Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007 sur "Canal Plus" le 1er avril 2007, sur l'emploi des jeunes et le "contrat première chance", le développement de la recherche, le bilan de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur ainsi que sur la politique nucléaire de l'Iran. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007 sur "Canal Plus" le 1er avril 2007, sur l'emploi des jeunes et le "contrat première chance", le développement de la recherche, le bilan de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur ainsi que sur la politique nucléaire de l'Iran.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, FERRARI Laurence.

FRANCE. PS, députée ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007;

ti : Laurence Ferrari

Et l'invité de ce DIMANCHE+ Spécial élections 2007, c'est Ségolène Royal, candidate du parti socialiste, bonjour Madame ROYAL.

Ségolène Royal

Bonjour.

Laurence Ferrari

On vient de voir un reportage sur les jeunes qui quittent la France pour partir à l'étranger, qu'est-ce que vous pourriez leur dire pour les convaincre ou de revenir ou de rester ?

Ségolène Royal

C'est vrai que les jeunes n'ont pas en France la place qu'ils pourraient avoir, compte tenu de la qualité souvent de leur formation, de leur qualification. Et moi, je veux avec les jeunes une nouvelle donne, un nouveau pacte, en disant aux entreprises de leur faire confiance. C'est vrai qu'en France, le taux de chômage des jeunes est plus élevé que dans les autres pays européens, ce qui n'est pas normal, car les entreprises leur demandent à la fois d'avoir de l'expérience professionnelle, et souvent on refuse de leur tendre la main pour leur donner cette chance.

Laurence Ferrari

C'est pour ça que vous avez proposé le « Contrat Première Chance » ?

Ségolène Royal

Oui, c'est pour ça que je propose le « Contrat Première Chance » pour les jeunes qui ne sont pas qualifiés, puisque dans les toutes petites entreprises, les artisans et les commerçants, ceux-ci me disent qu'ils ont 500.000 offres d'emploi non satisfaites, et de l'autre je vois 190.000 jeunes sortir du système scolaire sans qualification. Donc, je veux alléger le coût du travail pour ces très petites entreprises pendant 1 an, prendre en charge par l'intermédiaire des régions les salaires...

Laurence Ferrari

Complètement ?

Ségolène Royal

Complètement, pendant un an, parce que je crois que...

Laurence Ferrari

Tous les salaires ?

Ségolène Royal

Qu'il faut aujourd'hui des dispositifs simples, mettre fin aux gaspillages, à un certain nombre d'aides économiques qui vont à des entreprises qui n'en ont pas besoin, et vraiment cibler sur la baisse du coût du travail. Et puis pour les jeunes qualifiés, les jeunes diplômés, je mettrai en place les « Emplois Tremplins », qui vont permettre là aussi à des entreprises innovantes de faire confiance à des jeunes très qualifiés qui pourront ainsi les aider à développer leur marché. Et en même temps, je crois que c'est bien aussi que les jeunes aient de la mobilité à l'échelle européenne, il y a le programme ERASMUS, celui que Jacques DELORS avait proposé de tripler, ce programme ERASMUS qui permet à des jeunes de tous niveaux... je veux aussi que des jeunes en apprentissage aient la chance d'aller dans d'autres pays européens, pour qu'il y ait aussi de la mobilité au niveau européen. Mais en même temps, je crois qu'il faut que l'Europe se protège davantage contre les délocalisations qui détruisent l'emploi.

Laurence Ferrari

Alors justement, une précision à propos de ce « Contrat Première Chance », vous souhaitez qu'au bout d'un an, ces jeunes soient embauchés ferme par une entreprise...

Ségolène Royal

Oui.

Laurence Ferrari

Mais s'ils donnent satisfaction, c'est quand même...

Ségolène Royal

Oui, bien sûr, c'est du donnant-donnant, je crois que si les aides...

Laurence Ferrari

S'ils ne donnent pas satisfaction, on les licencie ?

Ségolène Royal

S'ils ne donnent pas satisfaction, c'est qu'il faut leur donner une formation complémentaire, une formation professionnelle complémentaire...

Laurence Ferrari

Payée par la région aussi ?

Ségolène Royal

Les orienter différemment. De toute façon aujourd'hui, vous savez le chômage coûte très cher, la désespérance des jeunes aussi, des jeunes qui sont livrés à eux-mêmes, c'est souvent ce qui explique la montée des violences, la montée des insécurités, la montée des délinquances. Et moi, je crois que pour remettre un pays en ordre et dans l'ordre juste, il faut vraiment mener la bataille de la lutte contre le chômage des jeunes. C'est ma bataille prioritaire, et je vais engager les entreprises qui ont des comportements éthiques aussi à l'égard de leurs salariés, et notamment celles qui embauchent, celles qui ont compris que le dialogue social était un élément très fort de l'efficacité économique. Et celles qui savent que si on laisse plus longtemps durer le chômage des jeunes, un jour ou l'autre ça va aussi se retourner contre le pays tout entier, donc c'est ma bataille, ma bataille principale.

Laurence Ferrari

Et ça, ça rentrerait en vigueur en juin 2007 si vous étiez élue ?

Ségolène Royal

Oui.

Laurence Ferrari

Cette mesure, le « Contrat Première Chance » ?

Ségolène Royal

Bien sûr, il faut que les choses aillent très vite. Des discussions ont déjà lieu aujourd'hui avec les partenaires sociaux. Je crois qu'il y a plein d'entreprises dynamiques qui ont compris qu'il fallait rénover en profondeur ce dialogue social dans l'entreprise, et puis faire vraiment réussir cette bataille contre ce fléau du chômage des jeunes qui ronge un pays, qui mine un pays, qui le tire vers le bas.

Laurence Ferrari

Justement, il y avait 400 jeunes qui étaient réunis hier à Paris, ils venaient de toute la France, ils demandent notamment que les stages soient rémunérés et comptabilisés dans l'ancienneté professionnelle. Vous y êtes favorable ?

Ségolène Royal

Bien sûr, je crois qu'il faut mettre fin à des... comment dirai-je, des pratiques d'exploitation des jeunes. Lorsque les jeunes donnent satisfaction, lorsqu'ils font un vrai travail, ils doivent être rémunérés. Lorsqu'ils sont en formation, lorsqu'ils apprennent leur métier, à ce moment-là ils doivent être accompagnés et mis par exemple sous tutorat. On voit aussi souvent des anciens salariés qui reviennent dans l'entreprise accompagner les jeunes, pour les aider, pour les accompagner. Et je crois aussi que c'est cette société de solidarité entre les générations, qui permettra le mieux aux jeunes de s'insérer dans le monde du travail et de comprendre le sens de l'effort, donc d'avoir les rémunérations correspondantes. Mais il y a aussi beaucoup de jeunes très diplômés qui s'en vont, notamment de jeunes chercheurs, parce qu'ils sont en France très, très mal payés, et ça c'est un vrai scandale.

Laurence Ferrari

C'est ce qu'on a vu dans le reportage.

Ségolène Royal

Oui. Je veux remettre à niveau la rémunération des jeunes chercheurs, je ne veux plus qu'ils soient obligés de partir aux Etats-Unis où ils sont 4 fois plus payés, comme je l'ai vu dans un laboratoire. Et j'étais vraiment scandalisée de voir que nos meilleurs chercheurs, alors que nous avons investi des fonds publics très importants pour les mettre à niveau, pour leur donner cette formation, s'en vont, et ça je crois qu'il faut trouver des solutions et j'en trouverai.

Laurence Ferrari

Dernière proposition de ces jeunes, ils demandent une interdiction de la publicité pendant les programmes jeunesse à la télévision, vous êtes d'accord ?

Ségolène Royal

Moi je ne suis pas globalement pour des sociétés d'interdits, je pense que l'amélioration de la qualité des programmes pour les jeunes devrait devoir se faire en dialogue à l'intérieur des chaînes, là aussi avec des codes éthiques, une réflexion intelligente sur ce que la société de la culture doit apporter aux jeunes générations. Et sans tomber dans l'interdit, je pense qu'il y a des régulations naturelles qui devraient se faire entre personnes intelligentes.

Laurence Ferrari

Vous avez répondu assez violemment hier à Nicolas SARKOZY, en l'accusant de taper sous la ceinture, parce que lui vous accusait d'être complaisante après les violences de la gare du Nord. Pourquoi ce changement de ton ?

Ségolène Royal

Parce que je pense que l'insulte n'a pas sa place dans une campagne présidentielle, que par respect pour les électeurs, il faut savoir tenir ses nerfs. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça voudrait dire que si demain Monsieur SARKOZY était par malheur élu, il se mettrait à insulter les autres chefs d'Etat et de gouvernement qui ne pensent pas comme lui ? Il a quand même osé dire qu'il était le candidat des honnêtes gens, cela veut dire que tous les électeurs qui ne vont pas le choisir sont malhonnêtes ? Je crois que la violence de ses propos augurent mal de... comment dirai-je, de l'identité personnelle de Nicolas SARKOZY, et c'est à se demander s'il ne tombe pas dans cette violence verbale, tout simplement pour faire oublier le mauvais bilan qu'il a au ministère de l'Intérieur, avec la vieille formule : la meilleure défense c'est l'attaque. Mais je crois que la politique, c'est une forme de morale publique qui consiste aussi à rendre des comptes, donc aujourd'hui il doit rendre des comptes sur ce que disent les Français. Et que disent les Français ? 80 % d'entre eux estiment qu'il y a une montée des violences et des insécurités. Donc la question est : qu'a fait le ministre de l'Intérieur pendant 5 ans ? Et ça n'est pas polémique que de poser cette question, c'est la nature même de l'engagement politique qui consiste à rendre des comptes sur l'action que l'on a conduite au nom des Français.

Laurence Ferrari

Madame ROYAL, j'aimerais qu'on parle de la situation en Iran, cela fait 9 jours que 15 soldats britanniques sont prisonniers en Iran, est-ce que vous estimez qu'ils sont otages de ce pays, est-ce que vous réclamez leur libération immédiate ?

Ségolène Royal

Bien sûr, je demande leur libération immédiate, je suis tout à fait solidaire du gouvernement britannique et des Britanniques sur cette question-là.

Laurence Ferrari

Vous avez été choquée par ces images de jeunes soldats, dont une jeune femme voilée ?

Ségolène Royal

Choquée oui, choquée, je crois que cette violence n'a aucune raison d'être et qu'il faut être très ferme à l'égard du régime iranien. Vous connaissez mes positions à ce sujet.

Laurence Ferrari

Sur le nucléaire civil iranien ?

Ségolène Royal

Sur le nucléaire civil.

Laurence Ferrari

Vous ne voulez pas que l'on prenne de risque ?

Ségolène Royal

Toutes ces affaires prouvent que j'ai raison, et je crois qu'il n'y a aucune faiblesse à avoir à l'égard de cet Etat aujourd'hui.

Laurence Ferrari

L'Union européenne fait bloc avec les Britanniques contre l'Iran, vous êtes... c'est une bonne chose ?

Ségolène Royal

Oui, bien sûr, je crois que nous devons tous être solidaires aujourd'hui de ce drame, de cette épreuve que vit le peuple britannique.

Laurence Ferrari

La France n'a pas pris de sanction contre l'Iran, la Grande Bretagne, elle, a gelé ses accords bilatéraux. Est-ce que vous pensez qu'il faut prendre des sanctions et de quelle nature ?

Ségolène Royal

Je crois qu'il faut une décision sur cette question-là au niveau européen dans le sens, en effet, des sanctions.

Laurence Ferrari

Sanctions économiques, diplomatiques ?

Ségolène Royal

Je crois qu'il faut commencer par les sanctions économiques, ensuite les sanctions diplomatiques, et en tout cas faire preuve d'une très, très grande fermeté à l'égard de ce qui vient de se passer, pour obtenir la libération immédiate de ces otages.

Laurence Ferrari

Est-ce que vous suivriez Tony BLAIR, lui qui demande l'isolement de l'Iran ?

Ségolène Royal

Oui, je pense qu'il faut être très solidaire aujourd'hui de ce que demandent les Britanniques.

Laurence Ferrari

Un mot de l'environnement. Nicolas HULOT, vous l'avez rencontré cette semaine, il manifeste cet après-midi à Paris. Est-ce qu'il vous réclame toujours plus à propos de son pacte écologique, est-ce que vous mettez encore l'environnement au coeur de cette campagne Madame ROYAL ?

Ségolène Royal

Bien sûr que je mets l'environnement au coeur de cette campagne. Vous savez, c'est pour moi une conviction profonde qui étais ministre de l'Environnement, qui aussi chaque fois où j'ai eu des responsabilités dans ce domaine, et encore aujourd'hui au niveau de la collectivité que je gère, je fais de l'excellence environnementale. Je sais que c'est un combat aussi difficile, qu'il faut affronter les lobbies. Et en tout cas, si... dès que je serai élue, il y aura le moratoire sur les OGM en plein champ, il y aura la mise en place d'une fiscalité écologique, qui va entraîner les entreprises à se lancer dans toutes les éco-industries et dans les énergies renouvelables pour créer beaucoup d'emplois. Il y a des emplois potentiels, du potentiel aussi dans le domaine de la recherche. Et enfin, j'interdirai les substances chimiques les plus nocives, qui sont aujourd'hui encore utilisées et qui portent atteinte à la santé publique. Et puis les aides à l'agriculture durable, à l'agriculture biologique seront beaucoup augmentées pour que l'agriculture, protectrice de l'environnement et protectrice de la qualité de l'eau, puisse aussi se développer.

Laurence Ferrari

Il nous reste peu de temps. Vous avez publié ce livre « Maintenant », entretien avec Marie-Françoise COLOMBANI, est-ce que vous envisagez de faire un ticket à la CLINTON avec François HOLLANDE ?

Ségolène Royal

Ecoutez, vous savez l'élection présidentielle n'est pas non plus un gadget ou... c'est une élection entre une personnalité et le peuple français, et je l'ai toujours dit, par respect pour les électeurs, la question gouvernementale sera posée après l'élection.

Laurence Ferrari

Si vous gagnez, à qui dédierez-vous votre victoire ? Il nous reste 20 secondes.

Ségolène Royal

Au peuple français, parce que je veux une France présidente. Et la France présidente, telle que je l'imagine avec les Français, c'est une France qui retrouve confiance en elle-même, la fierté d'elle-même, l'envie de se retirer à nouveau vers le haut, c'est une France où les Français réapprennent à vivre ensemble...

Laurence Ferrari

Merci beaucoup.

Ségolène Royal

A se faire confiance et à se respecter.

Laurence Ferrari

Merci beaucoup Ségolène Royal d'être venue dans DIMANCHE+


Source http://www.desirsdavenir.org, le 2 avril 2007

Rechercher