Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à TF1 le 14 mars 2007, sur l'immigration et l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à TF1 le 14 mars 2007, sur l'immigration et l'identité nationale.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, POIVRE D'ARVOR Patrick.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle 2007;

ti : PATRICK POIVRE D'ARVOR
Avec nous, donc, Nicolas SARKOZY. Nicolas SARKOZY, le sujet qui fait débat c'est cette proposition que vous avez lancée sur un nouveau ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Pourquoi ne pas l'avoir appelé " Immigration et co-développement " comme certains vous l'ont suggéré ou " Immigration et citoyenneté " comme les Canadiens le font, par exemple ?

NICOLAS SARKOZY
Bon, enfin écoutez, ça c'est des expressions ; qu'est-ce qui compte en vérité ? Est-ce qu'on se rend compte de ce qui se passe ? Jean-Marie LE PEN au deuxième tour de la présidentielle de 2002. Des Français qui souhaitent qu'on parle des problèmes qui les concernent ; un Français sur deux qui ne vote pas. La France qui a créé l'Union européenne, 55% de non au référendum et on vient me dire quoi ? Ah ! tu sais, Nicolas, il ne faut pas parler trop fort. Il ne faut pas faire de propositions, il faut penser rien et proposer rien. Et je dis : eh bien, non, je ne suis pas d'accord. L'immigration c'est un grand sujet. La France est un pays qui s'est construit par l'ouverture ; je veux que la France reste ouverte, accueillante et généreuse. Je veux que tous ceux qui aiment la France et respectent la France soit accueillis chez nous parce que nous avons besoin d'eux. Et je dis une chose : nous avons un socle de valeurs : la laïcité, la séparation du temporel et du spirituel, l'égalité entre la femme et l'homme qu'on ne bradera pas. Si vous n'expliquez pas à ceux qui vont nous rejoindre, les immigrés, qu'il y a des valeurs que nous ne négocierons pas, qui s'appelle l'identité de la France, comment voulez-vous qu'ils s'intègrent.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
En tant que ministre de l'Intérieur, vous avez fait voter plusieurs lois sur l'immigration. Pourquoi est-ce que vous ne l'aviez pas proposé avant ?

NICOLAS SARKOZY
Bien sûr, non mais là je répondais à votre première question. J'aimerais qu'on puisse...

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Oui, mais alors, pourquoi est-ce que ça vient seulement maintenant ?

NICOLAS SARKOZY
J'aimerais qu'on puisse dire : j'aime la France, sans être nationaliste. J'aimerais qu'on puisse parler de l'immigration sans être traité de raciste. J'aimerais qu'on puisse dire que le rôle de l'Etat est de protégé sans être traité de protectionniste. On ne peut plus rien dire sur rien. Alors deuxième point, je veux qu'on maîtrise l'immigration. L'immigration c'est un sujet de la campagne. Pourquoi ? parce que l'immigration d'aujourd'hui c'est la France dans trente ans. Bien sûr qu'il faut faire une place à ceux qui nous rejoignent ; mais je dis une chose : c'est que je veux réformer assez profondément les conditions du regroupement familial en France.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Alors, pour beaucoup de vos adversaires, ça veut dire que vous " droitisez " un peu votre discours et que ce n'est plus très utile puisque ça y est, Jean-Marie LE PEN a assez de voix.

NICOLAS SARKOZY
Mais ça n'a rien à voir avec la droite ; il y a tout un tas de gens qui votent à gauche et qui considèrent qu'il faut maîtriser l'immigration. Je dis les choses. Quand on veut faire venir sa famille en France - c'est un droit, je me battrai pour la défense de ce droit - il est normal qu'on exige de celui qui veut faire venir sa famille qu'il ait un logement pour la loger, pour arrêter le scandale des squats. Qu'il ait un revenu de son travail et pas des allocations sociales, pour la faire vivre. Et j'ai proposé que de surcroît, ceux qui vont rejoindre le membre de la famille en France, apprennent le français avant de venir sur notre territoire. Expliquez-moi un peu comment on peut s'intégrer si on ne parle pas la langue ? Mais dire ça, ce n'est pas une question de droite ou de gauche ; c'est simplement une question de bon sens. Toutes les démocraties dans le monde le font. Alors, qu'est-ce qu'on me dit en face ? On me dit : ah, ce n'est pas bien,, il ne fallait pas parler de ça. Pourquoi ! Alors, à quoi ça sert la France et l'élection présidentielle, si on ne parle pas de ce qu'est l'identité nationale. Je suis candidat à la présidence de la République française ; je veux parler de la France. La France, ce n'est pas une ethnie, ce n'est pas une race ; la France est une communauté de valeurs. Mais il est parfaitement normal que je dise à ceux qui veulent nous rejoindre : bienvenue, mais aimez la France.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Mais les plus modérés de vos...

NICOLAS SARKOZY
Respectez la France...

PATRICK POIVRE D'ARVOR
De vos adversaires...

NICOLAS SARKOZY
Adhérez ...

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Ils vous disent simplement : est-ce que c'était bien utile de créer un ministère pour cela.

NICOLAS SARKOZY
Sur les quinze pays de l'Union avant l'élargissement, il y en a quatorze qui ont un ministère de l'immigration, un seul qui n'en a pas, c'est nous. Depuis trente ans qui ne voit qu'à force de ne pas parler de ce sujet on le laisse à quoi ? Eh bien au monopole, aux extrémistes. La meilleure façon de répondre aux provocations de Jean-Marie LE PEN, pour faire revenir une partie de ces électeurs qui se sont laissés abusés, vers le camp républicain, c'est de bouger, c'est de parler. Moi, au fond, qu'est-ce que je pense ? C'est que la France a des problèmes. Je suis le candidat qui veut apporter des réponses aux problèmes des Français. Il y a un gigantesque problème de pouvoir d'achat. je veux que la France, on puisse travailler davantage pour gagner davantage. Il y a un gigantesque problème d'endettement ; eh bien je dis : voilà, il faut faire des économies, notamment sur les effectifs dans la fonction publique. Ce n'est pas parce que je n'aime pas les fonctionnaires. Je dis simplement : comment voulez-vous qu'on réduise l'endettement de la France si sur 45% du budget on dit : c'est impossible de faire des économies. Je veux dire aux Français que le plein emploi que connaissent tant d'autres pays à travers le monde, c'est possible. Pour peu qu'on vous laisse travailler. Je veux dire aux Français qu'améliorer les petites retraites, c'est possible. Pour peu qu'on fasse la réforme des régimes spéciaux de retraite. Ce n'est pas normal qu'on cotise tous 40 ans et que certains cotisent 37,5 ans. Ce n'est insulter personne que de dire ça. Moi qu'est-ce que je veux, au fond ? C'est profiter de cette campagne pour dire aux Français : voilà, il y a des problèmes en France ; il faut les résoudre ; j'ai des solutions pour les résoudre, j'ai l'énergie pour les résoudre, peut-être même ai-je l'expérience. Eh bien je vous propose ensemble de faire le plein emploi ; de donner davantage de pouvoir d'achat, de libérer les forces de la création de France...

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Alors, puisque vous parlez d'expérience et de pouvoir d'achat dans la mesure où vous êtes passé à Bercy, est-ce que vous pouvez nous dire sept ans après le passage à l'euro que finalement les Français se sont fait avoir dans cette histoire. Que visiblement on leur a retiré un peu de leur pouvoir d'achat.

NICOLAS SARKOZY
Non.. je veux parler franchement, j'ai voté pour l'euro et si c'était à refaire, je le referais.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Oui mais les commerçants, les industriels en ont profité pour allonger...

NICOLAS SARKOZY
Je veux poser deux questions : oui, ça a augmenté les prix et ne pas le reconnaître c'est mentir ou ne pas voir la vérité. Et vous voyez que sur la conjonction des 35 heures qui ont empêché les augmentations de salaire et de l'euro qui a masqué une augmentation des prix, ça a pesé sur le pouvoir d'achat des Français. Il y a une deuxième chose que je veux dire : je crois dans la monnaie unique et je crois dans l'Europe. Mais moi je n'accepte pas la façon dont est géré l'euro. Mais enfin, si ça continue, on ne va plus pouvoir construire un seul avion en Europe. Est-ce que vous savez que, quand l'euro s'apprécie de 10 centimes, AIRBUS a une facture de un milliard d'euro. L'euro s'est appréciés de 30% par rapport au dollar.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
C'est ce qu'on dit tous les partisans du non au référendum.

NICOLAS SARKOZY
Oui mais moi je dis que j'étais un partisan du oui, et je dis que je demanderai à nos partenaires de gérer l'euro comme les Américains gèrent le dollar, les Japonais le... les Chinois le Yuan et les Anglais la livre sterling. Moi je veux qu'on donne la priorité au travail et aux travailleurs pas à la valeur de la monnaie. La monnaie ça doit être un instrument au service de la croissance et de l'emploi. C'est possible. Le mot " fatalité " au fond, il ne fait pas partie de mon vocabulaire. Et si je suis candidat à la présidence de la République, c'est pour dire des choses. Alors je vois bien que mes contradicteurs diront : oh, là, il ne faut rien dire, il ne faut rien penser. Mais est-ce qu'on va résoudre les problèmes de la France ? Est-ce qu'on ne voit pas que la promotion est en panne ; que l'intégration est en panne ; qu'on a encore - malgré nos efforts - un peu plus de 8% de chômeurs, quand les Anglais n'en ont que 4. Alors s'il n'y a rien à faire, pourquoi demander qu'on vote pour nous ?

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Il y a un contradicteur, une de vos " contractrices " qui s'est exprimée aujourd'hui sur France Bleu Ile de France, c'est Ségolène ROYAL. Elle parlait du phénomène François BAYROU qui monte, qui monte et elle disait qu'au fond, c'était une démagogie que de penser régler les problèmes en effaçant les clivages politiques et elle parlait même d'une sorte de forme d'imposture. Est-ce que c'est un mot que vous reprendriez à votre compte ?

NICOLAS SARKOZY
Non parce que je n'aime pas les mots, comme ça, qu'on jette à la figure, qui sont si violents alors que la France a besoin d'apaisement et de rassemblement. Et donc imposture, non. François BAYROU...

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Mais c'est un homme de droite, du centre..

NICOLAS SARKOZY
Mais je ne sais pas, c'est à lui qu'il faut demander. Je ne suis pas son porte-parole.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Vous le connaissez, vous avez travaillé avec lui au gouvernement.

NICOLAS SARKOZY
Bien sûr que je le connais, c'est quelqu'un avec qui j'ai beaucoup parlé. Qu'est-ce que je peux dire sur François BAYROU ? C'est que j'ai l'impression que ce qu'il propose aux Français c'est la confusion alors que les Français ont besoin de clarté. Pourquoi la confusion ? Parce que, quand on dit : on va mettre l'opposition et la majorité dans la même équipe, on ne se pose pas la question de cette équipe. Alors, prenons la question des 35 heures. Si on met majorité, opposition, qu'est-ce qu'on fait sur les 35 heures ? Prenons l'exemple des régularisations globales pour les immigrés clandestins ? la gauche les souhaite, la droite n'en veut pas. Au fond, il propose un système où celui qui appuie sur le frein est toujours plus fort que celui qui appuie sur l'accélérateur. Ca conduit à quoi ? A une forme d'immobilisme. Moi je dis aux Français autre chose : on va faire ensemble les changements. Ensemble, on va s'inspirer de ce qui marche à travers le monde et on va recréer les conditions de la prospérité, de l'innovation et de la création pour notre pays. C'est possible. Ce que les autres ont fait, on va pouvoir le faire tous ensemble. Et au fond, moi ce qui m'intéresse ce n'est pas de dire du mal des autres, vous savez, parce que c'est tellement classique ; ils en disent tant de moi. Et à l'arrivée, est-ce que ça change le quotidien de ceux qui nous regardent. Moi ce qui m'intéresse c'est autre chose. Je veux que cette campagne passionne et je veux que les gens se disent ...

PATRICK POIVRE D'ARVOR
C'est le cas pour l'instant, je vous rassure...

NICOLAS SARKOZY
En bien tant mieux ! si on n'a fait que ça, ce n'est déjà pas si mal. Et qui disent : au fond, j'ai compris ce qu'il propose. Et ce que je souhaite c'est que chacun se dise que dans la société que je veux proposer il aura sa place ; que tout le monde a sa place, quelle que soit la couleur de sa peau, l'origine de son quartier. A une seule condition : qu'on remette le travail au coeur des valeurs de notre société.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
Merci Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
Merci de m'avoir invité.

PATRICK POIVRE D'ARVOR
D'avoir accepté notre invitation.


NICOLAS SARKOZY
C'est bien volontiers.


Source http://www.u-m-p.org, le 15 mars 2007

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