Interview de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à France-Inter le 29 mars 2007, sur le conflit du travail sur le port autonome de Marseille et la mobilisation des syndicats de l'ANPE. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à France-Inter le 29 mars 2007, sur le conflit du travail sur le port autonome de Marseille et la mobilisation des syndicats de l'ANPE.

Personnalité, fonction : THIBAULT Bernard, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. CGT, secrétaire général;

ti :

Elle est riche l'actualité sociale. Bonjour B. Thibault.

Bonjour.

Q- On entend un tout petit décalage. Vous êtes en duplex depuis le siège de la CGT à Montreuil. Réunion importante plus au Sud aujourd'hui pour essayer de sortir de la crise au Port autonome de Marseille. La CGT y va dans quel état d'esprit ?

R- Déterminé. J'étais à Marseille hier. J'ai eu l'occasion de faire un point détaillé de la situation avec l'ensemble de nos représentants locaux et je dois dire à vos auditeurs que j'ai mieux perçu les raisons de ce conflit, qui peuvent apparaître incompréhensibles à ceux qui ne connaissent pas...

Q- Un emploi paraît-il ! Un emploi est concerné. Même pas un emploi, mille heures de travail par an.

R- Non, je déments cette rumeur. Nous sommes sur une question d'organisation du travail qui pose des questions d'affectation d'emplois et de nature des emplois, en particulier de nature des emplois publics. Mais ce sur quoi je voudrais insister, ce matin, c'est que sous l'influence...

Q- Dites-nous quand même combien d'emplois sont concernés.

R- A terme, plusieurs puisqu'il s'agit aussi d'un plan de développement des activités du port. Donc il y a là un cas d'école. D'ailleurs on ne comprendrait pas pourquoi la situation est à ce point bloquée après quinze jours de grève s'il ne s'agissait que d'un emploi. Vous imaginez bien que ce serait tout à fait disproportionné. Donc si on n'arrive pas à se faire comprendre, c'est que le problème est beaucoup plus profond. Alors je voudrais insister sur un fait, c'est que j'ai appris hier que nos représentants aussi bien ceux siégeant dans les instances de représentation à GDF, au conseil d'administration de GDF, que ceux siégeant dans les instances de concertation du port, ont posé les problèmes d'organisation du travail, qui sont toujours liés au coeur du conflit, depuis 2002 ! Tenez-vous bien ! Cela fait cinq ans que les représentants de la CGT auprès des autorités de tutelle ont averti et posé un certain nombre de questions, s'agissant de la perspective d'une nouvelle installation, d'une nouvelle organisation des activités sur ce port. Et que les représentants de cette tutelle ont dégagé en touche, en quelque sorte. Ont joué la montre.

Q- Mais ce n'est pas disproportionné tout de même ? Vous me dites qu'il y a plusieurs emplois qui sont concernés, donnez-nous un chiffre. Deux, trois, quatre, combien exactement ?

R- Dès lors qu'il va y avoir un développement des activités du port, il y a là un problème d'organisation du travail qui est posé à l'occasion d'une installation nouvelle de GDF, mais il va y en avoir d'autres à l'avenir. Et ce n'est pas nouveau, vous le savez bien, qu'au fur et à mesure de certains développements d'activités, il y ait des prétentions à privatiser des activités. Le port est un établissement public et il y a une velléité. C'est un courant soi disant à la mode de vouloir faire reculer la présence publique, les emplois statutaires qui sont aujourd'hui présentés comme trop coûteux, la réglementation du travail trop rigide. Donc l'objet de ce conflit, c'est d'essayer de conforter aussi l'emploi public et la répartition du travail. Donc je ré-insiste sur l'information qui, moi, m'apparaît importante, c'est que les autorités étaient interpellées par nos représentants depuis plus de cinq ans sur les problèmes soulevés, que le préfet des Bouches-du-Rhône, est-ce un hasard, siège aussi bien au conseil d'administration de GDF qu'au conseil d'administration du Port autonome, et s'il y avait donc quelqu'un, s'il y a donc quelqu'un qui a pu voir les problèmes arriver, les identifier pour essayer de les résoudre, c'est bien le préfet des Bouches-du-Rhône. Donc je suis en droit de me poser la question...

Q- Est-ce que vous tenez vos troupes à Marseille ?

R- Je n'ai pas besoin de tenir des troupes. Ce n'est pas comme ça que fonctionne la CGT. Moi ce que j'identifie très clairement hier, c'est que ceux qui étaient en poste de responsabilité, qui le sont encore, n'ont rien fait pour répondre aux problèmes posés par les représentants des personnels dans les différentes entités. Il y a là une lourde responsabilité. C'est dire que la responsabilité de ce conflit émane des autorités de tutelle et en aucun cas de la responsabilité des grévistes.

Q- Est-ce vrai que seuls 4% de travailleurs grévistes bloquent la totalité de ce port ?

R- Ca n'a aucun sens. C'est un peu comme si vous comptiez le nombre de grévistes dans un hôpital alors qu'il n'y a qu'un service qui est en grève parce qu'il n'y a qu'un service dans lequel le problème est posé. Il y a parmi les personnels directement concernés par ces questions d'organisation du travail, 100% des grévistes.

Q- Donc pour vous, tout est normal ? Ca ne vous semble pas surréaliste qu'un port soit bloqué quinze jours et que les gens ne puissent pas se mettre autour d'une table ?

R- Mais attendez ! Ça n'est absolument pas normal, c'est tout à fait disproportionné. Au point que je me pose la question de savoir, ce n'est pas la première fois qu'à Marseille, vous le savez bien, on peut avoir l'impression que des représentants locaux visent d'autres objectifs au travers des conflits sociaux. Et parmi ces objectifs, je me dis que certains responsables locaux sur Marseille, sur les Bouches-du-Rhône, continuent d'avoir comme objectif en soi de se payer la CGT. Un certain nombre de responsables n'acceptent pas que des salariés s'organisent dans les syndicats CGT. C'est une espèce de verrue avec laquelle ils ont du mal à vivre. Ca c'est leur affaire mais jusqu'à preuve du contraire, c'est aux salariés de décider avec quel syndicat ils décident de défendre leurs intérêts. Et je pense qu'il y en a qui cherchent donc à envenimer, à dégrader un peu plus la situation avec l'objectif de porter le discrédit sur la CGT.

Q- Vous nous mettez des sous-titres là, et puis on passe à un autre dossier, qu'on comprenne exactement qui sont "ces gens" qui auraient intérêt à etc. ?

R- Il y a des élus locaux. Il y a eu des conflits - je refais pas l'histoire - à la RTM, il ya eu des conflits à la SNCM sur Marseille qui ont déjà défrayé la chronique et où, à chaque fois, il y a même eu un médiateur qui avait été nommé à propos du conflit de la RTM qui, après le conflit, avait fait savoir qu'il avait buté sur des représentants locaux, des élus politiques, qui se faisaient fort d'essayer de faire la peau à la CGT locale, plutôt que de se pencher sur les réels problèmes sociaux soulevés au travers des mobilisations.

Q- Alors votre position sur un autre conflit qui démarre aujourd'hui. Tous les syndicats de l'ANPE sont mobilisés, notamment contre la perspective, disent t-ils, d'une privatisation de cette agence. Qu'en pensez-vous ?

R- Je remarque qu'il y a tous les syndicats impliqués dans ce mouvement et que là aussi, il s'agit de défendre une certaine conception des missions de service public de l'ANPE. Les agents de l'ANPE souffrent de ce que l'on dit de leur mission, de ce qu'on leur fait faire dans leur mission. Et puis en plus, ils s'aperçoivent que l'on a aujourd'hui tendance à plutôt avoir recours au privé pour avoir la prétention de placer les chômeurs parfois à un coût financier très important. C'est donc un recul des missions de service public et aussi une dégradation de leurs conditions de travail.

Q- Donc pour vous, on va vers la privatisation de fait ?

R- Il y a une velléité d'aller vers la privatisation. Il y a déjà des opérations de décidées qui consistent par exemple à faire appel à des cabinets privés pour procéder à des opérations - ou prétendre procéder à des opérations - de reclassement, de reconversion professionnelle, soit disant plus efficaces que ce qu'est en capacité de faire l'ANPE aujourd'hui.

Q- Dernier dossier, il s'agit maintenant de la SNCF. La branche fret est dans le rouge et dans un rouge profond. Est-ce que vous craignez des conséquences pour l'emploi ?

R- Oui et je ne suis pas le seul. Là aussi, il vient d'y avoir une déclaration de l'ensemble des organisations professionnelles de la SNCF adressée à la direction d'entreprise pour s'inquiéter. Mais c'était déjà, du point de vue des professionnels, inscrit dans les tablettes compte tenu des mesures qui ont été prises. Il y a une réelle dégradation aujourd'hui du trafic marchandises transportées par le ferroviaire et on ne peut pas être, là aussi, dans le double discours. On ne peut pas être dans un discours officiel qui nous dit qu'il faut promouvoir le développement durable, qu'il faut avoir des activités qui économisent les atteintes à l'environnement, qui préservent l'avenir de la planète, et en même temps, avoir des mesures structurelles qui continuent de privilégier une expansion des transports les plus polluants, les plus coûteux pour la collectivité, notamment les transports routiers de marchandises. Et il y a là un double langage, un double discours qui est inacceptable du point de vue des professionnels qui voient bien qu'on est en train de dégrader la situation et non pas de la redresser avec les conséquences sur l'emploi que cela induit.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 30 mars 2007

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