Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la diversité culturelle et le rayonnement culturel de la France, Paris le 15 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la diversité culturelle et le rayonnement culturel de la France, Paris le 15 mars 2007.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Session plénière de l'assemblée des Français de l'étranger à Paris le 15 mars 2007

ti : Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Conseillers,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,


Je suis très heureux de vous accueillir au ministère de la Culture et de la Communication à l'occasion de la sixième session de votre assemblée réunie cette semaine à Paris. C'est, je crois, une première, qui témoigne de l'importance que j'accorde à l'action internationale de ce ministère, qui s'est considérablement développée depuis trois ans, mais aussi de mon attachement pour ces Françaises et ces Français qui tentent la belle aventure de l'expatriation, et partent à la découverte d'autres pays, pour travailler, pour entreprendre, pour enseigner, pour créer, pour exporter leurs talents, leur énergie, leur savoir-faire et les développer au contact de ceux des pays proches ou lointains où ils s'établissent. Leur présence, leur influence, leur rayonnement, sont considérables. Leur nombre, aussi. Bien qu'ils demeurent un groupe peu connu au sein de la communauté nationale, ils sont environ deux millions deux cent mille, soit autant, par exemple, que la population des Bouches-du-Rhône, ou que celle, additionnée, des quatre départements d'Outre-Mer. Si la question de la représentation politique des Français établis hors du territoire national s'est posée, dès la convocation des états généraux de 1789, en changeant l'appellation de l'ex Conseil supérieur des Français de l'étranger, en Assemblée des Français de l'étranger, la loi du 9 août 2004 traduit une véritable reconnaissance de la collectivité des Français établis hors de France qui, malgré l'éloignement, ont tout autant que tous leurs compatriotes, également le droit de participer à la vie nationale et de faire entendre leur voix.

Vous êtes, parmi ces Françaises et ces Français, leurs élus, leurs porte-parole, leurs représentants. Vous défendez leurs droits et leurs intérêts. Vous êtes leurs interlocuteurs privilégiés auprès du gouvernement, des ambassades et des consulats sur toutes les questions relatives à l'expatriation. Vous êtes étroitement reliés au dispositif d'action extérieure de l'État, instrument très important de communication, d'information et de persuasion auprès de nos partenaires étrangers, professionnels ou artistes, membres d'institutions publiques ou issus de la société civile. Votre propre voix est constamment relayée par les Sénateurs qui, aux termes de l'article 24 de la Constitution, forment la représentation parlementaire de nos concitoyens établis à l'étranger. Mesdames et Messieurs les Sénateurs, vous jouez un rôle très important, non seulement de trait d'union entre les pouvoirs publics et les expatriés, mais aussi de promoteurs actifs de la présence française dans le monde et du rayonnement international de la langue et de la culture françaises.

Mesdames et Messieurs les Conseillers, vous êtes tous les témoins et les acteurs de la mondialisation en marche, aux avant-postes des évolutions et des transformations du monde, vous êtes aussi au coeur de la défense des enjeux essentiels de la coopération culturelle internationale, de la protection des identités culturelles et du rayonnement de notre pays.

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir au coeur de la Semaine de la langue française, qui nous donne l'occasion de mieux faire connaître la richesse et la vitalité de notre langue, à travers les mots migrateurs, en partenariat avec une cinquantaine de villes de France, le ministère de l'Éducation nationale, mais aussi les centres et instituts culturels français et les alliances françaises à travers le monde.

Vous le savez, la mondialisation est un vrai défi pour les identités culturelles. Dans le domaine de la création artistique, les mécanismes du marché ne garantissent plus la pluralité de l'offre, loin s'en faut. C'est pourquoi le ministère de la Culture et de la Communication s'est fortement mobilisé pour défendre et faire adopter le projet de convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Cette convention, adoptée par l'Unesco le 20 octobre 2005, à la quasi unanimité de ses membres présents, entre en vigueur, dans quelques jours, le 18 mars. Elle consacre le droit souverain des États à développer des politiques culturelles. Il s'agit d'une étape capitale, historique, dans la création d'un droit international de la culture, garant de la préservation de la diversité des cultures, au même titre, par exemple, que le droit international de l'environnement ou le droit international de la santé.

Cette exigence de la défense et de la promotion de la diversité culturelle, nous l'avons portée et faite partager en Europe. L'Europe de la culture, ce n'est pas l'Europe d'une culture uniforme, mais bien l'Europe de la diversité culturelle. Dans une Europe élargie, réconciliée, mais qui doit faire face aux doutes des opinions publiques vis-à-vis de ses institutions, seule la culture peut aujourd'hui donner un sens, provoquer une émotion et entraîner l'adhésion au projet politique européen.

A quelques jours du cinquantenaire du Traité de Rome, qui est une commémoration nationale, que j'ai tenu à célébrer avec mes homologues européens à Rome et à Athènes, je tiens à vous faire part de ma conviction profonde, politique et personnelle, que l'avènement d'une véritable citoyenneté européenne passe par la culture. Les propositions issues des Rencontres pour l'Europe de la Culture, qui rassemblé, ici même, plusieurs centaines de créateurs, d'artistes et de penseurs, venus de toute l'Europe, formeront le socle de l'action de la présidence française de l'Union européenne [en 2008] dans ce domaine, qui devra se traduire par des avancées concrètes.

La création d'un label du patrimoine européen - idée française à laquelle se sont ralliés rapidement et très largement nos partenaires européens - sera un moyen de renforcer encore le sentiment d'appartenance des citoyens de l'Europe à une identité et un espace culturels communs, en mettant en valeur la dimension européenne de sites et de biens culturels, matériels comme immatériels. J'apposerai la première plaque du label européen sur l'Abbaye de Cluny lundi prochain, en présence des ministres de la Culture grec et portugais.

La coopération bilatérale et l'organisation d'événements croisés sont aussi des façons concrètes de faire vivre le dialogue interculturel. Le Ministère s'appuie pour cela sur son vaste réseau d'opérateurs culturels, et d'établissements publics, qui ont été fortement incités à s'impliquer dans la coopération internationale, pour valoriser davantage leur savoir-faire, leur expertise et leur prestige, et contribuer ainsi activement au rayonnement culturel de notre pays.

Parmi les réalisations du ministère de la Culture et de la Communication, permettez-moi d'en citer deux, dont la dimension dépasse le cadre proprement culturel, et qui participent aux grands enjeux de politique européenne et étrangère de notre pays, et dont, sans fausse modestie, je crois que nous pouvons et que vous pouvez être fiers.

La France et les Émirats Arabes Unis ont décidé de créer, ensemble, un musée universel, le Louvre Abou Dabi, destiné à favoriser le dialogue des cultures entre l'Orient et l'Occident. Il présentera des oeuvres majeures dans tous les domaines de l'histoire de l'art, et sera ouvert à toutes les périodes, y compris l'art contemporain, et à toutes les aires géographiques. Il fera appel pour cela aux techniques les plus innovantes en matière de muséographie. Il répondra à tout moment aux critères de qualité, et à l'ambition scientifique et muséographique du Musée du Louvre.

Il s'agit pour la France d'un projet collectif, permettant de valoriser son expertise et son savoir-faire uniques au monde dans le domaine des musées. Coordonné par le ministère de la Culture et de la Communication, le projet associera les grands musées nationaux français et les musées de France volontaires. Nous voulons réaliser, ensemble, un grand musée français du XXIe siècle, qui puisse lui-même servir de référence scientifique et culturelle aux institutions muséales du monde entier.

Je souhaite évoquer également les engagements pris par la France en faveur de la reconstruction de la vie culturelle à La Nouvelle-Orléans, en particulier dans les domaines des arts, de la musique et du patrimoine. Après deux visites sur place, la première deux mois à peine après le passage de l'ouragan Katrina, la seconde ce mois-ci, nous avons pu donner toute la mesure de la solidarité culturelle de notre pays envers cette ville, chère au coeur de tous les Français.

Vous le savez, je suis aussi le ministre de la Communication, autre volet essentiel de l'action de l'État à l'international. Le 6 décembre dernier a été lancée la nouvelle chaîne française d'information internationale, France 24. Le monde entier, et en tout premier lieu les Français à l'étranger, peuvent ainsi accéder au regard, au point de vue français sur l'actualité internationale. Cette chaîne n'est pas un étage de plus dans l'audiovisuel extérieur français, et je voudrais rendre hommage ici à TV5 et à RFI, qui oeuvrent aussi de façon remarquable pour la défense du français et de la francophonie. Elle a pour ambition d'apporter, non pas tant la voix de la France, qu'un souffle et un esprit nouveaux, de nature à faire partager le plus largement possible ce regard panoramique et pluriel qui considère toutes les régions de la planète, avec le même intérêt et le même soin.

La France se trouve enfin dotée d'un instrument essentiel dont elle ne disposait pas jusqu'ici.

En effet, en offrant une vision française de l'actualité du monde, qui enrichit les points de vue et renforce les positions françaises, France 24 vient compléter, sans la remettre en cause, l'offre des autres acteurs de l'audiovisuel extérieur.

Je veux à cet égard rappeler que France 24 est fondée sur un concept original qui n'empiète aucunement sur les missions des autres opérateurs de l'audiovisuel extérieur.

Je dirais même mieux : France 24 a veillé à se construire de manière à être complémentaire par rapport aux autres opérateurs de l'audiovisuel extérieur. Ainsi, France 24 et TV5 Monde coopèrent étroitement pour l'organisation de leur distribution afin de minimiser les coûts et d'accroître la diffusion des deux chaînes.

De même, France 24 a conclu un partenariat avec l'Agence France Presse et un accord cadre avec RFI.

Tout cela va donc dans le sens d'une meilleure cohérence et d'une authentique complémentarité, chacun dans son rôle, entre les différents acteurs de l'audiovisuel extérieur.

Je crois profondément que la culture, et la communication, sont au coeur d'une véritable stratégie politique, destinée à répondre à la crise d'identité à laquelle ni la France ni l'Europe n'échappent aujourd'hui, et qui explique une partie des soubresauts du monde.

J'ai la conviction qu'avec la mondialisation, le rôle de notre réseau culturel extérieur, que vous connaissez bien, se renouvellera entièrement. Il n'est plus seulement de se mettre au service des artistes, des créateurs, des professionnels de la culture et de l'audiovisuel. Il ne se limite pas davantage à servir notre influence nationale, ce qui reste évidemment essentiel. Mais il est aussi de faire vivre la force du dialogue et du respect des identités et des cultures, force dynamique et pacifique. Votre expérience, vos conseils et votre action seront déterminantes pour faire de cette ambition au service de notre action culturelle internationale et du rayonnement de la France, une réussite.


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 19 mars 2007

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