Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, sur "LCI" le 27 mars 2007, sur les mesures qu'elle compte prendre pour favoriser le premier emploi des jeunes diplomés, sur le rétablissement des emplois jeunes dans les écoles et les associations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, sur "LCI" le 27 mars 2007, sur les mesures qu'elle compte prendre pour favoriser le premier emploi des jeunes diplomés, sur le rétablissement des emplois jeunes dans les écoles et les associations.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, BARBIER Christophe.

FRANCE. PS, députée ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007; & nbsp;

ti : Christophe Barbier

Ségolène Royal, bonjour.

Ségolène Royal

Bonjour.

Christophe Barbier

« Maintenant », c'est « Maintenant », c'est aujourd'hui en librairie, donc, un abécédaire de près de 200 thèmes, 200 entrées, qui permet de découvrir vos pensées et vos propositions. Pourquoi ce livre plutôt que celui envisagé un temps, autour des désirs d'avenir récoltés dans votre campagne ?

Ségolène Royal

Parce que tout simplement il a fallu du temps pour le faire, pour le finaliser. Et voilà, ce livre, maintenant, est prêt. C'est à la fois un livre de cohérence, d'itinéraire, de valeur, qui reprend à la fois les valeurs auxquelles je tiens beaucoup, qui ne surprendra pas, puisque je les défends depuis longtemps et en même temps, l'éclairage sur la France d'aujourd'hui, sur le monde d'aujourd'hui, sur les mutations que nous connaissons et donc sur les solutions à apporter aux problèmes qui se posent aujourd'hui à la France, à l'Europe et à la place de la France dans le monde, également.

Christophe Barbier

Alors, à la lettre « P », on ne trouve pas Parti socialiste. Est-ce que vous n'en avez pas assez de ce PS qui ne cesse de corriger vos propos, comme hier par exemple sur les sans-papiers, où vous faites une offre généreuse pour régulariser les parents sans-papiers d'enfants scolarisés, et le PS vient pinailler par derrière en disant : « Attention, pas tous, attention aux abus » ?

Ségolène Royal

Cela prouve en tout cas qu'il faut des critères et qu'aujourd'hui la politique, telle qu'elle est conduite, a amené à beaucoup de désordre, d'angoisse. Je voudrais saluer le courage des parents, des enseignants, qui se sont dressés contre cette façon de faire, qui ne fait pas honneur à la France. C'est vrai qu'aller rafler des parents ou des grands-parents devant les écoles, devant les yeux des enfants, ce n'est pas à cela que la France veut ressembler, en tout cas ça ne sera pas ma façon de faire. Il faudra des critères, objectifs, il faudra bien sûr aussi du cas par cas, mais surtout les enfants qui sont scolarisés depuis plusieurs années, dans l'école de la République, devront être tranquilles pour réussir leurs études.

Christophe Barbier

« Elle n'en fait qu'à sa tête, elle suit son instinct », me disait un de vos proches. C'est votre façon de faire campagne ? Vous, les Français, votre intuition ?

Ségolène Royal

Heureusement qu'il n'y a pas que cela. On dit que les femmes ont de l'intuition, mais heureusement que je suis aussi une femme, une responsable politique expérimentée et que j'ai aussi des équipes, et heureusement, et puis surtout une vision de la France. Aujourd'hui, à quelques semaines de l'élection présidentielle, c'est un moment historique très important. Je crois que les Français sont exigeants, ils regardent, ils comparent, ils veulent comprendre quelles seront demain les règles du jeu que les candidats leur proposent et c'est d'abord cela que je leur propose dans ce pacte présidentiel. C'est à la fois cette grande priorité, autour de la valeur travail, de la défense du pouvoir d'achat, mais aussi d'une nouvelle façon de vivre ensemble, de l'exigence écologique, de la place de la France dans l'Europe, d'une nouvelle définition, aussi, du co-développement, parce que pour faire un lien direct avec votre question précédente, je pense que les problèmes des migrations de la misère, seront résolus si l'on réforme en profondeur l'aide au développement et si on permet aux pays pauvres, et en particulier à l'Afrique, d'émerger et d'accéder au développement, et c'est possible, parce qu'ils ont l'énergie gratuite.

Christophe Barbier

Il y a aussi beaucoup...

Ségolène Royal

Ils ont l'énergie solaire.

Christophe Barbier

Il y a beaucoup d'entrées dans le livre, sur l'environnement. Vous rencontrez Nicolas HULOT aujourd'hui. Qu'allez-vous lui dire ? Vous allez le rassurer sur vos promesses vertes ?

Ségolène Royal

C'est lui qui m'a demandé rendez-vous, donc je vais lui confirmer...

Christophe Barbier

Il est inquiet, peut-être, non, de voir votre campagne s'éloigner du pacte écologique ?

Ségolène Royal

Oui, je crois que je suis celle, en tout cas, qui s'en éloigne le moins, tout simplement parce que c'est une conviction de longue date. Vous savez, j'ai été ministre de l'Environnement, je suis à la tête d'une région qui fait de l'excellence environnementale l'un des principaux leviers de son développement économique, donc je crois qu'en ce qui me concerne, il n'est pas inquiet, mais il veut simplement savoir où en sont les choses et que son engagement écologique, qui a permis de faire naître le débat présidentiel autour de l'environnement, et ça a été une très bonne démarche, ne doit pas être abandonné.

Christophe Barbier

Vous parlez de votre expérience, notamment à la tête de Poitou-Charentes ; Eric BESSON - encore lui - dit ce matin dans LE FIGARO : « Nicolas SARKOZY est plus qualifié que Ségolène Royal pour être président de la République ». Que répondez-vous ?

Ségolène Royal

Oh, ce sont les mauvais coups d'une campagne électorale, ce n'est pas bien grave. Vous savez, ce qui compte, c'est le lien direct que je noue aujourd'hui avec les Français. Cette semaine, je vais surtout m'impliquer et développer les idées concernant l'investissement dans la ressource humaine, dans la matière grise, parce que je crois que la France mérite beaucoup mieux que ce qu'elle a, qu'elle a beaucoup d'entreprises de pointe, qui aujourd'hui attendent un soutien des pouvoirs publics et je vais redéfinir la politique économique pour faire en sorte que les 63 milliards d'aides économiques aux entreprises ne soient plus gaspillés mais soient bien concentrés, comme me le demandent les patrons des petites et moyennes entreprises, sur, à la fois la façon dont elles veulent grandir, car elles ont des difficultés au moment où elles changent de taille, et puis elles veulent aussi qu'on les aide à investir sur le développement durable et sur le recrutement des jeunes qualifiés et des jeunes diplômés, autrement dit je fais du gagnant/gagnant ou du donnant/donnant.

Christophe Barbier

Alors, les jeunes diplômés...

Ségolène Royal

Je vais alléger la totalité des salaires et des charges sociales sur les jeunes diplômés qui ont du mal à accéder à leur premier emploi, donc les pouvoirs publics, et ce sont les régions qui auront cette responsabilité, recruteront et payeront pendant six mois les jeunes qualifiés diplômés, les entreprises pourront ainsi pouvoir leur donner leur chance de leur premier emploi et comme je crois que l'emploi appelle l'emploi, les jeunes qui auront l'occasion de faire leurs preuves dans les entreprises, je suis convaincue que dans la plupart des cas, les entreprises transformeront ce premier emploi en contrat de travail.

Christophe Barbier

Les 500 000 emplois tremplin, c'est de la Fonction publique déguisée ?

Ségolène Royal

Non, ce n'est pas seulement dans la Fonction publique. Bien sûr, je rétablirai les emplois jeunes dans les écoles, dont la suppression par la droite a entraîné une dégradation grave du système scolaire, et en particulier, souvent, la remontée des phénomènes de violence et d'agressivité dans les écoles, le soutien scolaire aussi dont les élèves bénéficiaient avant, les gardes pendant les heures des repas ou la cour de récréation, donc les aides éducateurs jouent un rôle très important auprès des élèves et leur suppression, je le répète, a fait des dégâts. Donc, ils seront rétablis. Les emplois jeunes, les emplois tremplin, aussi, seront destinés aux associations, notamment aux associations de défense de l'environnement qui, elles aussi, ont vu leurs moyens diminuer et enfin, ce qui sera très nouveau, c'est que les emplois tremplin pourront aussi bénéficier aux entreprises, aux PME, comme je viens de le dire, pour les jeunes qualifiés et diplômés et pour les entreprises qui veulent grandir.

Christophe Barbier

A 16 ans, on peut quitter l'école, on peut chercher un travail, on ne peut pas voter. Pourquoi êtes-vous contre le vote à 16 ans, ce que proposait Jack LANG ?

Ségolène Royal

Parce que, j'ai beaucoup réfléchi à cette question, d'ailleurs je l'aborde dans mon livre...

Christophe Barbier

Oui, tout à fait.

Ségolène Royal

... sur la question de la majorité. Je crois que la majorité à 18 ans ne doit pas être bougée. Il y a des rites initiatiques, il y a un certain nombre de passages. Souvent, au contraire, ce qui se passe, c'est qu'il y a une confusion des places et des générations. On donne aux jeunes des responsabilités qui parfois les dépassent. Je crois que l'âge de l'enfance doit se dérouler normalement, en étant enfant, en n'étant pas projeté dans des problèmes d'adultes. L'âge de l'adolescence, aussi, doit être préservé, c'est un moment de mutation souvent fragile, comme disait Françoise DOLTO, vous savez, c'est le complexe du homard, on perd sa carapace de l'enfance pour reconstruire sa future carapace d'adulte. Donc c'est un moment fragile, et je crois que les jeunes, eux-mêmes, ne demandent pas cette projection trop rapide dans l'âge adulte. En revanche, on peut leur donner des responsabilités et notamment dans les collèges, dans les lycées, je souhaite, comme je le fais d'ailleurs dans ma région que les jeunes soient associés à la définition des projets culturels, des projets pédagogiques, des dépenses budgétaires dans leurs établissements et quand ils votent sur les dépenses budgétaires, je puis vous dire qu'ils font preuve de beaucoup de perspicacité et d'intelligence.

Christophe Barbier

Vos propos sur la fierté nationale, sur la fierté d'être Français, en vont-ils pas vous priver de soutien au second tour, venant de la gauche de la gauche ?

Ségolène Royal

Mais je ne me pose pas cette question. Je m'exprime avec mes convictions profondes et je crois que l'élection présidentielle c'est un moment historique où le peuple français renoue le pacte républicain, avec un homme ou une femme qui se présentent à ces suffrages.

Christophe Barbier

Amour propre. Vous dites dans votre livre : « J'ai de l'amour propre, ça me rend parfois cassante ». Vous allez vous corriger ou c'est comme ça et la France fera avec si vous êtes élue ?

Ségolène Royal

Je pense que ce qui est important, c'est de savoir reconnaître, parfois, ses défauts. Ça donne de la visibilité, de la perspicacité et en effet ça permet de s'améliorer.

Christophe Barbier

Adopter le traité constitutionnel avant la mi-2009, comme les 27 s'y sont engagés à Berlin : ça vous convient comme calendrier ?

Ségolène Royal

Je pense qu'il faut aller assez vite et en même temps reconquérir la confiance des Français.

Christophe Barbier

Donc, ça ne sera pas ce traité là.

Ségolène Royal

Ah, le traité devra être modifié en profondeur et en particulier contenir un volet social et puis l'Europe devra, avant, faire la preuve qu'elle est utile. Qu'elle est utile pour lutter contre le chômage, et moi, ma priorité ce sera de faire en sorte que l'Europe investisse dans la recherche, dans l'après pétrole, qu'elle prépare - ensemble - les défis du futur et les nouveaux emplois et puis il faudra que l'Europe se protège contre les délocalisations ; mais j'aurai l'occasion de dire tout cela tout à l'heure, puisque cet après midi je suis avec Jacques DELORS, pour justement participer à une réflexion sur l'avenir de l'Europe.

Christophe Barbier

« Comment vais-je m'en sortir ? » vous a dit MITTERRAND, vous le racontez dans « Maintenant », la première fois que vous vous êtes vus en 81. Vous vous dites ça, aujourd'hui, « comment vais-je m'en sortir ? »

Ségolène Royal

Pas exactement. Je me dis : "Comment vais-je être à la hauteur de cette attente que je sens, cette attente d'un changement très profond, des Français, des millions de Français qui ont vu, qui ont bien vu, et je l'ai entendu dans les débats participatifs que j'ai conduits, je suis la seule candidate à avoir pris le temps de les écouter. J'ai entendu leurs colères, leurs impatiences, leurs doutes à l'égard de la politique, mais aussi leurs formidables espoirs et leur envie d'avancer, dans une France qu'ils aiment et qu'ils veulent voir se relever, et moi aussi.

Christophe Barbier

Ségolène Royal, « Maintenant », c'est chez HACHETTE LITTERATURE ; merci, bonne journée.

Ségolène Royal

Merci.


Source http://www.desirsdavenir.org, le 27 mars 2007

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