Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle 2007, à France 2 le 8 mars 2007, sur la campagne électorale, ses adversaires politiques et sur les grandes lignes de son programme électoral. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle 2007, à France 2 le 8 mars 2007, sur la campagne électorale, ses adversaires politiques et sur les grandes lignes de son programme électoral.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle 2007

ti : ARLETTE CHABOT - Bonsoir à tous, merci de nous rejoindre. Nous sommes donc à six semaines de l'élection présidentielle, c'est un moment évidemment important car on sent bien que vous êtes en train d'écouter un peu plus encore les candidats, ceux qui aspirent à devenir présidentes ou présidents de la République. Notre invité ce soir est NICOLAS SARKOZY, vous pouvez l'interroger directement par téléphone ou par webcam sur le site france2.fr, qui vous permet également de suivre en direct cette émission. NICOLAS SARKOZY qui va nous présenter bien sûr son programme, ses priorités et qui répondra aussi aux questions de Français qui sont avec nous sur ce plateau. Donc rendez-vous ce soir, à six semaines de l'élection, avec NICOLAS SARKOZY. Bonsoir monsieur SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY - Bonsoir .

ARLETTE CHABOT - D'abord je vais vous demander : c'est dur une campagne présidentielle ?

NICOLAS SARKOZY - ... Oui. Il faut s'y préparer, il faut y avoir pensé, il faut être prêt à assumer la pression, parce que la pression de la campagne, ce sont les prémisses des pressions de la fonction.

ARLETTE CHABOT - Pourtant vous êtes effectivement bien préparé. Est-ce que c'est encore plus difficile que vous ne l'imaginiez ?

NICOLAS SARKOZY - Non.

ARLETTE CHABOT - C'est pour ça que de temps en temps on dit : tiens, il est un peu nerveux ; il est tendu ; ça dépend de quoi, des sondages, de l'atmosphère, du moment ?

NICOLAS SARKOZY - Je sais pas, d'abord je peux pas empêcher les commentaires, bien sûr. Mais vous imaginez quand même pas qu'on vient à la télévision parler à des millions de Français, qui sont en train de faire un choix pour une élection absolument décisive, sans y avoir réfléchi. Je veux d'ailleurs dire à ces Français que moi j'ai bien l'intention de tenir ma promesse, dire la vérité. La France a besoin de changement profond. La France peut faire aussi bien que les autres. La France peut avoir le plein emploi. C'est possible la promotion sociale. Et je veux porter ce changement. Je m'y suis préparé, j'aurai une majorité pour cela et si les Français me font confiance, tout ce que j'aurai dit avant l'élection, je le respecterai scrupuleusement après l'élection.

ARLETTE CHABOT - Alors vous allez répondre à des questions, tout à l'heure vous signerez des engagements qui resteront devant tous les Français qui nous regardent ce soir. D'abord vous dites souvent : ah les Français ont envie de savoir à qui ils ont affaire, parce qu'on vote pour un homme, pour une femme mais on a envie de savoir qui, quel est l'individu qui est en face. Alors on fait un petit retour en arrière. Normal, l'enfance, les débuts...

NICOLAS SARKOZY - Vous appelez ça un petit retour...

ARLETTE CHABOT - Ah quand même...

NICOLAS SARKOZY - C'est très sympathique, ARLETTE CHABOT, je vous remercie, effectivement c'était il y a quelques mois...

ARLETTE CHABOT - C'était il y a quelques mois...

NICOLAS SARKOZY - Au ministère de l'Intérieur, je rentrais à l'instant au ministère de l'Intérieur... Je découvrais mon bureau et j'avais moins de rides parce que c'était... oui, il y a cinq ans...

ARLETTE CHABOT - Alors ça c'est le petit Nicolas. Et puis là il y a votre mère, de l'autre côté, il y a quelques semaines. Vous avez du mal à parler un peu de votre enfance, qui n'était pas un moment peut-être très heureux de votre vie. Votre père, parents divorcés, vous avez deux frères, on le sait. C'était difficile à assumer une vie dans une famille divorcée, à l'époque ?

NICOLAS SARKOZY - Je suis pas sûr que ça soit un élément capital de l'élection présidentielle, mais naturellement que les gens doivent savoir...

ARLETTE CHABOT - C'est comme ça qu'on se construit aussi. C'est vous qui le dites.

NICOLAS SARKOZY - Vous savez, je pense que tous ceux qui nous regardent ont eu leur part d'épreuves dans la vie. Leur part de bons et de moins bons souvenirs. Je suis un homme comme les autres, rien ne m'a été donné, je me suis beaucoup battu pour arriver où j'en suis, je sais parfaitement ce que veut dire et ce que signifient les mots travail, mérite, effort, parfois récompense. J'ai eu des succès et puis j'ai eu des échecs. Et sans doute que ma mère, que vous avez montrée, est pour moi un exemple, parce qu'elle s'est beaucoup battue et si mes deux frères et moi on a pu faire ce qu'on avait comme passion dans le coeur, c'est parce que elle a beaucoup travaillé pour qu'on puisse vivre en hommes libres.

ARLETTE CHABOT - Elle est avocate et vous êtes avocat.

NICOLAS SARKOZY - Enfin elle nous a élevés toute seule et elle n'est pas devenue avocate comme ça, elle a travaillé avec trois jeunes enfants, dans les années 60, seule, elle a recommencé ses études. Je pense qu'on peut dire que rien ne lui a été donné et c'est une femme pour qui, bien sûr comme toutes les mamans, j'ai beaucoup d'amour mais aussi j'ai de l'admiration pour la façon dont elle s'est tenue.

ARLETTE CHABOT - Alors deuxième série de photos, vous allez voir, un peu plus tard vous avez grimpé dans l'échelle. Voilà, ça c'est jeune, avec Jacques CHIRAC...

NICOLAS SARKOZY - Enfin jeune, n'exagérons pas, ça c'est il y a deux ans, quoi...

ARLETTE CHABOT - Oui, c'est ça... Quand même vous avez des points communs avec Jacques CHIRAC, non ? On sait que vous avez pris des distances, on a parlé de rupture, mais dans une vie...

NICOLAS SARKOZY - Écoutez, posez-moi la question plus simplement...

ARLETTE CHABOT - Je vais pas vous demander si vous aimez Jacques CHIRAC...

NICOLAS SARKOZY - J'ai pas l'intention de fuir. Jacques CHIRAC, je l'ai connu en 1975. J'avais très exactement 20 ans. Il a été mon premier engagement politique, j'admire son énergie, la capacité extraordinaire qu'il a à surmonter les épreuves, cette énergie vitale. Nous avons eu des désaccords, je ne les ai jamais masqués ni cachés. Nous avons eu des affrontements. Mais au fond, quand je regarde toute cette vie, peut-être qu'il y a des points communs.

ARLETTE CHABOT - L'énergie notamment. Il va dire dimanche soir sans doute évidemment qu'il ne sera pas candidat à l'élection présidentielle...

NICOLAS SARKOZY - C'est vous qui l'avez dit, c'est pas moi.

ARLETTE CHABOT - Qu'est-ce qui vous arrange, qu'il vous soutienne ou qu'il ne vous soutienne pas ? Quel est le meilleur pour vous politiquement ?

NICOLAS SARKOZY - Non mais vous parlez du président de la République, vous pensez pas que je vais venir ici, je respecte la fonction, je respecte l'homme, bien sûr, je sais ce qu'il va dire, parce que nous en avons parlé, mais à ma connaissance je ne suis pas son porte-parole. Jacques CHIRAC, c'est une carrière politique exceptionnelle, par la longévité et par ce qu'il a fait. Il a une relation avec les Français, avec les Français qui l'aiment, qui ont voté pour lui, mais aussi avec les Français qui l'aiment moins et qui n'ont pas voté pour lui. C'est à lui de dire. Et c'est certainement pas à moi d'aller vous indiquer ce qu'il va dire et comment il va le dire.

ARLETTE CHABOT - Un soutien ne serait pas malvenu ?

NICOLAS SARKOZY - Du président de la République ?

ARLETTE CHABOT - Oui, envers vous ?

NICOLAS SARKOZY - Écoutez, quelqu'un qui aura été douze ans président de la République, deux fois Premier ministre, si jamais par extraordinaire il disait que sur l'ensemble des candidats cette élection présidentielle il lui semblait que je serais capable d'assumer cette fonction, ça a un certain poids pour les Français qui s'interrogent, parce que les Français savent bien que les responsabilités qui pèsent sur les épaules d'un président de la République, c'est lourd. Il ne s'agit pas d'une élection cantonale, il s'agit de choisir celui ou celle qui va incarner la France. Ça a une signification, la France. La nation. Qui va représenter tous les Français, y compris ceux qui n'ont pas voté pour lui, pendant cinq ans. Je sais parfaitement que le président de la République va trouver sur son bureau en arrivant la question du nucléaire militaire pour les Iraniens, dont je ne veux pas. Des dossiers internationaux de grande ampleur comme la terrifiante crise du Darfour où des millions de gens sont en risque de mort. Et qu'un homme de son expérience, s'il devait m'apporter son soutien, vous croyez quand même pas que je vais dire que ça n'a pas d'importance.

ARLETTE CHABOT - Oui, mais là on va vous dire " où est la rupture ? ", NICOLAS SARKOZY, c'est ça. On va dire " il prône la rupture, même tranquille mais alors si Jacques CHIRAC le soutient on va dire que c'est la continuité " ?

NICOLAS SARKOZY - Mais est-ce que vous croyez que j'ai besoin de préciser aux Français, qui sont des gens lucides, qui nous connaissent, qu'il y a des différences entre Jacques CHIRAC et moi ? Que Jacques CHIRAC dise, s'il le disait " mon choix c'est lui ", est-ce que vous croyez que ça fait pour autant que Jacques CHIRAC et moi c'est la même chose ? Il a des qualités que je n'ai pas, il a des visions qui ne sont pas les miennes, mais il n'en reste pas moins qu'au moment de choisir, ce qui arrivera à tous les Français, le choix ultime, à qui on confie les destinées de la nation ? Oui, son avis aura du poids, c'est incontestable.

ARLETTE CHABOT - Photo suivante, vous allez voir, ça nous ramène à une actualité d'aujourd'hui : c'est une époque un peu ancienne...

NICOLAS SARKOZY - Ce qui est sympa, vous voyez, c'est qu'il n'y a pas que moi qui ai vieilli quand même...

ARLETTE CHABOT - Alors quand on a montré ces photos à François BAYROU l'autre jour, ça l'a fait rire et il nous a dit : moi j'ai pas grand-chose de commun avec NICOLAS SARKOZY. Et vous ?

NICOLAS SARKOZY - Je dirais pas la même chose. François BAYROU c'est quelqu'un que j'apprécie, d'ailleurs on a été dans le même gouvernement. Et il me semblait qu'à l'époque il était pas si mécontent de travailler avec moi. Et je ne pense pas qu'on prouve son indépendance en reniant ses amis d'hier ou d'aujourd'hui. Et François BAYROU c'est quelqu'un que je respecte. Maintenant il a une stratégie qui est particulière. Cette stratégie consiste à dire : on met la majorité et l'opposition ensemble, on fait un mélange, on met tout le monde dans le même sac et puis ça sera le meilleur gouvernement. Mais le problème c'est qu'avec ce système-là, comment on tranche les différences ? La gauche est pour le maintien des 35 heures, je suis pour que les 35 heures changent. Qu'est-ce qu'on fait ? La gauche est pour la régularisation des immigrants en situation clandestine, c'est son droit. Je suis contre. Qu'est-ce qu'on fait si on met tout le monde dans le même gouvernement ? On connaît cette stratégie. C'est la stratégie en Italie. 109 ministres, 11 partis dans la coalition, il y en a pour toutes les couleurs et pour tous les goûts. Dans ce système-là les Français doivent comprendre que c'est l'immobilisme garanti. Pourquoi ? Parce que celui qui dit non est toujours plus fort que celui qui dit oui. Autrement dit il y en a toujours un qui peut appuyer sur le frein pour empêcher la France d'avancer. Moi c'est pas du tout ma stratégie, c'est pas pour ça que je ne respecte pas François BAYROU, on se connaît très bien, on est même amis, mais ma stratégie ça consiste à dire aux Français : voilà les problèmes de la France, voilà les solutions pour la France, voilà la majorité qui va pouvoir mettre en oeuvre ces solutions. Et puis si ce gouvernement où il y a tout le monde rate, qu'est-ce qui reste comme solution pour les Français ? Jean-Marie LE PEN ou Arlette LAGUILLER ? Dans une démocratie il faut une majorité et une opposition. Et puis aux législatives qui suivront la présidentielle, on va voter pour qui ? On vote pour tout le monde ? Mais à l'arrivée les Français veulent de la clarté, ils veulent un choix, ils veulent des décisions. D'ailleurs je ne fais aucun reproche d'incohérence à François BAYROU parce que je l'ai vu, il a été cinq ans ministre, dont deux ans avec moi. Et il m'expliquait, au ministère de l'Éducation nationale, qu'il cogérait avec les syndicats. C'est la raison pour laquelle, et c'est son droit, il n'a porté aucune réforme à l'Éducation nationale. C'est une stratégie qui est une stratégie de l'immobilisme. Or je pense qu'il faut une stratégie qui est celle du changement pour la France.

ARLETTE CHABOT - Mais néanmoins, dans les enquêtes d'opinion sa popularité augmente. Est-ce que ce n'est pas un avertissement que les Français vous envoient à vous, comme à Ségolène ROYAL d'ailleurs, qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans vos campagnes respectives ?

NICOLAS SARKOZY - Enfin les enquêtes d'opinion, moi je veux bien les commenter, d'ailleurs on m'interroge tous les jours dessus. Je voudrais quand même dire, ARLETTE CHABOT, que c'est pas les sondages qui vont faire l'élection, c'est les Français. Mais c'est extraordinaire, on me demande de m'expliquer sur ces enquêtes d'opinion alors que ça fait 40 sondages où ces fameuses enquêtes d'opinion me mettent en tête. Alors je n'en tire aucune conclusion, c'est pas parce que je suis en tête dans les sondages que je serai élu, ça n'a rien à voir, on le sait bien. Mais c'est quand même...

ARLETTE CHABOT - Mais ça vous perturbe pas, la montée de François BAYROU ?

NICOLAS SARKOZY - Mais c'est quand même extraordinaire de demander à celui qui est en tête d'expliquer pourquoi ça va mal pour lui et pourquoi ça va si bien pour les autres qui sont derrière.

ARLETTE CHABOT - J'ai pas dit que ça va mal pour vous, j'ai dit que ça va bien pour lui.

NICOLAS SARKOZY - Eh ben tant mieux, tant mieux, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. À l'arrivée les Français vont choisir. Et ils vont choisir selon une stratégie claire. Madame ROYAL, qu'est-ce qu'elle veut ? Elle veut revenir à la politique socialiste de l'époque JOSPIN. C'est son droit le plus absolu. Moi je propose une stratégie de changement pour la France et je m'en expliquerai sur un certain nombre de sujets. Voilà. Maintenant pour autant, François BAYROU et moi, on se connaît très bien...

ARLETTE CHABOT - Vous vous retrouverez au second tour, c'est ça que vous voulez dire ?

NICOLAS SARKOZY - Je sais pas, jusqu'à présent François BAYROU a toujours été élu par les électeurs du centre et de la droite. S'il est passé à gauche, il faudra le dire à ses électeurs. Il faudra expliquer à ses électeurs pourquoi il a fait toute sa carrière politique en sollicitant les voix des électeurs de la droite républicaine et du centre et qu'aujourd'hui il considère que ces électeurs ne l'intéressent plus, et profitant des difficultés de madame ROYAL, il ne faut s'adresser qu'à la gauche. Mais après tout, c'est pas ça qui compte. Ce qui compte c'est ce que les Français veulent savoir : qu'est-ce que je ferai s'il me faisait confiance.

ARLETTE CHABOT - Alors c'est l'homme à abattre, François BAYROU, on voit bien que de votre côté comme du côté du Parti socialiste, on a entendu tout à l'heure madame Simone VEIL, on dit : c'est l'arme anti-BAYROU.

NICOLAS SARKOZY - Madame VEIL, qui est une grande dame, enfin ne réduisez pas Simone VEIL...

ARLETTE CHABOT - Non mais je l'ai entendue tout à l'heure dans le journal de 20 heures.

NICOLAS SARKOZY - C'est votre expression, je la respecte. Il n'y a pas d'homme à abattre, il n'y a pas de femme à abattre, il y a des candidats, des candidates républicains qui présentent leurs projets, les Français choisiront. On est dans un pays civilisé, dans une démocratie apaisée, il ne faut pas employer, me semble-t-il, de terminologie guerrière de cette nature.

ARLETTE CHABOT - Alors votre adversaire, si les Français le souhaitent, ce sera au second tour Ségolène ROYAL. Je ne sais pas si vous vous souvenez, c'était en 1993...

NICOLAS SARKOZY - Oui je me souviens.

ARLETTE CHABOT - Sur un plateau de France 2.

NICOLAS SARKOZY - Un débat avec elle.

ARLETTE CHABOT - Un débat...

NICOLAS SARKOZY - Un soir d'élection.

ARLETTE CHABOT - Un soir d'élection, la gauche venait de perdre les élections législatives. Elle est de dos et vous l'interpellez.

ARCHIVES
NICOLAS SARKOZY - Nous ce que nous voulons, madame, c'est simple, en tout cas à dire. On veut essayer de redresser ce pays, on veut essayer de bien faire. Et on sait que pour cela il faudra élargir la majorité, avoir la main tendue, l'esprit de rassemblement et ne pas agir avec sectarisme. Voilà, madame, pour le discours, permettez-moi de vous le dire, qui était un discours de haine que je ne peux pas accepter parce qu'il nous insulte et il insulte les électeurs.

SEGOLENE ROYAL - Arrêtez, c'est fatiguant, mais arrêtez enfin, mais tous les téléspectateurs sont là pour voir que ce que vous dites est complètement à côté des clous, enfin. Un discours de haine, agression, mais écoutez arrêtez, laissez-nous un peu respirer quand même. Mais qu'est-ce que ça va être dans l'Assemblée nationale de demain ! C'est quand même terrible écoutez ce discours excessif. Ça y est, c'est le rouleau compresseur qui commence. Ça suffit à la fin. Ne me parlez pas sur ce ton quand même. Respectez vos interlocuteurs. C'est pas parce que nous serons demain dans l'opposition et que nous reconstruirons. Oui, monsieur SARKOZY, nous reconstruirons. Moi je fais partie de la nouvelle génération et je considère que ce n'est pas un drame, figurez-vous, l'alternance. C'est la démocratie, à condition qu'elle ne soit pas écrasante. Et ça, tous les Français peuvent le juger.
FIN

ARLETTE CHABOT - Pas facile.

NICOLAS SARKOZY - Vous voulez me dire qu'elle n'a pas changé ?!

ARLETTE CHABOT - Je ne me permettrais pas. Pas facile comme adversaire, Ségolène ROYAL.

NICOLAS SARKOZY - C'est plutôt un compliment quand on dit d'une femme qu'elle n'a pas changé...

ARLETTE CHABOT - Oui... Alors il y a une chose qu'on reconnaît à Ségolène ROYAL, c'est l'humanité. Et c'est toujours le même reproche, vous allez me dire : oui, j'en ai marre d'entendre la même chose. Mais je vous pose quand même la question. Vous avez dit " j'ai changé ". Dans son livre, Jean-Pierre RAFFARIN dit " un jour je lui ai dit : mais tu sais, on peut être gentil dans la vie, il n'y a pas que les cons qui sont gentils ". Est-ce que vous allez mettre encore un peu d'humanité, est-ce que vous allez rassurer les gens ? Même Jean-Pierre RAFFARIN dit : on dit de temps en temps qu'il fait un peu peur, NICOLAS SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY - C'est formidable... Non, je ne pense pas qu'il dise ça. C'est formidable, ARLETTE CHABOT, je vous ai entendue dire à Jean-Marie LE PEN qu'il ressemblait à Jean GABIN...

ARLETTE CHABOT - J'ai retrouvé une photo où il ressemblait à Jean GABIN.

NICOLAS SARKOZY - Non mais c'est votre droit, chacun ses goûts...

ARLETTE CHABOT - C'est une évidence.

NICOLAS SARKOZY - Ça ne me serait pas venu à l'idée.

ARLETTE CHABOT - C'est pas un goût, c'était une évidence de la photo.

NICOLAS SARKOZY - Vous venez de dire, de ma contradictrice socialiste, ce qui est votre droit : ah il y a une chose qu'on ne lui conteste pas, c'est qu'elle est très humaine...

ARLETTE CHABOT - On dit qu'elle est humaine.

NICOLAS SARKOZY - Et vous vous tournez vers moi en disant : quant à vous alors mon vieux... Franchement je ne sais pas...

ARLETTE CHABOT - Vous êtes dans la caricature, là.

NICOLAS SARKOZY - Je ne sais pas si c'est une question ou une opinion...

ARLETTE CHABOT - Mais non, je vous citais Jean-Pierre RAFFARIN.

NICOLAS SARKOZY - J'ai lu le livre de Jean-Pierre RAFFARIN, c'est pas ce qu'il dit. Si vous voulez me faire dire qu'un président de la République, de mon point de vue, c'est pas simplement quelqu'un qui va à la télévision pour dire aux Français : mes pauvres, comme vous souffrez, je vais vous prendre la main et quand ça ira trop mal je tapoterai sur le dessus de la main. Et puis si vous voulez vous mettrez la tête sur mon épaule. C'est pas tout à fait ça ma conception du président de la République. Le président de la République c'est un leader, c'est un homme qui fixe un cap, qui assume ses responsabilités, qui dit aux Français : voilà le chemin pour la France, pour que chacun d'entre vous puisse construire un avenir, pour qu'on résolve la crise morale française, qui porte un nom, c'est la crise du travail. Le travail qui n'est pas respecté, le travail qui est méprisé, le travail qui n'est pas récompensé. C'est ça un président de la République. Maintenant je vais vous faire une confidence, parce que votre question était si gentille qu'il faut que j'y réponde jusqu'au bout. Alors ne le répétez pas trop fort, mais j'ai un coeur. Il bat à gauche, il bat aussi vite que les autres, mais parfois, peut-être à tort, je pense qu'il faut avoir de la pudeur, qu'on n'est pas obligé de venir expliquer ses peines en direct, parce que ceux qui nous regardent se disent : ceux-là ont peut-être un métier difficile mais c'est pas les plus mauvaises places. Et partant, c'est vrai que dans le compassionnel, je peux être battu. Mais je ne pense pas qu'un président de la République de la 5e puissance au monde, en 2007, les Français jugement à cela. Il y a des personnalités de la société civile pour cela. Moi j'ai identifié les raisons du malaise français, j'ai des solutions, je veux les mettre en oeuvre pour que chaque famille de France se dise, pour ses enfants : si demain il travaille, ça sera possible pour lui aussi. C'est ça qui compte.

ARLETTE CHABOT - Alors on va parler priorités. Vous avez dit beaucoup de choses, parce que vous êtes parti tôt en campagne, avec un programme, que vous avez présenté aux Français. Moi je voudrais savoir, si vous êtes élu, le lendemain de votre élection qu'est-ce qui se passe ? À quoi ressemblerait le gouvernement de NICOLAS SARKOZY ? Combien, des hommes, des femmes, la parité, des jeunes, des anciens, qui ?

NICOLAS SARKOZY - Quinze ministres. Des ministères qui ne ressembleraient pas à ceux d'aujourd'hui, parce que je crois qu'un pays de 64 millions d'habitants doit avoir un nombre limité de ministères, mais des ministères rebâtis. Par exemple, je veux un ministère de l'immigration nationale et de l'identité nationale, parce qu'aujourd'hui le dossier de l'immigration est explosé en trois ministères différents. Une équipe soudée, avec des personnalités qui viendraient d'autres formations politiques que la formation politique majoritaire...

ARLETTE CHABOT - C'est l'ouverture, ça ?

NICOLAS SARKOZY - Je crois que quand on gagne on doit dominer son succès en ouvrant aux autres. Parce qu'il faut se priver d'aucun talent pour faire l'équipe de France A. Et puis je proposerai une session extraordinaire pour que dès le mois de juillet 2007, après les élections législatives, des mesures importantes soient prises. Lesquelles ? Je veux tout de suite envoyer un signal aux Français qu'on va libérer l'esprit d'initiative et récompenser le travail. Ça veut dire deux ou trois choses. Premièrement, la possibilité de faire des heures supplémentaires est de racheter les RTT, parce qu'à quoi ça sert les RTT quand on n'a pas de quoi payer des vacances à ses enfants ? Exonération des charges sociales et de l'impôt sur les heures supplémentaires, c'est-à-dire une véritable révolution. Tout est fait aujourd'hui pour décourager les gens de faire des heures supplémentaires. Moi je veux résoudre le problème du pouvoir d'achat en encourageant les gens à travailler. Troisième mesure, dans un collectif immédiatement au mois de juillet, je veux permettre aux Français de devenir propriétaires de leur appartement. Et donc je demanderai à ce qu'on puisse déduire de son impôt les intérêts que l'on verse à la banque pour acheter son appartement. C'est extraordinaire, la classe moyenne aujourd'hui n'arrive pas à être propriétaire de son appartement. Alors qu'il y a 40 ans la classe moyenne était propriétaire de son appartement. L'immobilier coûte plus cher, on pouvait déduire ses intérêts à l'époque. Eh bien il faut revenir à cette situation pour relancer l'immobilier. Et puis je prendrai trois autres mesures, tout de suite. Une mesure pour encadrer le regroupement familial, moi je considère qu'il y aura trois conditions à poser pour qu'un étranger en France puisse faire venir sa famille : qu'il ait un logement pour la loger, pour qu'il n'y ait plus de squats ; qu'il ait les revenus de son travail pour la faire vivre, je ne vois pas pourquoi on devrait faire venir sa famille si on n'a pas de quoi la faire vivre ; et troisièmement qu'on apprenne le français, en tout cas des rudiments de français, avant de venir en France, parce que si on ne le fait pas, on ne peut pas s'intégrer. La langue de la France, c'est le français. Enfin dernier point, je proposerai deux mesures importantes. Quand vous pensez qu'il y a 5 % des délinquants qui font 50 % des crimes et délits, je veux des peines doublées pour les multirécidivistes, et je veux résoudre enfin le problème des mineurs. Le mineur multirécidiviste de 16 à 18 ans sera puni comme un majeur. Et je vous garantis que ces quelques mesures auxquelles j'ajouterai un service minimum dans les transports, parce qu'il n'y a aucune raison qu'on en parle depuis 20 ans et qu'on ne le fasse jamais.

ARLETTE CHABOT - Alors tout ça c'est de la loi, ce sont des lois qui seraient votées ?

NICOLAS SARKOZY - Disons que c'est un collectif budgétaire pour les mesures fiscales et des lois pour les autres.

ARLETTE CHABOT - Il y a une part de concertation sociale dans ce que vous allez proposer ou pas ? Parce qu'on dit : il décide... Regardez par exemple le service minimum, vous dites que vous allez le faire, vous avez vu déjà les syndicats qui disent : c'est pas acceptable, il n'y a pas de négociation, la CGT dit qu'il y a un climat de revendication très fort, ça ne passera pas comme ça. Donc est-ce qu'il y a une place pour des négociations à côté des lois ?

NICOLAS SARKOZY - Bien sûr. Mais la campagne électorale et l'élection doit servir à quelque chose. Pourquoi je prends des engagements précis pour les Français ? Parce que je veux que les Français tranchent. Nous ne nous sommes pas remis du faux débat de 2002. Monsieur LE PEN contre monsieur CHIRAC. Il fallait faire barrage à monsieur LE PEN. Donc on n'a pas tranché les vrais sujets. C'est l'occasion avec cette élection présidentielle. Mais quoi que dise monsieur THIBAULT, que je respecte, le leader de la CGT, si les Français devaient me faire confiance, et que dans mon programme je dis : il faut une loi sur le service minimum dans les transports parce qu'il n'y a aucune raison que les usagers du service public soient pris en otage de questions qui ne sont pas les leurs. Eh bien je ne vois pas au nom de quoi monsieur THIBAULT devrait dire : les élections ça compte pas, seule compte la revendication. Alors en revanche j'ouvrirai dès le mois de juillet des négociations avec les partenaires sociaux. Il y a des sujets : la parité homme-femme dans les entreprises, il y a 15 % de différence de salaire, et c'est scandaleux, entre les femmes et les hommes. La question du contrat de travail, le contrat de travail unique, bien sûr que ce sont des discussions. La liberté de présentation des candidats au premier tour des élections, ce sont des sujets de négociation avec les partenaires sociaux. On discutera, on négociera, mais si les Français me choisissent, il y a des décisions, eh bien il faudra les prendre. C'est bien ce que j'ai fait comme ministre de l'Intérieur. Moi je dis aux Français que ce que j'ai fait pendant cinq ans, où j'ai essayé de tenir mes engagements, scrupuleusement. Je veux le faire au service de la France, au service des Français.

ARLETTE CHABOT - Je disais tout à l'heure ouverture, c'est-à-dire que votre équipe sera renouvelée ou retrouvera des ministres, Jean-Louis BORLOO, Michèle ALLIOT-MARIE, ou est-ce que ce sera une jeune équipe qui viendra autour de vous ?

NICOLAS SARKOZY - Surtout ce qui est important, j'essaierai de choisir des femmes et des hommes en fonction de leurs compétences. Je veux dire aux Français une chose importante : je crois qu'on ne peut pas, en 2007, faire un gouvernement qui s'exonérerait de la nécessité de la parité. Et je vais dire une chose très importante : la République se grandit lorsqu'elle est impartiale. Et je veux mettre un terme aux nominations de complaisance. Je ne suis pas l'homme d'un clan, je ne suis pas l'homme d'un parti, je ne serai pas l'homme d'une secte.

ARLETTE CHABOT - C'est François BAYROU qui accuse... secte, clan...

NICOLAS SARKOZY - Moi je n'accuse personne, je prends des engagements pour les Français. Le président de la République, c'est l'homme de la nation. Et partant, pour les nominations aux grands postes, je le dis aux Français, je ferai en sorte que ces nominations soient ratifiées par le Parlement, à une majorité qualifiée, pour être certain que majorité et opposition se mettront d'accord sur les meilleurs. Je prends un exemple : il n'est pas normal que la présidence d'EDF soit dans la main du seul président de la République. Je veux associer le Parlement et je veux que le choix, la proposition que je ferai, si j'étais élu, soit accepté à la fois par la majorité et par l'opposition. Pareil pour le président du CSA. Pareil pour le président des grandes institutions. La République et les hommes politiques se déconsidèrent lorsqu'ils nomment uniquement sur des critères de complaisance.

ARLETTE CHABOT - Alors on a bien compris que vous ne serez pas un président enfermé à l'Élysée, vous serez très actif. Quel profil aura le Premier ministre ? Il aura un rôle, une compétence, ou il dira " le président m'a demandé, je fais, vous êtes gentils mais c'est comme ça... " ?

NICOLAS SARKOZY - Vous parliez tout à l'heure de Jean-Pierre RAFFARIN, il avait lui-même conceptualisé une règle : la légitimité du Premier ministre dépend du président de la République. Mais moi je ne serai pas le président de tout, le président de la République doit faire fonctionner des institutions, il y a un Parlement dans la République française. Et je souhaite que le Parlement ait plus de pouvoir, et notamment des pouvoirs de contrôle, et notamment des pouvoirs en matière de politique étrangère. Et puis il y a un gouvernement, il y a un Premier ministre. Dans un pays de 64 millions d'habitants, le Premier ministre, cela compte. Et j'essaierai de faire le choix de quelqu'un de compétent.

ARLETTE CHABOT - Vous l'avez déjà choisi ?

NICOLAS SARKOZY - Forcément. À deux mois j'ai une petite idée.

ARLETTE CHABOT - On dit François FILLON, vous ne dites pas non si je dis François FILLON, par exemple ?

NICOLAS SARKOZY - Vous dire non à vous ? Non, ça ne serait pas courtois dans ma situation...

ARLETTE CHABOT - Moi c'est pas grave, surtout les Français qui nous regardent ce soir.

NICOLAS SARKOZY - Les Français qui nous regardent, ils se disent : qu'il nous explique ce qu'il veut faire et surtout qu'il ne pense pas que c'est fait, car c'est nous qui déciderons. Donc répartir les postes maintenant...

ARLETTE CHABOT - Mais une équipe c'est important, ça donne une idée de qui a envie de travailler ou qui avez-vous envie de voir autour de vous. Ce que vous dites c'est l'équipe de France, elle doit être l'équipe A qui gagne.

NICOLAS SARKOZY - Mais bien sûr. Vous avez parlé de François FILLON, il va de soi que je veux travailler avec lui, que je veux travailler avec Jean-Louis BORLOO, que je veux travailler avec Michèle ALLIOT-MARIE, et quelques autres.

ARLETTE CHABOT - Alors il y a un sujet qu'on pose à chaque fois qu'un candidat vient ici, c'est le problème de la dette. On a un petit compteur, on regarde parce qu'à chaque fois c'est très saisissant. Elle tourne cette dette, les chiffres en rouge donnent le montant de la dette, et ça tourne, et ça tourne au fil des secondes et à la fin de l'émission je n'ose même plus dire combien ça fait en plus parce que ça fait très peur. Il y a une question qu'on se dit et les reproches qu'on vous fait toujours. On se dit : mais comment pouvez-vous faire, NICOLAS SARKOZY, pour dire à la fois que vous voulez faire baisser la pression fiscale, les prélèvements obligatoires, et réduire la dette parce que vous avez fixé des objectifs. Alors est-ce que vous pouvez nous dire déjà, et nous répéter, quel objectif vous fixez pour la réduction de la dette ?

NICOLAS SARKOZY - Les objectifs, c'est les objectifs européens qui sont les nôtres. 60 % dans la richesse nationale et moins de 3 % sur le déficit. Mais ce qui compte et ce que les Français doivent comprendre, c'est deux choses. La première c'est que depuis 15 ans nous avons un point de croissance de moins que les autres. Ma stratégie économique, c'est de libérer les forces de travail en France pour créer ce point de croissance qui nous permettra de résoudre les questions de déficit. Il n'y a pas trop de travail en France, il n'y en a pas assez. Quel est le problème de la France ? Il est simple : on travaille moins quand les autres travaillent plus. Il y a là quelque chose qui devrait intéresser nos compatriotes. Depuis que nous avons fait les 35 heures, pas un pays au monde ne nous a suivis. Pas un seul. J'étais la semaine dernière à Madrid avec monsieur ZAPATERO, président du Conseil, socialiste espagnol. Et je lui ai dit : est-ce que tu envisages de faire les 35 heures en Espagne ? Il a ri. Il m'a dit : est-ce que tu crois qu'on est passé de 22 % de chômeurs en Espagne à 8 % en travaillant moins ? Monsieur SCHRODER, quand il était chancelier allemand, socialiste, et quand on a fait les 35 heures en France, on dit : c'est une merveilleuse nouvelle pour les travailleurs allemands. Le travail crée le travail. L'erreur économique de la gauche, c'est le partage du temps de travail. Première stratégie, on va libérer les possibilités de travailler pour gagner davantage. Il y a un formidable problème de pouvoir d'achat en France...

ARLETTE CHABOT - Et ça ça donne de la croissance ?

NICOLAS SARKOZY - Bien sûr que ça donne de la croissance. Et puis deuxième chose, il y a le problème des dépenses publiques. Alors sans rentrer dans des chiffres et embrumer les gens, quel est le premier poste de dépense du budget de la nation ? 45 %. Les salaires et les pensions. C'est la question des effectifs dans la fonction publique. Je suis le seul candidat à avoir dit : il y a 450 000 fonctionnaires qui partent à la retraite d'ici à 2012, il faut qu'on en remplace un sur deux. On ne licencie personne. On en remplace un sur deux parce que si on ne fait pas d'économie sur le premier poste budgétaire de la nation, on le fera sur quoi ? Tenez-vous bien, si on arrive à ne pas remplacer un sur deux, on revient au niveau de la fonction publique en 1992. Je n'ai pas le souvenir qu'en 1992 la France était sous-administrée.

ARLETTE CHABOT - Mais vous êtes le seul à le dire parce que les autres disent : c'est pas possible, la moitié des fonctionnaires c'est l'école...

NICOLAS SARKOZY - Je vais prendre des exemples parce que j'imaginais bien que vous alliez me poser la question. Je prends des exemples. La douane, 20 000 fonctionnaires. Le même effectif que depuis 1980, seulement il y a une petite différence, c'est qu'il n'y a plus de frontières. La comptabilité publique, 60 000 agents. La DGI, la direction générale des impôts, 80 000. Tout le monde sait bien qu'il faut fusionner ces deux directions et qu'on trouvera des gisements de productivité considérables. Mais je prends d'autres exemples beaucoup plus choquants. l'État a transféré aux régions la formation professionnelle. Savez-vous que depuis que l'État a transféré la formation professionnelle, on a multiplié par quatre le nombre de fonctionnaires ?... l'État a transféré aux départements les compétences sociales. Dans le même temps, 60 % de fonctionnaires en plus pour les compétences sociales de l'État. Depuis 1980 on a créé 1 million de postes de fonctionnaires dans notre pays. Alors ça a une deuxième conséquence. Comme il y a beaucoup de fonctionnaires, ils sont mal payés, mal considérés, mal respectés. Je veux donc qu'on économise en remplaçant un fonctionnaire sur deux et que la moitié des gains de productivité on les rende aux fonctionnaires sous forme d'augmentation de leur pouvoir d'achat. C'est un système gagnant-gagnant. Et tous ceux qui disent " je vais réduire les déficits mais je ne réduirai pas les effectifs dans la fonction publique " mentent aux Français. Parce que 45 % c'est les salaires de la fonction publique et les retraites, 15 % c'est la dette, vous êtes déjà sur 60 % du budget de la nation.

ARLETTE CHABOT - Alors deux petites choses quand même. Sur les effectifs de la fonction publique, l'État, pas les régions, c'est quand même les profs la grande majorité. Vous allez couper par deux le nombre de profs, on en remplacera un sur deux ?

NICOLAS SARKOZY - Non, enfin peu importe, il y a beaucoup d'autres choses à dire. Là-dessus, sur la question de l'Éducation nationale, 1 300 000 fonctionnaires. Extraordinaire. On peut quand même poser la question de savoir comment on a embauché tant de monde sans faire descendre d'un seul les effectifs par classe face aux enfants. Qu'on crée des postes d'enseignants au niveau de l'enseignement supérieur parce qu'il y a un problème de démographie, oui. Mais, alors qu'il y a moins d'élèves au niveau par exemple du collège, on ne va pas créer des postes. Il y a un certain nombre de milliers de postes qui sont aujourd'hui pas au contact des enfants. Où sont-ils ? Et vous allez me faire croire qu'alors que je veux revenir au niveau de la fonction publique de 1992, en 1992 il n'y avait donc personne dans les écoles ? l'État n'était pas administré, ça ne fonctionnait pas ? Je connais bien ce raisonnement. À chaque fois qu'on dit quelque chose en France on dit " c'est pas possible ". Soit parce que les syndicats ne sont pas d'accord, soit parce que c'est difficile, soit parce que les Français ne sont pas d'accord. Alors dans ce cas-là, si rien n'est possible, pourquoi se présenter aux élections ?

ARLETTE CHABOT - Je vous pose la question, c'est possible. Vous dites " je suis seul à le proposer, parce que les autres disent : on n'y arrivera pas. "

NICOLAS SARKOZY - Oui, alors dans ce cas-là ils peuvent le dire, ils peuvent même le penser. Mais dans ce cas-là qu'ils ne promettent pas aux Français de réduire la dette. Parce que comment on réduit la dette de la France, si on continue à dépenser autant ? Comment c'est possible ? Moi je respecte les fonctionnaires, je considère qu'il y a une paupérisation de la fonction publique et je n'aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans notre pays. Mais disons les choses comme elles sont : on ne peut pas continuer à embaucher sans cesse plus alors qu'entre temps il y a eu l'Europe, la décentralisation, l'informatique, l'Internet, les nouvelles techniques de communication. Comment peut-on imposer aux entreprises et aux ménages de faire des économies et s'agissant de l'État on viendrait dire aux Français : circulez, y'a rien à voir, c'est pas possible. Alors, ARLETTE CHABOT, si c'est pas possible on reste assis les bras croisés et on dit aux Français : il n'y a rien à faire sur rien et c'est pas la peine de voter. Et avec ça vous avez le Front national et l'abstention. Moi je suis contre l'abstention et contre le Front national.

ARLETTE CHABOT - Petite remarque, vous n'êtes pas revenu sur la baisse des prélèvements obligatoires. Ça veut dire que c'est si peut-être la croissance le permet et à l'horizon de 10 ans ? Vous êtes moins ambitieux qu'il y a quelques mois ?

NICOLAS SARKOZY - Pas du tout. S'agissant de la baisse des prélèvements obligatoires, c'est une priorité pour moi sur un domaine, parce que je crois au travail et que je crois à la famille. Je voudrais exonérer de droits de succession et de droits de donation 95 % des Français. La vie est mal faite. Quand on est plus âgé on a plus de moyens et moins de besoins. Quand on est jeune on a beaucoup de besoins et pas de moyens. Je veux faciliter pour des parents la possibilité de donner à leurs enfants, pour leur acheter, qui une chambre, un studio, qui leur donner un coup de main pour une voiture. Et quand on a travaillé toute sa vie dur, qu'est-ce qui donne du sens à la vie ? C'est de faire que ses enfants commencent un peu plus haut que soi-même on a commencé. Eh bien je ne vois pas pourquoi on devrait payer des impôts sur les successions ou sur les donations que l'on fait à travers sa propre famille.

ARLETTE CHABOT - Ça favorise les riches parce qu'il y a déjà une grande majorité...

NICOLAS SARKOZY - Non, madame CHABOT, ça favorise la France qui travaille. Et je considère qu'il n'est pas anormal que quand on a travaillé toute sa vie, qu'on a un patrimoine, on puisse le léguer à ses enfants. Parce que ceux qui ont travaillé, madame CHABOT, ils payent des impôts. Ce patrimoine, ils l'ont payé à la sueur de leur front. Et c'est pas absurde que ce patrimoine, on le laisse à sa famille. L'égalité des chances, c'est pas d'aller prendre à celui qui a travaillé le fruit d'une vie de travail, c'est que celui qui n'a pas la chance de pouvoir hériter ait les mêmes chances un jour de se constituer un patrimoine que celui qui a hérité. C'est ça l'égalité des chances. Ou alors on va finir par créer les conditions que tout le patrimoine va contourner la France pour aller chez nos voisins. Mais moi je suis responsable politique français, j'aime la France, et qu'est-ce que je veux pour mon pays ? Qu'on puisse y créer des richesses, qu'on puisse trouver des actionnaires, que les petites et moyennes entreprises de France retrouvent des gens qui vont investir dedans. Le jour où on aura découragé tout le patrimoine en France, eh bien comment on va trouver du travail ? Et le jour où on ne pourra plus travailler en France parce que ça ne sera pas récompensé ? Vous savez ce qu'ils disent, les Français ? Que c'est pas normal que celui qui se lève tôt le matin pour travailler dur, à la fin du mois il ait la même chose que celui qui ne se lève pas du tout et qui est assisté. Eh bien moi je veux parler au nom de la France qui travaille.

ARLETTE CHABOT - Alors vous allez répondre à des questions de Français et de Françaises qui se lèvent tôt mais qui ne gagnent sans doute pas ce qu'ils souhaitent. Vous n'augmentez pas le SMIC, vous, si vous êtes élu ?

NICOLAS SARKOZY - Écoutez, le SMIC, c'est 17 % des salariés français. Quand on dit qu'on va augmenter le SMIC, on oublie 83 % des salariés français. Moi je veux poser la question du pouvoir d'achat des salariés français et je fais une proposition très innovante. Je dis que je conditionnerai les allègements de charges aux entreprises à la politique salariale de ces mêmes entreprises. Qu'on allège les charges d'entreprises quand une politique salariale dynamique, qui augmente les salaires, oui. Qu'on allège les charges d'entreprises qui ne le font pas, je veux discuter. De la même façon je souhaite que l'impôt sur les bénéfices de la société soit plus élevé pour les entreprises qui suppriment des emplois et qui n'investissent pas en France, que pour les entreprises qui créent des emplois et qui investissent en France. Il faut enfin se servir de l'impôt intelligemment, non pas comme une punition mais comme un levier pour créer de l'emploi, de la croissance et des richesses dans notre pays. Mais je veux que la France soit un pays prospère, soit un pays riche, où chacun puisse réussir. On ne va pas continuer comme cela à décourager... J'ai vu que l'autre jour madame ROYAL disait : c'est scandaleux, il y a des entreprises qui font des bénéfices en France. Mais le jour où il n'y aura que des entreprises qui font des déficits, on ira travailler où ? Et le jour où tous ceux qui auront gagné quelque chose parce qu'ils auront travaillé dur, ne pourront pas le garder, on va continuer à faire la richesse de la Belgique, de Monaco, de l'Angleterre, de la Suisse ?

ARLETTE CHABOT - Mais vous souhaitez qu'elles les réinvestissent en France ?

NICOLAS SARKOZY - Bien sûr que je souhaite ça. Pourquoi ? Parce que je veux le plein emploi en France, parce que le plein emploi en France c'est possible. Comme je l'ai vu en Angleterre. En Angleterre, rendez-vous compte, ils ont 4 % de chômeurs. Seulement le problème, et c'est ce que je veux faire en France, moi je suis pour que les allocations chômage soient plus élevées. Mais qu'on ne puisse pas refuser plus de deux fois une offre d'emploi qui corresponde à vos qualifications. Et puis je suis pour autre chose. Quand on a un revenu minimum, une allocation sociale, on doit à la société une activité en contrepartie de ce revenu minimum.

ARLETTE CHABOT - C'est donnant-donnant. Ségolène ROYAL dit ça aussi.

NICOLAS SARKOZY - Elle a dit ça ? Eh bien elle a raison.

ARLETTE CHABOT - Alors la France qui se lève tôt, c'est celle que vous aimez rencontrer dans les usines. Vous allez répondre à des questions de Français qui sont là et qui aimeraient peut-être aussi, pour les uns et les autres, travailler plus. Mais la France qui se lève tôt, vous la voyez dans les usines, vous visitez beaucoup d'usines, comme on va le voir. Vous citez JAURÈS et BLUM et vous allez dans les usines. Michael DARMON et Mathieu BERDEN vous ont suivi depuis plusieurs semaines dans les usines.

REPORTAGE

JOURNALISTE - C'est l'histoire d'un gars, il veut être élu président de la République, c'est-à-dire Meilleur ouvrier politique de France.

NICOLAS SARKOZY - La France ne sera pas un grand pays, ou ne sera plus un grand pays si la France n'a pas d'usine.
Moi je crois aux usines et je pense que la France doit garder ses usines.
Les gens qui travaillent ici, ils ont des décennies de savoir-faire.
Dans les usines on ne garde pas son savoir pour soi. On le transmet. Et par ailleurs il y a une solidarité.
Il y a une solidarité ici qu'il n'y a pas ailleurs !... C'est beau hein !... C'est beau ça... C'est beau hein... Ben dites-donc, chapeau... Bravo, hein, je suis fier de vous avoir serré la main, beau boulot !... Bravo... Dites-donc c'est impressionnant, j'en ai plein les yeux... Métro de Singapour... Bon courage... Et puis je sais pas, il y a une odeur, il y a une tradition...

JOURNALISTE - Dans les ateliers il y a aussi une tradition, c'est de ne pas aimer les gens de droite.

OUVRIER - Il est en train de nous dire aujourd'hui que les gens qui ne travaillent pas gagnent aussi cher que les gens qui travaillent. Donc je pense que pour construire une France solide il ne faut déjà pas commencer à nous diviser. Mais les ouvriers, il ne faut pas venir les voir que quand on a besoin de leurs voix pour être élu. Il faut venir les voir tout le temps, et les écouter.

NICOLAS SARKOZY - Je viens dans les usines parce que justement je trouve qu'on vous a laissés tomber. Et ceux qui théoriquement devraient être vos amis sont où ? Tous les jours je suis dans les usines, je cherche avec une longue-vue, je les vois pas. Donc moi je veux bien me faire engueuler pour tous les autres, ça me gêne pas, et puis si ça vous fait plaisir, tant mieux, c'est déjà pas mal.

OUVRIER - Effectivement aujourd'hui la majorité des salariés de LE CREUSET auraient préféré une visite, je dirai un peu plus royale.

NICOLAS SARKOZY - Je vise pas à faire 100 %. Moi 50 % et une voix c'est suffisant. Mais je voulais être ici. Pourquoi ? Parce que les ouvriers ça fait trop longtemps qu'ils ont été abandonnés, et puis ça m'a donné l'occasion de me faire un nouvel ami et c'est pas tous les jours.
En 2004 quand je suis venu, la boîte était sur le point de fermer, j'ai pris des engagements...

OUVRIER - Oui, et maintenant vous venez là pour ramasser des voix. C'est donnant-donnant, voilà... Oui oui oui... vous venez ici maintenant pour ramasser des voix. Et nous on est là tous les jours, monsieur.

NICOLAS SARKOZY - Je vais en parler...

OUVRIER - Oui, parlez-en. Agissez, monsieur.

NICOLAS SARKOZY - J'ai tenu toutes mes promesses ici. Y'en a pas une seule... je peux revenir ici, c'est très simple, y'en a pas une seule...

OUVRIER - Je vais vous faire une suggestion, devenez directeur de la boîte, hein !

JOURNALISTE - Dans ses discours, vous l'avez entendu parler de JAURÈS et de BLUM. Mais écoutez bien ce que dit NICOLAS SARKOZY à la patronne d'AREVA, Anne LAUVERGEON, l'ancienne collaboratrice de François MITTERRAND, celle-là, personne ne l'avait encore entendue.

NICOLAS SARKOZY - Heureusement que t'as été la collaboratrice de MITTERRAND !

ANNE LAUVERGEON - Pourquoi ?

NICOLAS SARKOZY - Allez, tu as vu maintenant, j'ai pris la rupture tranquille, tu as vu ? Plus mitterrandien que moi, en fait, tu meurs !

FIN DU REPORTAGE

ARLETTE CHABOT - Oui, vous récupérez tout le monde, NICOLAS SARKOZY, François MITTERRAND...

NICOLAS SARKOZY - C'est pas interdit d'avoir de l'humour, quand même.

ARLETTE CHABOT - Voilà, Anne LAUVERGEON, pour être une personnalité d'ouverture, qui pourrait travailler avec vous demain ?

NICOLAS SARKOZY - Anne LAUVERGEON est une femme remarquable. Et le fait qu'elle ait été la collaboratrice de François MITTERRAND, je l'ai connue à l'époque, j'étais ministre, entre 93 et 95. Est-ce que vous croyez que ça la rend inapte à travailler un jour dans un autre gouvernement ? C'est pas la vision que j'ai des compétences en France. Mais pourquoi je vais dans les usines ? Parce que je me refuse à dire aux ouvriers que les usines c'est fini et que c'est foutu. Parce que si on laisse partir les usines, tout le reste partira, il restera plus rien. Lorsque j'étais ministre des Finances en 2004, j'ai eu à traiter le dossier ALSTOM. Tout le monde disait que c'était fichu, qu'il n'y avait rien à faire, qu'il fallait laisser tomber, que c'était foutu, qu'il fallait vendre à SIEMENS. Je me suis battu, au nom de l'État nous avons même racheté 20 % d'ALSTOM, 800 millions d'euros. Deux ans plus tard, Thierry BRETON revendait 2 milliards 100 millions. ALSTOM est aujourd'hui une des entreprises les plus profitables de la bourse française. Alors les spécialistes qui disaient que c'était foutu, que c'était fichu, ils sont où aujourd'hui ? 25 000 emplois, on les a sauvés. Une France sans usines, une France sans paysans, une France sans artisans, ça serait une France appauvrie, moralement, économiquement, culturellement. Je ne l'accepte pas. Je pense qu'il faut conserver ces emplois. Pareil pour AIRBUS.

ARLETTE CHABOT - On en parlera tout à l'heure avec notre confrère Éric LE BOUCHER. Alors on va essayer de faire jouer le jeu de questions-réponses assez court, je vais vous demander de répondre assez brièvement. Paulo d'abord, qui est là, bonsoir. Il faut le dire, vous venez d'être licencié...

PAULO TEIXEIRA, 36 ANS, OUVRIER, 3 ENFANTS, RIGNY-SUR-ARROUX (71) - Donc je suis en procédure de licenciement actuellement et ce que j'arrive pas bien à saisir dans votre discours, c'est le fait de dire " travaillez plus pour gagner plus " c'est très bien, mais il faudrait pour cela que tout le monde puisse travailler, et c'est pas le cas actuellement. Le problème c'est qu'on n'a pas assez d'emplois, il n'y a pas assez de travail en France pour que tout le monde puisse gagner plus d'argent. Donc moi ce que je veux comprendre aussi c'est, vous mettez les entreprises un peu en porte-à-faux, puisque vous leur demandez de tenir votre promesse. Et c'est là-dessus que j'arrive pas bien à comprendre.

NICOLAS SARKOZY - Paulo... excusez-moi...

ARLETTE CHABOT - Paulo TEIXEIRA, oui.

NICOLAS SARKOZY - Monsieur TEIXEIRA, vous dites que je dis " travaillez plus pour gagner plus ". Mais enfin, si je disais " travaillez moins pour gagner plus ", vous me diriez : je suis démagogue. Comment promettre aux Français qu'on va résoudre le problème du pouvoir d'achat en leur expliquant qu'ils vont travailler moins ? Alors c'est parfaitement exact qu'il y a des entreprises où il n'y a pas assez de boulot, et même des entreprises qui ferment. C'est parfaitement exact.

PAULO TEIXEIRA - Justement, c'est là-dessus que je veux vous faire réagir, c'est parce qu'il y a des entreprises qui n'ont pas de travail, qui vont en avoir mais pas suffisamment pour aller embaucher quelqu'un, et donc qui vont demander à leurs employés de faire des heures sup. Mais c'est seulement parce qu'il y a une augmentation d'activité. S'il n'y a pas d'augmentation d'activité, quel est le seul moyen pour l'entreprise de faire profiter de ce que vous dites ? Seulement en diminuant le nombre de salariés et à ce moment-là c'est le chômage que vous créez.

NICOLAS SARKOZY - Non, je vais essayer, monsieur TEIXEIRA, de m'en expliquer avec vous. D'abord, bien sûr qu'il y a des entreprises qui ont des difficultés, mais le drame c'est pas tant de perdre son emploi que d'avoir tant de mal à en retrouver un autre. Mais alors expliquez-moi : s'il y a des entreprises qui n'ont pas assez de travail à donner, raison de plus pour laisser les entreprises qui en ont à donner le donner. La stratégie du partage du temps de travail, qui consiste à penser que le travail c'est un gâteau qu'on va se partager, or nous sommes le pays d'Europe qui a le moins de quinquagénaires au travail. Si le partage du temps de travail ça marchait, tous les jeunes devraient avoir un emploi. Or dans le même temps nous avons le plus de jeunes au chômage. Donc quand on donne davantage de pouvoir d'achat dans une entreprise où il y a du travail à un salarié, il va consommer, parce que lorsqu'on gagne 1 300 euros par mois, si on travaille 50 minutes de plus par jour, on a 15 % d'augmentation. Cette augmentation-là part dans la consommation, ça va créer de la croissance, la croissance va créer de l'emploi. Et vous comprenez que toute ma stratégie consiste à libérer les capacités d'initiative pour que vous, vous puissiez retrouver un emploi dans une entreprise qui a du boulot. Si on empêche les gens de travailler, on perd des parts de marché, pendant ce temps les autres pays ne nous attendent pas, Paulo...

PAULO TEIXEIRA - Moi je suis bien d'accord avec vous...

NICOLAS SARKOZY - Ah ben c'est déjà pas mal, ça.

PAULO TEIXEIRA - Le problème c'est que vous dites que si jamais on augmente le salaire d'une personne, ça va créer de l'économie et compagnie.

NICOLAS SARKOZY - Ça va créer de la consommation.

PAULO TEIXEIRA - Ça va créer de la consommation, donc ça va profiter à l'économie en général.

NICOLAS SARKOZY - Exact.

PAULO TEIXEIRA - Mais maintenant le problème c'est que si vous donnez plus à plus de monde, eh bien ça crée encore plus d'économie, donc le mieux c'est quand même qu'il y ait un maximum de personnes qui puissent vivre. Bien sûr tout le monde ne peut pas bien vivre, mais s'il y a beaucoup de monde qui peut vivre un tant soit peu pas trop mal...

NICOLAS SARKOZY - Exact, alors...

PAULO TEIXEIRA - Eh bien ça serait déjà pas mal quand même.

NICOLAS SARKOZY - Alors voilà ce que je propose pour la suite, indépendamment des heures supplémentaires, Paulo. Deuxième problème, nous sommes un pays où nous avons 2,5 millions de chômeurs, un peu plus, et 500 000 offres d'emploi qui restent insatisfaites. J'ai été en Angleterre il y a un mois. En Angleterre ils ont fusionné dans un même service de l'emploi celui qui donne le chèque d'allocation et celui qui propose un emploi. Tous les 15 jours le demandeur d'emploi est convoqué. Et la personne qui lui donne le chèque d'indemnisation, c'est la personne qui cherche un emploi. Et tenez-vous bien, Paulo, quand au bout de 13 semaines on n'a pas trouvé d'emploi, c'est le conseiller le plus performant de l'Agence pour l'emploi qui vous voit. Il dit : 13 semaines sans boulot, c'est pas possible, on va vous en trouver un. Avec ça ils ont 4 % de chômeurs. Nous, on a l'ANPE d'un côté, les ASSEDIC et l'UNEDIC de l'autre. Et tout le monde s'ignore. Et le demandeur d'emploi est convoqué deux fois par an, grand progrès, il y a 500 000 offres d'emploi qui restent insatisfaites. Dans le même temps il y a tant de chômeurs qui aimeraient bien trouver un emploi. Troisième exemple, Paulo, excusez-moi je veux être très précis avec vous. Nous payons chaque année, tenez-vous bien, 5 milliards d'euros pour conduire en préretraite des gens encore jeunes qui voudraient travailler. Mon idée c'est de mettre cet argent, non pas les mettre en préretraite, mais à donner de l'argent pour réindustrialiser des bassins d'emploi, je sais pas de quelle région vous êtes...

PAULO TEIXEIRA - Du sud de la Saône-et-Loire.

NICOLAS SARKOZY - Par exemple, pour aller créer là-bas, qui a été tellement sinistré, des emplois, plutôt que d'indemniser des gens. Pensez que les 35 heures, nous payons 17 milliards d'euros par an pour empêcher les gens de travailler. Nous sommes le seul pays au monde qui dépense de l'argent pour empêcher les gens de travailler...

PAULO TEIXEIRA - Mais qui profite de cet argent, c'est pas les salariés. C'est-à-dire que nous on paye des impôts et cet argent est redonné aux entreprises qui de toute façon n'emploient pas...

NICOLAS SARKOZY - D'où ma proposition...

PAULO TEIXEIRA - Donner de l'argent à celle qui emploient.

NICOLAS SARKOZY - Exact. D'où ma proposition, Paulo, je sais pas si vous l'avez tout à l'heure entendue. D'abord je ne donnerai pas les mêmes allègements de charges aux entreprises qui augmentent les salaires et à celles qui ne les augmentent pas. Parce que je suis bien obligé de constater, et je vais vous dire, l'homme de la droite républicaine que je suis, je vais être très franc avec vous...

PAULO TEIXEIRA - Tout à l'heure il me semble que vous avez dit plus exactement, vous redonniez à ceux qui augmentent les salaires, pas à ceux qui emploient, vous n'avez pas parlé d'emploi. C'est à ceux qui augmentent les salaires.

NICOLAS SARKOZY - Je vais y venir, parce qu'il y a deux propositions, Paulo, dans une seule. La première c'est celle-là, parce que depuis trop longtemps en France on ne parle pas des salaires. Et les 35 heures, ça a été un vaste mouvement de régression sociale, parce que la vérité, c'est que les salariés sont payés les salaires qui sont les plus bas d'Europe en France, mis à part les pays méditerranéens...

ARLETTE CHABOT - Mais pourquoi vous ne les supprimez pas, pourquoi vous ne supprimez pas la durée légale du travail...

NICOLAS SARKOZY - ARLETTE CHABOT, et puis après je reviendrai à Paulo. Pour une raison simple, c'est que moi les 35 heures comme minimum, ça me va très bien. Si les gens ont envie de travailler 35 heures par semaine, je vois pas pourquoi on va les empêcher. Ce qui est invraisemblable dans cette affaire des 35 heures, c'est qu'on en fait un maximum. Enfin dernier point, Paulo, que je veux dire sur l'impôt sur les bénéfices. Je demande un impôt sur les bénéfices des sociétés modulé. Plus cher pour ceux qui suppriment de l'emploi, moins élevé pour ceux qui gardent de l'emploi. Est-ce que j'ai répondu concrètement à vos propositions ? Et avec ça, dernier point, je pense que quelqu'un comme vous, qui se trouve dans le drame du chômage, il doit avoir un droit à la formation, pour pouvoir prendre un autre boulot. Parce que le drame, encore une fois, moi je viens pas faire le malin et vous promettre que vous garderez vos boulots tous toute la vie. Ce que je veux vous promettre, c'est que celui qui perd son emploi, on va se mobiliser pour lui donner une formation qualifiante qui lui permettra de prendre un autre boulot. Parce que ma vie, je crois au travail, parce que je crois que le travail c'est une valeur d'émancipation, que c'est le chômage qui aliène. Et qu'aucun de nos compatriotes qui veut bosser ne doit être empêché de pouvoir le faire. Je veux une société et une économie qui récompense le travail, qui reconnaît le travail, qui récompense le mérite, l'effort, la récompense. Moi il y a tant d'ouvriers qui m'ont dit " écoutez, monsieur SARKOZY, à la fin du mois, qu'est-ce qui nous reste, nous ? Rien. " Alors je comprends que ce soit choquant d'être pauvre quand on n'a pas de travail, mais je n'accepte pas qu'on soit pauvre quand on travaille. Parce qu'à partir de ce moment-là, qu'est-ce qu'on fait ? Quelle est la solution ? Et pourquoi les autres...

ARLETTE CHABOT - NICOLAS SARKOZY va conclure...

NICOLAS SARKOZY - Non mais c'est passionnant...

ARLETTE CHABOT - Bien sûr c'est passionnant, mais il y en a d'autres, tout est passionnant...

NICOLAS SARKOZY - Non mais ce qu'a dit Paulo c'est absolument capital. Et je sais qu'il y a du scepticisme, lui et puis tant d'autres. Mais alors dernier argument : pourquoi l'Angleterre a réussi avec le plein emploi ; l'Australie a réussi avec le plein emploi ; le Danemark a réussi avec le plein emploi ; la Suède a réussi avec le plein emploi ; les États-Unis ont réussi avec le plein emploi. Et nous on devrait condamner des gens au chômage. Alors moi je vous prends un engagement. La fatalité ça fait pas partie de mon vocabulaire. Je veux changer cette réalité, pour que des gens comme vous, quand ils perdent leur emploi, puissent avoir une formation pour recommencer votre vie. Parce que l'échec je l'ai connu, et l'échec il doit pas être définitif...

ARLETTE CHABOT - La deuxième chance.

NICOLAS SARKOZY - Et il y a un côté désespérant dans la société française, c'est que la promotion ça marche plus. Et on se dit : qu'est-ce qu'on peut faire pour réussir, pour avoir un appartement plus grand, une meilleure école pour les gosses, pour avoir une feuille de paye un peu plus confortable ? On a l'impression que tout le monde s'en fout, que même ceux qui se donnent du mal, ils sont jamais récompensés, que le système est un trou sans fond, que rien n'est possible sur rien. Et d'ailleurs pourquoi il y a tant de Français qui ne votent pas ? Ils se disent : de toute manière ils changeront rien. Eh bien moi je vous dis, Paulo, je changerai ça.

ARLETTE CHABOT - Est-ce que je peux garder un peu de temps pour répondre, parce qu'il y a beaucoup de monde, on fait court, réponses courtes.

NICOLAS SARKOZY - Excusez-moi, c'est pas des petits sujets.

ARLETTE CHABOT - Alors au téléphone...

NICOLAS SARKOZY - Oui mais enfin, Paulo les avait préparées, ses questions, hein, ça vient de loin...

ARLETTE CHABOT - Pascale au téléphone, on parle de l'ANPE, bonsoir, on vous écoute.

PASCALE ALBERTI - Je suis madame ALBERTI, Pascale, j'habite Téménade, près de Grasse, dans le 06 et j'ai 57 ans. Monsieur SARKOZY bonsoir...

NICOLAS SARKOZY
Bonsoir Pascale.

PASCALE
Je voudrais savoir, voilà, connaissez-vous les problèmes que les personnes rencontrent à l'ANPE, c'est-à-dire l'Agence de l'emploi, n'est-ce pas. L'ANPE m'a proposé il y a quelque temps un poste de conducteur de cars scolaires, alors que je n'ai pas de permis de transport en commun. Et je voudrais savoir ce que vous en pensez...

NICOLAS SARKOZY - Remarquable, Pascale !

ARLETTE CHABOT - Alors, réponse.

NICOLAS SARKOZY - Pascale, je vous félicite pour votre sens de l'humour. J'imagine que ça a un côté désespérant...

PASCALE - Non pas du tout parce que j'ai trouvé du travail toute seule, sans l'Agence de l'emploi.

NICOLAS SARKOZY - Si je suis élu président de la République, je ferai la fusion de l'ANPE et de l'UNEDIC, et je m'inspirerai de l'exemple anglais. C'est extraordinaire, à Londres, il y a 82 centres pour l'emploi. Je le dis aussi pour vous, Pascale, et pour Paulo. Pas de bureaux fermés, il y a une borne informatique à l'entrée, avec trois catégories : les emplois dans le quartier ; les emplois dans la ville ; les emplois dans le pays. Et la totalité de l'énergie des centres pour l'emploi sont mobilisés pour trouver un boulot à chacun. Parce que ce qu'il y a de dramatique dans votre situation, Pascale, c'est que quand on n'arrive pas à trouver un travail, on se dit qu'on n'a même pas une utilité sociale. Et c'est quand même lamentable qu'en 2007 quelqu'un qui veuille travailler ne puisse pas le faire. Or notre système est organisé pour qu'on ne s'occupe pas de gens comme vous. C'est pas le dévouement des agents de l'ANPE. Est-ce que vous vous rendez compte que celui qui donne l'indemnité c'est pas celui qui donne le travail ? Comment voulez-vous qu'un système comme ça puisse fonctionner ? Celui qui donne l'indemnité, ça doit être celui qui donne le travail. Mais je dis à Pascale aussi une chose : deux refus pour un emploi qui correspond à ses qualifications, et à ce moment-là on diminue les allocations. Car il n'y a pas de société où on a des droits sans avoir un minimum de devoirs.

ARLETTE CHABOT - Autre question, au webcam.

CATHERINE, SANS EMPLOI, BEZIERS (34) - Que comptez-vous faire pour les emplois des seniors si vous êtes élu président de la République ?

ARLETTE CHABOT - Voilà, seniors, c'est-à-dire les préretraites.

NICOLAS SARKOZY - Ce qui est fantastique c'est que les seniors, dans la question de Catherine, ça doit être les très très vieux, genre 52 ans. Ça j'ai beaucoup de mal à m'y faire. Bon. Je veux essayer de m'expliquer là-dessus. On ne peut pas dire aux Français : vous allez devoir cotiser plus longtemps pour payer vos retraites, parce qu'on va vivre plus longtemps, et en même temps continuer à mettre à la retraite des gens de 55 ans qui ont besoin de travailler. Ça je n'accepte pas cela. Quand on met quelqu'un à la retraite de 55 ou de 56 ans, on ne crée pas un emploi pour un jeune. C'est pas vrai, c'est un mensonge, on brise socialement quelqu'un qui veut travailler. Et je mets d'ailleurs les entreprises devant leurs responsabilités. On doit garder les quinquagénaires dans les entreprises. Parce qu'on ne peut pas dire, et c'est la réforme que j'ai soutenue, celle de FILLON : il faut cotiser 40 ans et vous mettre dehors à 55 ans. Ça n'a pas de sens. À 55 ans on est encore jeune, alors à 52, on est un gamin. Mais à 55 ans on est encore jeune. Donc je dis les choses comme je le pense, je n'accepte pas le sacrifice qui est fait des quinquagénaires. Je changerai ça, je ne crois pas au système des préretraites. Alors attendez, il faut que je précise : quand on a commencé à bosser à 16 ans, comme les dames de l'entreprise LEGRAND près de Limoges, et qu'on embauche à 4h15 du matin, je comprends parfaitement bien qu'on veuille partir tôt. Ça je n'en discute pas, ça s'appelle la pénibilité. Mais pour l'essentiel, n'obligeons pas à partir à la retraite des gens qui ne le veulent pas. Mais je vais même plus loin. Je souhaite qu'on puisse rester au travail, si l'employeur et le salarié sont d'accord, au-delà de l'âge de la retraite, si on veut améliorer sa retraite, ou si tout simplement on a des grands enfants qui font des études et qu'il faut continuer à payer. J'ajoute que je ferai également la réforme des régimes spéciaux de retraite, parce que je n'accepte pas cette idée que tous les Français du public et du privé doivent cotiser 40 ans et que dans les régimes spéciaux, je ne leur reproche pas, on doit cotiser 37 années et demi. Ça permettra d'augmenter les petites retraites. Je pense aux retraites des agriculteurs, aux retraites des artisans, aux retraites des commerçants et au problème angoissant des pensions de réversion pour les veuves. Parce qu'on ne dira jamais assez le scandale que représente pour des femmes la pension de réversion à 54 %. Je veux la porter à 60 %. Il y a des injustices, ça c'en est une.

ARLETTE CHABOT - Il y a beaucoup de questions qui étaient posées là-dessus mais vous y avez déjà répondu. On fait un petit effort de concision, NICOLAS SARKOZY. Mireille qui est là...

NICOLAS SARKOZY - En restant précis, madame CHABOT.

ARLETTE CHABOT - Mais bien sûr. Mireille qui est là, divorcée, deux enfants...

MIREILLE MORENO, 55 ANS, DIVORCEE, AUXILIAIRE PARENTALE A TEMPS PARTIEL, LE CHESNAY (78) - Ah non...

ARLETTE CHABOT - Divorcée, un enfant, pardonnez-moi. 665 euros par mois nets, c'est ce que vous gagnez aujourd'hui. Et la question que vous pouvez vous poser, c'est : est-ce que vous avez intérêt vraiment à travailler ou à vivre d'allocations, c'est ça ?

MIREILLE MORENO - Tout à fait. Bonsoir monsieur SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY - Bonsoir Mireille.

MIREILLE MORENO - J'ai eu une entreprise pendant 20 ans. À la suite d'un changement de situation de famille, je me suis reconvertie, donc je suis auxiliaire parentale pour la petite enfance. J'ai déjà fait quelque chose de très bien de ce côté-là et actuellement, après onze mois de recherche d'emploi très active, et toujours encore très active, je n'ai pu décrocher, que par moi-même, par la force des choses et le courage surtout, je n'ai pu décrocher qu'un CDI de 96 heures. Ce qui fait que je touche actuellement, on ne va parler que du salaire, 695 euros. Voilà, bon je ne parle pas de la petite aide au logement que j'ai. J'arrive à la fin du RMI...

ARLETTE CHABOT - Donc si vous ne travaillez pas, voilà...

MIREILLE MORENO - Si je ne travaille pas, à la limite je retouche le RMI, je retouche mon aide au logement, ce qui fait qu'à l'heure actuelle je mets de l'argent au gouvernement, je lui dois encore de l'argent, mais lui m'en reprend encore plus de l'autre côté. Donc...

ARLETTE CHABOT - C'est un cas bien connu, c'est pas forcément intéressant de travailler.

MIREILLE MORENO - C'est pas que je veux pas travailler, j'ai envie, je pleure pour travailler, bien entendu, et j'ai envie de travailler, j'ai envie d'être active, bien entendu.

ARLETTE CHABOT - Alors, les seuils ?

NICOLAS SARKOZY - D'abord, Mireille a un courage fantastique, elle nous raconte son histoire avec un grand sourire mais j'ai l'impression qu'à l'intérieur il y a beaucoup d'émotion et sans doute beaucoup de dégâts. Alors regardons son histoire telle que je la vois moi de l'extérieur, si je me trompe vous le dites. Pendant 20 ans elle a dû diriger une entreprise, par conséquent elle était mandataire sociale et sa protection sociale est passée à l'as. Elle a tout consacré à son entreprise, protection sociale zéro. Je conteste cette société qui pénalise ceux qui ont pris des risques. Ensuite vous avez parlé avec beaucoup de pudeur - je ne vous connais pas - des problèmes qui peuvent arriver, une séparation, tout ça a dû être assez douloureux, et il a fallu repartir de zéro. Bon. Et là, scandale des scandales, elle le démontre, en restant tranquillement chez elle - enfin tranquillement, excusez-moi Mireille - en restant chez elle, elle gagne plus qu'en prenant un emploi. Alors moi je fais une proposition. Je veux que ceux qui ont des minima sociaux, comme vous, et qui reprennent un emploi, pendant les deux premières années ils puissent cumuler le minima social et cet emploi, parce que c'est quand même un comble qu'on soit puni parce que Mireille accepte de se remettre en question après avoir dirigé une petite entreprise, être auxiliaire parentale, excusez-moi...

MIREILLE MORENO - C'est tout à mon honneur.

NICOLAS SARKOZY - Oui, j'ai beaucoup de respect pour ce que vous faites, mais c'est quand même, ça veut dire que vous acceptez de repartir à un statut qui n'est pas le même et vous en êtes pénalisée. La proposition que je fais, c'est que celle ou celui qui reprend un travail garde ses allocations pendant un certain temps pour être encouragé par la société. Parce que moi ce que je veux poursuivre, Mireille, c'est les fraudeurs, c'est les tricheurs, c'est les truqueurs. C'est ceux qui profitent du système sur le dos de ceux qui travaillent. Pas vous, Mireille. Dernier mot, sur la prime pour l'emploi. C'est un système absurde. On donne une prime pour l'emploi à 8 millions de personnes. Autant dire qu'on ne la donne à personne. Je veux qu'on la donne à moins de monde, la prime pour l'emploi, mais qu'elle soit plus importante. Parce que la prime pour l'emploi, elle doit encourager quelqu'un à reprendre un emploi. Je veux tout faire, Mireille, pour que dans la société qui soit la nôtre, au bout de cinq ans, il n'y en ait plus un seul qui veuille vraiment travailler qui ne puisse avoir une activité. Ou une formation. Que ça soit vous, Mireille, un jeune dans le quartier, qui que ce soit, Paulo. La France a besoin de l'énergie de tous ses enfants. C'est un massacre, c'est un crime, que de laisser tant de gens sans travail, alors que dans le même temps on a un système d'assistanat, de nivellement et d'égalitarisme qui décourage les Français.

ARLETTE CHABOT - Alors comme le standard explose, qu'on n'arrive pas à canaliser les webcam, on va faire un peu court. Il y a Brigitte au téléphone.

BRIGITTE - J'ai cru comprendre, monsieur SARKOZY...

NICOLAS SARKOZY - Bonjour Brigitte.

BRIGITTE - Que vous promettez d'attribuer des allocations familiales au premier enfant. Est-ce que vous le confirmez et dans ce cas est-ce que tous les couples seront concernés ou bien allez-vous prévoir des conditions de ressource, comme par exemple pour l'allocation de rentrée scolaire ?

ARLETTE CHABOT - Alors, est-ce que la proposition est maintenue ?

NICOLAS SARKOZY - Alors pourquoi j'ai dit allocation dès le premier enfant ? Parce que j'ai observé qu'avant d'avoir deux enfants, il en faut un. Et que la politique familiale est formidable mais elle commence à un niveau de famille qu'on n'atteint jamais, parce que le véritable changement pour un jeune couple qui commence, c'est quand il a son premier enfant. Je veux qu'on aide la famille. Faut-il des conditions de ressource ? Oui, même si je n'ignore pas que les cotisations familiales sont proportionnelles au salaire que l'on perçoit, mais il y a des couples qui ont moins besoin d'être aidés que d'autres, ils auront donc une allocation moins grande. J'en profite pour faire une deuxième proposition...

ARLETTE CHABOT - C'est la fin de l'égalité telle qu'elle est connue en France...

NICOLAS SARKOZY - J'en profite pour faire une deuxième proposition, Brigitte, si vous le permettez. Il faut résoudre le problème des gardes d'enfants. Parce qu'aujourd'hui en France toutes les jeunes femmes veulent avoir une vie de famille et une vie professionnelle. Or on ne peut pas faire garder son enfant. Et je propose notamment que toutes les familles, sans condition de ressource, puissent laisser au collège ou au lycée leurs enfants entre 16 heures et 18 heures, pour qu'on les rende aux familles une fois les devoirs faits. Et quand on me dit que ça coûte de l'argent, ça coûte moins d'argent que de laisser les enfants, tant d'enfants orphelins de ces heures, dans la loi de la rue.

ARLETTE CHABOT - Patricia, question ?

PATRICIA - En France il y a 2 millions et demi d'hommes et de femmes qui arrêtent de travailler pour s'occuper de leurs enfants, soit par nécessité, soit par choix, pour leur apporter un meilleur équilibre familial et un bon encadrement. Un parent au foyer a une véritable valeur humaine, sociale, mais aussi économique. Pensez-vous reconnaître un véritable statut de parent au foyer, avec un vrai salaire incluant des cotisations sociales ?

NICOLAS SARKOZY - C'est une question extrêmement importante parce qu'il ne faut pas culpabiliser les parents qui font le choix de se consacrer exclusivement à élever leurs enfants. Je veux dire que c'est un choix qui peut être douloureux, lorsqu'elles deviennent veuves, lorsqu'il y a un problème avec le mari. Je propose deux choses, c'est de leur reconnaître un droit à la protection sociale, et deuxièmement que ces années consacrées à élever ses enfants, et donc par parenthèse à ne pas consommer de service public, je pense par exemple aux crèches, comptent dans le calcul de la retraite.

ARLETTE CHABOT - Oui parce qu'il y a un problème de retraite. Autre question...

NICOLAS SARKOZY - Oui, c'est le problème des retraites, mais c'est pas un petit problème, parce qu'imaginez...

ARLETTE CHABOT - Non, je pose la question parce qu'il y en a beaucoup qui disent qu'il y a un problème de retraite.

NICOLAS SARKOZY - Imaginez la femme qui se consacre à l'éducation de ses enfants, et qui se repose naturellement sur son conjoint, son mari qui travaille. Le couple divorce. Ou le mari meurt. Cette femme se retrouve sans rien. C'est une honte. On ne peut pas considérer quand même qu'avoir fait le choix personnel de l'éducation à temps plein de ses enfants doit être pénalisé. On doit quand même reconnaître une utilité sociale à celles qui ont fait ce choix-là. Je veux que ce soit un choix libre.

ARLETTE CHABOT - Alors, Djamel, question.

DJAMEL - Monsieur SARKOZY bonsoir, Djamel COLARSAN de Creil. De moins en moins de médicaments sont remboursés par la Sécurité sociale. Le déficit est là. Si demain vous êtes élu président de la République, notre système de protection sociale est-il encore en garantie ou allons-nous vers une privatisation de ce dernier ? Merci de me répondre concrètement.

ARLETTE CHABOT - Voilà, le déficit Sécurité sociale, assurance maladie surtout ?

NICOLAS SARKOZY - Djamel m'a posé avec beaucoup d'autorité deux questions simples. Est-ce que je privatise l'assurance maladie ? Djamel, non. Deuxième question, est-ce que je garantis la pérennité de notre système ? Djamel, oui. Comment ? Je ne crois pas qu'on fera des économies sur les dépenses de santé, car nous allons vivre plus longtemps, les traitements vont coûter plus cher et la tolérance à la douleur est de moins en moins grande. Alors ce qui compte c'est qu'il y ait naturellement pas de gâchis, mais - et je le dis comme je le pense - je crois qu'il nous faut réfléchir à la responsabilisation des patients. C'est-à-dire à la création d'une franchise, de quelques euros chaque année...

ARLETTE CHABOT - Combien, parce que quelques euros, c'est...

NICOLAS SARKOZY - Il faut en débattre.

ARLETTE CHABOT - Est-ce que c'est la même chose pour tout le monde, quel que soit le revenu...

NICOLAS SARKOZY - Non, je pense que les chômeurs, je pense qu'un certain nombre de chômeurs...

ARLETTE CHABOT - Pas de franchise pour eux, dispensés ?

NICOLAS SARKOZY - D'abord, ARLETTE CHABOT, pouvez-vous me dire, y a-t-il une seule assurance qui existe sans une franchise ? Une seule ?

ARLETTE CHABOT - Je crois pas.

NICOLAS SARKOZY - Non, c'est le principe même de l'assurance. Et je ne crois pas qu'on puisse augmenter les cotisations. Car si on augmente les cotisations, je reviens à Paulo, eh bien il n'y aura plus d'emploi en France. On ne peut pas augmenter les impôts, ils sont déjà tellement élevés. Alors je voudrais que chaque année on fasse un débat au Parlement. Si l'assurance maladie est équilibrée, on baisse la franchise. Si l'assurance maladie est en déficit, on augmente la franchise. Deuxième proposition que je ferai, il faut revoir la carte hospitalière. Et vous savez, je suis très préoccupé de la situation de l'hôpital. Et je pense à tous les agents hospitaliers, infirmières, médecins, aides-soignants, que j'ai rencontrés l'autre jour à Créteil, et je vais me rendre dans d'autres hôpitaux. Les 35 heures ont mis une pagaille dans l'hôpital considérable. Ce sont des gens qui travaillent beaucoup, dont le salaire n'est pas assez élevé, qui ne sont pas reconnus, et je veux poser la question de : à quoi sert l'hôpital ? Et c'est très important. N'importe qui vient n'importe comment aux urgences. Et le personnel doit le recevoir. Deuxièmement il y a tout le problème des personnes en fin de vie, des lits de moyen et de long séjour, qui ne peuvent plus se retrouver dans l'hôpital. La qualité du travail dans l'hôpital, ça doit être une priorité. Donc, Djamel, je garantirai la pérennité de notre système, mais en disant la vérité aux Français. Parce que quand il m'a dit : il y a de moins en moins de médicaments qui sont remboursés, moi je suis pour les génériques, Djamel, mais en revanche, je n'accepte pas que les lunettes et les prothèses dentaires soient si mal remboursées. Parce que vous savez, un trou dans les dents, c'est pas une question de confort et quand on a des problèmes avec ses yeux on a besoin de lunettes. Donc je souhaite que les dépenses essentielles soient mieux remboursées, mais quant aux médicaments, dont les médecins nous disent qu'ils peuvent être remplacés par d'autres médicaments moins chers, eh bien Djamel il va falloir faire un effort.

ARLETTE CHABOT - Il y a un monsieur qui ne pouvait pas appeler ce soir. Il a 80 ans. Je vous lis, il nous a envoyé une lettre, il nous a demandé de poser la question. Il dit : " Si vous aviez 80 ans, une retraite de 1 500 euros mensuelle, et si vous deviez payer chaque mois 1370 euros de pension pour votre conjoint placé depuis 10 ans dans une maison de soins de longue durée, que feriez-vous ? "

NICOLAS SARKOZY - Oh, c'est un problème qui est considérable. Là aussi nous avons 1 million de personnes âgées dépendantes. Il faut prononcer un mot qui fait peur, mais auquel il faut s'habituer, c'est le mot Alzheimer. Terrifiant. La question de la solidarité avec les personnes âgées dépendantes, comment fait-on ? Je m'explique. Les appartements sont de plus en plus petits et de plus en plus chers. On a un parent qui devient dépendant. On ne peut pas l'accueillir chez soi parce qu'on met en l'air sa famille. Et puis on n'a pas la place. Si on n'a pas les maisons pour les accueillir, comment on fiat...

ARLETTE CHABOT - Il n'y a pas de structures...

NICOLAS SARKOZY - Il n'y a pas assez de structures. Donc je suis pour la création d'un cinquième risque. Le risque dépendance, qui nous permettra de faire comme une priorité deux choses : la création de maisons pour accueillir le conjoint de ce monsieur, parce que naturellement tout le monde n'a pas les moyens de payer une infirmière de nuit et une infirmière de jour. Et deuxièmement, des aides pour le maintien à domicile. J'ajoute une troisième possibilité : il faut un gigantesque plan de prévention parce que Alzheimer va faire des ravages. C'est une maladie terrifiante, c'est une maladie dont il faut parler, c'est une maladie qu'on peut prévenir, plus tôt on la prend, plus on a de chances de la guérir. On ne peut pas, notre société ne peut pas ignorer le problème de la vieillesse. Ça concerne les jeunes, parce que les jeunes ont des parents, et puis un jour eux-mêmes seront parents. C'est un problème qui nous concerne tous et je dis à ce monsieur que la société va faire un effort considérable pour créer des places pour accueillir des personnes comme son conjoint.

ARLETTE CHABOT - On va finir sur la médecine avant de revenir à l'économie avec Éric LE BOUCHER. Marie-France CORRE, médecin, elle vient du Finistère, elle est généraliste, et si Marie-France, comme d'autres, s'arrête de travailler, il n'y aura plus beaucoup de médecins dans sa région. Allez-y Marie-France.

MARIE-FRANCE CORRE, 55 ANS, MARIEE, MEDECIN GENERALISTE, BRENNILIS (20) - J'ai 30 ans d'installation, j'ai 55 ans, donc un métier pénible, certes, très agréable, dans une région paradisiaque, presque...

NICOLAS SARKOZY - Merci pour la publicité.

MARIE-FRANCE CORRE - Le problème c'est que la population médicale se raréfie, vieillit, et que personne ne vient prendre la suite et que dans une région où la population aussi vieillit, le besoin médical est important, autant en médecins qu'en soignants, qu'en structures justement qui permettraient de garder les gens à domicile. Et donc qu'est-ce qu'on va faire dans l'avenir, comment on va garantir notre succession et la santé, et c'est un problème de santé publique, de désertification totale parce que par exemple comment voulez-vous qu'un médecin vienne s'installer dans une commune si la poste est fermée et qu'il ne peut pas aller acheter ses timbres l'après-midi, que comme moi il est obligé de faire 20 kilomètres aller-retour pour aller faire un plein de carburant et comment allons-nous, maintenant que nous sommes à trois, après avoir été huit à assurer un service de garde, comment pouvons-nous, en dehors de nos heures, assurer cette pérennité et ce maintien des soins ?

ARLETTE CHABOT - Alors désertification, effectivement ça existe, on voit les médecins où ils vont s'installer, on voit où ils ne s'installent pas. Qu'est-ce que vous faites ?

NICOLAS SARKOZY - Non mais vous avez raison. Médecin libéral - j'espère que vous ne serez pas choquée - dans la ruralité c'est un service public. C'est pas une activité privée, ça participe du service public. Alors, d'abord à quoi ça sert que la France soit le deuxième pays d'Europe par la superficie, si on laisse mourir des territoires ? Ça ne sert à rien de venir s'entasser dans nos villes et de désertifier nos territoires. Chaque Français doit pouvoir vivre et travailler là où il le souhaite. Le désastre de nos campagnes aujourd'hui, c'est le drame de nos villes demain. Deuxième remarque, on a fait une erreur majeure avec les médecins. On ne fabrique pas assez de médecins, on ne forme pas assez de médecins. Le numerus clausus du début des années 80, qui a porté à 3 500 parents le nombre de médecins nouveaux, est une erreur. Grâce à Xavier BERTRAND on est remonté à près de 7 000, mais malgré ça, comme il faut 10 ans pour former un médecin, on va diminuer le nombre de médecins alors qu'on en a besoin de davantage. Comment on peut faire ? Il y a des quartiers de nos villes où il y a trop de médecins. Et vous le savez. Et il y a des départements où il n'y en a pas assez. Eh bien il faut accepter cette idée qu'on va donner des avantages à des médecins qui accepteront de venir dans la ruralité pour travailler.

MARIE-FRANCE CORRE - Je ne pense pas qu'ils viendront pour des raisons financières, sûrement pas. Il faut leur rendre quelque chose d'attractif parce que les gens, beaucoup de femmes en plus, excusez-moi mais on commence presque à avoir la majorité maintenant dans ce métier, vont chercher des écoles pour leurs enfants...

NICOLAS SARKOZY - Oui, la qualité de la vie.

MARIE-FRANCE CORRE - La qualité de la vie c'est primordial.

NICOLAS SARKOZY - Mais la qualité de la vie c'est aussi d'autoriser les médecins à travailler ensemble et de faciliter le statut de médecin salarié. Car tout le monde, et vous le savez parfaitement bien, ne veut pas être médecin à son compte. En profession libérale. Il y des solutions pour cela, mais je veux dire autre chose. Il y a trop de médecins dans certaines spécialités. Par exemple la dermatologie. Et puis on n'a plus d'obstétriciens. On n'a plus de pédiatres.

MARIE-FRANCE CORRE - Parce qu'il y a des problèmes de garde, justement. Et de responsabilités énormes.

NICOLAS SARKOZY - Exactement.

ARLETTE CHABOT - On termine là-dessus.

NICOLAS SARKOZY - Eh bien moi je propose que ceux qui ont les suggestions les plus importantes soient payés davantage que ceux qui ont moins de suggestions. Parce que quand on est obstétricien, on doit pouvoir être dérangé en pleine nuit. Et il y a beaucoup de jeunes qui ne vont pas vers ces spécialités parce qu'ils se disent : je ne suis pas payé plus cher, mais en même temps j'ai beaucoup plus de contraintes. Et donc il faut absolument qu'on revitalise la ruralité, qu'on vous garantisse un certain nombre de services publics, parce qu'on ne peut pas laisser mourir des territoires. J'ajoute qu'à la qualité de la vie, qui est quand même un atout fantastique, parce qu'il y a des médecins qui n'arrivent pas à vivre, parce qu'ils sont tellement nombreux dans certains quartiers de nos villes, le problème de la démographie médicale c'est aussi un problème de géographie médicale.

ARLETTE CHABOT - Alors on va revenir à des questions économiques. Éric LE BOUCHER, éditorialiste au Monde, va venir nous rejoindre et vous poser des questions sur le rôle de l'État dans l'économie. Que peut faire vraiment l'État ? C'est une question qui a été mise dans la campagne, évidemment par la situation d'AIRBUS, et je vous propose d'abord d'écouter ce que disait justement Ségolène ROYAL après l'annonce du plan par monsieur GALLOIS, son président.

SEGOLENE ROYAL - Un ministre candidat qui a expliqué en début de semaine que paraît-il ça évolue, que tout cela n'est pas de la responsabilité d'un homme politique et que l'État ne peut rien faire. Eh bien moi je vous dis tout le contraire. Non seulement l'État peut faire, mais l'État doit faire. La puissance publique doit assumer ses responsabilités.

ARLETTE CHABOT - Voilà. Éric LE BOUCHER ?

NICOLAS SARKOZY - Bonjour monsieur LE BOUCHER.

ÉRIC LE BOUCHER - Bonsoir monsieur SARKOZY. En effet, AIRBUS va supprimer 10 000 emplois en Europe et on a vu tous les candidats se précipiter à Toulouse pour annoncer qu'ils allaient monter au capital d'AIRBUS. Alors je voudrais vous poser une question toute simple : est-ce que le fait de monter au capital va empêcher une seule suppression d'emploi chez AIRBUS ?

NICOLAS SARKOZY - Non.

ÉRIC LE BOUCHER - Donc c'est autre chose ?

NICOLAS SARKOZY - Non mais monsieur BOUCHER, pardon de vous le dire, l'État est actionnaire dans AIRBUS par une structure, peu importe, mais est actionnaire de 15 %. Est-il illégitime qu'un responsable politique parle de l'avenir d'une entreprise dont l'État lui-même est actionnaire ?

ÉRIC LE BOUCHER - D'accord, je voulais simplement préciser que ça ne changera rien au plan...

NICOLAS SARKOZY - Enfin ça ne changera rien, c'est pas parce qu'on monte au capital que naturellement on supprime l'utilité d'un plan. Toutes les personnes sérieuses qui ont gardé AIRBUS savent qu'il y a besoin d'un plan. Est-ce que c'est le plan Power 8 ? Ma réponse : c'est pas forcément celui-là. Parce que le plan n'est pas tabou, on peut en discuter, mais il faut un plan. Mais quel est le problème d'AIRBUS, monsieur LE BOUCHER ? C'est le problème de son actionnariat. Il faut avoir le courage de le dire. Pourquoi ? Et ça on peut l'expliquer très simplement. AIRBUS a besoin de beaucoup de capitaux pour développer le A380 et le A350.

ÉRIC LE BOUCHER - Plus tard, dans deux ans.

NICOLAS SARKOZY - Peut-être mais... Enfin dans deux ans, vous savez qu'en matière aéronautique les cycles c'est 12 à 15 ans, entre le moment où on réfléchit à un avion et où il sort. Or AIRBUS a quatre actionnaires, les Français doivent le savoir : l'État Allemand, l'État français, DAIMLER BENZ et LAGARDÈRE. Aucun de ces actionnaires ne veut mettre de l'argent. Alors voilà le problème de l'entreprise. Elle a besoin de capitaux et son actionnariat ne veut pas mettre de capitaux. D'où la proposition : faire rentrer de nouveaux actionnaires qui veulent accompagner le développement de l'entreprise...

ÉRIC LE BOUCHER - Privés ?

NICOLAS SARKOZY - Privés, bien sûr.

ÉRIC LE BOUCHER - Vous pensez à qui ?

NICOLAS SARKOZY - Je pense à deux catégories d'actionnaires, actionnaires financiers, c'est-à-dire des actionnaires qui mettront de l'argent, mais plus important, monsieur LE BOUCHER, je pense à un actionnaire industriel. Pour piloter la boîte. Mais, c'est là où j'en reviens...

ÉRIC LE BOUCHER - Français sans doute ?

NICOLAS SARKOZY - Si ça pouvait exister, ça serait bien. Mais c'est là où je reviens au problème de l'État. Si je suis président de la République, comment pourrais-je dire : venez donc mes actionnaires, dans le capital d'AIRBUS, j'y crois dur comme fer. Et j'y crois tellement que moi l'État, qui suis actionnaire de 15 %, je ne suis pas prêt à accompagner le développement ? Comment c'est crédible, ça ?

ÉRIC LE BOUCHER - LAGARDÈRE et DAIMLER sont les actionnaires actuels. Vous trouvez qu'ils ont été les bons actionnaires ?

NICOLAS SARKOZY - Je pense que AIRBUS n'est pas le coeur de leur stratégie.

ÉRIC LE BOUCHER - Donc vous pensez qu'il faut qu'ils descendent du cockpit le plus vite possible ?

NICOLAS SARKOZY - Non, je pense que chacun doit faire preuve d'honnêteté vis-à-vis des salariés de l'entreprise. Et je vais m'en expliquer en 30 secondes. Imaginez, pour tous ceux qui ne travaillent pas à AIRBUS, et qui se disent : vous vous rendez compte, voilà l'entreprise qui est l'incarnation de la modernité, et l'entreprise qui est l'incarnation de la modernité et de la technologie supprime 10 000 emplois ? Alors les gens doivent dire : mais chez nous c'est foutu aussi. C'est un projet européen, on ne peut pas laisser tomber. Mais il faut poser la question de confiance aux actionnaires, et je poserai cette question de confiance : Si vous restez dans le capital d'AIRBUS, enfin d'EADS, il faut que vous croyiez à l'entreprise. Et si vous croyez à l'entreprise, il faut que vous soyez prêt à participer au développement de l'entreprise. Dernier point, je vais prendre mes responsabilités. Quand j'entends dire qu'un actionnaire, en l'occurrence DAIMLER BENZ, demande des dividendes pour rémunérer son capital dans une entreprise qui fait 10 000 licenciements, ça je peux pas l'accepter.

ÉRIC LE BOUCHER - Et faut-il justement rompre l'équilibre sacro-saint franco-allemand dans cette entreprise ?

NICOLAS SARKOZY - Alors je vais vous dire les choses telles que je les pense. Cette entreprise c'est pas une organisation internationale. Donc il faut la gérer comme une entreprise et comme une industrie. Et cette négociation franco-allemande conduit à une forme de catastrophe. Je pense qu'il en faut pas doubler les postes, de président, de directeur, qu'il faut gérer cette entreprise avec les meilleurs aux commandes. Et c'est pour cela que d'abord c'est le problème de l'actionnaire, car vous connaissez merveilleusement ces questions, Jacques BOUCHER, et vous savez très bien que résoudre le problème de la gouvernance, c'est impossible tant qu'on n'a pas résolu le problème des actionnaires.

ÉRIC LE BOUCHER - Mais au fond, vous avez dit aussi : l'aéronautique est une spécialité française. Vous voudriez que AIRBUS redevienne avec une main française ?

NICOLAS SARKOZY - Non, ce n'est pas possible. Mais quand même moi je suis un homme politique français. Et si les Français me font confiance, monsieur LE BOUCHER, je suis quand même là pour créer des emplois en France, plutôt que chez les autres. C'est pas faire preuve de nationalisme que de dire ça. Vous savez, je vous lis depuis longtemps. Déjà quand il y a eu ALSTOM, on avait eu...

ÉRIC LE BOUCHER - On va y revenir à ALSTOM... Mais restons sur AIRBUS un moment, parce que quand même j'ai eu un peu de mal à vous suivre. À un moment vous avez dit : " je ne considère pas que les États soient les actionnaires les plus avisés ", je vous cite. Et puis lundi à Toulouse, vous avez dit : " le rôle de l'État est essentiel ". Alors monsieur SARKOZY, les États, ils ne sont pas avisés ou ils sont essentiels ?

NICOLAS SARKOZY - Pardon, l'État comme actionnaire, c'est pas la direction du Trésor qui est un bon actionnaire. Mais ça veut pas dire que l'État n'a aucune importance. Prenons l'exemple d'ALSTOM. À un moment donné il a bien fallu que l'État s'en occupe puisque plus personne ne voulait y aller. Mais c'est pas l'État qui va gérer ALSTOM. C'est pas l'État allemand ou l'État français qui peut gérer AIRBUS. Mais ça veut pas dire pour autant que l'État va se désintéresser du tour de table pour AIRBUS. Alors pour être précis, l'État doit constituer un nouvel actionnariat pour AIRBUS, de façon à ce que AIRBUS doté de vrais actionnaires, eh bien l'État n'ait pas à s'en occuper.

ÉRIC LE BOUCHER - Il y a d'autres entreprises dans ce cas-là, où l'État devrait jouer un rôle en France, des grandes entreprises qui sont considérées par vous comme stratégiques, par exemple ?

NICOLAS SARKOZY - Prenons un exemple. Moi je considère comme stratégique l'industrie pharmaceutique. À quoi cela sert-il, monsieur LE BOUCHER, de rembourser les médicaments si on ne fait payer des royalties qu'à GLAXOW. À quoi cela sert-il d'avoir l'assurance maladie qui rembourse les médicaments s'il n'y a plus d'industrie pharmaceutique française ? C'est la raison pour laquelle je m'étais battu pour qu'AVENTIS soit racheté par SANOFI et non pas par le suisse NOVARTIS. C'est un exemple mais il peut y en avoir d'autres.

ÉRIC LE BOUCHER - Et GAZ DE FRANCE, alors qui est en passe d'être privatisé, est-ce que vous voulez arrêter la privatisation de GAZ DE FRANCE ?

NICOLAS SARKOZY - Je veux réfléchir sur l'avenir de GAZ DE FRANCE.

ÉRIC LE BOUCHER - Pourquoi ?

NICOLAS SARKOZY - Parce que GAZ DE FRANCE c'est une entreprise qui achète du gaz, mais qui n'en produit pas. Est-ce qu'il faut adosser cette entreprise qui achète sur un autre acheteur ? Pourquoi pas, on peut en discuter. Ou est-ce qu'il faut réfléchir à un producteur ? La question mérite d'être posée. Mais il y en a d'autres. EDF, AREVA, le nucléaire. Moi je suis libéral, mais ça ne veut pas dire pour autant que l'État doit regarder passer les trains. Si le général de GAULLE n'avait pas fait ce qu'il a fait, jamais la France n'aurait eu la chance du nucléaire...

ÉRIC LE BOUCHER - Il ne se prétendait pas libéral, je ne crois pas.

NICOLAS SARKOZY - Peut-être mais enfin c'était un défenseur de l'économie de marché quand même. Le plan PINET-RUEF, monsieur LE BOUCHER, vous le qualifiez comment ?

ÉRIC LE BOUCHER - Celui-là oui.

NICOLAS SARKOZY - Ah bon. Qui est-ce qui l'a mis en oeuvre, monsieur LE BOUCHER ?

ÉRIC LE BOUCHER - C'était de GAULLE en effet. Un point pour vous sur cette question.

ARLETTE CHABOT - Précision quand même, sur la fusion GDF-SUEZ, vous pensez qu'il faut reréfléchir ?

NICOLAS SARKOZY - Non, monsieur LE BOUCHER...

ARLETTE CHABOT - Vous dites qu'il faut réfléchir.

NICOLAS SARKOZY - Non, on ne parle pas comme ça, madame CHABOT, excusez-moi...

ARLETTE CHABOT - Moi je pose les questions pour qu'on comprenne bien.

NICOLAS SARKOZY - Bien sûr, mais on ne peut pas parler comme ça de l'avenir de grandes entreprises, ça ne se fait pas.

ARLETTE CHABOT - Non, vous dites : il faut réfléchir. Donc il faut réfléchir encore ?

NICOLAS SARKOZY - Monsieur LE BOUCHER m'a posé une question, j'ai répondu. GAZ DE FRANCE achète du gaz. SUEZ achète du gaz, de l'électricité. Si on les fusionne tous les deux, la taille est plus importante, donc on peut espérer qu'ils aient des prix moins chers. Mais je répondais à monsieur LE BOUCHER, si j'étais président de la République je pourrais aussi réfléchir, voir si GAZ DE FRANCE SUEZ ou GAZ DE FRANCE seul ou GAZ DE FRANCE SUEZ n'aurait pas intérêt à se tourner du côté de producteurs de gaz pour faire une grande entreprise qui produirait du gaz et le commercialiserait. C'est pas absurde.

ÉRIC LE BOUCHER - Vous êtes libéral, vous l'avez dit, mais vous n'êtes pas contre l'intervention de l'État et au fond des nationalisations un peu provisoires, comme ce que propose finalement Dominique STRAUSS-KAHN ?

NICOLAS SARKOZY - Je l'avais pas vu venir, lui, Dominique STRAUSS-KAHN là-dessus ! Alors je suis libéral mais je regarde les choses. Je me demande toujours pourquoi ce que font les États-Unis nous est interdit. Les États-Unis, grande puissance libérale, viennent de décider d'une fiscalité différenciée, c'est-à-dire moins importante, pour les produits fabriqués aux États-Unis que pour les produits fabriqués hors des États-Unis. Pourquoi ce que les États-Unis font, on pourrait pas le faire ? Et je dis que dans un certain nombre de secteurs économiques, le marché ne dit pas tout, monsieur LE BOUCHER. Le marché voit à court terme, il ne voit pas forcément à long terme. La question par exemple du nucléaire, c'est pas le marché qui l'aurait sorti. Qu'il faille garder une industrie pharmaceutique, c'est nécessaire. AIRBUS, c'est pas le marché qui l'a créé, c'est la volonté des États.

ÉRIC LE BOUCHER - Votre liste est finalement assez longue, où l'État doit intervenir. C'est à peu près l'ensemble du CAC 40.

NICOLAS SARKOZY - Non, moi je crois à une politique industrielle, monsieur LE BOUCHER. Vous n'allez pas me le reprocher quand même !

ÉRIC LE BOUCHER - C'est quoi une politique industrielle ?

NICOLAS SARKOZY - Eh bien j'ai débattu de ça avec le ministre des Finances anglais, Gordon BROWN, qui est une homme de qualité. Lui il dit...

ÉRIC LE BOUCHER - Je l'attendais pas là, en retour de vous. Gordon BROWN pour la politique industrielle...

NICOLAS SARKOZY - Il faut bien que je montre que j'ai des relations... Vous m'avez sorti STRAUSS-KAHN, j'ai été en chercher un autre. Bon...

ÉRIC LE BOUCHER - Ils sont copains.

NICOLAS SARKOZY - Lui il pense, Gordon BROWN, que chaque pays doit être spécialisé pour fabriquer au coût le moins élevé un produit ou deux produits. Ce n'est pas ma vision des choses. Je pense qu'un grand pays doit avoir une politique industrielle. Alors on ne peut pas être bon dans tous les secteurs, mais moi je verrais très bien une dizaine de secteurs où on se battrait pour être les meilleurs. Je pense à la communication, je pense à la santé, mais je pense... Regardez ce qui s'est passé avec la sidérurgie, c'est passionnant...

ÉRIC LE BOUCHER - Non mais vous faites comment, concrètement, c'est quoi votre... il ne suffit pas de désigner les secteurs et d'agiter des drapeaux ?

NICOLAS SARKOZY - Ce que j'ai fait pour ALSTOM. ALSTOM c'était quoi ? De l'énergie et des transports. Je vois pas pourquoi je devais m'incliner devant monsieur VON PIERER, le président de SIEMENS, parce que SIEMENS était trois fois plus important qu'ALSTOM, on m'a dit que c'était foutu, il fallait tout lâcher. Aujourd'hui ALSTOM a trois ans de carnets de commande sur les transports, et deux ans de carnets de commande sur l'énergie. Eh bien je pense que l'État peut... Regardez sur la sidérurgie, on a expliqué aux Français, notamment à la Lorraine, qu'il y avait trop d'acier. Et donc on a tout fermé. Et aujourd'hui qu'est-ce qu'il se passe, madame CHABOT, il n'y en a pas assez. Et le prix de l'acier explose. Le marché ne dit pas tout. Le marché est utile, le marché est important, et donc si je suis président de la République, je porterai une politique industrielle, c'est-à-dire qu'on mettra le paquet...

ÉRIC LE BOUCHER - Mais le paquet de quoi ?

NICOLAS SARKOZY - Par exemple pour la recherche. Les centrales nucléaires de la quatrième génération, c'est quand même utile, ça compte dans l'avenir d'un pays de savoir que la moitié de notre énergie, nous sommes indépendants, et que nous produisons 21 % de gaz à effet de serre de moins que les autres. Ça c'est pas le marché qui va le faire. Il y a un certain nombre de secteurs qui sont absolument capitaux pour notre économie. l'État, avec les pôles de compétitivité, que j'ai créés, peut aider un certain nombre de secteurs à se développer. l'État a le droit d'intervenir lorsqu'il s'agit du long terme.

ÉRIC LE BOUCHER - Et l'Europe ? Parce que là vous oubliez l'Europe. Les champions européens vous plaisent moins que les champions français ?

NICOLAS SARKOZY - AIRBUS qu'est-ce que c'est si c'est un champion européen. Mais moi vous savez pourquoi j'ai pas voulu de SIEMENS ? Pas parce qu'ils sont allemands, parce que monsieur VON PIERER, le patron de SIEMENS, est venu me voir, il m'a dit : c'est très bien monsieur SARKOZY, je prends tout ce qui gagne de l'argent chez ALSTOM et je vous laisse le reste. Il fallait que j'accepte ?

ÉRIC LE BOUCHER - Il vous laissait les turbines... En vous donnant les siennes... Il constituait une construction de turbines européenne...

NICOLAS SARKOZY - Et lui partait avec tout ce qui gagnait de l'argent et il laissait à l'État tout ce qui en perdait. Eh ben j'ai dit non. Et aujourd'hui ALSTOM, j'ai eu tort ?

ÉRIC LE BOUCHER - En tout cas ça a froissé les Allemands...

NICOLAS SARKOZY - Si c'est au prix de sauver 25 000 emplois.

ÉRIC LE BOUCHER - Oui mais ça se paye peut-être chez AIRBUS. La bagarre franco-allemande chez AIRBUS se paye peut-être parce que les Allemands redoutent le nationalisme français, vous croyez pas ?

NICOLAS SARKOZY - Est-ce que je peux vous raconter une petite anecdote ? J'étais ministre des Finances et un de mes collaborateurs a fait une note excellente, m'expliquant qu'ALSTOM c'était foutu. Je l'ai fait venir, je lui ai dit : elle est remarquable votre note. Il rosissait de plaisir. J'ai dit : vous allez la refaire maintenant, en imaginant juste une petite différence, c'est que votre père travaille chez ALSTOM. Et on va voir si vous pensez la même chose. En tout cas moi je vais vous dire une chose : je crois à l'axe franco-allemand, mais je suis pas décidé, sous prétexte de froisser les Allemands, à mettre par terre une entreprise comme ALSTOM, ou demain une entreprise comme AIRBUS. Oui, je crois à l'Europe, j'y crois de toutes mes forces à l'Europe. Mais permettez-moi là aussi de penser. Je sais comment les Allemands défendent leurs intérêts. Je sais les réformes extraordinaires qu'ils ont fait dans leurs économies. Et je sais aussi que la meilleure façon d'être entendu des Allemands c'est d'être respecté par eux. C'est pas en étant faible. C'est en étant compréhensif et assez dynamique.

ARLETTE CHABOT - Merci à tous les deux. Nicolas HULOT va venir nous rejoindre, donc il faut qu'on fasse tous un effort de concision. Je voudrais qu'on rejoigne monsieur PIZZUT. Vous venez de la Haute-Garonne. Alors tout le monde est concis, question précise et réponse courte aussi. Sous-traitant d'AIRBUS. Allez-y monsieur PIZZUT.

ALAIN PIZZUT, PDG SOPYMEP FRANCE, COLOMIERS (31) - Ma question est très simple. Aujourd'hui on parle beaucoup d'AIRBUS mais on ne parle pas des sous-traitants qui sont autour. On parle de 10 000 emplois mais ça va engendrer combien d'emplois chez les sous-traitants, sachant qu'il y a quand même 80 % des pièces qui sont construites à l'extérieur. On n'a aucune réponse de ce côté-là.

NICOLAS SARKOZY - Monsieur PIZZUT je vais essayer d'être le plus précis possible. Je me suis rendu chez AIRBUS dans les usines à Toulouse il y a quelques jours, et j'irai dans la Somme la semaine prochaine. Alors ce que je souhaite, parce que vous avez raison, c'est que les sous-traitants d'AIRBUS soient traités, permettez-moi cette expression, comme des airbusiens. Parce que quand vous êtes dans les usines d'AIRBUS, ARLETTE CHABOT, il y a quelque chose, monsieur PIZZUT pourrait le dire, vous ne savez pas quelle est la différence entre le sous-traitant et l'employé d'AIRBUS. Vrai ou pas ? Parce qu'ils sont mélangés, ce sont les mêmes. Le A380, il est fabriqué par les mêmes ouvriers, qu'ils soient d'AIRBUS ou qu'ils soient des sous-traitants. Donc je vous fais une proposition, je ferai en sorte que les sous-traitants soient traités de la même façon que les employés d'AIRBUS. Mais il y a un deuxième problème que je voudrais dire. Moi je n'accepte plus la façon dont est géré l'euro dans notre pays. Et je veux le poser avec gravité. J'ai voté pour l'euro. Je suis pour l'euro. L'euro est une réussite, mais on n'a pas fait la deuxième monnaie du monde pour ne pas s'en servir. Tenez-vous bien, madame CHABOT, chaque fois que l'euro s'apprécie de 10 centimes, AIRBUS perd 1 milliard d'euros. Or l'euro aujourd'hui a 30 % de valeur en plus par rapport au dollar. Or BOEING est fabriqué dans la zone dollar, AIRBUS est fabriqué dans la zone euro.

ARLETTE CHABOT - C'est un gouvernement économique, c'est ça que vous demandez en Europe ?

NICOLAS SARKOZY - Bien sûr. Oui mais surtout on n'a pas fait l'euro pour qu'on ne puisse plus construire un seul avion en Europe. Et je demande pourquoi les Américains se servent du dollar comme d'une arme au service de la croissance et de l'emploi ? Les Japonais du yen. Les Chinois du yuan, et les Anglais de la livre sterling. Et nous, on a un euro dont on refuse obstinément de se servir, au service de la croissance et de l'emploi.

ARLETTE CHABOT - Qu'est-ce qu'il faut faire, vous faites un appel à monsieur TRICHET, à la Banque Centrale Européenne ou à un gouvernement économique ?

NICOLAS SARKOZY - Un appel à monsieur TRICHET, il faudrait que je le renouvelle, parce que depuis le temps que je le lui dis, je dois dire que ça a du mal à percer. Je dis une chose : je veux un gouvernement économique pour l'Europe. C'est-à-dire des ministres des Finances qui gèrent la zone euro pour en faire la première zone de croissance du monde. Et deuxièmement, qu'on arrête de kidnapper l'euro comme cela. L'euro doit être au service de la croissance et de l'emploi, et pas simplement de la lutte contre une inflation qui n'existe plus, pour une raison simple, c'est que la concurrence est telle, la mondialisation est telle, que la lutte contre l'inflation doit être moins grande, pour la raison simple que la concurrence fait baisser les prix. Et je demande simplement une chose, ARLETTE CHABOT, qu'on veuille bien réfléchir, comme les Américains, comme les Japonais, comme les Chinois. Quand monsieur CLINTON, il y a quelques années, est allé s'agenouiller devant les Chinois en leur disant : réévaluez le yuan. Qu'est-ce qu'ils ont répondu les Chinois ?: Ça va pas, il n'est pas question de le faire. Moi je veux qu'on puisse exporter nos produits, fabriquer des avions en Europe. Alors je ne dis pas que tous les problèmes d'AIRBUS viennent de l'euro, ce serait excessif. Encore une fois j'ai voté pour l'euro, et j'ai voté pour l'Europe. Mais j'ai pas voté pour qu'on fasse ça.

ARLETTE CHABOT - Alors il nous reste à peu près dix minutes pour parler d'éducation et de banlieue. Myriam HONNORAT, merci d'être avec nous madame, vous êtes principale du Collège à Paris 131ème arrondissement, on vous a vu dans un formidable reportage d'Agnès VARAMIAN diffusé dans " Envoyé Spécial ", parler de vos problèmes et notamment de l'inquiétude non seulement des chefs d'établissements, mais des profs.

MYRIAM HONNORAT - Alors justement la question que je voulais poser à monsieur SARKOZY ce soir je vous ai bien écouté avec attention et vous avez dit deux choses qui me paraissent assez contradictoires. D'une part que vous souhaitiez réduire le nombre de fonctionnaires, or nous à l'éducation nationale on représente une part importante de la fonction publique. Et d'autre part vous souhaitez quand même que les enfants soient encadrés, puissent bénéficier d'étude surveillée avec des gens compétents, n'imagine, et vous comptez les professeurs je pense dans ce lot, et qu'on puisse donc mieux s'occuper des enfants qui sont en difficulté ou dont les familles ne peuvent pas s'occuper elles mêmes. D'une part. Et d'autre part j'ai lu dans une déclaration que vous aviez faite il n'y a pas très longtemps non plus que vous souhaitiez par exemple que les enfants en ZEP soient dans des classes qui n'excéderaient pas 15 élèves. Donc comment est-ce que vous pouvez concilier ces deux choses ?

NICOLAS SARKOZY - Myriam, deux énormes questions. La première, moi je ne souhaite pas réduire le nombre de fonctionnaires ; On me posait une question : comment réduire l'endettement de la France ? J'ai dit : dans le budget de la France, 45 % c'est la fonction publique. Donc ne pas poser Myriam la question des effectifs c'est pas pour faire de la peine, c'est pas pour me faire plaisir. C'est même pas une idéologie Myriam. La France est endettée, la France doit réduire ses dépenses. Or pour réduire ses dépenses il faut s'occuper du premier poste de dépense. C'est pour ça que j'ai posé la question des effectifs, c'est pas par idéologie. On ne peut pas faire autrement. Deuxième élément, sur les études dirigées pour qu'on rende les enfants une fois les devoirs faits, dans l'éducation nationale il y a beaucoup de dévouement, ce sont des tout petits salaires, eh bien je propose que les enseignants sur la base du volontariat puissent encadrer ces études dirigées et être payés davantage. Donc on peut parfaitement avoir moins de fonctionnaires, mieux payés, mieux considérés, mieux formés. Première remarque. Deuxième remarque sur les ZEP, et Myriam si les ZEP étaient un succès, ça se saurait. Il y a près de 900 établissements en ZEP. On se trouve avec des ZEP qui depuis 25 ans on avait dit : on fait des lycées avec un projet innovant. Il n'y a pas de projet innovant. Et pourquoi les ZEP ne marchent pas ? Parce que dans les ZEP il y a des enfants qui veulent réussir et qui réussissent, mais qui sont marqués au fer rouge parce qu'on dit : ah toi t'es dans un lycée de ZEP. Et dans les lycées qui ne sont pas en ZEP il y a des enfants qui sont en échec scolaire. Donc moi je veux un projet qui s'occupe de chaque enfant. Et est-ce que franchement c'est une bonne idée Myriam que de mettre tous les enfants qui ont des difficultés dans le même établissement ? Pour être sûr qu'aucun d'entre eux ne pourra s'en sortir ? C'est quand même une drôle d'idée que de dire : on met tous ceux qui ont des difficultés dans le même établissement avec, en général Myriam vous le savez vous qui êtes enseignante, les 100 enseignants qui acceptent d'y aller, c'est à dire les plus jeunes, ceux qui n'ont pas le choix, donc on cumule toutes les difficultés dans les mêmes établissements, on y met les plus jeunes enseignants et on se dit : tient c'est curieux ça ne marche pas.

MYRIAM HONNORAT - Vous parlez là de la carte scolaire monsieur SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY - Alors la carte scolaire, formidable, nous sommes le seul pays d'Europe qui ait une carte scolaire. Il n'y en a pas un autre. D'ailleurs au nom de l'égalité Myriam quand vous mettez vos enfants dans l'école privée sous contrat, il n'y a pas de carte scolaire, vous choisissez l'école de vos enfants.

MYRIAM HONNORAT - Quand vous en avez les moyens !

NICOLAS SARKOZY - Quand vous en avez les moyens ! Dans l'école publique vous n'avez pas le droit de choisir. Et puis vous les enseignants, moi je respecte les enseignants qui font un boulot remarquable, et qui n'ont pas la considération qui leur est due. Mais il y a beaucoup d'enseignants, demandez leur, est-ce qu'il mette leurs enfants dans les établissements de ZEP ? Parce qu'ils savent que ce n'est pas la solution.

MYRIAM HONNORAT - Il y en a.

NICOLAS SARKOZY - Il y en a, bien sur qu'il y en a. Mais enfin sur la carte scolaire il y a 30 % des familles qui s'en exonèrent, il suffit d'avoir des relations pour pas les mettre dans l'établissement où on ne veut pas mettre ses enfants. Qu'est-ce que je propose : l'autonomie pour les établissements, que les enseignants ne soient pas jugés sur leur capacité à appliquer la dernière méthode, mais qu'on les laisse un peu libre de leur pédagogie. Qu'on fasse une école de l'excellence ! Qu'on ne fasse pas croire aux familles qu'en abaissant le niveau des diplômes on démocratise l'enseignement. En abaissant le niveau des diplômes on fait de l'égalitarisme. Je souhaite une école de l'excellence républicaine. Je souhaite une école où les enseignants soient respectés. Où les enfants se lèvent quand l'enseignant rentre dans la classe. Où on n'injurie pas l'enseignant. Où on ne le frappe pas. Où les familles signent le règlement intérieur de l'établissement.

MYRIAM HONNORAT - C'est ce qui se fait.

NICOLAS SARKOZY - Et quand on ne le respecte pas on est exclu. Où tout le monde n'a pas un droit à passer dans la classe supérieure cumulant année après année plus de retard pour se noyer définitivement. Je souhaite qu'on revienne aux fondamentaux de l'école de Jules FERRY. Et j'ai un grand projet pour l'école, mais je pense vraiment qu'il faut qu'on réfléchisse à ce qu'on veut faire de notre école, à la place des enseignants dans la société, à l'autonomie qu'on doit leur laisser, aux universités qui ont tant de problèmes aujourd'hui parce qu'elles n'ont pas la liberté de s'administrer elles mêmes.

ARLETTE CHABOT - Alors impossible de ne pas parler de banlieue, Sihem, merci d'être avec nous ce soir. Voilà, on parle souvent de banlieue avec NICOLAS SARKOZY, mais c'est à vous de lui poser votre question, et qu'est-ce que vous attendez de lui ?

SIHEM HABCHI - J'attends des réponses claires, concrètes. Aujourd'hui dans les quartiers les gens effectivement ils ont du mal à joindre les deux bouts. On a les diplômes, quand on en a on ne trouve pas de taf, on ne trouve pas de boulot, quand on n'en a pas eh bien on se dit à quoi ça sert d'avoir des diplômes. Moi je me pose une question, qu'est-ce que vous proposez à ces jeunes dans les quartiers populaires aujourd'hui pour croire que demain les choses vont changer pour eux ? Que proposez-vous à ces familles aujourd'hui qui se battent tous les jours pour exister dans notre pays ? Et qui ont une place ici, et qui ont envie de construire. Parce qu'il y a des talents dans les quartiers, vous le savez comme moi, des jeunes qui ont envie de construire, des jeunes qui ont envie de se battre, donc qu'est-ce que vous pouvez leur proposer ?

ARLETTE CHABOT - Voilà, au-delà des mesures parce qu'il y a la répression, ça c'est le ministre de l'Intérieur, mais la question s'adresse aussi au candidat à l'élection présidentielle, c'est quoi le ...

NICOLAS SARKOZY - Mais c'est pas que le ministre de l'Intérieur ! D'abord la première chose c'est qu'il faut débarrasser un certain nombre de nos quartiers des trafics et des trafiquants. Parce que quand on est payé 100 euros par jour quand on fait le guet pour un gang qui trafique la drogue, il y a un certain nombre de jeunes qui se disent : à quoi bon travailler si je peux me rémunérer comme cela. première chose. Les habitants des quartiers ont droit à la même sécurité que les autres. Deuxième élément, BORLOO a fait un boulot remarquable au service de la politique de la ville. Mais, on s'est préoccupé des zones, des immeubles, et pas assez des gens qui y habitent. Moi je propose une chose à tous ces jeunes : un vaste plan national de formation pour chacun d'entre eux. Tous ceux qui veulent s'en sortir je leur dis une chose : l'Etat leur offrira une formation qualifiante, pour qu'ils puissent accéder à un travail, avoir un salaire, un revenu, créer une famille. La société française nous avons été trop permissive à l'endroit de ceux qui empoisonnaient la vie des autres, et pas assez généreuse à l'endroit de ceux ...

ARLETTE CHABOT - C'est un grand plan... ça va coûter beaucoup d'argent, ça met le paquet.

NICOLAS SARKOZY - Ca coûte moins d'argent de donner une formation à des jeunes pour qu'ils puissent s'en sortir plutôt que de laisser la désespérance dans les quartiers. Et permettez-moi de vous dire ARLETTE CHABOT, que je veux maintenant qu'on mette l'argent sur la formation des jeunes pour qu'ils aient un boulot et pas simplement sur la rénovation des immeubles, parce que les immeubles c'est bien beau, c'est sûr que c'est mieux d'habiter dans un immeuble qui est repeint mais si vous n'avez pas de boulot dans cinq ans il sera dans quel état ? Donc pour moi la priorité je vous le dis comme à tous les jeunes des quartiers qui nous regardent, je veux que chacun ait sa chance, mais pour s'en sortir il faut que chacun sache et comprenne une chose : c'est que l'Etat ne peut rien si soit même on n'est pas décidé à faire un effort pour s'en sortir. Donc un plan national de formation pour que pas un jeune dans le quartier ne se dise : j'aurais pas ma chance. Je veux qu'on apprenne un travail à chacun d'entre eux. Et eux doivent comprendre une chose c'est qu'il faut se lever tôt le matin, parce que rien n'est donné, rien n'est indu. La France est un vieux pays où ils ont tous les droits, mais aussi tous les devoirs parce que c'est des Français comme les autres, les jeunes de ces quartiers.

SIHEM HABCHI - Oui c'est des Français et des Françaises comme les autres, donc c'est un vrai plan Marshal que vous proposez si je comprends bien ?

NICOLAS SARKOZY - Oui, mais sur les hommes. Je veux dire femmes et hommes. Pour les êtres humains pas simplement sur les bâtiments.

SIHEM HABCHI - Oui les bâtiments c'est important aussi. Je veux dire à un moment donné quand c'est crade, que c'est sale, voilà il y a de l'insalubrité à un moment donné il faut aussi se donner les moyens, donc les moyens c'est dans le dur mais c'est aussi l'éducation, puisque les écoles ghettos on en a parlé juste avant, je veux dire c'est une réalité, les moyens c'est aussi redonner confiance à cette jeunesse aujourd'hui, qu'elle puisse se dire qu'elle fait vraiment partie de ce pays et que l'égalité a un sens. Alors l'égalité, je voulais parler justement de ces mamans dans ces quartiers populaires qui se battent tous les jours pour qu'effectivement il y ait quelque chose sur la table, ces mamans qui font des boulots, des emplois précaires parce que voilà il faut aussi travailler, aujourd'hui dans le couple, et quand le papa ne travaille pas eh biens la maman elle travaille. Donc qu'est-ce que vous donnez, qu'est-ce que vous proposez à ces mamans ? Il y a un appel qui a été lancé, les 343 mamans...

ARLETTE CHABOT - 343 mamans des cités aujourd'hui, c'est " Ni putes ni soumises ", parce que c'est la journée de la femme, et vous appartenez à ce mouvement. Voilà, comment vous aidez ces mères de famille ?

NICOLAS SARKOZY - Qu'est-ce qu'elles veulent ces mères de famille ? Elles veulent quoi, que leurs enfants aient un avenir. Et quel est l'avenir de leurs enfants ? C'est un travail. Et comment on peut avoir un travail ? Par une formation. Et je veux sortir justement les écoles ghettos qui aboutissent à des drames, parce que cette jeune enseignante d'Etampes qui a été poignardée il y a huit mois, un de ses élèves qui avait 19 ans en troisième, voulez vous me dire ce qu'on fait à 19 ans en troisième ? Vous croyez vraiment que c'est à l'école de garder un individu qui avait un casier judiciaire à 19 ans en troisième ? Eh bien je veux que pour tous ces jeunes plutôt que de galérer, de s'ennuyer dans les caves d'un immeuble ou dans le hall d'un immeuble, ou d'aller d'échec en échec on fasse un plan Marshal de la formation pour chacun d'entre eux, pour leur apprendre que dans la vie si on veut s'en sortir on se lève tôt, on travaille dur, et qu'ils aient une formation pas pour s'occuper, une formation pour avoir un travail. Et bien souvent ces jeunes ils sont désespérés parce qu'ils se disent : je fais quelque chose qui ne n'intéresse pas, et je ne sais pas sur quoi ça va déboucher. Et moi je veux leur promettre que s'ils se donnent du mal on va les en sortir. Car là où vous avez raison, c'est que cette jeunesse elle est pleine de vie. Et pour la France c'est un avenir. Vous savez pour moi la diversité c'est pas une menace, c'est une chance. Je m'appelle SARKOZY, je sais un peu ce que c'est que la diversité, je n'en ai pas peur. Mais je dis aussi une chose, c'est pas parce qu'on habite dans un quartier qu'on a le droit de mettre le feu à un bus.C 'est pas parce qu'on habite dans un quartier qu'on doit contrôler les relations ou l'habillement de sa soeur. C'est pas parce qu'on habite dans un quartier qu'on doit laisser prisonnier sa femme. Nous sommes sur le territoire de la République française, les mêmes lois s'appliquent partout. Voilà ce que je veux dire aussi, des droits et des devoirs fermes et justes.

ARLETTE CHABOT - Monsieur SARKOZY, on attend toujours que vous allez dire : oui je vais beaucoup en banlieue, mais il y a un symbole c'est Clichy, il y a une association AC LE FEU et ils vous invitent quand vous ne serez plus ministre de l'Intérieur pour éventuellement les rencontrer.

NICOLAS SARKOZY - C'est extraordinaire ARLETTE CHABOT, pendant cinq ans je n'ai cessé d'aller dans les quartiers, et pratiquement à tous les journaux télévisés on disait : oh regardez SARKOZY va dans les quartiers, il instrumentalise les quartiers. On trouvait que j'y allais trop. Et qu'il ne fallait pas. J'y allais parce que c'était mon devoir d'y aller et que je n'avais pas l'intention de laisser quelques voyous faire régner la loi des voyous et la loi des bandes. Alors maintenant que nous sommes en campagne électorale, à six semaines d'une élection, vous me posez la question : et pourquoi vous n'allez pas dans les quartiers ? C'est à dire les mêmes qui me reprochaient d'y aller pour instrumentaliser les quartiers, voudraient que j'y aille avec des caméras pour les instrumentaliser ! Eh bien c'est pas mon rôle. Je vais dans les quartiers, j'y étais encore à Perpignan il y a quinze jours...

ARLETTE CHABOT - Mais vous pouvez y aller, c'est à dire que vous n'êtes pas interdit de séjour dans les quartiers pour dire les choses carrément comme vous aimez qu'on les dise ?

NICOLAS SARKOZY - Ah bon ! Ah bon !

ARLETTE CHABOT - Je vous pose la question. Certains disent : mais s'il va dans les quartiers c'est que c'est pas possible ...

NICOLAS SARKOZY - Combien de fois FRANCETELEVISIONS m'a t-il accompagné dans les quartiers ?

ARLETTE CHABOT - Souvent, mais maintenant on a l'impression que ça pose un problème depuis qu'il y a la campagne.

NICOLAS SARKOZY - Non ça ne me pose aucun problème, le territoire de la République est ouvert à chacun et encore une fois j'étais dans le quartier Pagnol à Perpignan il y a quinze jours. Il y avait une équipe de FRANCETELEVISIONS et nous avons été reçus...

ARLETTE CHABOT - Absolument, on vous a montré. Vous pouvez allez à Clichy éventuellement rencontrer l'association AC LE FEU qui reçoit un certain nombre de candidats.

NICOLAS SARKOZY - Clichy la Garenne ou Clichy sous Bois ? Non mais lequel Clichy ARLETTE CHABOT ? Puisque vous parlez en connaissance de cause, c'est lequel ? Celui des Hauts de Seine ou celui du 93 ?

ARLETTE CHABOT - Clichy sous Bois.

NICOLAS SARKOZY - Eh bien très bien. Mais bien sûr que je peux aller à Clichy sous Bois, et pourquoi je n'irais pas à Clichy sous Bois ? Pourquoi j'irais pas à Bobigny. J'étais à Bobigny, le 93 c'est pas des territoires interdits quand même !

ARLETTE CHABOT - Et donc si vous êtes invité même par cette association, vous acceptez de la rencontrer comme d'autres candidats l'ont fait, voilà ?

NICOLAS SARKOZY - Mais naturellement. Et même à Argenteuil, pourquoi pas.

ARLETTE CHABOT - Vous dites toujours : à Argenteuil vous irez ?

NICOLAS SARKOZY - Mais naturellement que j'irais à Argenteuil. Pourquoi je n'irais pas à Argenteuil. Et quand j'étais sur l'esplanade d'Argenteuil c'était pour rendre visite à des gens qui n'en peuvent plus aussi. Ceux qui y habitent, c'est à dire ni vous ni moi. Et qui me disent : monsieur SARKOZY ne nous laissez pas tomber, on en a assez de la loi des bandes. Mais enfin quand même j'ai aussi le droit de parler au nom de ces gens qui habitent dans les quartiers et qui en ont assez. On peut habiter dans un quartier sans avoir envie de foutre le feu à un bus. Et vous croyez que ça m'amuse moi le drame qui est arrivé à Mama GALLEDOU avec ces barbares qui ont mis le feu à cette jeune fille ! Et vous croyez qu'on n'en a pas assez de l'assimilation des quartiers à ces quelques individus ? Il y a des gens qui habitent dans les quartiers et ces gens là ils en ont ras le bol. Ras le bol de quoi ? Que la République laisse faire ce que pendant quatre ans j'ai combattu avec beaucoup de force. Et si je suis président de la République je veux que les choses soient très claires entre nous, j'irais plus loin, car je ne crois pas à la République sans autorité. Je ne crois pas à la République sans un minimum d'ordre, l'ordre républicain, je ne crois pas qu'on peut tout faire, je crois à la justice voyez-vous, mais je crois aussi à la fermeté. Je crois aux droits, mais je crois aussi aux devoirs. Et le mot " autorité " fait aussi partie de mon vocabulaire. Il y en a assez après tout, on n'a plus le droit de parler de travail, plus de droit de parler d'autorité, plus le droit de parler d'excellence, plus le droit de parler de mérite, mais la société se construit comment d'après vous ?

ARLETTE CHABOT - Ségolène ROYAL parle d'ordre juste.

NICOLAS SARKOZY - Oui mais c'est juste de l'ordre.

ARLETTE CHABOT - Alors facile...

NICOLAS SARKOZY - Moi je suis pour...

ARLETTE CHABOT - Non, un peu quand même.

NICOLAS SARKOZY - Mais pourquoi vous êtes désagréable, ce soir ?

ARLETTE CHABOT - Non, je pose une question. Facile.

NICOLAS SARKOZY - C'est pas facile c'est vrai. Moi je suis pour l'ordre et pour le mouvement. D'ailleurs elle parle, mais qu'est-ce que j'ai essayé de faire au ministère de l'Intérieur ? Je me suis battu... Oh j'ai pas tout réussi bien sûr, mais il y a une chose que je peux dire aux Français, c'est que je ne sais pas ménager ma peine pour obtenir des résultats. Alors le choix aussi sera simple, il s'agira de savoir : est-ce que vous voulez qu'on revienne à la politique de sécurité de l'époque JOSPIN, ou est-ce que vous voulez que je continue mon travail ? Ca aussi il faudra le dire parce que c'est bien beau les discours, et puis après il y a les faits, il y a des choses que je n'accepte pas. Et pour moi la victime elle vaut plus que le délinquant.

ARLETTE CHABOT - Alors il y a un engagement, il y a déjà des engagements que vous avez signés c'est ceux de Nicolas HULOT qui va nous rejoindre dans un instant. Je veux qu'on revienne sur ces images, l'opinion publique était très sensibilisée par ce film d'AL GORE " une vérité qui dérange ", l'ancien vice-président américain, candidat aussi à l'élection aux Etats Unis, qui a montré partout dans le monde ce film, " les vérités qui dérangent ", c'est tout simplement des catastrophes climatiques qui sont déjà arrivées ou qui vont arriver si les hommes ne changent pas un peu leur manière de vivre, et ne préservent pas l'environnement. Alors je demande à Nicolas HULOT de venir nous rejoindre. Nicolas va venir, parce qu'il a failli être candidat à l'élection présidentielle, il a renoncé parce que les candidats ont signé un certain nombre d'engagements, mais Nicolas a peut-être le sentiment ce soir et même depuis quelques jours, merci d'être là Nicolas, que ces engagements ont été oubliés. On va voir les signatures d'un mot et demander à Nicolas., eh bien voilà l'autre Nicolas, s'il n'a pas oublié ce qu'il a signé.

NICOLAS HULOT - Non je n'ai pas forcément le sentiment que les engagements ont été oubliés, on ne le saura qu'à l'issue de l'élection présidentielle.

ARLETTE CHABOT - On n'en parle plus.

NICOLAS HULOT - J'ai le sentiment qu'on traite dorénavant l'environnement et l'écologie comme un chapitre parmi d'autres, et que c'est de nouveau retourné dans l'ombre de la campagne présidentielle. Alors ça ne rend pas obsolètes les engagements qui ont été pris par les différents candidats, et c'est un socle de mesures qui reste pour moi valide, et qui est une des bases de travail et de départ dont chacun doit se réjouir. Mais c'est vrai qu'on a à la fois de l'espoir et en même temps des inquiétudes qui seront légitimes compte tenu de l'importance du chantier. Alors moi je voudrais simplement profiter de la rencontre avec NICOLAS SARKOZY parce que c'est vrai que moi j'ai été content du chemin parcouru, par les uns et par les autres, et j'ai été content d'entendre votre discours de Bordeaux sur l'écologie, mais il y a dix lignes qui m'ont posé problème. Et je le dis très sincèrement pour essayer de comprendre ce que vous avez voulu dire, et de manière à ne pas trahir vos propos je suis venu avec ce que d'ailleurs les dépêches ont retenu, et c'est dommage, dans ce discours il y a un certain nombre de mesures qui méritent réflexion. Et vous avez dit : " que vous ne vouliez pas que l'écologie devienne une idéologie totalitaire, vous avez dit qu'on ne sauvera pas l'humanité en faisant de l'écologie une idéologie totalitaire, qui se donnerait pour objectif de libérer l'homme de la civilisation pour le renvoyer à l'état sauvage ". Alors moi ça m'a un peu chagriné pour être tout à fait franc parce que j'ai l'impression qu'on est revenu un peu à ce qu'on appelait la querelle des anciens et des modernes, à cette espèce de caricature dans laquelle on cantonnait l'écologie il y a encore quelques années, je pensais qu'on était un peu sorti de cela, et qu'on était arrivé à une vision un peu plus je dirais réaliste de l'écologie, et je pense que ces propos étaient presque inutiles, parce que le retour à l'ensauvagement c'est si on laisse les phénomènes s'emballer. Moi je pense que aucun système démocratique, social, économique, aucun projet de société, quel qu'il soit, ne sera viable si on ne traite pas prioritairement cet enjeu vital. Et donc je pense que simplement, et puis on ne va pas en parler pendant des heures, mais c'est dommage qu'il y ait eu cette phrase là parce que je crois que la préoccupation écologique c'est une démarche excessivement contemporaine. Si on avait pris en compte les prédictions de gens comme René DUMOND, René DUBOS, dont on se moquait tant à l'époque, on ne serait pas aujourd'hui dans une forme d'impasse, en tout cas le sacrifice serait moins lourd. Dommage d'ailleurs que ces prophètes là ne se soient pas trompés parce qu'on voit bien avec les difficultés auxquels les uns et les autres sont confrontés qu'on n'avait pas besoin de cette difficulté supplémentaire. Je le dis au passage parce que je comprends bien d'ailleurs que ça soit difficile d'intégrer cette injonction, cet impératif supplémentaire qui vient charger un peu plus le fardeau de l'humanité. Franchement je comprends bien que ce soit difficile, mais c'est une réalité et d'une telle échelle que si on ne la traite pas comme une priorité absolue tout le reste pour lequel vous vous battez, toutes les autres requêtes, toutes les valeurs à laquelle nous sommes attachés, je crains qu'elles ne soient pas tenables si on ne prend pas en compte prioritairement les enjeux climatiques et écologiques parce que je ne vois pas comment la combinaison des conflits sociaux, de l'effondrement des ressources naturelles, des conséquences en cascade des changements climatiques que vous avez vous même d'ailleurs actés et notamment sur un plan géopolitique, permettront à nos démocraties de résister. Voilà.

ARLETTE CHABOT - Alors il va vous répondre.

NICOLAS SARKOZY - Moi je connais bien Nicolas HULOT, j'ai signé son pacte et il est difficile de me faire reproche de ne pas le respecter alors qu'à ma connaissance je ne suis pas élu président de la République.

ARLETTE CHABOT - Vous n'avez pas oublié vos engagements, c'est ça surtout.

NICOLAS SARKOZY - C'est un engagement qui vaut pour après l'élection, je me suis engagé devant Nicolas HULOT et ses amis, je tiendrais scrupuleusement mes engagements. Deuxièmement, Nicolas HULOT, qui est un homme honnête, sait parfaitement que le discours de Bordeaux, auquel il fait allusion, qu'il m'a fait l'honneur de lire, il y avait six pages qui lui ont parfaitement convenu, mais je vais m'expliquer sur ces phrases. Qu'est-ce que j'ai voulu dire ? Que c'est une erreur de demander aux Français de choisir entre le progrès et le développement durable. Que c'est une erreur de choisir entre l'écologie et l'économie de marché. Qu'on allait utiliser le progrès et l'économie de marché au service du développement durable. Je prends un certain nombre d'exemples : quand j'entends dire qu'on va supprimer la moitié de l'énergie nucléaire française, je dis : mais comment on va faire ? Bien sûr qu'il faut développer les énergies renouvelables Nicolas HULOT, bien sûr qu'il faut trouver des énergies de substitution, mais si demain vous coupez la moitié du nucléaire comme l'a proposé madame ROYAL, qu'est-ce que vous devez faire ? Vous devez faire avec le pétrole et avec le charbon, plus polluant que le nucléaire. Beau résultat. Beau résultat. Je dis que ça c'est de l'idéologie.

NICOLAS HULOT - On ne va pas débattre ici du nucléaire, juste au passage j'ai entendu dire tout à l'heure que ça assurait une forme d'indépendance énergétique de la France, je veux simplement dire que les gisements d'uranium ne sont pas chez nous et que ce n'est pas une totale indépendance. Mais je crois que ce qui est important ...

NICOLAS SARKOZY - Non mais vous comprenez puisque vous m'avez interpellé là dessus, je voulais dire que ce n'était pas vous qui étiez visé, mais on a quand même le droit de débattre librement dans notre pays. Je suis pour le développement durable. Qu'est-ce que j'ai dit ?

NICOLAS HULOT - C'était pas nécessaire de recaricaturer l'écologie...

NICOLAS SARKOZY - Non je ne caricature pas l'écologie, mais quand je propose la taxe carbone c'est pas rien. C'est à dire la taxe carbone c'est nous la France on respecte le protocole de Kyoto, un certain nombre d'Etats ne le respecte pas. On demande donc à nos entreprises d'être en concurrence avec des pays qui se moquent de toutes les contraintes environnementales. J'ai proposé qu'une taxe les produits en provenance de ces pays qui ne respectent pas les contraintes environnementales pour rééquilibrer les choses. Ca c'est un engagement écologique.

NICOLAS HULOT - Je n'ai pas dit que vous n'avez rien proposé...

NICOLAS SARKOZY - Deuxièmement, je propose systématiquement... il y a 60 % des Français qui ont besoin de leur voiture pour circuler. Quand on est comme madame dans le Finistère, on ne peut pas dire qu'on va compter sur les transports en commun ! Ni sur le vélo, encore que. Si demain vous dites à madame : voilà on vous interdit de prendre votre véhicule, elle va dire : mais alors comment je fais, je ne vais plus pouvoir bosser. Il faut qu'elle fasse 20 km pour faire la moindre course. Alors qu'est-ce que je propose ? Qu'on mette en Europe la TVA à taux réduit sur les produits propres, pour encourager madame à acheter un véhicule propre. Eh bien je dis que c'est un comportement idéologique et sectaire que de vouloir interdire la voiture alors que moi je veux encourager la voiture propre, les transports en commun. Quand je propose une taxe sur les transports routiers, moi j'en ai assez. Les Suisses et les Allemands ont interdit le transit routier sur leur territoire et on se récupère tous les camions. Quand on va à Bordeaux c'est pas une ligne de camions qu'on a sur l'autoroute c'est deux. Eh bien je veux qu'on taxe le fret routier des européens. Est-ce que ça c'est pas des engagements pour le développement durable, Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT - Non, mais je prends acte de cela, je profite de cette rencontre, moi je vous entends à juste titre parler de la croissance. Et force est de reconnaître que nous sommes dans notre pays comme dans d'autres depuis plusieurs générations sous le culte de la croissance quantitative. Moi je fais cette réflexion sans dogmatisme et je dis simplement comment fait-on dans un monde où on bascule de l'abondance à la rareté pour réguler les flux ? Parce que comment fait-on pour conjuguer une croissance économique qui est nécessaire pour une meilleure et plus équitable répartition des richesses avec la pénurie ou la rareté annoncée d'un certain nombre de ressources et de biens et à commencer par le pétrole, mais il en est du pétrole comme des ressources halieutiques, comment fait-on pour scinder les flux ?

NICOLAS SARKOZY - Je vais répondre Nicolas HULOT, c'est un sujet absolument passionnant. Les plus grandes catastrophes écologiques, vous qui êtes un spécialiste, elles ne viennent pas des pays développés, elles viennent bien souvent des pays en sous développement. Parce qu'il n'y a pas les moyens ...

NICOLAS HULOT - Oui mais enfin les changements climatiques, l'effet de serre c'est provoqué...

NICOLAS SARKOZY - Ok, ok, mais où est-ce qu'on a vu Tchernobyl ? Et le drame écologique de l'Afrique ? Alors l'Afrique est à nos portes, il y a 450 millions de jeunes africains qui ont moins de 17 ans. Si on dit la croissance c'est plus notre problème, comment ils font pour vivre ? Comment on va avoir une véritable politique de l'eau ? De l'environnement ? Créer des déchetteries, pouvoir incinérer les déchets ? Peu importe. Comment on fait ? C'est bien beau de dire que la croissance c'est pas tout. Je suis d'accord Nicolas HULOT. Mais enfin avec 2 milliards de gens qui ne mangent pas à leur faim, qu'est-ce qu'on leur dit ?

NICOLAS HULOT - Simplement vous savez aussi bien que moi que si le mode de production et de consommation par exemple qui est celui de la France, c'est moi qui le dit ce sont les experts, c'est trois planètes qu'il faudrait, si par mimétisme légitime les pays émergeants adoptent le même mode de production et de consommation que nous. Si on veut leur demander de pratiquer autrement, il faut qu'on se l'applique à nous, c'est difficile que la France soit seule vertueuse, ce serait bien de l'appliquer à l'échelle européenne, c'est un ...

NICOLAS SARKOZY - Oui mais elle doit commencer pour montrer l'exemple la France.

NICOLAS HULOT - Probablement. Il va bien falloir faire émerger parce que sinon ce n'est pas tenable. On aura à un moment où à un autre un problème d'alimentation de ressources. Donc on voit bien que notre système n'a pas besoin simplement d'adaptation, mais sur le long terme d'une sorte de reconversion. Je ne dis pas qu'il faut aller vers la décroissance, sur certains flux de matière... prenons un exemple bien simple : les ressources halieutiques...

ARLETTE CHABOT - Il faut expliquer tout de suite.

NICOLAS HULOT - La production, le prélèvement des poissons, voilà. On sait bien que si on continue ce mode de production, à l'échelle de 20 ans, c'est pas moi qui le dit ce sont les experts, c'est toutes les espèces courantes et c'est une source de protéines animales pour une grande partie du monde qui auront totalement disparues.

NICOLAS SARKOZY - Mais c'est très important, la biodiversité en vérité, c'est pas simplement la ressource halieutique...

NICOLAS HULOT - Au passage les ressources alimentaires, agronomiques et médicales.

NICOLAS SARKOZY - Oui. Moi je suis tout à fait d'accord pour qu'on gère la ressource. A une seule condition Nicolas HULOT, qu'on veule bien faire avec les professionnels, qui ne sont pas les derniers, notamment les pêcheurs, à être compétents en la matière...

NICOLAS HULOT - Oui au passage à Terre Neuve il y a dix ans on a écouté les professionnels, qu'est-ce qui s'est passé en dépit des signaux d'alerte des scientifiques, c'est que la morue a disparu des bans de Terre Neuve et c'est toute la profession qui a été sacrifiée.

NICOLAS SARKOZY - Donc ils ont intérêt à gérer la biodiversité. Vous savez très bien qu'il y a un certain nombre d'espèces comme le hareng par exemple ou le maquereau qu'on a protégé pendant un certain nombre d'années, dont on a interdit la pêche et maintenant on pourrait marcher dessus tellement il y en a, la gestion de la biodiversité. Mais je dis autre chose, pour les agriculteurs et pour les chasseurs. Moi j'en ai un peu assez qu'on désigne des ennemis. Je pense que les agriculteurs ne sont pas les ennemis de l'environnement, qu'on doit faire un travail en partenariat avec eux parce que quand il y a des problèmes de santé, c'est d'abord eux qui sont victimes. Pareil pour les chasseurs. Il y a toujours des gens qui exagèrent. Mais au fond dans la baie de Somme où j'ai été l'autre jour, c'est quand même fantastique, ils aiment la nature, eux aussi, les chasseurs. Et je voudrais tellement le développement durable et l'écologie en additionnant les compétences plutôt qu'en désignant des adversaires.

NICOLAS HULOT - J'ai quand même besoin, simplement je vous pose une dernière question, bien que je ne sois pas là pour vous interviewer mais...

ARLETTE CHABOT - Mais si, si, si.

NICOLAS HULOT - Est-ce que cette injonction écologique et climatique qui vient peser comme ça sur l'humanité ne nous met pas une espèce de carrefour de civilisation, est-ce que ça ne nous interroge pas sur les fondamentaux de nos sociétés ? Est-ce que notre système tout d'un coup n'est pas, non pas pour s'auto flageller, mais il n'y a pas une remise en cause profonde, fondamentale et est-ce que ce rendez vous critique que nous avons est-ce que vous vous interrogez là dessus ?

NICOLAS SARKOZY - Nicolas HULOT, est-ce que vous pensez une seconde - on se connaît quand même - que j'ai signé légèrement votre pacte ? Votre pacte commençait par un appel à ce que l'écologie, le développement durable, soit une politique transversale...

NICOLAS HULOT - Soit le déterminant majeur de l'action publique.

NICOLAS SARKOZY - J'ai même pr??cisé dans une longue lettre que je vous ai fait que pour moi j'étais d'accord sur le déterminant, que ça ne pouvait pas être le déterminant exclusif. Parce qu'un responsable politique qui a le problème du chômage, de la sécurité....

NICOLAS HULOT - Ca conditionne tout le reste.

NICOLAS SARKOZY - Oui, oui, parce que la planète danse sur un volcan, parce que nous sommes au bord d'un précipice. Et justement parce que je veux en convaincre nos compatriotes, je veux leur dire que le choix pour eux c'est pas la préservation de la planète et le chômage, c'est pas la croissance ou le désastre écologique...

NICOLAS HULOT - Mais vous êtes bien d'accord il faut que tout s'articule autour de cela et mon seul regret depuis que vous avez signé le pacte, c'est que dans vos interventions publiques, mais c'est vrai pour vous comme pour d'autres, c'est de nouveau traité comme un chapitre parmi d'autres. En terme pédagogique pour l'opinion dont on aura besoin qu'elle accompagne cette mutation, je trouve que c'est dommage.

NICOLAS SARKOZY - Oui mais regarder ARLETTE CHABOT, je comprends très bien que Nicolas HULOT me pose cette question, mais est-ce que c'est moi qui suis responsable qu'on le fasse intervenir en fin d'émission ?

ARLETTE CHABOT - Alors ça, oui....Bien sûr. C'est pas mal joué.

NICOLAS SARKOZY - Non c'est pas une question de jouer, c'est une question...

ARLETTE CHABOT - C'est un rappel puisque vous dites effectivement...

NICOLAS SARKOZY - C'est une question d'authenticité.

NICOLAS HULOT - NICOLAS SARKOZY, vous savez vous-même dans une intervention, quand vous énoncez votre programme présidentiel...

ARLETTE CHABOT - Chaque fois que vous faites un discours vous pouvez en parler.

NICOLAS HULOT - Vous pourriez placer au bon endroit c'est à dire si vous ne voulez pas que ce soit la priorité, moi pourquoi est-ce que je veux que ce soit la priorité ... C'est pas un caprice...

NICOLAS SARKOZY - De quoi j'ai parlé à Bordeaux, j'ai essayé de faire un discours sur la vie, la vie qui est fragile, la vie qui doit être respectée, la vie sous tous ses aspects. Je crois que rarement un homme politique... Et en tout cas je vais vous dire quelque chose Nicolas HULOT, si je suis président de la République non seulement je tiendrais mes engagements, mais je ferais prendre conscience au pays que même si les autres - je pense aux Brésiliens, aux Chinois, aux Indiens - ne sont pas au rendez-vous de leur responsabilité, la France doit être exemplaire.

NICOLAS HULOT - Je voudrais juste dire un dernier mot à NICOLAS SARKOZY. Moi je voudrais simplement là vous livrer deux secondes mon coeur. Moi la planète, la biodiversité, la réalité des changements climatiques c'est ma seule culture, c'est pas une abstraction, je vois la planète agoniser. Je dis simplement que le XIXème siècle c'est le siècle de tous les dangers et qu'on sera comptable, parce que jusqu'à présent on ne savait pas. Maintenant nous savons, donc à partir de maintenant vous et moi nous sommes responsables. Donc c'est pour moi le grand enjeu universel de ce siècle. Et je pense que dans les ambitions qui sont les vôtres, vous devez garder cette ambition, enfin cette mission comme la grande priorité.

NICOLAS SARKOZY - Mais vous savez ARLETTE CHABOT, c'est pas d'aujourd'hui que je discute avec Nicolas HULOT de ces questions là. Il le sait parfaitement bien. Si je n'étais pas convaincu de cela, vous savez je ne suis pas un homme qui pratique le mensonge, la langue de bois et le double langage. J'ai beaucoup de défauts et je ne prétends pas avoir la vérité. Mais je vous dis quelque chose, quand je suis convaincu qu'un enjeu est majeur pour notre pays, et cet enjeu du développement durable est majeur, je me battrais pour que vous voyiez dans les faits que cette conviction qui est la votre c'est aussi la mienne.

ARLETTE CHABOT - Merci Nicolas. Vous aviez signé des engagements, vous allez en signer d'autres NICOLAS SARKOZY, avant qu'on se quitte, on arrive à la fin de l'émission, le livre de Catherine NAY surtout ne pas l'oublier si vous voulez connaître mieux NICOLAS SARKOZY. Notre amie Catherine NAY " un pouvoir nommé désir " c'est un très bon livre, et celui du journaliste de FRANCE 2, Michael DARMON, " la vraie nature de NICOLAS SARKOZY ", vous trouvez tout ça sur le site de FRANCE 2. Je vous propose monsieur SARKOZY d'aller ensemble, le pupitre est là, qui vous attend, on vous a demandé - vous pouvez vous serrer la main, Nicolas va venir régulièrement voir si on n'a pas oublié les engagements - comme chacun des candidats je vous ai demandé de prendre effectivement quatre, cinq engagements pour l'avenir, voilà ces engagements que vous allez signer ce soir. On en a beaucoup parlé tout au long de l'émission :
- Le pouvoir d 'achat avec l'exonération sociale et fiscale des heures supplémentaires
- L'accès à la propriété par la déduction des intérêts des emprunts de l'impôt sur le revenu
- Le regroupement familial qui doit être conditionné au logement, au travail et à la connaissance du français
- Pas de minimum social sans contrepartie apportée à la société
- Des peines incompressibles pour les criminels et les délinquants multirécidivistes
- Suppression des droits de succession pour 95 % des Français.
Ca fait la cohérence de NICOLAS SARKOZY et des propositions et des engagements que vous prenez ce soir. C'est ce qui vous semble important d'abord, les premières choses, les priorités.

NICOLAS SARKOZY - ARLETTE CHABOT, j'ai tellement conscience que l'un des drames de la démocratie française c'est le peu de poids de la parole publique, et la méfiance de nos compatriotes à l'endroit des responsables publics, j'ai tellement conscience que tant d'entre eux ont été déçus, ont le sentiment d'être trompés, c'est pas simplement ces six engagements que je signe, c'est tout ce que j'ai dit que je ferais. Parce que je sais que beaucoup de responsabilités pèsent sur mes épaules, que je n'ai pas e droit de trahir, que je n'ai pas le droit de mentir, que je n'ai pas le droit de décevoir.

ARLETTE CHABOT - Alors je vous demande de signer, vous datez, vous signez, on s'en souviendra de la date de ce soir, on est le 8 mars, c'était la journée de la femme. J'espère que ça marche, ça doit marcher tout seul, voilà ça marche. On le voit, avec la date en même temps, donc je disais.

NICOLAS SARKOZY - Dites dont, il faut s'y reprendre à deux fois.

ARLETTE CHABOT - 8 Mars 2007. C'est techno. Comme ça qu'on puisse le voir dans l'écran, mais rassurez-vous...

NICOLAS SARKOZY - C'est peut-être techno mais enfin...

ARLETTE CHABOT - Non mais ne vous inquiétez pas.

NICOLAS SARKOZY - La prochaine fois faites du classique, ça marche aussi.

ARLETTE CHABOT - Il faut innover, voilà. Si vous faites un effort je vous donne le résultat du match PSG-Benfica.

NICOLAS SARKOZY - C'est votre stylo qui ne marche pas et en plus c'est moi qui me fait engueuler.

ARLETTE CHABOT - Regardez ça marche très bien, regardez sur le côté, vous allez voir ça marche très bien. Voilà 8 mars 2007. Impeccable. Merci beaucoup.

NICOLAS SARKOZY - Merci ARLETTE CHABOT. Je ne le garde pas (en parlant du stylo).

ARLETTE CHABOT - Non non vous ne saurez pas vous en servir, il ne vous servira à rien.

NICOLAS SARKOZY - Merci. C'est très gentil de votre part.

ARLETTE CHABOT - Il faut la machine avec, c'est pour ça, c'était pas méchant. Vous connaissez le résultat du match PSG-Benfica ?

NICOLAS SARKOZY - Vous pensez que je suis incompétent madame CHABOT ?

ARLETTE CHABOT - Pas du tout. PSG-Benfica ?

NICOLAS SARKOZY - Non je ne le connais pas, j'étais avec vous.

ARLETTE CHABOT - Qui a gagné à votre avis ?

NICOLAS SARKOZY - Si c'est mon coeur c'est PSG.

ARLETTE CHABOT - Eh bien le PSG a gagné. C'est pas toujours le cas, 2 à 1, il faut peut-être le dire ce soir.

NICOLAS SARKOZY - Alors permettez-moi de dire une chose, je veux dire à Paul LE GUEN que c'est bien mérité, parce que c'est un homme pour qui j'ai beaucoup de respect et beaucoup d'admiration. C'est un homme honnête, c'est un homme droit, et le football a besoin d'autre chose que de mercenaires.

ARLETTE CHABOT - Merci. C'est l'entraîneur, c'est pas lui a marqué les buts, mais c'est lui qui aide à marquer les buts.

NICOLAS SARKOZY - Merci de votre confiance.

ARLETTE CHABOT - Je le dis pour ceux qui regardent qui ne savent peut-être pas forcément, ou qui pourrait penser que je suis totalement à côté du football. Merci à tous ceux qui ont suivi cette émission. Demain débat sur le forum d'A Vous de Juger, Internet, c'est important avec un chat, demain après midi. Dans un instant le documentaire infrarouge qui est consacré à des juges. Merci à tous ceux qui ont préparé cette émission, de Nathalie SAINT-CRICQ, Gilles BORNSTEIN, Jean-Jacques AMSALEM qui l'a réalisée. Dans une semaine notre invitée sera Ségolène ROYAL. Bonsoir merci.

NICOLAS SARKOZY - Et merci ARLETTE CHABOT de faire des émissions comme ça.

Source http://www.u-m-p.org, le 9 mars 2007

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