Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement, à RMC le 13 mars 2007, sur les chiffres du chômage et son livre programme pour l'élection présidentielle 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement, à RMC le 13 mars 2007, sur les chiffres du chômage et son livre programme pour l'élection présidentielle 2007.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement;

ti : J.-L. Borloo bonjour.

Bonjour.

Q- Ca va ?

R- Très bien !

Q- Très bien ?

R- Oui.

Q- On parle beaucoup de vous en ce moment.

R- Ecoutez, je ne sais pas, mais enfin, là ce qu'on vient de voir c'est les chiffres de l'emploi qui viennent de tomber.

Q- Oui, on va en parler, évidemment. D'abord, eh bien, tiens ! Donnez-les nous, les chiffres de l'emploi.

R- Ecoutez, ils viennent de tomber, il y a 17,8 millions de salariés en France, aujourd'hui - c'est le plus grand chiffre de l'histoire de notre pays. 252.000 salariés en plus, les chiffres des Caisses de Sécurité sociale sur un an. Cela fait 450.000 en 24 mois. En gros, on a un peu moins de 500.000 salariés de plus et à peu près 450.000 chômeurs de moins. Les deux chiffres sont assez cohérents...

Q- Sur un an ?

R- Sur deux ans, mais ça s'accélère. Les derniers chiffres s'accélèrent. Ils sont d'ailleurs rectifiés à la hausse...

Q- Malgré tout ce qu'on dit sur les radiations sur les...

R- Oui, vous savez, on est un pays qui...

Q- Vous faites fi de tout ça, J.-L. Borloo ?

R- Bah ! Oui, parce que quand on a 450.000 chômeurs de moins et 500.000 salariés de plus, on se dit qu'il y a peut-être un petit rapport entre les deux, vous voyez. D'ailleurs, on voit très bien quels sont les secteurs sur lesquels on recrute le plus : c'est évidemment l'ensemble des métiers de la construction et du bâtiment qui va jusqu'au design, les fluides etc. C'est assez normal, puisqu'on a triplé la production de logements sociaux, on est en train de la tripler. On construisait 270.000 logements, on a 560.000 permis de construire déposés, là, à cette heure-ci sur les 12 derniers mois. Donc tout ça n'est pas l'effet du hasard. On voit les services à la personne qui se développent de manière massive. Donc on voit bien que le tertiaire progresse très vite, l'industrie évidemment stagne et s'effrite un petit peu - et ça c'est vrai de tous les pays européens - sans que ce soit d'ailleurs une baisse forte...

Q- On annonce des suppressions d'emplois dans l'automobile par exemple. La sous-traitance automobile...

R- Oui, enfin là, on est vraiment sur des problèmes de lancement de gammes et j'espère notamment avec la nouvelle Twingo que tout ceci va se redresser. Non, la France est en mutation, je veux dire, il faut quand même dire les choses assez simplement : 8,5 % de taux de chômage c'est le meilleur chiffre des 25 dernières années. Alors moi, je veux bien qu'on passe son temps à expliquer les choses de manière dramatique, ça veut dire qu'il y a toujours deux millions de chômeurs, il ne faut pas... Quand même ! Et le doublement de la production de logements, c'est quand même quelque chose qui est assez spectaculaire. Cela fait 30 ans qu'on n'avait pas construit autant dans ce pays. Donc voilà les choses se redressent rapidement. Moi, j'avais indiqué qu'on serait aux alentours de 8,7-8,8... quand on était à 10,2 % de chômage et on avait un côté inexorable depuis cinq ans. On m'a pris à l'époque pour quelqu'un de pas très raisonnable. J'avais indiqué la même chose sur le logement. J'observe que quand on prend les problèmes un par un, sérieusement, qu'on regarde pourquoi est-ce qu'on a une difficulté, quelle est la nature de la difficulté et qu'on apporte les réponses, comme dans toutes les autres activités du monde, les choses d'améliorent.

Q- Alors des questions précises - on va revenir sur votre programme, parce que ce qui m'intéresse, c'est votre livre-programme, J.-L. Borloo. D'abord l'actualité : la justice qui attendrait J. Chirac. Commentaire ?

R- Aucun. Moi, je suis absolument fasciné d'apprendre que le Marquis de Source Sûre saurait que... Enfin je trouve ça un peu étonnant, je trouve ça un peu triste. Ca n'a strictement rien à voir avec le fait lui-même, je veux dire la justice fait ce qu'elle croit devoir faire. Mais voilà, j'ai une drôle d'impression. J'ai d'ailleurs apprécié le commentaire de S. Roral, hier soir là-dessus.

Q- Bien ! "Le manifeste" - la modernisation de la vie politique française - notre manifeste c'est avec LH2 et 20 Minutes. Nous demandons aux Français ce qu'ils pensent de la vie politique française et ce qu'ils pensent de tous les grands sujets politiques depuis des mois et des mois. Nous avons fait un gros travail. Dernière vague, nous avons posé la question aux Français : est-ce que pour résoudre les problèmes de la France, il faudrait un gouvernement d'union composé de personnalités de bords politiques différents et rassemblés sur un projet commun ? Réponse « oui » 65 % des Français.

R- Oui, bien sûr. Si vous dites aux gens : "Ecoutez, je vais vous prendre les meilleurs partout", normalement ou toute personne censée vous dit « oui bien entendu, prenez les meilleurs partout. »

Q- C'est ce que dit Bayrou selon vous ou pas ?

R- Ecoutez, oui, c'est ce qu'il exprime. Sauf qu'il ne dit pas comment il va faire. Vous savez, moi, si je vous dis "je reprends le club de Clermont-Ferrand et je vous dis qu'avec Maldini, Juninho", l'année prochaine, on pourrait faire un tabac. Mais si je n'ai pas Maldini, Juninho, je ne fais pas le tabac. Bon, la vraie question, c'est celle-là. Et puis la deuxième, c'est qu'il faut avoir une majorité de parlementaires. Les choses sont assez simples : au deuxième tour de la présidentielle, vous allez bien avoir deux candidats et deux seulement. Vous allez avoir la moitié de la France qui va, en gros voter pour l'un et l'autre moitié pour l'autre. C'est comme ça, ça se termine de manière binaire. Donc au deuxième tour, il y aura un affrontement gauche/droite ou il y aura F. Bayrou face à quelqu'un et il deviendra ipso facto dans le camp des gens qui auront voté pour lui, face aux autres. Donc il y aura, voilà, ou F. Bayrou s'associera avec la gauche ou avec la droite. Les choses sont simples.

Q- J.-L. Borloo, vous regrettez de ne pas avoir été candidat ? Franchement ?

R- J'y ai réfléchi pour vous dire la vérité.

Q- Vous y avez réfléchi, je le sais.

R- Mais bien sûr que j'ai réfléchi, sérieusement et j'avais le souvenir de 2002. Je ne l'ai pas fait, parce que j'ai craint d'apporter au fond une dispersion et d'ailleurs qui va peut-être arriver cette fois-ci. Tout le monde a l'air de considérer que les choses sont assez simples...

Q- Est-ce qu'avec le recul, vous regrettez ? Franchement ?

R- Le mot "regret", non, non, non, mais...

Q- Un peu quand même, me semble-t-il ?

R- Non, non, non, j'y ai réfléchi, j'ai pris ma décision en mon âme et conscience.

Q- Parce qu'il vous aviez un espace là ?

R- Oui, vous savez le problème ce n'est pas de gagner, le problème c'est de gouverner. Et ce grand pays latin se passionne pour les élections, c'est un grand peuple la France. Mais j'espère que tous les responsables politiques ont bien en tête qu'il faut gouverner pendant cinq ans, et qu'ils ont bien une vision de là où ils veulent amener notre pays. Gouverner c'est difficile. Il faut faire des choix, vous ne pouvez pas tout faire, il faut avoir des priorités, une méthode, être capable de créer du consensus, être capable de faire du partenariat, avec des gens qui parfois n'ont pas forcément envie d'être les partenaires de l'Etat. Donc ça demande un énorme engagement personnel, vous savez c'est une...

Q- C'est ce qui vous a fait reculer, J.-L. Borloo ?

R- Non, non, non, je pensais simplement que je n'étais pas... Vous savez, se dire "je peux être celui qui amène mon pays", il faut avoir un mental particulier, même d'ailleurs et pourquoi pas dire un ego extrêmement développé. Il m'a manqué probablement une piqûre d'ego. Et puis, très sincèrement, je reviens sur cette idée de confusion et je ne suis pas sûr qu'à six semaines, là, à six semaines, il n'y ait pas d'énormes risques de surprise à ces élections.

Eh bien, on va en reparler et on va parler encore une fois de vos idées qui sont développées dans ce livre, dans deux minutes. Il est 8 heures 41.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 mars 2007

Rechercher