Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la déportation des enfants juifs pendant la deuxième guerre mondiale, Paris le 14 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la déportation des enfants juifs pendant la deuxième guerre mondiale, Paris le 14 mars 2007.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président ; FRANCE. UMP, sénateur

Circonstances : Présentation du livre "Pithiviers-Auschwitz", au Sénat le 14 mars 2007

ti : Madame le ministre d'Etat, très chère Simone VEIL
Mes chers collègues, cher Jean-Pierre SUEUR,
Chers amis,


Ce n'est pas sans une certaine émotion que j'ai le plaisir de vous souhaiter aujourd'hui une très chaleureuse et très cordiale bienvenue dans les Salons de la Présidence du Sénat.

Cette émotion, chacun la ressent ce soir où nous sommes réunis à l'occasion de la parution d'un ouvrage exceptionnel sur les camps d'internement du Loiret ; un livre qui illustre la participation de Vichy à l'oeuvre abominable de la « solution finale », mais aussi un livre qui fait vivre la mémoire, la dignité et l'humanité de nos frères et soeurs disparus.

De 1941 à 1943, 18 000 adultes et enfants, juifs pour la plupart, ont été internés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la- Rolande, avant d'être déportés pour la plus grande majorité d'entre eux vers le camp de la mort d'Auschwitz, à partir de juin 1942.

18 000 Français, dont -pardonnez-moi de rappeler cette horreur- 4 000 enfants, qui auront été arrêtés, internés puis déportés par des compatriotes zélés et complices.

Je pense à ces femmes et à ces hommes arrachés à leurs enfants en juillet 1942 avant d'être déportés ; je pense à leurs enfants déportés eux aussi quelques jours plus tard, après que Vichy a donné son accord à la proposition de Pierre LAVAL de déporter les enfants âgés de moins de 16 ans...

Le « Paris-Auschwitz » qui part ce 17 juillet 1942 à 6h15 n'est donc pas un train ordinaire. C'est le train de tous les innocents, ceux de la rafle des « Billets verts » comme ceux de la rafle du Vel d'Hiv. C'est le train de la monstruosité nazie en marche. C'est le train du renoncement de la France à elle-même.

Les camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers matérialisent la mise en oeuvre sordide, implacable et inhumaine de la folie des dirigeants nazis réunis à Wannsee.

Ils sont le symbole de la logistique macabre fournie par le régime de Vichy qui faisait, en ce funeste été 1942, un pas supplémentaire, un pas de trop, dans ses visées antisémites et collaborationnistes.

Les témoignages si bouleversants recueillis par Mme Monique NOVODORSQUI-DENIAU et son équipe nous racontent, à nous les heureux bénéficiaires d'une Europe en paix depuis plus de 60 ans, la folie des hommes, l'angoisse de l'éloignement, l'aliénation de l'internement et l'enfer de la déportation.

Il y a aussi, je veux le souligner, ces chants, ces rires et ces prières, ces étincelles de dignité et de profonde humanité qui brillent dans la nuit barbare et qui nous font garder confiance dans la nature humaine.

A ces ombres innocentes, ces hommes, ces femmes, ces enfants juifs qui sont passés ou sont morts dans les camps du Loiret -et je n'oublie pas non plus celui de Jargeau dans lequel étaient internés les Tziganes- nous devons le souvenir, la reconnaissance et le témoignage.

Il appartient aux générations successives de ne jamais oublier l'horreur absolue, la négation totale de l'Homme qu'engendra le régime nazi. C'est désormais notre responsabilité collective.

Depuis 1991, le Centre de recherche et de documentation sur les camps d'internement et la déportation juive dans le Loiret (CERCIL) s'honore de regarder notre Histoire en face. Non pour la conspuer en vain, mais pour mieux la conjurer, à jamais.

Mon cher collègue, cher Jean-Pierre SUEUR,

Je tiens à vous remercier très sincèrement, vous qui êtes le président de ce lieu de recherche, de mémoire et d'éducation, pour la très grande qualité des travaux qu'il a entrepris depuis plus de 15 ans.

J'associe évidemment à ces félicitations méritées les équipes de chercheurs, les équipes pédagogiques et toutes celles et tous ceux qui concourent à cette oeuvre de mémoire qui est clairement, pour moi, une mission de service public.

Vous avez eu raison, mon cher collègue, de frapper à la porte de la Présidence du Sénat pour donner un relief tout particulier à la parution de cet ouvrage de mémoire remarquable.

Sénateur, vous êtes naturellement ici chez vous. Défenseur exigeant et infatigable des Droits de l'Homme, vous ne l'êtes évidemment pas moins ! Sachez que vous me trouverez toujours aux côtés de ceux qui se souviennent.

Permettez-moi, chers amis, de clore ce mot d'accueil en rendant tout l'hommage qu'elle mérite à celle qui a préfacé votre ouvrage, avec les mots si justes qui sont habituellement les siens.

Chère Simone VEIL,

Merci de nous faire, une nouvelle fois, l'honneur de votre présence au Sénat.

Je n'aurai jamais assez de mots, vous le savez, pour vous dire mon admiration pour la parfaite droiture de votre itinéraire personnel, mais aussi pour le courage, l'humilité et l'élégance dont vous savez faire preuve en toute circonstance.

Vous êtes pour moi, comme pour de très nombreux Français, notre « mère-courage » : une femme parmi les hommes, qui refuse l'injustice ; une exigence morale, qui bouscule les consciences ; une force de caractère, qui n'hésite pas à se mettre en danger.

Merci, chère Simone VEIL, pour tout cela et pour l'exemple que vous incarnez aux yeux de nos jeunes générations !

Chers amis,

Pardon d'avoir été, peut-être, un peu long, mais je tenais à vous dire combien je suis pleinement engagé dans la recherche de vérité et de mémoire qui est la vôtre et qui, notamment sous l'impulsion décisive du Président de la République qui a beaucoup oeuvré dans ce domaine depuis 1995, fait aujourd'hui l'honneur de notre pays.


Je vous remercie.

Source http://www.senat.fr, le 19 mars 2007

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