Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, surla littérature dramatique et le théâtre, Paris le 2 avril 2007 | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, surla littérature dramatique et le théâtre, Paris le 2 avril 2007

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Remise du 3ème grand prix de littérature dramatique à Paris le 2 avril 2007

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Je suis particulièrement heureux de vous accueillir ici aujourd'hui pour rendre hommage aux auteurs et à leurs oeuvres, sans lesquels il n'est pas de théâtre. Les femmes et les hommes de lettres et de théâtre que nous mettons en lumière aujourd'hui contribuent par leur travail et leur talent à la richesse de la scène française et internationale. Au moment de récompenser les lauréats de cette troisième édition du Grand prix de littérature dramatique, c'est un métier, une profession, ou plutôt une vocation, que nous avons voulu mettre en valeur : la vocation de ceux qui se sont engagés au service de la création théâtrale, dans l'écriture, dans l'invention, dans la recherche, pour enrichir le corpus des oeuvres destinées aux acteurs, aux metteurs en scène, au public d'aujourd'hui, et pour constituer le patrimoine théâtral de demain.

Ce n'est pas sans émotion que j'ouvre ce matin la troisième édition de ce prix qui, déjà, s'est installé durablement dans notre calendrier culturel. Il y a trois ans, j'ai souhaité, avec de très nombreux partenaires, la création de cet événement novateur, parce que j'avais la conviction que l'écriture dramatique, qui souvent reste à l'écart de l'actualité littéraire, méritait d'être mise en lumière, d'être encouragée et récompensée, à la mesure de l'apport inestimable qu'elle offre chaque année aux théâtres, aux acteurs, aux publics et aux lecteurs. Aujourd'hui, trois ans après sa création, le succès que rencontre ce prix, manifesté en particulier par votre présence ici, est venu vérifier l'intuition qui en était à l'origine. Je sais désormais que je partage cette intuition avec les passionnés de théâtre que vous êtes, tous, chacun dans votre domaine : éditeurs d'abord qui, avec détermination et souvent avec courage, permettez que les textes existent et se diffusent indépendamment de leur représentation, et aussi bien sûr auteurs, acteurs, metteurs en scène et directeurs de théâtre, journalistes, acteurs publics et responsables associatifs. Tous, nous partageons la conviction que l'écriture dramatique est une création artistique à part entière, une écriture qui fait partie intégrante de la littérature ; si parfois elle vient en bouleverser les critères et les canons, si elle s'affranchit de ses codes et de ses formes, c'est pour rendre au verbe, à la poésie, au langage, toute sa puissance, celle qu'ils prendront sur scène, portés par la voix, par le souffle, par le corps des acteurs.

Oui, l'auteur, l'écrivain de théâtre, fait oeuvre de littérature ; il fait aussi oeuvre de vie et d'avenir, en apportant au répertoire de nouveaux textes, qui sont autant de nouvelles occasions de jeu, de plaisir, de réflexion et de découverte. L'enjeu de ce renouvellement, est, bien sûr, avant tout, de porter, dans le patrimoine théâtral, l'empreinte de notre époque, de notre temps, de notre actualité - au sens le plus haut de ce terme. Je suis d'ailleurs heureux d'observer que les oeuvres qui concourent pour ce troisième prix ont ceci en commun, qu'elles ouvrent la scène aux grandes interrogations, aux angoisses et aux espoirs de nos sociétés. La violence, la guerre et le fanatisme, les problèmes sociaux ou écologiques, la mondialisation, telles sont en effet, les thématiques qui courent tout le long des oeuvres sélectionnées par le jury ; traitées avec les mots, les accents, les références de notre temps, ces questions apportent un témoignage significatif sur les failles de notre époque.

Soutenir la création contemporaine, c'est donc soutenir le théâtre dans son ensemble, promouvoir ce qui constitue sa richesse et son avenir, encourager son renouvellement, contribuer à sa diversité. Ce Grand prix de littérature dramatique s'inscrit dans le cadre d'un projet global de soutien, sur tous les fronts, au théâtre et au spectacle vivant. Parfois, j'entends caricaturer hâtivement l'action qu'a menée le ministère de la Culture et de la Communication dans ce domaine si difficile, si exigeant mais si passionnant, qui peine parfois à trouver ses ressources et son équilibre. Trop souvent, on s'est refusé à considérer tout ce qui avait été fait, toutes les mesures prises, toutes les aides apportées, toute l'attention accordée dans notre pays à l'art dramatique. Pour en prendre un exemple, c'est grâce en particulier à la persévérance du ministère de la Culture que nous avons pu fêter, au cours des derniers mois, la rénovation ou la construction de lieux de théâtre partout en France, parmi lesquelles la réouverture de l'Odéon, à Paris, a constitué un événement exceptionnel. Quant au soutien à la création dramatique, dont ce Grand prix est l'une des illustrations, il faut rappeler que nous fêtons cette année le soixantième anniversaire de l'aide aux auteurs de théâtre : c'est en 1947, en effet, que Charles Dullin proposa à Jeanne Laurent d'instituer un dispositif ministériel durable chargé de découvrir et de subventionner les écrivains produisant de nouvelles pièces de théâtre. L'aide à la première pièce était née ; elle allait compter parmi ses membres Albert Camus ou Pierre Renoir, et parmi ses lauréats, Julien Gracq ou Emmanuel Robles. Vingt ans après, elle devient une aide, plus large, à la création dramatique, conduite par Jean Vilar, puis, entre autres, par Henri Gouhier ou Antoine de Clermont-Tonnerre. L'aide de l'État, qui consistait alors dans un simple soutien a posteriori, s'est améliorée, élargie et développée jusqu'à aujourd'hui. Car au cours des dernières années, contrairement à ce que l'on entend parfois ici ou là, l'État ne s'est pas désengagé ; bien au contraire, il a tenu et affermi ses engagements. Au cours des huit dernières années, ce sont 656 projets ou textes qui ont été soutenus, parmi lesquels plus de 95% ont été réellement menés à bien. Aujourd'hui, si nous venons d'installer la Commission nationale consultative d'aide à la création d'oeuvres dramatiques sous l'égide du Centre national du théâtre, c'est pour faire en sorte que l'aide de l'État soit rendue à la fois plus stable, plus concentrée et plus efficace, et que de plus en plus d'auteurs et de textes puissent en bénéficier.

Parmi les décisions que j'ai eu à prendre rue de Valois, je suis heureux et fier, - et dois-je préciser, je le rappelle, dans le respect le plus absolu de leur liberté de créateur et de leurs convictions de citoyen - d'avoir nommé Pascal Rambert, auteur, à Gennevilliers, Jean Lambert-Wild, auteur, à Caen, et Olivier Py, auteur, à l'Odéon, car ils manifestent que le talent se joue des frontières et des disciplines. C'est aussi dans cet esprit qu'avec Bertrand Delanoë, j'ai renouvelé le mandat de Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point, accordant à ce théâtre, né pour et par les auteurs, des moyens renforcés.

Dans le même esprit et la même volonté de décloisonnement, je souhaite que soit mise en place, parallèlement au soutien et à l'encouragement que l'engagement de l'État doit apporter aux auteurs, une véritable "filière des textes", par laquelle les oeuvres ainsi soutenues seront diffusées auprès des directeurs de théâtre, des metteurs en scène, ainsi que des éditeurs. La circulation des informations, des textes, des projets, est un élément essentiel pour permettre à la création dramatique de "monter sur scène", de trouver son public, ses lieux, ses débouchés ; et je veux d'ailleurs remercier et féliciter tous ceux, de Marseille à Sarran, de Pont-à-Mousson à Limoges, qui contribuent à cette circulation, à cette ouverture réciproques, à ce dialogue constant et fécond des créateurs et des acteurs du théâtre au sens large.

Parmi ceux-ci, je veux citer en particulier l'association Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales (ANETH), qui organise cette année encore le Grand prix de littérature dramatique ; je remercie également, au nom de toute la communauté des gens de théâtre, les acteurs publics que sont le Centre national du Théâtre, le Centre National du Livre et la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, ainsi que les Écrivains Associés du Théâtre. C'est grâce à eux, grâce à tous les organismes qui contribuent, avec les pouvoirs publics, à soutenir et à faire vivre la création théâtrale, que nous pouvons aujourd'hui fêter et admirer la littérature dramatique contemporaine, dont ce Prix reflète toute la richesse.

Vous accueillir ici aujourd'hui, c'est témoigner du rôle éminent des auteurs dans la création, qui légitime que l'État s'engage fortement, comme je l'ai voulu, comme je n'ai cessé de la faire depuis trois ans, pour défendre et promouvoir leurs droits, leur travail et leurs talents.

Puissions-nous, chaque jour, dans l'exercice de nos métiers et de nos responsabilités, ne jamais perdre de vue cette conviction prophétique de Jeanne Laurent " que l'essentiel est d'avoir des auteurs et, si possible, des poètes qui travaillent pour la scène ".

Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 3 avril 2007

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