Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "RFI" le 12 mars 2007, sur l'annonce officielle du du Président de la République de ne pas se représenter à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "RFI" le 12 mars 2007, sur l'annonce officielle du du Président de la République de ne pas se représenter à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer;

ti : Q- Si vous deviez qualifier l'intervention de J Chirac hier soir en quelques mots, quelques adjectifs, vous diriez quoi ?

R- D'abord, comme je l'ai ressenti, c'est à dire avec beaucoup d'émotion, parce que je me suis engagé dans la vie politique il y a près de 25 ans, avec lui et donc c'est un long chemin. Et quand on entend ce discours, bien sûr on repense à tout ce qu'on a pu faire ensemble, parfois d'ailleurs avec certaines appréciations divergentes mais pour l'essentiel, la relation humaine avec cet homme incroyable, qui a vraiment une très forte personnalité, une espèce de richesse humaine. Et puis je me suis souvenu, en l'écoutant, de ce qui au fond pour lui est le plus important et qu'il a pour l'essentiel dit, d'ailleurs. Moi je pense par exemple à la question du handicap, c'est lui qui a fait toutes les lois pour aider les handicapés à s'intégrer dans la société, dans la vie et il le faisait avec une force et je peux vous dire qu'il houspillait les ministres quand ce type de projet n'avançait pas suffisamment. La deuxième chose que j'avais en tête, c'est par exemple le voyage que j'ai fait avec lui, je l'ai accompagné en Chine à l'automne dernier et je me souviens de ces dialogues absolument époustouflants qu'il avait avec le Président chinois, sa connaissance des cultures du monde et sa capacité à anticiper sur l'évolution géopolitique du monde et cette manière qu'il avait de relativiser les choses secondaires et d'aller vers les choses importantes, cette compréhension, c'est cette compréhension qui a fait qu'il a été un des rares chefs d'Etat à s'opposer à la guerre en Irak parce qu'il savait, lui, que c'était une impasse. Et aujourd'hui, on peut lui dire merci quand même que la France n'ai jamais été embarquée dans cette aventure. Et puis une autre chose qui est très forte chez lui, parce que depuis 25 ans que je le connais, je l'ai toujours vu intransigeant là-dessus : c'est le racisme et l'antisémitisme. Et comme grade des Sceaux, je puis vous dire qu'entre 2002 et 2005, il ne cessait avec N. Sarkozy et moi de nous pousser à être plus fermes et à lutter contre la remontée de l'antisémitisme à ce moment-là avec beaucoup de force. Voilà des points de grande vérité de Chirac et c'est à ça que je pensais hier soir.

Q- J. Chirac a expliqué hier soir qu'il aurait l'occasion de s'exprimer sur ses choix personnels - d'ailleurs on peut s'interroger sur l'usage du pluriel. Est qu'il vous paraît évident qu'il soutiendra N. Sarkozy ?

R- Ce qui me paraît évident, c'est qu'il ne pouvait pas ou ne devait pas, je ne sais pas comment dire, le faire hier soir. Hier soir, on était sur autre chose, c'était la relation personnelle entre Chirac et le peuple français, entre Chirac et la France et je pense que ça aurait été une sorte de mélange des genres, d'une certaine façon, que d'aborder le sujet de la présidentielle directement au cours de l'allocution d'hier. Je pense moi, qu'il le fera, je pense qu'il soutiendra le candidat de sa famille politique, cette famille politique qu'il a créée, il faut tout de même le rappeler. L'UMP c'est, entre autres personnes, J. Chirac qui l'a voulue et qui l'a construite et je pense qu'il le fera mais il lui appartient bien sûr de décider du moment et de la forme.

Q- Vous ne l'imaginez pas soutenir un autre candidat, F. Bayrou par exemple ?

R- Je pense qu'à l'évidence, celui qui est le plus proche de lui c'est Sarkozy.

Q- Est-ce qu'il n'est pas un paradoxal de se présenter, pour N. Sarkozy, comme le candidat de la rupture et de donner vraiment l'impression qu'il espère très fort cette espèce d'adoubement du président sortant ?

R- Non, je crois que dans une famille politique, il peut y avoir une diversité. Moi je suis membre de l'UMP et j'étais de la tradition RPR, je suis un ancien du RPR. Mais au sein de l'UMP, nous avons des personnalités différentes. Sur un certain nombre de sujets d'ailleurs, des appréciations différentes, des idées différentes. C'est un rassemblement au sens large de ce mot et donc il y a des gens différents. Ce qui caractérise N. Sarkozy, et c'est à mon avis un des enjeux de cette résidentielle, c'est sa volonté d'aller vers les difficultés, de se colleter avec elles et d'essayer de les résoudre. Et je pense que dans le choix que les Français auront, c'est un point important. Je crois que la crédibilité forte de N. Sarkozy c'est ça, il est sans doute le candidat qui a le plus d'énergie et de volonté de trancher les choses. Bien sûr, cela lui donne une image de rupture par rapport à ce qu'on a pu dire d'une trop grande sérénité ou placidité du Président sortant. Je crois que cette volonté de réforme en particulier dans le domaine économique et social, les Français l'attendent aussi.

Q- Puisqu'on est dans la campagne, un mot de la progression assez constante de F. Bayrou, on en parlait il y a un instant, 23 % hier à égalité avec S. Royal. Il grignote à gauche mais il grignote sans doute un peu à droite aussi. Vous n'êtes pas inquiet tout de même ?

R- Moi je suis inquiet de ce que cela signifie, je ne suis pas sûr, c'est le moins que l'on puisse dire que tout cela va durer mais je suis inquiet de que cela signifie, parce que, comme je le disais il y a un instant, en évoquant la personnalité de N. Sarkozy, ma conviction c'est que notre pays a besoin aujourd'hui de trancher un certain nombre de débats, débats qu'il a eu du mal à trancher en 2002, du fait de la manière dont se sont passées les présidentielles...

Q- La configuration du deuxième tour...

R- Le deuxième tour était une absence de second tour. Bien sûr que tout le monde, tous les gens sérieux étaient contre Le Pen. Donc la France n'a pas tranché, n'a pas fait ses choix sur la réforme économique et sociale,sur la dynamique économique, sur la manière de gérer la globalisation, etc. en 2002. Et nous l'avons finalement d'une certaine façon vécu tout au long de ces cinq ans. Aujourd'hui, il faut trancher ces questions et il faut savoir par exemple en matière de durée du travail, est-ce qu'on libère la durée du travail, est-ce qu'on allège les charges, on supprime les charges sociales sur les heures supplémentaires, comme le propose Sarkozy, ou est-ce que au contraire, on élargit les 35 heures aux petites entreprises ? L'inconvénient de la formule de Bayrou c'est qu'au fond il veut nous laisser dans un flou, c'est-à-dire dans un non choix. C'est peut-être d'ailleurs ce qui fait temporairement son succès, parce que ce n'est pas facile pour un Français quel qu'il soit, pour un électeur de trancher sur les questions difficiles. Et Bayrou au fond, il a une commodité, il représente quelque chose de pratique, il propose aux gens : avec moi vous n'êtes pas obligés de choisir, avec moi vous avez le beurre et l'argent du beurre. Evidemment, pendant un certain temps ça peut marcher. Je pense qu'au bout du compte, les Français verront que c'est un non choix qu'on leur propose.

Q- Je voudrais qu'on revienne un instant sur J. Chirac. Il y a un domaine dans lequel le Président est peu contesté, c'est la politique internationale. Est-ce qu'il faut s'attendre à un changement de cap important dans ce domaine si votre candidat l'emportait, N. Sarkozy ? Et je pense en particulier à la politique africaine et à la politique arabe de la France.

R- Je voudrais dire deux choses là-dessus. Premièrement l'image extraordinaire de Chirac dans la plus grande partie du monde. J'ai été tout récemment pour un déplacement ministériel en Tunisie...

Q- Un peu moins en Angleterre, ce matin c'est un peu dur dans les éditos...

R- Oui, on peut toujours compter sur les Anglais pour dire des trucs sympas sur les Français, mais c'est une vieille histoire. Pour autant, on s'aime bien et puis quand ça ne va pas, on n'est plus du même côté. Mais en Afrique, incontestablement, dans le Moyen-Orient, aussi en Asie, l'image de Chirac est formidable. Donc c'est un capital bien entendu. Tout Président et ceux qui se présentent, je dirais un peu, n'auront pas bien sûr au départ cette image. Autant, pour bien connaître N. Sarkozy, pour avoir beaucoup discuté avec lui de ces sujets - et d'ailleurs sa conférence de presse là dessus en a été une illustration - je crois qu'il sait qu'il devra s'inscrire dans une tradition de la politique étrangère française fondée d'abord sur un certain positionnement sur les grands dossiers du monde et puis aussi sur la géostratégie. Cela n'est pas un hasard si la France, compte tenu de là où elle est située au sud de l'Europe face à la Méditerranée, avec le Maghreb en face d'elle et puis le Moyen-Orient, elle a nécessairement une politique arabe par exemple, ce qui ne l'empêche pas d'essayer comme il l'a fait, d'ailleurs en particulier pendant le dernier quinquennat, d'améliorer nos relations avec l'Etat d'Israël. Voilà, je prends cet exemple qui est sans doute un des plus emblématiques, mais je crois que N. Sarkozy en donnant son style, en faisant, bien sûr passer sa manière d'être, sa manière de faire sera finalement assez dans la tradition gaulliste de la politique étrangère française.

Q- Cela vous a-t-il surpris que G. Bush soit le premier dirigeant
étranger à réagir à l'intervention de J. Chirac hier ?

R- Je trouve ça plutôt sympa, je trouve ça plutôt bien. Ils se sont colletés pendant des années mais je trouve qu'il y a un côté sportif, un côté fair play que je trouve plutôt sympathique.

Q- Un mot au ministre des Transports que vous êtes. Cette semaine, un temps fort pour vous : c'est l'inauguration du TGV est qui se fera jeudi ?

R- C'est une affaire fantastique. Pas seulement parce que ça a coûté 4 milliards, pas seulement parce qu'on va aller à Strasbourg en 2h20, à Reims en ¾ d'heures - donc on change complètement la relation entre l'Est de la France et Paris, mais aussi parce que là on est vraiment dans un réseau TGV européen. Vous savez qu'on pourra aller jusqu'à Francfort au nord et jusqu'à Munich au sud avec des trains allemands qui rouleront sur l'ensemble et des trains français qui rouleront aussi sur l'ensemble. C'est-à-dire qu'on a vraiment là, ça y est, l'esquisse d'un réseau européen de TGV. Et c'est vraiment quelque chose d'important pour le développement durable parce qu'il vaut mieux faire rouler des trains à grande vitesse qu'un grand nombre d'avions.

Rechercher