Déclaration de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur les nouvelles cibles de la politique gouvernementale en matière de sécurité routière, à savoir les usagers de deux-roues motorisés, les jeunes, les piétons et cyclistes, Paris le 7 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, sur les nouvelles cibles de la politique gouvernementale en matière de sécurité routière, à savoir les usagers de deux-roues motorisés, les jeunes, les piétons et cyclistes, Paris le 7 mars 2007.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer

Circonstances : Ouverture des rencontres nationales de la sécurité routière à Paris, le 7 mars 2007

ti : Monsieur le Premier Ministre,
Messieurs les ministres, chers collègues [Gilles de ROBIEN, Pascal CLÉMENT]
Monsieur le Président [Jacques BARROT]
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux d'avoir pu vous réunir aux côtés du Premier Ministre Dominique de VILLEPIN, de Jacques BARROT, de Gilles de ROBIEN, de Pascal CLÉMENT, et du représentant du Ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, pour les Rencontres Nationales de la Sécurité Routière.

Votre mobilisation nombreuse, dans un délai très court, témoigne de votre détermination à continuer le chantier lancé par Jacques CHIRAC il y a maintenant près de cinq ans.

Car c'est bien la question qui se pose aujourd'hui à nous : sommes-nous prêts à continuer ?

L'objectif de passer en dessous de la barre des cinq mille personnes tuées sur les routes, cet objectif dont beaucoup de spécialistes auto-proclamés voulaient nous démontrer qu'il était impossible à atteindre en France, est aujourd'hui atteint.

Les comportements au volant des Français, dont les mêmes nous indiquaient qu'ils étaient indissociables de notre mentalité nationale, ont aujourd'hui été profondément modifiés. Alors au fond, pourquoi ne pas s'en tenir là, nous suggère-t-on, et s'occuper d'autre chose ?

Ma réponse, après avoir suivi le dossier de la sécurité routière en tant que Garde des Sceaux, puis ministre en charge des transports, c'est que nous devons sans faiblir continuer à porter haut cette cause particulièrement noble.

C'est notre devoir, car les progrès enregistrés sont encore fragiles. En janvier dernier, nous avons pu observer une inquiétante remontée, tant du nombre des victimes que des vitesses pratiquées ou des mauvais comportements au volant.

C'est notre devoir aussi et surtout, parce que la sécurité routière, ce n'est pas seulement des chiffres et des statistiques, c'est de la souffrance.

Pour accompagner l'effort de remobilisation entrepris depuis février, je me suis rendu notamment dans deux départements : l'Oise et l'Yonne. J'ai souhaité, à chaque fois, y rencontrer des personnes de ces départements touchées dans leur chair par l'insécurité routière.

Et laissez-moi vous le dire, même si j'ai déjà rencontré des personnes blessées à de nombreuses reprises par la passé, notamment au Service des Grands Blessés de l'Hôpital du Kremlin-Bicêtre, je ne m'y habitue pas, je ne peux pas m'y habituer.

Outre les 4.703 personnes tuées, les 102.291 personnes blessées de l'année 2006 ont pour moi les visages de ceux que j'ai rencontrés à cette occasion.

Celui de ce jeune homme de 38 ans, cloué dans un fauteuil depuis cinq ans et regrettant encore d'avoir voulu rentrer un peu trop vite ce soir-là.

Celui du père de ce jeune homme, surmontant avec courage sa tristesse devant le désespoir de son fils et s'inquiétant de son avenir une fois que lui-même ne serait plus là.

Celui aussi de cette mère de famille, assurée par bonheur de retrouver l'usage de sa jambe brisée par un chauffard, mais sachant que ce ne serait qu'au bout de plusieurs mois passés loin de son mari et de ses enfants, et au prix d'un grand courage physique lors de la rééducation. Car il n'y a pas de petite blessure sur la route.

Face à ces douleurs, le non-sens, l'injustice et l'horreur de l'insécurité routière sont des évidences. On peut toujours [fanfaronner dans un livre, comme on l'a vu récemment], revendiquer dans son salon son droit à s'affranchir des règles, s'enorgueillir sur les plateaux de télévision de son habileté à déjouer les sanctions, exposer avec satisfaction le plaisir que l'on a à rouler très vite. Mais après l'accident, en présence des victimes, tout cela ne tient plus.

Surtout lorsque, comme souvent, les victimes et les coupables sont les mêmes personnes. Et que les blessures subies sont sans commune mesure avec l'enjeu de la transgression.

Alors, pour répondre aux défis de demain, je voudrais bien sûr commencer par rappeler quelques vérités.

La première, c'est que, le non-respect de la règle est toujours un facteur d'accident. Il n'y a pas de petites infractions qui n'entraînent pas de risque.

La seconde, c'est que jusqu'à présent, seul le contrôle a permis de faire baisser durablement le nombre de victimes sur la route. Les résultats sont incontestables : le lien de cause à effet entre l'implantation des radars et la baisse de la mortalité est une évidence.

La troisième, c'est que nous avons la capacité d'agir. A cet égard, les résultats de la sécurité routière au mois de février 2007 sont éloquents.

Avec 277 personnes décédées en février, même si nous sommes de l'ordre de 5 % au dessus des chiffres de février 2006, mois au cours duquel 265 personnes avaient trouvé la mort, il s'agit du second meilleur résultat en terme de mortalité routière jamais enregistré en France. C'est également avec février 2006 le seul mois où la mortalité s'est établie en dessous de la barre des 300 morts.

Ce résultat est obtenu avec une météorologie défavorable à la sécurité routière, alors qu'elle était favorable en février 2006.

Ce redressement, je l'attribue au ressaisissement des Français au volant, à la mobilisation des préfets et des acteurs de la sécurité routière à la suite de la circulaire du 8 février 2007, aux instructions données aux forces de l'ordre d'exercer des contrôles vigilants durant les congés d'hiver, et aussi à l'éloignement de toute perspective d'amnistie après les prises de position des principaux candidats à l'élection présidentielle.

Lorsque nous nous en donnons les moyens, nous pouvons réussir, comme nous l'avons montré au cours des quatre dernières semaines.

Pourtant, de nouveaux chantiers nous attendent si nous voulons continuer à avancer, qui vont nous obliger à aller plus loin que la seule sanction, si efficace soit-elle.

Tout d'abord, une diversification des approches sera indispensable pour passer à des politiques spécifiques par catégories d'usagers.

Les mesures générales qui ont été prises, et qui concernent chacun, trouvent en effet leurs limites. Aujourd'hui, c'est une communication ciblée vers les catégories encore trop souvent victimes privilégiées de la route qui doit être mise en place : les usagers des deux-roues motorisés, les jeunes, les citadins et, en particulier, les plus fragiles d'entre eux, piétons et cyclistes.

Pour les premiers, les motards en particulier, il ne s'agit bien sûr pas de les stigmatiser, ou de décourager la circulation en deux roues, mais de concilier l'usage de ces véhicules et la sécurité de leurs conducteurs.

Plusieurs actions sont d'ores et déjà en place : la formation obligatoire à la conduite d'une motocyclette de 125 cm3 pour les titulaires du permis B à partir de 2007, l'éclairage obligatoire pour tous les deux-roues motorisés, ou, dans le domaine du contrôle, l'installation de radars de vitesse en éloignement.

Les jeunes eux-aussi ont leurs aspirations, et leurs besoins propres dont nous devrons tenir compte, tout en mettant un terme au tribut excessif et insupportable qu'ils paient à la route. Le continuum éducatif a été mis en place, avec les Attestations Scolaires de Sécurité Routière. Et comme ces publics justifient une communication ciblée, j'ai décidé de lancer à partir du 15 mars une campagne en direction des jeunes dont le support sera dévoilé prochainement.

Quant à tous ceux qui vivent en ville, nous devons leur faire prendre conscience que les accidents ne s'y limitent pas, hélas, à de la tôle froissée. Les réflexions que j'ai souhaité lancer sur le Code de la Rue, et le partage de la route, me paraissent des pistes d'action importantes.


Dans cette optique, tout particulièrement pour les jeunes, les usagers des deux-roues et les citadins, sachons avoir une nouvelle vision des trajets quotidiens, en créant les conditions d'une meilleure cohabitation des modes de transport et en gérant mieux les trafics pendulaires.

Un autre grand chantier sera celui de la fatigue et de la somnolence.

Il n'existe pas, hélas, de moyen de mesurer la fatigue d'un conducteur en le faisant souffler dans un ballon : il nous faudra donc trouver d'autres approches pour mettre un terme à l'idée selon laquelle conduire au-delà de ses limites est acceptable.

L'alcool, bien sûr, doit figurer en bonne place dans les programmes à venir : des progrès notables ont été accomplis pour ce qui concerne l'alcool festif - progrès que l'engagement qui sera pris tout à l'heure par la profession vient conforter. Il reste à faire de même dans le chantier, plus difficile encore, de l'alcool chronique.

Nous devrons promouvoir la conduite apaisée, et mettre un terme aux idées reçues sur ce qui constitue un bon conducteur.

Et pour finir, le civisme doit revenir au coeur de nos déplacements : prendre en compte l'autre, respecter les règles, y compris lorsque l'on est piéton ou cycliste. Il y va de la courtoisie, il y va aussi de la vie.

Qu'y a-t-il de commun entre tous ces chantiers ? C'est qu'ils ne pourront être réussis sans l'adhésion de tous. Certes, la première phase du chantier de la sécurité routière a pu reposer, en grande partie, sur l'autorité de l'Etat et la volonté de mettre en place une politique de contrôle systématique, mais, pour aller plus loin, tous les relais devront être mis à contribution.

Je pense en premier lieu aux élus locaux. Maires, conseillers généraux ou régionaux, parlementaires, ils influent pour une part essentielle sur le comportement de leurs administrés.

Je leur demande de mettre en place une communication rigoureuse et ferme vis-à-vis des questions de sécurité routière.

Je pense aussi aux employeurs, car la route représente une part importante de nos déplacements, et l'accès au permis et à la conduite est très souvent une nécessité professionnelle.

Les chartes de sécurité routière en entreprise doivent être généralisées, les entreprises qui font des efforts en faveur de leurs salariés conducteurs doivent être soutenues, d'autant plus que les accidents de circulation, c'est-à-dire les déplacements de mission et les déplacements domicile-travail, représentent 55% des accidents de travail.

D'ores et déjà, 26 chartes ont été signées, et j'ai signé la dernière en date à Lyon Bayer CropScience la semaine dernière.

Je pense bien sûr à l'Education Nationale, et la présence de Gilles de ROBIEN qui s'exprimera tout à l'heure lors de nos rencontres est à cet égard significative.

Je pense aux associations, qui ont été pionnières, et dont le combat n'est pas sans difficultés. Je les remercie pour leur action, leur détermination et leur lucidité.

Enfin, je pense à tous ceux qui se mobilisent pour les blessés de la route, lorsque, malgré tous ces efforts, le pire n'a pu être évité.

Les grands blessés de la route doivent devenir une grande cause nationale, et les recherches sur la réparation de la moelle épinière méritent d'être accélérées.

Tous les points que je viens d'évoquer constituent de grands chantiers en perspective, qui nécessiteront l'effort d'un grand nombre d'acteurs.

Mais nous pouvons, demain, continuer à changer la vie, comme nous l'avons fait pendant les cinq ans qui se sont écoulés.

Alors, sans plus tarder, je voudrais ouvrir les débats.

Ils commencent par une séquence qui nous donnera à tous de l'espoir et du coeur à l'ouvrage, puisque j'ai souhaité ouvrir les Rencontres Nationales par un exposé de ce qui se fait de mieux dans les autres pays européens. Nos amis suédois, anglais et norvégiens vont nous montrer que nous pouvons encore atteindre d'autres caps... puisque eux-mêmes l'ont fait !

Et dès à présent, Jacques BARROT, vice-président de la Commission européenne, sera particulièrement bien placé pour dresser un tableau des meilleures pratiques européennes. Je tiens à le remercier chaleureusement pour sa venue parmi nous.

Je leur cède donc la parole, et vous propose de les écouter avec la plus grande attention.

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