Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à France inter le 12 mars 2007, sur le parcours politique de J. Chirac et sur son projet de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à France inter le 12 mars 2007, sur le parcours politique de J. Chirac et sur son projet de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle 2007

ti : Q- N. Demorand : C'est N. Sarkozy qui se met en quatre ce matin sur France Inter. Bonjour monsieur.

R- ...Bonjour. J'attendais de dire "Bonjour Monsieur Sarkozy", mais ça s'est arrêté, mais bon. Bonjour monsieur Demorand.

Q- N. Demorand : Voilà, bonjour à vous, ministre de l'Intérieur, président de l'UMP, candidat à la présidentielle. Je vous rappelle les quatre moments de cette matinée spéciale. Dans quelques instants, interview sur vos idées, votre programme, sur le contexte politique également. A mes côtés, H. Jouan. 8 heures et demi, la revue de presse, vous avez choisi d'accompagner C. Dumetz plutôt que de la faire vous-même. 8 heures 40 l'invité de l'invité, vous nous direz tout à l'heure qui vous avez choisi de nous présenter. Et à 8 heures 50, " Inter-Activ " avec les questions déjà très nombreuses des auditeurs de France Inter... Alors commençons, N. Sarkozy, par l'allocution de J. Chirac, hier soir à la télévision, à la radio. Après 40 ans de vie politique, il quitte donc la scène et une page se tourne. Qu'avez-vous pensé de ce discours ?

R- Moi, j'ai trouvé que c'était d'abord un moment émouvant, parce que c'était certainement une page de la vie de J. Chirac qui se tournait, mais d'une certaine façon, c'était une page de la nôtre, nous les Français et peut-être de la mienne également. Parce que je ne le connais pas depuis 40 ans, mais enfin ça fait bien une bonne trentaine d'années, j'ai donc trouvé que c'était un moment émouvant, digne. Il a été digne, sincère, c'est important. Je ne pense pas que c'est si souvent qu'on voit un homme d'Etat venir à la télévision disant " voilà, je viens vous dire au revoir, en tout cas dans ma façon de faire de la politique comme je l'ai fait depuis 40 ans, directement opérationnel. J'ai beaucoup aimé ce que j'ai fait. ". Enfin vraiment, on le sentait, on sentait que c'était au fond beaucoup d'émotion, parce que Chirac est quelqu'un de pudique et notamment à la fin quand il a dit " J'aime la France et puis je vous aime. " Je crois que c'est la première fois que je l'ai entendu dire des choses comme ça, ça m'a touché. J'ai vu qu'il y avait beaucoup de commentaires au fond très politiques. Je n'avais pas tellement envie, moi, de faire un commentaire très politique, j'avais envie de faire simplement un commentaire humain. C'est la vie politique, mais j'aimerais qu'on mette plus l'accent sur le mot " vie " que sur le mot " politique " et qu'on soit pour J. Chirac ou contre, qu'on apprécie son bilan ou qu'on ne l'apprécie pas, c'est quand même assez digne quelqu'un qui a fait de sa vie quelque chose, tout le temps dédiée à une ambition, à une action et donc voilà, oui ça m'a touché.

Q- N. Demorand : "Pas depuis 40 ans", disiez-vous N. Sarkozy, maisvous le connaissez, vous le côtoyez depuis longtemps. Quelles images garderez-vous de lui ? Quels enseignements ?

R- Vous savez, moi, en le voyant hier, je me souviens comme si c'était hier - mais mon Dieu que ça passe vite - 1975, nous sommes en juillet 1975, on est à Nice, il est jeune Premier ministre, moi, je suis tout jeune, enfin j'ai 20 ans, je m'en souviens très bien, j'avais voyagé dans le train de nuit, il faisait un temps sublime, c'est la première fois où j'allais à Nice et je suis tombé amoureux de cette ville. On était avec des tas de copains, on avait passé l'après-midi à la plage à regarder tout, pas simplement les musées et...

Q- N. Demorand : Et aussi la mer ?

R- Oui, oui, voilà c'est ce que je voulais dire, je vois que vous connaissez aussi Nice. Vous imaginez 20 ans, Nice, les bâtiments, l'architecture, enfin bon bref, tout ce qu'il y avait à regarder, quand on a 20 ans. Et puis je n'ai pas dormi de la nuit, parce que c'était mon premier discours le lendemain. Et il y avait une immense tribune, au Palais des Expositions. Je pensais à ça, hier, en le regardant. Et puis Chirac qui était Premier ministre, il m'appelle, je suis derrière la tribune, il dit " Sarkozy c'est toi ? ". Je dis " Oui, c'est moi, Monsieur". "Alors, écoute, tu as deux minutes pour parler, au bout de deux minutes, je te reprends le micro. Tu comprends ça ? " Voilà ! Pour moi, vous vous rendez compte, ce que c'est ! Cela fait 32 ans, je n'ai pas vu le temps passer. Et puis voilà je suis candidat à la présidentielle, si les Français me font confiance, je devrais assumer, mais moi, je suis revenu à ça. Alors pardon de faire très personnel, mais on ne peut pas demander simplement un avis sur le bilan de J. Chirac, sur ce qui nous a opposé J. Chirac et moi, il faut être sincère, il faut être franc. Mais ce qui nous a rapproché aussi. Et alors je rentre le soir de Nice, et le lundi matin j'ai un coup de téléphone de la secrétaire, c'était D. Esnous : " Le Premier ministre veut vous voir. " C'est un truc. Voilà. Cela prouve que la vie passe, y compris quand on fait de la politique.

Q- H. Jouan : Est-ce que vous vous sentez aujourd'hui, N. Sarkozy, l'héritier de J. Chirac ?

R- Au fond, je vais vous dire une chose, je ne me suis jamais senti l'héritier de personne, je le dis alors sans aucune arrogance, d'abord parce que c'est tellement facile et tellement convenu de dire " Ah ! Bah ! Le président de la République s'en va, je suis son héritier. " Bon ! La France c'est la République, il n'y a pas d'héritage, je n'ai ni à capter un héritage, ni à me donner. Le président de la République ce n'est pas lui qui désigne son successeur. Et l'héritage, vous savez ce qu'on fait en France : au roi, on a coupé la tête d'un roi, on n'en avait même pas besoin. Donc si on aime l'histoire, il faut faire bien attention à ça. Donc dire l'héritier, ce n'est pas une notion, je ne parle pas de J. Chirac, ce n'est pas une notion qui est dans la vie. Ma vie, je me suis battu, j'ai surmonté des épreuves, j'ai travaillé, alors on peut aimer ou pas, mais on ne m'a rien donné.

Q- H. Jouan : Mais qu'est-ce qu'il vous a enseigné que vous avez envie aujourd'hui de reprendre ?

R- D'abord une énergie extraordinaire, une foi indomptable, une volonté de surmonter les épreuves, c'est très respectable, la vie de J. Chirac. Il a eu des épreuves, politiques, personnelles et puis il n'a jamais mis un genou à terre. Il s'est battu. Il y a une deuxième chose, que je trouve que c'est intéressant, ce qu'il a dit, c'est qu'au fond, il a deux choses : la France a besoin de changements importants, l'expression c'est : "Il faut aller beaucoup plus loin". Et en même temps, la France c'est une permanence. Au fond comment mieux résumer la France que de dire : il y a eu huit siècles de rois capétiens qui ont rêvé de l'unité de notre pays. Et puis qui a fait l'unité ? Ce ne sont pas les rois, c'est la République. La France c'est à la fois le rêve d'unité des rois de France et cette chose extraordinaire, que cette unité rêvée par les rois, c'est la République qui fait... Je crois que ce qu'on a dit de plus intelligent, c'est un grand historien laïc, de gauche, M. BLOCJ : il y a deux catégories de gens, dit M. Bloch, qui ne comprennent rien à la France : ceux qui ne sont pas émus par le Sacre de Reims et ceux qui ne pleurent pas devant la Fête de la Fédération. Comment mieux résumer que la France est une synthèse et j'ai trouvé que Chirac hier, dans son intervention exprimait très bien cette synthèse.

Q- N. Demorand : P. Rothman, qui va consacrer un long documentaire à la télévision, dit qu'il a découvert chez J. Chirac, une dimension tragique, N. Sarkozy. Qu'en pensez-vous ?

R- Ça c'est très compliqué, mais je ne pensais pas être invité pour parler de choses aussi profondes et intimes. Je pense que J. Chirac est sans doute l'homme le plus complexe et le plus pudique qui m'ait été donné de rencontrer dans la vie politique. Je pense que j'ai eu avec lui des centaines et des centaines de tête-à-tête depuis 1975. Rien que depuis 2002, on se voit deux ou trois fois par semaine. Vous voyez, je vais vous dire, en quittant votre studio, je le retrouve, comme tous les lundis matins à cette heure-là. C'est un homme qui ne correspond absolument pas à l'image qu'on en donne, je le crois très complexe, très secret, il n'est pas du tout extraverti, il n'est pas du tout binaire, et partant il a parfaitement compris que dans la vie, il pouvait y avoir des épreuves et des tragédies. Mais il garde tout ça pour lui et forcément à force de le garder, ça doit faire quelque chose à l'intérieur.

Q- N. Demorand : Mais est-ce que la dimension tragique ne vient pas aussi en 2007, du fait que personne et même le candidat de son propre camp, à savoir vous, ne se dit chiraquien dans cette campagne ? Il n'a pas d'héritier, il n'a pas de fils spirituel ?

R- Non, mais monsieur Demorand, moi, j'essaie d'être sincère et je pense que là... disons les choses clairement, le premier problème de la vie politique française, c'est un formidable déficit d'authenticité. Je n'aime pas le mot " vérité " parce que la vérité, il y en a certainement plusieurs. Disons "sincérité". Qu'est-ce que vous voulez ? Fils spirituel, j'ai un père, ce n'est pas J. Chirac, enfin j'ai 52 ans, je n'ai pas demandé l'autorisation ni pour être candidat ni pour assumer mon projet politique. Il se trouve que j'ai habité dans la même famille politique que J. Chirac depuis que je suis rentré dans la vie politique. Je dois le connaître, que nous partageons beaucoup de choses ensemble, que je savais ce qu'il allait dire ce soir, hier soir, pardon. Et que je sais même comment ça va se passer dans la suite, parce que J. Chirac et moi nous avons parlé.

Q- H. Jouan : Et vous allez nous le dire ?

R- Non. Pour une raison simple, madame Jouan : d'abord je ne suis pas son porte-parole, il y aurait beaucoup d'outrecuidance à dire ça.

Q- N. Demorand : L'idée peut-être, juste ?

R- Mais l'idée c'est qu'on s'est beaucoup parlé et qu'au fond, alors il y a peut-être quelque chose dans laquelle je me reconnais, c'est au fond dans la façon dont j'ai conquis l'UMP. Peut-être que ça rappelait la façon dont J. Chirac avait, comment dire, conquis le mouvement gaulliste en 1974. Que peut-être dans l'énergie que je mets dans toute chose - je suis le champion du monde du trampoline - dans les épreuves, les échecs, les rebondissements, peut-être que ça peut lui rappeler quelque chose. Mais vous vous rendez compte le ridicule qu'il y aurait pour moi à dire "allez, allez ! C'est bon, voilà maintenant, il a dit au revoir et c'est moi qui suis"... Ça n'aurait aucun sens. Même je vais vous dire mieux, monsieur Demorand : ça manquerait même de dignité. Et au fond, on peut peut-être faire de la politique avec de la dignité.

Q- N. Demorand : Vous avez déclaré, N. Sarkozy, vouloir créer un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. Alors si on peut comprendre pour l'immigration, le raisonnement qui consiste à dire "regroupons tous les services qui travaillent sur cette question et qui sont dispersés en différentes antennes aujourd'hui", on comprend moins bien la création d'un ministère de l'Identité nationale. Quelle serait sa charge ? Quel serait son domaine de compétence ?

R- D'abord merci de comprendre qu'il faut créer un ministère de l'Immigration, puisque c'est grosso modo ce qui existe dans la totalité des pays européens. Il faut quand même, que ceux qui nous écoutent, comprennent aujourd'hui, l'immigration. Même si bien sûr la coordination est éclatée entre trois ministères : Affaires étrangères pour les visas, Affaires sociales pour les indemnisations, les allocations et ministère de l'Intérieur pour l'ordre public. Moyennant quoi, il y a trois logiques, il n'y a pas de politique de l'immigration. Disons monsieur Demorand, les choses comme elles sont, notre pays depuis 30 ans n'a pas fait l'effort de définir une politique de l'immigration. Ce qui fait qu'on a ouvert un espace énorme aux extrêmes, entre ceux qui disent " aucune limite " et ceux qui disent " aucune immigration " ce qui n'a aucun sens, car la France s'est construite par l'ouverture et par des vagues successives d'immigration. D'ailleurs si on fait le tour de la consonance de nos noms autour de cette table, on voit ça. Premier élément. Deuxième élément, pardon d'être pédagogique, en tout cas d'essayer, y a-t-il une identité nationale française ? Et ça, c'est un sujet absolument passionnant, car nous sommes au coeur de la crise de l'identité française, pourquoi ?

Q- N. Demorand : Oui, mais surtout est-elle du ressort d'un ministère, N. Sarkozy ?

R- Mais monsieur Demorand, je ne vais pas fuir, rassurez-vous, mais je veux bien expliquer, parce que c'est tellement sérieux, c'est tellement important. Voilà, la France ce n'est pas une ethnie, la France ce n'est pas une race. Prenons la Chine. 90 % des Chinois sont des " Huns ". On peut dire que l'empire colossal chinois c'est une race, c'est une ethnie, ce n'est pas mal que de dire ça. La France c'est une addition de petites patries, comprenez nos provinces, nos territoires, qui a fait une nation qui n'est pas réductible à une ethnie, à une race. La France, c'est une idée, c'est un idéal, c'est une aspiration, c'est une communauté de valeurs et je vais même dire quelque chose peut-être qui va vous étonner : la France n'est pas réductible à une démocratie, puisque la France est une République. Quelle est la différence ? Ce n'est pas de l'intellectualisme, c'est important. La démocratie, c'est la loi de la majorité et la minorité s'incline, la République c'est autre chose. C'est la laïcité, c'est l'égalité entre les droits de l'homme et de la femme. Alors pourquoi je lie les deux, pardon excusez-moi....

Q- N. Demorand : Et surtout à un ministère, N. Sarkozy, parce qu'on ne voit pas quels types de loi pourrait penser ce ministère ?

R- J'y viens, j'y viens. J'y viens. Parce que le coeur - pourquoi l'intégration à la française - ça ne marche plus ? Il n'y a pas une personne sérieuse qui vous dise que la machine à intégrer ça fonctionne. Après tout ce qu'on a connu, des émeutes dans les banlieues, parce qu'à partir du moment où ils ne se donnent pas la peine de réfléchir à : c'est quoi la France ? C'est quoi être français ? C'est quoi l'identité de la France ? A quoi voulez-vous que ceux qui arrivent puissent adhérer, puisqu'on ne leur dit pas qu'il y a quelque chose à adhérer. Donc je veux clairement lier l'immigration qui va venir, l'identité qui est la nôtre, pour dire à ceux qui vont venir, qu'ils doivent adhérer à des valeurs, qu'ils vont enrichir de leur propre identité, les valeurs sur lesquelles nous ne sommes pas prêts à transiger. Alors pourquoi un ministère ? Tout simplement parce que la politique ça sert à quelque chose, ça sert à agir. Je veux relancer le système d'intégration à la française. Alors prenons un exemple...

Q- N. Demorand : Vous ne regrettez pas le terme, " ministère de l'Immigration et de l'Intégration " et les valeurs communes et de la citoyenneté. A travers le monde, il y a un certain nombre d'exemples, qui démontrent qu'on peut lier les deux, mais là, identité nationale, est-ce le travail d'un ministère ?

R- Franchement, ce que je ne regrette pas, c'est d'essayer d'agir. Enfin et vous, est-ce que vous ne regrettez pas que la France, pays des Droits de l'Homme mette Le Pen au deuxième tour de la présidentielle en 2002 ? Réveillez-vous ! Ce n'est pas un problème ? Et vous est-ce que vous ne regrettez pas, pardon vous, ce n'est pas " vous ", monsieur Demorand, est-ce qu'on ne regrette pas que la France qui a crée l'Union européenne, vote à 55 % contre l'Europe ? Et qu'est-ce qu'on me propose ? D'être candidat à la présidentielle et de continuer comme les autres, les mêmes tabous, le même bruit avec la bouche, les mêmes mots pour ne rien dire ! Qui ne voit que je suis justement en train d'essayer de faire quelque chose d'extrêmement important, c'est-à-dire de dire aux Français : ce n'est pas la peine de vous tourner vers l'extrémisme, on peut agir, agir différemment. Voilà !

Q- H. Jouan : Du coup, quand J. Chirac hier, a dit " la diversité est notre richesse " vous l'avez pris comme un encouragement et non pas comme une mise en garde sur ce propos d'identité nationale ?

R- Bien sûr ! Mais naturellement que la diversité est une richesse, la meilleure preuve, H. Jouan, c'est que je suis l'expression de cette diversité moi-même. On ne peut pas dire que je ressemble à l'homme politique classique, ayant fait l'ENA, un parcours habituel dans les cabinets ministériels et même ressemblant à J. Chirac. La diversité est une richesse, la tolérance et le respect est indispensable. Allez ! Mais qu'est-ce que j'ai voulu dire H. Jouan ? Qu'on peut dire " j'aime la France " sans être un nationaliste. Qu'on peut dire " je veux que l'Europe protège " sans être quelqu'un qui est contre l'Europe. Je veux pouvoir dire qu' "aujourd'hui, la gestion de l'euro, est absurde " tout en étant profondément européen. Je veux pouvoir dire que " la France a une identité " sans être traité de raciste. Je veux pouvoir dire " qu'on ne va pas accepter tous les étrangers de par le monde, parce qu'on ne peut pas, parce que ça va faire exploser la cohésion sociale ", sans être traité de nationaliste refermé sur soi-même. Cette campagne si elle sert à quelque chose H. Jouan, c'est parler vrai, de proposer d'autres solutions, de ne pas continuer. Je voyais que madame Royal, que je respecte, comment une dame quand même qui doit être raisonnable... "Ignoble" dit-elle, mon dieu ! C'est ça le débat ? On en est à ce point là ? On a un quart des Français qui votent, qui votent pour les extrêmes et on dit " ignoble. " On a un Français sur deux qui ne vote pas et on va continuer à faire la même chose ? Non, mais attendez, il faut réagir quand même, c'est important. Il s'agit de la France.

Q- N. Demorand : Une dernière question, N. Sarkozy, C. Dumetz m'excuse pour les deux minutes de retard pour la revue de presse, une enquête d'opinion parue, il y a quelques jours, le 25 février, indique que vous faites peur, N. Sarkozy, à 53 % des Français. Comment l'expliquez-vous ?

R- Je ne sais pas, je ne sais pas si je fais peur, mais si je ne faisais pas peur, à quel niveau serais-je ? Il y a 48 sondages - même si ce n'est pas les sondages qui font l'élection - qui me mettent en-tête au premier, au deuxième tour. Monsieur Demorand, heureusement que je vais peur, parce que si je ne faisais pas peur, quel serait mon classement ?

Q- N. Demorand : Mais vous dites " j'ai changé " et pourtant ce sentiment de peur diffuse - 53 % c'est quand même pas mal - continue à exister. Alors comment traitez-vous cette image-là ? Monsieur Demorand, justement, moi, je ne suis pas là pour traiter ni mon image, ni pour faire du nombrilisme, c'est extraordinaire. Vous savez, je suis passionné d'histoire. Quand de Gaulle est revenu, il y a eu des défilés avec des porteurs de pancartes qui disaient quoi ? "Le fascisme ne passera pas". Quand de Gaulle, le Général de Gaulle... "Le fascisme ne passera pas". Quand J. Chirac s'est présenté à la présidentielle, qu'est-ce qu'on disait, monsieur Demorand, vous êtes trop jeune, mais vous vous en souvenez certainement : " Il fait peur. " Quand Mitterrand, avant d'être élu président : " L'homme le plus haï de France. "

Q- N. Demorand : Vous dites que ce n'est pas incompatible.

R- Non, ce n'est pas ce que je..., je ne me permets pas dire ça. Je dis qu'il faut quand même faire attention à ces sondages et à tout ça. Mais en même temps, c'est fantastique, je suis toujours interrogé là-dessus, mais en même temps les sondages que vous, vous-mêmes vous commandez, ce n'est pas moi qui les paye, c'est vous qui les commandez, ils disent quoi ? Au premier tour, qui est-ce qui est en tête ? Je suis désolé, c'est moi, c'est vous qui le dites. Au deuxième tour, qui est-ce qui est en tête ? C'est moi, c'est vous qui le dites. Et puis après vous dites "Ah ! Dites donc, mais alors dites donc monsieur Sarkozy, vous faites drôlement peur". Mais alors pourquoi je gagne ? En tout cas dans vos sondages ? Arrêtez de commander des sondages qui me mettent en tête, ça serait la meilleure réponse, franchement ! Moi, ce que je sais, c'est que ce n'est pas les sondages qui font l'élection, je me battrai jusqu'à la dernière minute pour expliquer aux Français, qu'il y a des changements indispensables et qu'au fond, on peut faire de la politique autrement. Et dans le fond c'est peut-être ma façon d'être fidèle au message de J.Chirac. Lui-même, il est venu après G. Pompidou et après de Gaulle, il se réclamait d'eux, mais il a fait différent. Moi, je viens après lui, je ferai différent, mais la part de son héritage est un exemple, je l'assume.

Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 mars 2007

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