Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le système de distribution de la presse écrite en France, Paris le 18 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le système de distribution de la presse écrite en France, Paris le 18 mars 2007.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Salon Expopresse à Paris les 17 et 18 mars 2007

ti : Monsieur le Président, Cher Gérard Proust
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


En ce jour d'entrée en vigueur de la Convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle, c'est un grand plaisir pour moi de venir rencontrer ceux sans lesquels rien ne serait possible dans la diffusion de la presse française, ceux qui en sont un peu "les travailleurs de l'ombre". Travailleurs de l'ombre, ils ne le sont pas pour moi. Les diffuseurs de presse, le réseau de vente des journaux et des magazines constituent le chaînon indispensable de la distribution de la presse, celui, tout à fait essentiel, qui permet la rencontre entre le lecteur et le journal. Sans cette rencontre rien n'est possible.

Je me réjouis que ce qui peut paraître une évidence soit aujourd'hui très largement partagée et reconnue par l'ensemble des acteurs de la filière de la presse.

Le système de la distribution de presse est vital pour l'économie de la presse et les diffuseurs de presse y occupent une place essentielle. J'ai tenu aujourd'hui alors que vous allez tenir votre convention à vous réaffirmer mon attachement à la pérennité et au développement du réseau de la diffusion de la presse. Il m'a souvent été donné d'insister sur sa contribution essentielle à l'aménagement du territoire, à l'animation des territoires et à la vitalité du débat démocratique.

Le système de distribution de la presse écrite en France, est organisé par la loi du 2 avril 1947 dite « loi Bichet » dont nous fêterons dans quelques jours le soixantième anniversaire. On fait dire beaucoup de choses à cette loi. Pourtant, comme presque toutes les grandes lois, celles qui durent, elle dit finalement assez peu de choses. Mais ce qu'elle dit est fondamental : car elle trace un cadre, elle fixe un cap, elle traduit en réalité un état d'esprit. C'est d'ailleurs sans doute à sa souplesse et à sa plasticité qu'elle doit aujourd'hui encore sa pérennité.

Pour le dire simplement mais clairement, la loi Bichet c'est un principe : la liberté de diffusion ; un outil : la société coopérative ; une méthode : la régulation professionnelle.

Par ce principe, avec cet outil, dans le cadre de cette régulation, la loi entendait préserver trois impératifs : la liberté de la distribution, l'impartialité dans la diffusion, l'égalité de traitement entre éditeurs. Mais ses termes sont suffisamment larges pour permettre d'évoluer en fonction des nécessités de l'heure et des réalités économiques.

Aussi, à l'occasion de cette nouvelle édition d'Expopresse, permettez-moi de vous faire part de ma grande satisfaction de constater que tous les acteurs de la filière partagent désormais le constat qui a été dressé sur ce secteur : une rémunération insuffisante du niveau trois et en tous cas très inférieure à la moyenne des pays qui nous entourent ; un encombrement croissant du réseau qui gêne la visibilité des titres de presse et donc leur vente. Un tel constat partagé ne peut que mobiliser l'ensemble de la presse. Il n'est pas de réforme possible sans son implication totale et sans réserve.

Quant à l'Etat, vous le savez, il accompagne de longue date l'effort qui est fait pour réformer l'ensemble du système.

S'agissant de la rémunération des diffuseurs, une réforme est intervenue avec le décret du 25 novembre 2005 qui permet à la profession de décider du niveau de rémunération des diffuseurs plus librement, sous réserve de respecter les principes généraux fixés par la loi Bichet. Ce décret a ouvert à la négociation professionnelle la possibilité de déroger, sous certaines conditions, aux plafonds de taux de commissions des agents de la vente fixés par décret.

Avec la mise en place de l'aide à la modernisation des diffuseurs de presse en juin 2005, le Gouvernement a créé la première aide directe en faveur du niveau trois afin de faciliter les projets de développement des diffuseurs. Cet effort a été poursuivi en 2006 et en 2007. Il le sera à nouveau dans l'avenir. Déjà plus de 3 000 diffuseurs de presse ont pu, dans ce cadre, moderniser leur point de vente.

Je suis aujourd'hui très heureux de constater avec vous que le réseau lui-même se mobilise pour améliorer sa capillarité, en décidant de favoriser la création de points de vente pour les quotidiens nationaux. A cet égard, je veux saluer l'accord récemment intervenu entre le Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale (SPQN), les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP), le Syndicat National des Diffuseurs de Presse (SNDP) et l'Union Nationale des Diffuseurs de Presse (UNDP) pour favoriser la mise en place de points de vente associés à proximité des diffuseurs existants.

Le maillage fin du réseau est en effet une nécessité vitale car c'est, en effet, en étant au plus près de son lectorat que la presse d'opinion pourra continuer à jouer son rôle essentiel dans l'information des citoyens.

Voilà pourquoi l'implantation et le nombre des points de ventes, la capillarité du réseau, son adaptation aux modes de vie des citoyens constituent un enjeu aussi crucial. Cet enjeu est celui de la diffusion des idées. C'est tout simplement celui du pluralisme.

C'est la raison pour laquelle cette démarche s'insère parfaitement dans le cadre juridique prévu par la Loi Bichet qui est suffisamment souple pour permettre ce type de dispositif, pourvu que le principe d'égalité entre titres placés dans une situation identique soit respectée. Toute autre interprétation conduit à des effets qui pervertissent le pluralisme et axphyxie.

La démarche que vous engagez aujourd'hui n'est pas isolée : elle s'inscrit dans le cadre général des réflexions qui sont actuellement menées pour désengorger les linéaires de presse. Je sais que d'autres expérimentations sont en cours ou vont débuter prochainement afin d'organiser de manière plus rationnelle les flux des titres diffusés. Je les ai souvent appelées de mes voeux et je m'en réjouis. Je suis persuadé que le bilan qui pourra en être tiré sera un facteur déterminant de la redynamisation du réseau de vente.

Cette démarche prouve enfin que l'avenir du système de diffusion de la presse en France repose avant tout sur les efforts conjugués de tous les acteurs, qu'il s'agisse des éditeurs, des sociétés de messagerie, des dépositaires et bien sûr des diffuseurs. Rien ne peut réussir sans une détermination collective à faire bouger les choses, sans une volonté de concertation constructive et un sens de l'intérêt commun.

En un mot, je veux vous dire que la clé d'une réforme féconde du système, j'en suis convaincu, ne saurait passer par des visions frileuses ou des tentations malthusiennes. Elle passe par une audace réfléchie, par votre capacité à innover et à expérimenter. Elle passe par la confiance dans l'avenir, dans l'avenir de la presse. Bonne convention !


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 19 mars 2007

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