parler que de HLM. Je n'ai rien contre les HLM, mais le rêve d'une vie c'est d'avoir une maison ou un appartement à soi. Et quand on est propriétaire, on respecte son quartier, ses voisins. Je constate néanmoins que les banques prêtent à ceux qui n'en ont pas besoin, mais qui offrent des garanties. Moi, je veux un système de cautionnement public dans lequel l'Etat cautionnera le projet des ménages à revenus modestes. Un couple qui s'endette pour un projet, c'est un couple qui croit en l'avenir. La France a besoin plus que jamais de ménages qui investissent.


Sud Ouest - Vous parlez toujours de travailler plus pour gagner plus, mais beaucoup de Français aimeraient travailler davantage si la possibilité leur en était donnée...

Nicolas SARKOZY - Je vois aussi de nombreuses entreprises qui aimeraient travailler plus mais à qui on l'interdit... Tout est fait pour décourager les heures supplémentaires auxquelles certains aspirent pourtant. Nous ne pouvons plus être le seul pays au monde où on empêche les gens de travailler. Songez qu'un salarié au smic qui travaillerait 50 minutes de plus par jour verrait son salaire augmenter de 15 %. Une augmentation qu'il transformerait en consommation et donc en croissance, en emplois et en nouveau pouvoir d'achat. C'est le travail qui crée le travail.


Nadia Babika - Il faut quarante années de cotisation et bientôt plus pour avoir droit à une retraite à taux plein. Permettrez-vous à ceux qui le souhaitent de travailler après 65 ans ?

Nicolas SARKOZY - Je ne veux pas de retraite-guillotine. Je suis pour que chacun ait la liberté de travailler plus longtemps afin d'avoir une meilleure retraite. En même temps, je suis pour la réforme des régime spéciaux au nom de l'égalité entre les Français. Enfin, il y a le problème des petites pensions. Trois millions de Français sont concernés : les artisans, les agriculteurs, les commerçants et des veuves bénéficiant d'une pension de réversion. Je veux que ces pensions soient relevées, mais aussi que l'on puisse cumuler la retraite avec un petit boulot.


Sud Ouest. - Vous avez proposé un contrat de travail unique, plus souple que l'actuel CDI. Qu'entendez-vous par là ?

Nicolas SARKOZY - Aujourd'hui, les entreprises ne font pas de CDI, car elles ont peur de ne pas pouvoir licencier. En conséquence, elles offrent des CDD. Je veux supprimer cet effet de seuil en créant un contrat de travail unique dont les droits sociaux augmentent avec le nombre d'années de présence dans l'entreprise. L'employeur pourra licencier plus facilement, notamment grâce à un raccourcissement des procédures, et le salarié aura des indemnités supérieures, ainsi que le droit à une formation financée par l'entreprise qui l'a licencié. Le drame ce n'est pas tant la perte de son emploi que la difficulté à en retrouver un.


Monique Andral. - Que comptez-vous faire au sujet de la prévention des addictions ?

Nicolas SARKOZY - Je ferai un chantier présidentiel de la prévention des addictions, comme je le ferai pour toutes ces maladies du mal de vivre. Il y a soixante ans, la vie était plus dure physiquement mais on se sentait moins seul. Aujourd'hui, elle est moins dure physiquement mais il y plus de stress. Dans toutes les familles, il y a des gens qui mettent un genou à terre. C'est la dépression, l'alcool, la drogue, les addictions ou la boulimie, peu importe. Il y a un scandale. Non seulement on est malade mais on a honte.


Jonathan Martinez - Ma fille sort d'une bronchite, elle avait du sérum physiologique. Ça ne coûte pas grand-chose mais c'est obligatoire et ce n'est pas remboursé. Vous trouvez cela normal ?

Nicolas SARKOZY - L'assurance-maladie fonctionne sur les cotisations perçues sur les travailleurs. Il faut bien qu'on trouve des économies. On ne peut pas continuer comme ça, nous sommes le pays d'Europe qui consommons le plus de médicaments et nous ne sommes pas en meilleure santé pour autant. On est obligé de mettre un peu d'organisation dans tout cela. Les lunettes ne sont pas remboursées ou peu remboursées, les prothèses dentaires sont remboursées à 30 %, alors que c'est absolument capital. Sans démagogie, j'ai proposé un système qui responsabilise le patient. Je veux une franchise sur les 10 ou 15 premiers euros de dépenses d'assurance-maladie à l'année. Si l'assurance-maladie est en équilibre à la fin de l'année, on réduit la franchise. Si l'assurance-maladie est en déséquilibre, on augmente la franchise.


Sud Ouest - Sur le fond, c'est la question de la préservation de notre système qui est posée...

Nicolas SARKOZY - On s'est habitué à vivre dans un pays où la santé est gratuite. On ne veut plus faire d'efforts. On veut que nos hôpitaux soient ouverts tout le temps, on va aux services d'urgences pour un panari, on veut prendre des antibiotiques pour le premier rhume. Il faut qu'on soit raisonnable. Comment on fait ? Je ne veux pas raconter des sornettes aux Français. Je veux leur dire la vérité. Je ne suis pas en revanche pour la franchise d'un euro sur chaque boîte parce que ça veut dire qu'on pénalise le plus malade. De la même façon, je veux que l'on supprime la surtaxe pour celui qui emprunte et qui est malade.


Sud Ouest. - Vous avez récemment engagé les Français à ouvrir un débat sur l'euthanasie. Envisagez-vous une loi ?

Nicolas SARKOZY - C'est un sujet qui me tient à coeur. Je trouve qu'on légifère trop en la matière. J'ai simplement voulu dire : 1. que la vie est intangible et qu'elle doit être respectée. La vie n'est pas un produit de consommation, la vie est unique, la vie est fragile, la vie doit être à tout prix préservée. 2. Il y a des limites à la souffrance humaine. En général, ceux qui ont des principes ne sont pas ceux qui souffrent. Je veux laisser le dialogue singulier, pudique et secret entre le malade, sa famille et le médecin.


Sud Ouest. - Comptez-vous instaurer un service minimum dans les transports les jours de grève ?

Nicolas SARKOZY - Si je suis élu président de la République, je ferai voter la loi sur le service minimum dès juillet 2007. Je crois au service public. Le service public, c'est le monopole, la contrepartie du monopole, c'est le service minimum. Nul ne doit être pris en otage d'une querelle qui n'est pas la sienne.


Sud Ouest. - Régimes spéciaux, service minimum... Vous ne redoutez pas d'avoir quelques centaines de milliers de Français dans la rue les premières semaines ?

Nicolas SARKOZY - Absolument pas. Une campagne présidentielle doit-elle servir à parler de tout sauf de ce qui est difficile ? Ce n'est pas ma conception. Parce que j'en aurais parlé avant l'élection et que les Français, éventuellement, m'auraient donné raison, je ne vois pas qui prendrait la responsabilité d'aller regagner dans la rue ce qui aura été accordé par les urnes.


Sud Ouest. - Un autre choix difficile sera de supprimer un poste de fonctionnaire sur deux pour les départs en retraite. N'est-ce pas excessif ?

Nicolas SARKOZY - Depuis 1980, on a embauché un million de fonctionnaires. Et d'ici à 2012, il y aura 460 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite dont 300 000 dans l'appareil d'Etat. C'est une opportunité historique de réduire les dépenses publiques sans licencier personne. Si on remplace un fonctionnaire sur deux d'ici à 2012, cela fera revenir la fonction publique d'Etat à ce qu'elle était en 1992, époque où François Mitterrand était président de la République. Entre-temps il y a eu l'informatique, Internet et la décentralisation. Depuis 1980, la Douane n'a pas réduit d'un seul point ses effectifs : 20 000. Entre-temps, on a supprimé les frontières dans l'Union européenne. L'Etat a transféré la formation professionnelle aux Régions : les effectifs de l'Etat en matière de formation professionnelle ont été multipliés par quatre ! Enfin, Pourquoi garder l'ANPE qui cherche les emplois, et l'Unedic qui indemnise les chômeurs ? Il faut les fusionner.


Rémy Faubladier - Le département de la Dordogne, très enclavé, pose la question de la décentralisation. Qu'allez vous faire ?

Nicolas SARKOZY - Il faut lancer notre pays dans un certain nombre de grands travaux d'infrastructure et dans une politique de transports en commun afin de préserver l'environnement et de désenclaver un certain nombre de régions. Je suis pour le train à grande vitesse, pour un développement des aéroports régionaux, à condition que les régions s'entendent entre elles, car tous ne sont pas viables.


Marie-Anne Sonnesous - Allez-vous fusionner les collectivités territoriales qui se superposent ?

Nicolas SARKOZY - Non. Les départements ont une légitimité historique, les régions une légitimité économique. Chaque fois qu'on a voulu en supprimer un, on s'est cassé la figure. En revanche je veux qu'on affecte à chaque niveau un impôt et une compétence, pour que le citoyen y voie clair.


Jonathan Martinez. - Quand vous êtes arrivé au ministère de l'Intérieur, vous avez supprimé la police de proximité. Maintenant vous réfléchissez à remettre une police de proximité sous un autre nom ou une autre forme...

Nicolas SARKOZY - Je suis arrivé il y a cinq ans au ministère de l'intérieur. La délinquance avait augmenté de 15 %. Pour la première fois, le nombre des crimes et délits avait dépassé les 4 millions. Entre 1997 et 2002, il avait augmenté de 15 %. Entre 2002 et 2006, il a baissé de 9 %. C'est le même appareil statistique, personne ne peut le contester. J'ai simplement changé de stratégie. Je n'ai pas conservé la politique de mes prédécesseurs qui a échoué et je n'ai pas l'intention de la rétablir. J'ai supprimé la police de proximité qui consistait à faire des patrouilles à une heure où les voyous sont couchés. J'ai renforcé les patrouilles de police le soir. Les résultats ont suivi. Je fais par ailleurs deux propositions : que les mineurs récidivistes soient punis comme les majeurs, parce que l'impunité des mineurs est inadmissible, et que les multirédivistes soient punis plus sévèrement.


Monique Andral - Quelle est votre position à propos des réductions de peine pour les condamnés auteurs, par exemple, de crimes sur des enfants ?

Nicolas SARKOZY - Je veux que l'on crée une dizaine de prisons-hôpitaux. Il est inadmissible de laisser dans nos prisons des détenus atteints de maladies psychiatriques lourdes. Je veux aussi que les multirécidivistes soient certains d'être condamnés beaucoup plus sévèrement que les primo-délinquants. Je ne comprends pas pourquoi la moitié des détenus français n'est pas encore condamnée et pourquoi un condamné ne fait que la moitié de sa peine et pas la totalité de celle-ci. On ne doit pas oublier que la justice est rendue au nom du peuple français et non contre lui. C'est la raison pour laquelle je demande que les jurés soient associés aux tribunaux correctionnels dans les affaires les plus graves comme ils le sont en cour d'assises.


Anne-Marie Sommesous - Que pensez-vous du consacré actuellement à l'hébergement des immigrés dans les hôtels est illimité ?

Nicolas SARKOZY - C'est un débat que j'ai. C'est peut-être pour ça aussi que je fais peur. Pour moi, un étranger qui n'a pas de papiers a vocation à rentrer chez lui et pas à être entretenir à l'hôtel en France. Vous savez que j'ai doublé le nombre d'expulsions. J'ai refusé les régularisations. Si c'est les socialistes, ils feront les régularisations, moi je ne les ferai pas.


Nadia Babika - Si ça avait été il y a quatre-vingts ans, je ne serais pas là en face de vous. Mon grand-père et mon père ont émigré en France.

Nicolas SARKOZY - Moi aussi. A l'époque, c'était différent. Il y avait du travail et on manquait de main-d'oeuvre. Je ne peux pas accepter qu'on fasse venir en France des gens pour qui on n'a pas de travail et pas de logement par ce que ça conduit à la catastrophe. On ne peut pas accepter tout le monde. A quoi ça a servi les régularisations de Jospin en 1995, celles de Mitterrand en 1981 ? A augmenter les problèmes. Pas à les résoudre.


Sud Ouest - François Bayrou est crédité de 17 % dans les sondages de début de semaine. Cette ascension vous inquiète-t-elle ?

Nicolas SARKOZY - Il est à 17 %, qu'est-ce que je devrais dire moi qui suis entre 31 et 33 % ? Je devrais avoir la grosse tête. Pour moi ce n''est jamais pareil que pour les autres, quand les autres sont à 17 % c'est extraordinaire. Mais si moi j'étais à 17 % on dirait : mon pauvre, c'est la catastrophe. Ce que propose François Bayrou, on l'a déjà connu, c'est la IVe République. Ce sont les majorités d'idées. On prend la gauche, on prend la droite, on fait un melting-pot, on met tout ensemble. Ça a été quoi : l'impuissance. La démocratie, c'est une majorité et une opposition. Pendant cinq ans à l'éducation nationale, il a fait la cogestion avec les syndicats. C'est le ministre qui a le moins changé les choses. C'est sa stratégie : l'immobilisme. Et quand on a été élu par les voix de droite, c'est pas bien de faire une politique de gauche. C'est le contraire de la démocratie.


Sud Ouest - Vous pensez une conciliation possible malgré ses critiques très fortes envers l'UMP et à votre endroit ?

Nicolas SARKOZY - En ce qui me concerne, je n'insulterai personne. J'entends bien ce que disent Mme Royal et M. Bayrou. S'ils pensent qu'une campagne agressive sert leurs intérêts, je les respecte. La France n'a pas besoin d'agressivité. Moi, je ne critique pas, j'apporte des éléments de fond. Lui fera ce qu'il voudra. En ce qui me concerne, je m'adresserai à ses électeurs et je leur dirai : le rassemblement est nécessaire.


Sud Ouest. - A quoi attribuez-vous votre déficit d'image. Vous êtes à la fois celui qui paraît le plus compétent et le plus craint.

Nicolas SARKOZY - (Rires...) Je dis les choses de façon très compréhensible, très franche, très libre. Quand j'ai traité des voyous de "racailles", les médias en ont fait toute une histoire, mais les Français, eux, ont compris. Cela fait cinq ans que je suis ministre de l'Intérieur et il n'y a pas eu une bavure, un drame, un scandale à déplorer.


Sud Ouest - Vous donnez néanmoins le sentiment de ne pas être toujours en paix avec vous-même, d'être en guerre permanente. Allez-vous afficher l'image d'un présidentiable plus serein ?

Nicolas SARKOZY - Vous me lancez une vraie vacherie avec un grand sourire (rire) ! Je pense être l'homme politique qui a le plus d'expérience. J'ai été ministre des finances, du budget, de l'Intérieur. Croyez-vous qu'on peut gérer la sécurité de la France si on n'est pas serein ? N'est-ce pas plus rassurant pour les gens de constater ce que j'ai fait au ministère de l'Intérieur plutôt qu'à la présidence de Poitou-Charentes ? Je dis les choses à ma façon. La France souffre d'un déficit d'honnêteté, d'authenticité, de vérité."


source http://www.u-m-p.org, le 6 mars 2007

Rechercher