Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, sur "Canal Plus" le 3 avril 2007, sur son soutien aux salariés en grève chez Citroen, le rappel des référents de l'identité nationale (drapeau et hymne national), le bilan de l'action de Nicolas Sarkozy comme ministre de l'intérieur ainsi que sur la religion et la laïcité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, sur "Canal Plus" le 3 avril 2007, sur son soutien aux salariés en grève chez Citroen, le rappel des référents de l'identité nationale (drapeau et hymne national), le bilan de l'action de Nicolas Sarkozy comme ministre de l'intérieur ainsi que sur la religion et la laïcité.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, DENISOT Michel, MASSENET Ariane, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. PS, députée ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007; ; ;

ti : Michel Denisot - Bonsoir à tous, bonsoir Ségolène Royal. C'est la neuvième édition spéciale du Grand journal consacrée à l'élection présidentielle. Nous allons parler bien sûr de votre programme, de votre actualité, retrouver le Petit papier de Bruno Donet comme chaque soir, le Petit journal de Yann Barthes, la Boîte à questions de José Bové, que nous recevions hier, le Point route des candidats avec Ariane Massenet et le Journal de campagne de Jean-Michel Aphatie, bonsoir à tous les deux...

Alors la campagne a démarré très très tôt et tout s'accélère dans la ligne droite, donc il faut à la fois beaucoup d'énergie, il faut des idées nouvelles quasiment tous les jours, un oeil sur le terrain, un oeil sur le sondage et un troisième oeil sur les adversaires. Alors je vais commencer par l'énergie. Où puisez-vous l'énergie nécessaire ?

Ségolène Royal - Chez les gens... Chez les gens, dans la ferveur populaire, dans ces salles remplies de milliers et de milliers de personnes, dont certaines n'ont pas fait leur décision, donc qui viennent voir, qui s'intéressent aussi à la confrontation des idées et des projets. Et c'est aussi le sentiment...

Jean-Michel Aphatie - François Bayrou disait : c'est beaucoup plus difficile que je n'avais imaginé. Vous le ressentez comme ça vous aussi ?

Ségolène Royal - Oui, c'est difficile. C'est difficile parce qu'à un moment on sent aussi que l'histoire est en train de s'écrire, que les Français vont faire un choix crucial et que tous les jours de suis habitée par la préoccupation qui est la suivante : est-ce que je suis à la hauteur de ce qu'attendent des millions et des millions de Français qui ont envie que ça change, et que ça change vraiment.

Ariane Massenet - Tous nous disent qu'ils ont du mal à dormir, ils ne rêvent que d'une chose, c'est enfin dormir. Est-ce que vous êtes aussi dans cet état-là, fatiguée ?

Ségolène Royal - Non, non, pas du tout, je suis très éveillée...

Ariane Massenet - Non, je ne dis pas que vous êtes fatiguée dans la journée, mais est-ce que le soir, effectivement quand vous vous couchez, vous êtes, oui, fatiguée physiquement, parce qu'on le voit bien, c'est un véritable marathon, une campagne ?

Ségolène Royal - Écoutez, je dois avoir une capacité physique particulièrement robuste, ça doit être de famille puisque ma mère a eu neuf enfants en une dizaine d'années, donc j'ai dû hériter de sa robustesse physique, et non, je ne ressens pas de fatigue, mais simplement une intensité qui s'accroît au fur et à mesure que le premier jour de l'élection s'approche, parce que je me rends compte de l'ampleur de la tâche. D'abord de la chance qui est la mienne aussi, de pouvoir porter des idées, des valeurs, un projet, d'avoir rencontré des millions de gens, d'avoir construit avec eux ce pacte présidentiel. Et puis j'ai envie d'incarner cette France présidente et donc je suis extrêmement concentrée, heureuse et en même temps, oui, c'est difficile, mais c'est aussi à la hauteur de l'enjeu, cette difficulté.

Michel Denisot - Alors on est à dix-neuf jours du premier tour, on arrive aux idées nouvelles. D'abord une réaction sur l'actualité du jour : le nouveau record du monde établi par le TGV français à 574,8 km/h. Quelle est votre réaction ?

Ségolène Royal - Écoutez, j'en suis particulièrement heureuse parce qu'il a été construit à la Rochelle, dans ma région, par Alstom. Donc c'est le signal aussi que la haute technologie française ne doit pas quitter le territoire national. Ça a été une menace sur cette entreprise et quand on a la fierté d'avoir cette performance aujourd'hui, en plus le transport en commun, ce qui nous permet de lutter contre le réchauffement climatique, de se substituer à la voiture, je crois qu'on peut être fier d'être français et encore plus motivé pour lutter, pour maintenir et pour garder nos industries de pointe à l'échelle française et à l'échelle européenne.

Ariane Massenet - Vous parliez à l'instant de la Rochelle, vous deviez faire un meeting hier soir à la Rochelle et finalement vous n'y êtes pas allée. C'est Jack Lang, je crois, qui vous a remplacée. Pour quelle raison ?

Ségolène Royal - Oui, il y avait une réunion publique mais vous savez, vu l'ampleur des invitations et des sollicitations que je reçois, oui, il m'arrive de faire des choix...

Ariane Massenet - Les militants sont forcément déçus, enfin je dis pas que d'aller voir Jack Lang c'est pas une bonne chose mais...

Ségolène Royal - C'est ma famille, la Rochelle, c'est ma région, donc ils comprennent parfaitement et puis Maxime Bono, le maire de la Rochelle a parfaitement animé cette réunion, où je suis d'ailleurs régulièrement dans cette région. Mais oui, ça m'arrive d'adapter mon calendrier, parce que je veux être très réactive dans cette campagne, être à l'écoute aussi de ce que les Français demandent à un certain moment...

Jean-Michel Aphatie - Et le choix, justement, c'était d'aller voir des salariés de chez Citroën ?

Ségolène Royal - Le choix était d'aller voir les salariés de Citroën.

Jean-Michel Aphatie - Jusqu'à présent les candidats d'extrême-gauche avaient été voir et vous y avez été vous aussi, c'était pour faire un signal à ce type d'électorat, qui ne vous choisira pas au premier tour ?

Ségolène Royal - J'étais invitée depuis 15 jours à rencontrer les salariés de cette usine et je pense que c'est symbolique de ce que je veux changer en France. Pourquoi ? Voilà une entreprise, un fleuron là aussi, de l'industrie française, qui fait des bénéfices et qui augmente la rémunération des actionnaires, et qui parallèlement n'augmente pas la rémunération des salariés. Il y a là donc des salariés payés au SMIC, 980 euros par mois, qui dorment dans leur voiture devant l'usine, des jeunes, parce qu'ils n'ont pas les moyens de se loger et puis parce qu'on est jeune certains ne vous font pas confiance, qu'ils ne peuvent pas payer les trois mois d'avance et de caution...

Jean-Michel Aphatie - Qu'est-ce que vous pourriez faire si vous étiez présidente, face à des situations comme ça, une entreprise privée détermine elle-même, en fonction de...?

Ségolène Royal - D'abord je crois que ça n'arriverait pas, je vais vous dire pourquoi. Puisque dans la réforme des institutions que je propose, c'est que le dialogue social remplace la confrontation. Ici on est dans un système, encouragé d'ailleurs par le candidat de l'UMP, je le dis très clairement et sans détour, où l'on dresse les gens les uns contre les autres. Et ce serait de la responsabilité aujourd'hui de l'État que de redemander l'ouverture des négociations. Ce que j'ai fait. Et toutes les entreprises, d'une façon ou d'une autre, reçoivent des aides publiques. Cette entreprise reçoit par exemple des aides en matière d'allègement de charges sur les bas salaires. Alors moi j'exigerai des entreprises qu'elles soient transparentes, qu'elles respectent les salariés et qu'elles mettent en place un dialogue social qui anticipe les conflits pour qu'il n'y ait pas de grève et qu'en même temps les décisions qui soient prises, comme dans les pays du nord de l'Europe, soient à la fois intéressantes pour l'entreprise, qui a besoin de garder sa compétitivité, mais aussi respectueuses des salariés qui ont le droit de savoir comment se fait la rémunération des actionnaires, quand l'entreprise fait des profits, et comment se fait la rémunération des salariés. D'autant que l'entreprise sous-traitante a obtenu des augmentations de salaires. Donc c'est incompréhensible que les salariés, qui demandent une augmentation de salaire, n'obtiennent pas satisfaction.

Michel Denisot - Dans une interview à paraître demain dans l'Express, vous dites que les 35 heures ont parfois créé plus de problèmes que de solutions. Est-ce que vous pouvez nous préciser votre pensée ?

Ségolène Royal - D'abord je suis très étonnée que sur une interview de quatre pages, ce soit cette information-là qui soit sortie, puisqu'elle n'est pas nouvelle, il y a bien d'autres affirmations passionnantes dans cette interview...

Jean-Michel Aphatie - Il faut bien sortir quelque chose.

Ségolène Royal - Il faut bien sortir quelque chose, mais...

Jean-Michel Aphatie - Pourquoi pas ça ?

Ségolène Royal - Pourquoi pas ça, parce que ça n'est pas nouveau, bien sûr, je l'ai dit. Moi je veux construire une société sur la base du réel, en regardant les vrais problèmes des gens, je suis une femme libre, je ne suis prisonnière d'aucun dogme, je ne dépends d'aucune puissance d'argent, je n'ai personne à placer. Et maintenant je me situe au-dessus des partis politiques puisque je suis en dialogue direct avec les Français. Et ma responsabilité de candidate à l'élection présidentielle, et peut-être demain de chef de l'État, c'est de prendre en considération la vie des gens telle qu'elle est, pour répondre à la fois aux urgences, mais aussi pour investir dans les questions de fond qui permettent à la France de préparer son avenir, et en particulier ma première, ma toute première préoccupation, c'est de gagner la bataille contre le chômage et en particulier contre le chômage des jeunes.

Jean-Michel Aphatie - Et tant pis si Martine Aubry n'est pas contente ?

Ségolène Royal - Mais je crois qu'elle ne peut pas ne pas regarder un certain nombre de choses. D'ailleurs si vous lisez la totalité de l'information, je dis que les 35 heures ont constitué un progrès social très important, il n'était pas question de les remettre en cause. En revanche, là où elles avaient dégradé les conditions de travail des salariés, à ce moment-là il fallait en effet regarder les choses de plus près et faire en sorte que toutes les réformes correspondent à un progrès social.

Michel Denisot - Alors il est 19h19, il est largement temps de passer le Petit papier de Bruno Donet, comme chaque soir.

Le petit papier

Bruno Donet - Chère Ségolène Royal. Depuis votre dernier passage sur ce plateau...

Ségolène Royal - Bonjour, je suis Ségolène Royal...

Bruno Donet - ... votre principal fait d'armes est donc d'avoir assuré publiquement la promotion de notre tricolore pavillon.

Ségolène Royal - Demander à toutes les familles d'avoir le drapeau français à leur domicile...

Bruno Donet - Sur le coup, je dois vous avouer que j'ai été extrêmement surpris.

Ségolène Royal - ... avec moi, la politique ne sera plus jamais comme avant.

Bruno Donet - J'ai même culpabilisé un instant en craignant que vous n'ayez pris ombrage du dernier Petit papier dans lequel un disciple de la démocratie participative vous demandait ceci : « Quelles sont les couleurs du drapeau de la République Centre-Africaine ? » Et puis je me suis aperçu que cette campagne électorale ronronnait ferme.

Ségolène Royal -C'est moi qui définis le sens de la campagne.

Bruno Donet - J'ai constaté que les candidats ne débattaient pas et qu'on n'y parlait pas non plus d'un sujet essentiel, l'Europe.

Ségolène Royal - Je m'occupe des vrais problèmes.

Bruno Donet - Comme si, depuis le référendum, cette question était devenue tabou.

Ségolène Royal - Il va falloir s'y faire.

Bruno Donet - J'ai alors mieux compris votre histoire de drapeau.

Ségolène Royal - Demain je serai dans un débat participatif sur la question du logement.

Bruno Donet - En fait la campagne est complètement recroquevillée sur l'hexagone.

Ségolène Royal - Après-demain je serai dans une banlieue...

Bruno Donet - On y voyage avec une carte Orange deux zones, entre la proche banlieue et le panier de la ménagère, avec terminus gare du Nord.

Ségolène Royal - La droite n'a pas le monopole de la sécurité.

Bruno Donet - Tricolore jusqu'au slip, cette campagne aura porté très haut les couleurs du clientélisme, dont le drapeau national n'est qu'un pavillon de complaisance.

Ségolène Royal -Et je veux que le débat présidentiel retrouve de la hauteur.

Bruno Donet - Alors voilà, hier l'Europe nous apportait la paix, aujourd'hui vous faites la promotion d'un hymne belliqueux... Curieuse élection, où si l'on peut encore périr par le drapeau, on ne court plus le moindre risque de mourir pour des idées, même de mort lente. C'est tout pour aujourd'hui, et demain ce sera pire.

Jacques Chirac - Vive la République, et vive la France.


Michel Denisot - Pas de commentaire sur le Petit papier de Bruno Donet ?

Ségolène Royal - Si, parce que la Marseillaise n'est pas un hymne belliqueux, c'est l'hymne au contraire de toutes les libertés et de la lutte contre toutes les formes de tyrannie, c'est l'hymne que Louise Michel faisait chanter à ses élèves le matin et le soir. C'est elle qui avait été emprisonnée pour ses idées, elle disait qu'à chaque fois qu'elle entendait la Marseillaise, elle ne pouvait pas s'empêcher de pleurer. C'est l'hymne qui a été repris dans le monde entier parce que c'est l'hymne de la liberté, de la fraternité de la Révolution française. Alors il ne faut pas...

Ariane Massenet - Et vous vous attendiez à une telle polémique ou pas ?

Ségolène Royal - Mais je suis heureuse finalement que ce débat ait lieu, puisqu'il y avait comme une espèce d'autocensure par rapport aux référents de l'identité nationale. Mais je ne confonds pas l'identité nationale avec le nationalisme, il y a une très grande différence entre ce que dit Nicolas Sarkozy, ou ce que dit Jean-Marie Le Pen, et ce que je dis. Car pour la gauche il y a l'idée de nation qui va avec l'idée d'ouverture vers les autres. La gauche est internationaliste, c'est-à-dire on peut être fier d'être français, et je le suis et en même temps très ouverte sur le monde. Et je pense en particulier que notre avenir dépend aussi de notre capacité à réduire les inégalités entre les pays du nord et les pays du sud, entre les pays riches et les pays pauvres.

Michel Denisot - On va se retrouver après la pub, dans deux minutes, et il y a deux questions qui arrivent, l'une posée par François Bayrou ce matin, c'était au micro de Jean-Michel Aphatie sur RTL, il souhaite un débat à quatre, sur Internet parce qu'à la télé c'est impossible aujourd'hui vu les contraintes du CSA. Et Nicolas Sarkozy vous demande, il y a quelques instants, d'échanger des arguments. On verra ce que ça veut dire dans un instant.

(Pub)

Donc ce matin François Bayrou a proposé qu'il y ait un débat sur Internet, qui n'est pas soumis aux mêmes règles que les chaînes de télévision par le CSA, entre vous, lui, Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen. Êtes-vous d'accord ?

Ségolène Royal - Oui, bien sûr. Moi je suis disponible pour tous les débats.

Michel Denisot - Par ailleurs Nicolas Sarkozy, il y a quelques instants dans le Morbihan, vous demande d'échanger des arguments dans la campagne après les propos que vous avez tenus, affirmant qu'il avait perdu son sang-froid. Est-ce que vous êtes d'accord ?

Ségolène Royal - Ah, non seulement je suis d'accord qu'il faut échanger des arguments de fond. J'observe qu'il a retenu la leçon que je lui ai donnée, parce que c'est vrai qu'avoir prétendu, pour exploiter les graves incidents de la gare du Nord, avoir prétendu que j'étais du côté des fraudeurs, des voleurs et de ceux qui étaient en infraction avec la loi, moi qui suis une élue de la République, qui étais magistrate, qui étais ministre et qui suis responsable, et qui suis candidate à l'élection présidentielle, je pense que ce sont des méthodes qui sont particulièrement indignes du débat public. Donc je lui ai donné un avertissement et je me réjouis d'entendre qu'il a entendu cet avertissement.

Jean-Michel Aphatie - Il dit quand même : quand elle soutient les fraudeurs - il parle de vous - elle ne doit pas s'attendre de ma part à des applaudissements.

Ségolène Royal - Où a-t-il vu que j'ai soutenu les fraudeurs ? Moi je défends un ordre juste. Ce n'est pas moi qui appartiens à un gouvernement, c'est lui qui a prononcé l'amnistie pour Guy Drut, vous vous en souvenez ? Donc si je suis présidente de la République, il n'y aura pas de décision de ce type, c'est-à-dire que les règles seront les mêmes pour tous, pour les puissants comme pour les petits, comme disait La Fontaine. Et donc j'attends en effet du candidat sortant qu'il puisse d'abord rendre des comptes sur ce qui se passe en matière de sécurité, puisqu'il a dit récemment que les ministres qu'il aurait éventuellement à nommer devraient rendre des comptes et si au bout d'un an ils n'avaient pas fait leur travail, il les changerait.

Michel Denisot - Quinze ministres, a-t-il dit, avec la parité. Est-ce que pour vous ce sera un gouvernement à peu près avec autant de ministres et avec la parité ?

Ségolène Royal - Oui, je pense qu'il faut diminuer le train de vie de l'État, ça c'est vrai. Mais surtout, ce que j'observe, c'est qu'en matière de sécurité, 80 % des Français estiment que la violence a augmenté. Qui est ministre de l'Intérieur, monsieur Nicolas Sarkozy. Alors pourquoi ne s'applique-t-il pas à lui-même ce bilan qu'il va demander plus tard aux éventuels ministres ? Je veux dire par là que la politique c'est sérieux, c'est moral, et qu'il faut s'appliquer à soi-même ce que l'on recommande aux autres.

Ariane Massenet - Et sur la parité ?

Jean-Michel Aphatie - Sur le gouvernement paritaire ?

Ségolène Royal - Il y aura un gouvernement qui tend vers la parité, mais je crois qu'il y a deux critères : le critère de parité et le critère de compétence.

Ariane Massenet - Ça peut être plus, d'ailleurs, est-ce qu'il peut y avoir plus de femmes que d'hommes, par exemple, dans votre gouvernement ?

JeanMichel Aphatie - Ce serait plus la parité, ça...

Ariane Massenet - Mais oui, mais justement, de temps en temps, hein...

Michel Denisot - Le poste de président de la République peut compter double si vous êtes élue...

Ariane Massenet - Ou même triple, si vous êtes élue...

Jean-Michel Aphatie - Ah, c'est des nouvelles règles !

Ariane Massenet - Donc il peut y avoir plus de femmes que d'hommes, c'est envisageable, dans votre gouvernement ?

Ségolène Royal - Vous savez, ce qui compte surtout, je le répète, c'est la compétence, c'est la feuille de route qu'auront les ministres, ils auront comme responsabilité de mettre en application ce pacte présidentiel que j'ai construit avec les Français et en particulier de gagner la bataille contre le chômage.

Michel Denisot - Alors on va passer à la vérification des rumeurs, donc c'est Ariane chaque soir qui réunit toutes les rumeurs qui viennent de la presse...

Ariane Massenet - Ah oui, on ne les invente pas.

Michel Denisot - ... et qui donne les origines, et vous dites vrai ou faux.

Ariane Massenet - Vous auriez dit de Dominique Strauss-Kahn, suite à l'appel qu'il avait lancé à Bayrou dans le Monde du 9 mars : « Décidément, on ne peut pas lui faire confiance, il en a trop fait. » C'est le Canard Enchaîné qui révèle cette information. Vrai ou faux ?

Ségolène Royal - Faux.

Ariane Massenet - François Hollande vous aurait dit : « Tu as trop de vieux dans les pattes, tu ne peux pas faire un pas sans les avoir dans les pattes. » Vrai ou faux ?

Ségolène Royal - Faux.

Jean-Michel Aphatie - Ah, ça vous fait sourire quand même... Il l'a peut-être pas dit comme ça mais ça doit pas être loin...

Ariane Massenet - Oui, mezzo mezzo.

Jean-Michel Aphatie - Vous confirmez que c'était pas loin ?

Ségolène Royal - Non non, c'est inexact.

Ariane Massenet - Samedi vous avez assisté au concert de Michel Delpech, jusque-là j'ai bon, et Michel Delpech vous aurait dédicacé cette chanson, écoutez.

Chanson Michel Delpech « Dieu, mais que Marianne était jolie, quand elle marchait dans les rues de Paris... »

Ariane Massenet - En disant que c'était pour la jolie dame du quatrième rang. Il paraît même que vous avez dansé sur « Pour un flirt avec moi ». Vrai ou faux ?

Ségolène Royal - Alors la première partie est vraie mais la deuxième non, je n'ai pas dansé sur « Un flirt avec moi ». Je l'ai écouté, parce que c'est une très jolie chanson.

Ariane Massenet - Et vous étiez effectivement au quatrième rang ?

Ségolène Royal - Effectivement.

Ariane Massenet - La jolie dame du quatrième rang, ça aurait pu être quelqu'un d'autre mais vous étiez effectivement au quatrième rang.

Ségolène Royal - C'était moi.

Michel Denisot - Merci Ariane. On va voir le Journal de campagne dans lequel vous pourrez intervenir avec Jean-Michel Aphatie, il vous reste combien, quatre minutes à peu près... trois minutes quarante de temps de parole jusqu'à 19h50. C'est l'heure maintenant de la Boîte à question avec José Bové.

(Boîte à questions)

On va passer au Journal de campagne avec Jean-Michel Aphatie qui a retenu les trois livres des trois candidats qui sont en tête des sondages aujourd'hui. On n'a pas parlé de sondages tout à l'heure mais c'est vrai qu'il y a une certaine stabilité. Un, toujours Nicolas Sarkozy ; deux, c'est vous ; et en trois, François Bayrou. Donc il y a « Maintenant » par Ségolène Royal ; « Ensemble » par Nicolas Sarkozy ; et « Confidences » par François Bayrou.

Jean-Michel Aphatie - Effectivement, trois livres, c'est assez rare à dix-neuf jours du premier tour. En général, les livres sont sortis avant, là tous les trois sont en librairie. Alors on peut noter, déjà dans la présentation, on pensait que vous aviez préempté le drapeau pendant la campagne électorale, Ségolène Royal, mais Nicolas Sarkozy a mis en couverture bleu-blanc-rouge, « ensemble », c'est le premier mot de son slogan de campagne. Et vous, la couverture est violette, avec ce mot « maintenant ». C'est plus impératif, « maintenant », et puis ça renvoie aussi à François Mitterand qui avait publié « Ici et maintenant » en novembre 1981, juste avant la campagne électorale qui allait être victorieuse. Le choix du mot n'est sans doute pas innocent. Dans le contenu, il y a des thèmes communs, mais abordés différemment, évidemment...

Michel Denisot - C'est assez personnel...

Jean-Michel Aphatie - Nicolas Sarkozy dit « je suis fier d'être Français », quand Ségolène Royal dit « j'aime la France ». C'est pas tout à fait la même chose et au passage Ségolène Royal trouve même que Nicolas Sarkozy est nationaliste, ce dont se défend bien entendu le président de l'UMP. Nicolas Sarkozy dénonce dans son livre la faillite, la capitulation morale et intellectuelle de la France qui serait due, selon lui, à la génération de 1968. Et là aussi, ce qu'écrit Ségolène Royal sur 1968 est très différent. Et puis tous les deux évoquent leurs principaux thèmes. Nicolas Sarkozy dit qu'il est pour le capitalisme mais qu'il faut le moraliser. Il dépeint aussi ce qu'est la mondialisation. Et Ségolène Royal revient sur les thèmes de campagne qu'on a déjà entendus : démocratie participative, carte scolaire, elle parle aussi de la dette, de la culture, et donc, vous le disiez Michel, de choses plus personnelles, le couple, elle aurait souhaité, elle le dit, se marier avec François... - oui François Hollande, j'ai failli dire un autre nom de famille - avec François Hollande, avant la campagne électorale. Vous le dites. Vous racontez aussi des souvenirs d'enfance qui ne sont pas très... qui sont un peu douloureux encore à votre mémoire visiblement. Et puis vous évoquez aussi, pour citer un thème, le baptême. Marie-Françoise Colombani, qui vous questionne dans ce livre, vous demande si vous avez fait baptiser vos enfants. Et vous dites ceci : « Oui, mais pas à leur naissance, j'ai attendu qu'ils aient l'âge de choisir et de comprendre, vers 10 ou 12 ans. Saviez-vous que les filles de Jean Jaurès avaient fait leur communion ? » Et on retrouve là ce qu'on a pu ressentir à un autre épisode que vous avez en mémoire, bien sûr, Ségolène Royal, c'est votre rapport à la religion, qu'on ne connaît pas vraiment, vous avez l'air d'être sensible à la religion, proche de la religion, et vous ne le dites jamais. Alors voilà, en lisant ces pages on se dit : tiens, on ne la connaît pas tout à fait.

Ségolène Royal - Oui, mais en même temps je suis très attachée à la laïcité. Mais si vous le permettez je voudrais dire...

Jean-Michel Aphatie - Mais sur la religion, votre rapport personnel à la religion ?

Ségolène Royal - Est-ce que vous permettez que je dise quelque chose d'abord avec une certaine gravité ? À propos des couvertures des livres, vous savez il y a une commission de contrôle des opérations électorales qui interdit aux candidats d'utiliser le drapeau français sur tous les documents de campagne. Un livre publié dans le cadre d'une campagne électorale émarge au compte de campagne, il faut le savoir, et la façon dont les couvertures sont affichées sont assimilables à des affiches, donc à des documents de propagande électorale. C'est la raison pour laquelle, moi qui respecte les règles, et je ne crois pas que l'ancien ministre de l'Intérieur puisse ignorer cette règle. C'est la raison pour laquelle moi-même je me suis abstenue d'utiliser le bleu-blanc-rouge sur mon livre et sur l'ensemble des documents de campagne.

Jean-Michel Aphatie - Vous allez saisir la commission ?

Ségolène Royal - Je ne saisirai pas la commission mais je veux que les citoyens sachent qu'il y a des règles très claires en période de campagne électorale, et notamment lors de la plus importante, la campagne pour l'élection présidentielle et qu'un candidat à l'élection présidentielle doit respecter les règles qui sont posées et chacun doit appliquer ces règles. Et en effet on verra ce que la commission décidera de faire. En tout cas la projection ou l'affichage de la couverture de ce livre n'est pas autorisée par la commission de contrôle. Et je regrette que monsieur Sarkozy ne respecte pas les règles d'un débat démocratique.

Michel Denisot - La question de Jean-Michel était sur la religion.

Jean-Michel Aphatie - Oui, votre rapport à la religion ?

Ségolène Royal - Mon rapport est très simple. C'est vrai que j'ai été élevée dans une tradition religieuse, catholique, et que j'ai transmis à mes enfants un certain nombre de repères, en leur laissant bien sûr cette liberté, comme vous avez vu. Aujourd'hui je ne pratique pas et je suis justement profondément attachée à la laïcité intelligente, c'est-à-dire celle qui respecte l'exercice de toutes les religions et qui est favorable au dialogue inter-religions, ou à ceux d'ailleurs qui n'en ont pas et qui n'ont pas de religion. C'est la raison pour laquelle aussi je considère que l'absence de signes religieux à l'école est une règle très importante.

Michel Denisot - Alors on va passer maintenant au Petit journal avec Yann Barthes et on se retrouve tout de suite après.

(le Petit journal)

On va passer au Point route avec Ariane Massenet et les voyages que vous faites.

Ariane Massenet - Juste j'ai calculé le nombre de kilomètres que vous avez faits, Ségolène Royal, comme on l'a fait pour tous les candidats qui sont venus dans cette émission. Vous avez une idée du nombre de kilomètres que vous avez faits ?

Ségolène Royal - Non.

Ariane Massenet - Alors regardez déjà la carte, le nombre de voyages que vous avez faits depuis le 1er décembre. Vous avez parcouru 54 926 kilomètres. Alors c'est à l'inverse des sondages, vous êtes deuxième derrière Bayrou. Mais attention, Nicolas Sarkozy se rapproche, il est à 700 kilomètres depuis le 1er décembre de vous. Donc il va falloir faire quelques kilomètres. Juste une question à ce propos : c'est ce qui est le plus difficile, les déplacements, dans cette campagne, ce qui est le plus dur ?

Ségolène Royal - Au contraire, non, c'est ce qui est le plus enrichissant. C'est ce qui est le plus encourageant. C'est la diversité à la fois des personnes rencontrées, la ferveur populaire, la confrontation aux difficultés, les visites d'entreprises, et à chaque fois je veille à visiter les entreprises où ça va mal et les entreprises où ça va bien. Pour regarder les raisons de l'accumulation du chômage, celles qui sont justifiées et celles qui ne le sont pas. Et en même temps pour voir aussi la France qui avance, qui réussit et qui veut aller de l'avant...

Ariane Massenet - Et qu'est-ce qui est le plus dur alors dans cette campagne ? S'il y a une chose que vous ne soupçonniez pas, vraiment le plus dur ?

Ségolène Royal - Le plus dur c'est sans doute les coups bas, ou les attaques personnelles, ou les polémiques. J'ai lu la publication d'un certain nombre de pamphlets contre moi, de livres détestables, d'accusations abominables, c'est aussi ce regard qui continue sur moi en tant que candidate femme, la mise en cause permanente d'une légitimité, d'une compétence. Donc je crois que c'est plus difficile, c'est vrai, pour une femme. Et par rapport aux déplacements, je voudrais vous dire que je suis la seule candidate qui en fait le calcul écologique. C'est-à-dire tous les déplacements qui n'ont pas lieu en train, donc qui ont lieu en réchauffant la planète, c'est-à-dire par route, donnent lieu à une compensation. C'est-à-dire que je calcule la compensation et je verse l'équivalent à un fonds qui est spécialement créé, qui a été créé sur Internet, de citoyens vigilants sur la question de la lutte contre le réchauffement planétaire.

Michel Denisot - Le temps de parole est terminé. Mais vous restez avec nous jusqu'à 19h50, vous pourrez faire des signes de tête sur une ou deux questions. Voici la météo.

(Météo et zapping)

Bonsoir PPD.

Marionnette PPD - Bonsoir Michel, bonsoir madame Royal, bonsoir à tous. Je suis naturellement très séduit par le discours de Ségolène Royal, ça s'est même vu quelquefois. Et c'est naturellement avec beaucoup d'intérêt que j'ai pris connaissance de ses cent propositions faites aux Français. Je trouve ses propositions très audacieuses, moi qui n'ai pas encore osé lui en faire une seule... Pardon.

Michel Denisot - Merci Yves Lecoq. Normalement votre temps de parole est écoulé, les douze minutes, mais un bonus de dix secondes quand même, pour dire au revoir.

Ségolène Royal - Oui, d'autant que je ne peux pas laisser passer ce que je viens d'entendre, si vous le permettez. Je n'avais pas entendu cette déclaration de Nicolas Sarkozy qui a prétendu que je l'avais traité d'ignoble à propos de l'identité nationale. Alors je vais dire une bonne fois pour toutes, parce que je ne veux pas que le débat présidentiel se dégrade. Je n'ai jamais tenu de tels propos. Donc cet homme qui est vraiment prêt à tout, et à dire vraiment n'importe quoi dans le cadre de cette campagne présidentielle, je pense qu'il faut que ça cesse...

Jean-Michel Aphatie - Le mot « ignoble », vous l'avez prononcé, sans vouloir relancer...

Ségolène Royal - Non, je ne l'ai pas prononcé, ni à son sujet. Je l'ai prononcé à propos de ce qu'a dit Simone VEIL elle-même, c'est-à-dire du rapprochement entre l'immigration et l'identité nationale...

Jean-Michel Aphatie - Vous avez dit « ça c'est ignoble ».

Ségolène Royal - Donc monsieur Sarkozy a menti, et un menteur est-il apte à devenir président de la République ? Je le dis très clairement. Donc voilà ce que je veux dire. Je veux dire, pour dire au revoir aux Français, quand même, pour rester sur une note et pour élever le débat, que les Français, je les appelle à venir voter, à ne pas s'abstenir, et qu'avec leurs voix le 22 avril, je veux relever la France qui mérite beaucoup mieux que ce qu'elle a.

Michel Denisot - Merci Ségolène Royal. Alors le temps de parole a été dépassé, du coup la Boîte à questions qui compte dans le temps de parole, vous ne la ferez pas, bien entendu, pour que les comptes soient justes pour tout le monde. Merci.

Source http://www.desirsdavenir.org, le 4 avril 2007

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