Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, dans "Femme actuelle" du 26 mars 2007, sur des questions de société. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, dans "Femme actuelle" du 26 mars 2007, sur des questions de société.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, ZONSZAIN Marie-Laure.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle 2007;

ti : Véronique : Les écarts de salaires entre hommes et femmes sont une réalité. Comptez-vous y mettre un terme ?

Nicolas Sarkozy : C'est vrai qu'aujourd'hui, un homme gagne 15 % de plus qu'une femme. C'est scandaleux. Pour régler le problème, je veux organiser, dès l'été 2007, une conférence sociale réunissant le patronat et les syndicats de salariés. Je veux faire un diagnostic des inégalités, branche par branche. Les entreprises où il y a des inégalités auront deux ans pour régulariser la situation. Celles qui n'aligneront pas les salaires auront affaire à l'inspection du travail. Elles seront donc sanctionnées financièrement et pénalement si nécessaire. Le principe de l'égalité est un principe sacré.

Marie-Dominique : êtes-vous favorable au salaire de mère au foyer ?

N.S : Non. L'Etat n'a pas les moyens. Et puis il faut être cohérent. Je ne peux pas demander aux gens de travailler plus et verser un salaire à des femmes qui souhaitent élever leurs enfants. En revanche, on peut améliorer leur situation. Je propose que ces femmes aient droit à une protection sociale autonome et que les années passées à éduquer leurs enfants leur ouvrent droit à une pension de retraite. Cela existe déjà, mais pas pour toutes et à des niveaux nettement insuffisants. Ces droits, acquis personnellement et indépendamment de la pension de leur conjoint, leur assureraient une certaine autonomie financière. En cas de séparation ou de veuvage, elles pourraient donc disposer de droits propres. Et puis, je souhaite proposer à celles qui veulent travailler, une fois que les enfants sont grands, d'accéder à une formation qualifiante d'un an, rémunérée. La liberté de chacun, et des femmes en particulier, est ma priorité.

Karine : on ressent tous une baisse du pouvoir d'achat. Que proposez-vous pour relancer la consommation ?

N.S : La réalité aujourd'hui est simple. Les gens sont coincés entre la hausse des prix, des salaires qui n'augmentent pas à cause des 35 heures et des charges trop lourdes. D'abord, je propose de revoir l'indice des prix. Chacun s'en rend compte en faisant ses courses ou en payant ses factures, il ne reflète pas la réalité. Pour que cet indicateur soit utile, il faut qu'il corresponde véritablement aux dépenses. Je prévois donc de le modifier. Ensuite, que fait-on ? Je n'ai pas une machine à billets. Ma réponse, c'est le travail. On ne peut pas gagner plus en travaillant moins. On le voit bien, ça ne marche pas. A quoi servent les RTT si on ne peut pas payer des vacances à ses enfants? Je veux qu'on puisse racheter ses RTT, faire plus d'heures supplémentaires et je veux que tout cela soit exonéré de charges sociales et fiscales. Si vous gagnez 1300 euros et que vous travaillez 50 minutes de plus par jour, vous augmentez votre pouvoir d'achat de 220 euros. Cet argent, vous allez pouvoir le consommer. Cela crée des richesses, remplit les caisses de l'Etat par la TVA, génère de la croissance. Du coup, toute l'économie en profite.

Annie : Se loger est aujourd'hui une vraie difficulté. Pensez-vous réunir un "Grenelle" du logement ?

N.S : Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'en passer par là. Il faut prendre des décisions sans attendre. Mon ambition est de faire de la France un pays de propriétaires et pas de locataires. Je veux donc que l'on puisse déduire les intérêts d'emprunt de ses impôts, permettre aux locataires de HLM d'en devenir propriétaires et apporter la caution de l'Etat à tous ceux qui veulent emprunter et à qui la banque refuse un crédit. Dès le mois de juillet, je supprimerai les droits de succession et de donation. Cette mesure concerne 95 % des foyers. Je m'y engage.

Véronique : Vous voulez supprimer la carte scolaire. Par quoi la remplacerez-vous ?

N.S : Des collèges, tous sur le même modèle, ça n'a pas de sens, tout simplement parce que chaque élève est différent. Le système actuel n'est pas égalitaire. Pour les établissements du privé, il n'y a pas de carte scolaire. Et, dans le public, 30 % des parents parviennent à la contourner. En réalité, je pense que la carte scolaire est un instrument de ségrégation sociale. Croyez-vous qu'on donne une chance aux enfants en difficulté en les mettant tous dans les mêmes établissements ? Il faut laisser les établissements prendre les mesures qui fonctionnent, l'Etat conservant bien sûr la responsabilité de fixer les grandes lignes du programme. C'est pourquoi je propose d'abord l'autonomie des établissements scolaires à hauteur de 25 % de leur budget. Avec cet argent, chaque établissement pourra développer un projet pédagogique adapté à ses élèves, pour les uns plus d'informatique, pour les autres plus de sport, pour un troisième plus de langues, pour un autre encore plus de soutien individualisé....

F.A : Comment garantirez-vous la mixité sociale si chaque parent peut placer son enfant dans l'établissement de son choix ?

N.S : Justement, le corollaire de l'autonomie, c'est l'évaluation. Pour chaque établissement, je veux connaître les résultats, les progrès des élèves, le taux de réussite au brevet et au bac, afin de pouvoir juger de l'efficacité des mesures et du projet mis en oeuvre. Surtout, je veux imposer aux établissements une obligation de mixité sociale dans la composition de leurs effectifs. Cette évaluation et cette obligation de mixité permettront de s'assurer qu'il n'y a pas de discrimination selon le niveau scolaire ou social des élèves dans le recrutement et que la mixité est bien mise en oeuvre, partout en France. En contrepartie, les parents seraient libres de choisir l'école de leurs enfants. Enfin, je veux que chaque établissement présente un pourcentage minimal d'élèves aux classes préparatoires. Aujourd'hui, la moitié des établissements ne le fait pas. Il faut aussi faire confiance aux enseignants, et ne pas les juger à la simple application d'une circulaire! Les professeurs, mieux que quiconque, savent comment enseigner.

Marie-Josée : Quelles sont vos propositions pour venir au secours de l'hôpital ?

N.S : C'est effectivement un problème majeur. Je veux lancer rapidement un grand débat sur les missions de l'hôpital. Il faut ramener l'hôpital à sa mission première, soigner les patients qui souffrent de pathologies médicales. Cela suppose de développer les services de long et moyen séjour pour les personnes en fin de vie, les personnes dépendantes. Le personnel qui le souhaite pourra faire des heures supplémentaires exonérées de charges. C'est comme cela que nous supprimerons les 35 heures à l'hôpital. Il faut également revoir la carte hospitalière. On ne pourra pas conserver en l'état tous les hôpitaux de France. Certains sont trop petits pour assurer des soins techniques dans des conditions de sécurité satisfaisantes, mais devront remplir d'autres missions. Quant aux infirmières, je fais mienne la question de la revalorisation de leur diplôme. Je veux offrir au personnel médical de meilleures possibilités de promotion sociale, notamment pour les infirmières qui veulent devenir médecins.

A PLAT - Une loi sur l'euthanasie : il est contre

N.S : C'est une question très difficile. Je suis pour le respect de la vie, dans la mesure où la souffrance ne rend pas la vie impossible. Il y a des limites à la souffrance humaine. Mais, je ne pense pas que cette question se règle par une loi. Comment voulez-vous qu'un texte recense tous les cas de fin de vie ? Cela ne se quantifie pas. Un texte ne peut pas donner une liste exhaustive de situations où les cas de fin de vie peuvent s'appliquer. Je veux que l'on fasse confiance au dialogue. C'est au patient, à sa famille et au corps médical de trouver la solution la plus adaptée. Je pense qu'il faut donc laisser une zone de liberté.

Source http://www.agora-elles.com, le 27 mars 2007

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