Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur les enjeux liés à la mise en chantier de la Philharmonie de Paris, Cité de la musique à Paris le 20 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur les enjeux liés à la mise en chantier de la Philharmonie de Paris, Cité de la musique à Paris le 20 mars 2007.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement sur le site du futur grand auditorium, à la Cité de la musique, à Paris le 20 mars 2007

ti : Monsieur le ministre de la Culture et de la Communication, Cher Renaud,
Cher Pierre Boulez,
Madame le premier adjoint au maire de Paris,
Monsieur l'adjoint au maire de Paris chargé de la Culture,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les présidents et directeurs,
Chers amis,


Je suis très heureux de me retrouver aujourd'hui parmi vous, à la Cité de la musique. Nous sommes, en effet, ici, au coeur d'un site culturel tout à fait exceptionnel.

Avec l'établissement public du parc et de la grande halle de la Villette, que je viens de visiter, avec la cité des sciences et de l'industrie, avec le centre national de la danse à Pantin et avec le conservatoire national supérieur de musique et de danse, l'arc culturel nord-est de Paris est le fruit d'un geste majeur de politique culturelle. De tels gestes ont été indispensables au rayonnement culturel de notre pays. Ils le seront bien sûr également à l'avenir.

Je tiens à saluer les dirigeants, toutes les équipes des établissements qui participent à la vitalité de ce site. Le développement constant des multiples activités, le succès sans cesse renouvelé auprès du public, et en particulier auprès des plus jeunes, c'est à vous tous que nous les devons.

Je souhaite remercier en particulier Laurent Bayle.

Et je voudrais rendre un hommage très chaleureux au président de la cité de la musique, Jean-Philippe Billarant, au moment où il quitte ses fonctions. Je tiens à lui dire notre reconnaissance pour l'action remarquable qu'il a menée à la tête de cet établissement.

1. Depuis bientôt deux ans, avec Renaud Donnedieu de Vabres, nous avons voulu mener une politique culturelle active dans tous les domaines.

Qu'il s'agisse de l'architecture, du théâtre, des arts plastiques, du livre, nous avons eu à coeur de donner un nouvel élan à une grande tradition française, à une tradition d'exception, une tradition nécessaire, qui place la culture au coeur de l'action de l'Etat.

C'est ce que nous avons fait par exemple avec le Grand Palais, avec la rénovation du Palais de Tokyo, engagée à la demande du président de la République, ou encore avec le centre européen de la création sur l'île Seguin.

C'est aussi ce que nous avons fait en aidant davantage les créateurs et en particulier les jeunes créateurs.

Cette politique culturelle, active, nous avons aussi voulu la mettre au service de la musique.

Dans ce domaine, malgré les efforts accomplis, malgré de belles réalisations, nous ne répondons pas encore suffisamment aux attentes, notamment en matière d'éducation. Nous ne sommes pas à la hauteur des politiques qui sont menées dans d'autres pays, comme l'Allemagne ou le Japon. C'est d'autant plus incompréhensible qu'il existe en France une formidable tradition musicale et une création vivante, dont Pierre Boulez, que je salue, est sans doute l'un des meilleurs et plus grands représentants.

C'est pourquoi nous avons engagé des projets ambitieux : la rénovation de la salle Pleyel, qui est déjà un succès, le nouvel auditorium de 1 500 places à Radio France, tous les projets menés en région, à Grenoble, Poitiers, Aix-en-Provence, ou encore Bordeaux.

Et comme je l'avais annoncé en octobre 2005, nous avons relancé la création de la grande salle de musique qui manquait à notre capitale : la Philharmonie de Paris.

Alors que toutes les métropoles culturelles du monde possèdent leur grand auditorium, en France, le public des mélomanes et l'ensemble des professionnels de la musique attendaient cette salle depuis près de 30 ans.

Le président de la République avait exprimé le souhait dès 2002 qu'un tel équipement vienne compléter la cité de la musique.

Aujourd'hui, pour la première fois, nous pouvons ensemble être confiants dans l'aboutissement de ce chantier : dans cinq ans la Philharmonie de Paris s'élèvera sur ce site. Ce sera non seulement une salle de concert de 2 400 places, une salle à l'architecture innovante et à l'acoustique à la pointe de la modernité. Mais ce sera aussi un lieu de formation et d'échange, un lieu de partage, un lieu d'accueil de tous les publics.

Pour faire de ce projet une réalité, chacun a su faire preuve d'engagement et surmonter les différences et les divergences.

La ville de Paris s'est pleinement associée au projet, et je la remercie. Le 6 mars dernier, le ministre de la culture et le maire de Paris ont affirmé ici même l'ambition conjointe de l'Etat et de la ville pour la musique à Paris et en France.

Je me réjouis que la région Ile-de-France se soit également jointe à cette initiative majeure. La situation même de la future Philharmonie de Paris, aux portes de la capitale, indique clairement le choix que nous avons fait de l'ouvrir largement au public et aux musiciens professionnels et amateurs de toute l'Ile-de-France.

Enfin, je viens aujourd'hui vous dire que l'Etat sera au rendez-vous et fera preuve d'un engagement sans faille.

Engagement d'abord de prendre financièrement toute sa part de l'investissement total, évalué à 202 millions d'euros.

Engagement aussi de réserver l'espace que nous venons d'apercevoir à ce projet.

Engagement, enfin, de veiller à la complémentarité du fonctionnement du futur équipement avec les établissements qui sont déjà réunis sur le site.

Une association de préfiguration a d'ores et déjà été constituée. La construction de la Philharmonie de Paris fait l'objet d'un concours de maîtrise d'oeuvre qui a suscité les candidatures les plus prestigieuses de l'architecture. L'équipe lauréate, cela a été rappelé tout à l'heure, sera désignée le 5 avril prochain, parmi les six équipes retenues. Vous le voyez, les choses vont vite, et les choses, je crois, vont bien.

2. Si j'ai voulu avec mon Gouvernement faire de la culture un grand enjeu politique, c'est parce que je suis convaincu qu'il est une part essentielle de l'identité de notre pays, une dimension indispensable de son ouverture et de son rayonnement.

Il était d'abord essentiel pour moi de montrer avec éclat à nos concitoyens et au reste du monde que la France est un grand et vivant foyer de création.

C'est pour cela que j'ai voulu la manifestation la Force de l'art.

C'est pour cela que je souhaite que d'autres manifestations suivent cette première édition.

Aux yeux du monde, la culture, l'art, sont souvent la première image de la France et la première demande qui lui est adressée.

Regardez le succès mondial du quai Branly et l'émotion qui a accompagné son ouverture auprès de tant de peuples.

Regardez l'accord que nous venons de conclure sur le Louvre d'Abou Dabi. La France créera bientôt dans cette région un véritable "musée universel", lieu tout à fait nouveau de dialogue des cultures, d'échanges, mais aussi de transmission.

Oui, c'est aussi cela l'universalité de la France et c'est cela que nous devons continuer à donner au monde.

Nous devons donc poursuivre au cours des prochaines années une politique culturelle profondément active. Pour moi, cela veut dire trois choses.

D'abord, il faut maintenir un engagement très fort de l'Etat. Parce que c'est l'engagement de l'Etat qui conditionne celui des collectivités locales, des entreprises, de tous les autres acteurs de ce grand partenariat culturel, indispensable pour notre pays. C'est l'Etat qui montre le chemin, en tout cas tant qu'il demeure apte à anticiper, à innover, à être ouvert et réceptif à ce qui advient dans l'art, dans la création, dans la culture.

Une politique culturelle active, c'est ensuite une politique qui encourage à la fois l'excellence et la diffusion la plus large possible. C'est précisément ce que nous faisons avec la Philharmonie de Paris : nous voulons donner un nouveau lieu à la rencontre du public et de la création, avec l'ambition que ce lieu attire les meilleurs talents et les meilleures formations du monde. Cher Pierre Boulez, il y a quelques jours, à l'occasion du 30e anniversaire de l'ensemble intercontemporain - anniversaire auquel je suis heureux de m'associer - vous avez souligné que la création avait besoin de lieux qui lui soient dédiés. C'est le sens de votre engagement indéfectible en faveur d'un grand auditorium à Paris. Nous sommes heureux de vous avoir entendu.

Enfin, le troisième élément d'une politique culturelle active, d'une politique culturelle dynamique, c'est bien sûr de donner une place essentielle à l'éducation artistique. Nous avons déjà commencé à agir dans ce domaine à travers la création du Haut Conseil à l'éducation artistique et culturelle. Mais je regrette que nous n'ayons pas eu le temps d'aller plus loin. Cela doit à mon sens, être l'un des grands chantiers du prochain quinquennat : donner à tous les clés pour s'approprier les oeuvres qui forment le coeur de notre culture, permettre la rencontre de chacun avec la création, ce sont des enjeux essentiels pour notre société toute entière.

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Depuis plus de 25 ans, la volonté politique, à son plus haut niveau, a placé sans discontinuité la culture au coeur de l'action de l'Etat. La culture a sans cesse représenté un enjeu essentiel pour la France, en particulier au moment des grands rendez-vous républicains. Aujourd'hui, je souhaite que la culture demeure un élément majeur du débat et des choix proposés aux Français. Regardons autour de nous, les choses bougent. Beaucoup de pays ont compris que nous étions entrés dans l'économie de la connaissance, dans un monde où la culture était l'une des grandes voies susceptible d'éclairer l'humanité. Je crois que la France doit prendre, bien sûr, dans ce chemin toute sa part.

Je vous remercie.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 mars 2007

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