Réponses de M. Gérard Schivardi, candidat à l'élection présidentielle 2007, à un questionnaire de l'association "Famille-Ecole-Education" sur ses propositions en matière de politique scolaire, Paris le 27 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Réponses de M. Gérard Schivardi, candidat à l'élection présidentielle 2007, à un questionnaire de l'association "Famille-Ecole-Education" sur ses propositions en matière de politique scolaire, Paris le 27 mars 2007.

Personnalité, fonction : SCHIVARDI Gérard.

FRANCE. Comité national pour la reconquête de la démocratie politique; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

ti : Réponses à Gilbert Sibieude,
Président de l'association Famille-Ecole-Education

27 mars 2007


Monsieur le Président,


C'est pour moi un honneur de répondre aux questions posées par votre association, et à travers elle à des personnalités scientifiques et littéraires de renom.

Je pense que le droit à l'instruction est un droit vital pour les jeunes générations; je dois constater qu'il est de plus en plus mis à mal par les contre-réformes mises en oeuvre depuis des années, directement inspirées par l'Union européenne, comme le prouve l'examen des délibérations de la Commission européenne sur ce sujet.

a reconquête de l'instruction publique, la sauvegarde de l'école de la République sont des questions vitales qui figurent au centre de ma campagne qui a pour axe la rupture avec l'Union européenne.


1- Etes-vous d'accord avec la constatation que les défaillances de l'école, qui affectent particulièrement les enfants des milieux les plus défavorisés, trouvent notamment leur origine dans l'enseignement primaire ?

R - La régression du niveau de connaissances des jeunes générations est patente, que ce soit en lecture, en orthographe, en mathématiques comme dans les autres disciplines.

Les défaillances de l'école, j'en suis convaincu, trouvent leur sources dans les « réformes » mises en oeuvre ces dernières années.

Par exemple l'horaire qui figure dans les instructions officielles consacré à la transmission des disciplines scolaires ne cesse de diminuer.

Au cours préparatoire, pour ne prendre que ce seul exemple, l'horaire consacré à la lecture, l'écriture et à la langue française était de 15 heures en 1956. Il a été réduit à 9 ou 10 heures, désignées selon la formule vague de maîtrise du langage.

A la rentrée 2006, les élèves des classes de cinquième et quatrième des collèges ont encore perdu une demi-heure par semaine.

Tout ceci découle des orientations dictées par l'Union européenne.

Selon le rapport de présentation du budget de l'Education nationale 2007, «Un lycéen coûte 9.992 dollars, soit environ 35 % de plus que la moyenne de l'Union européenne (7.419 dollars). »

Ce budget se traduit par 5500 suppressions de postes d'enseignants. Pour diminuer les coûts des élèves, le rapport préconise de nouvelles coupes dans les horaires d'enseignement pour les prochaines années.

Il est temps que soit stoppée cette spirale destructrice, et c'est ce que je compte largement développer dans ma campagne. C'est pourquoi je relie ce problème vital à la politique de l'Union européenne. L'article 104 des traités de Maastricht et d'Amsterdam exige : « Les Etats membres évitent les déficits publics excessifs. La Commission surveille l'évolution de la situation budgétaire et du montant de la dette publique dans les Etats membres. Elle examine notamment si la discipline budgétaire a été respectée. » et le Premier ministre a confirmé qu'il inscrivait son action dans ce cadre dans une lettre adressée à son ministre de l'Education nationale, M. De Robien, le 1er mars 2007 : « Le désendettement passe d'abord par le retour à l'équilibre des finances publiques, conformément au programme de stabilité 2008-2010 adressé à la Commission et à nos partenaires européens ».

Vous comprendrez ainsi aisément pourquoi l'axe de ma campagne est la rupture avec l'Union européenne.

2- La raison d'être de l'enseignement primaire est la transmission du savoir à tous les enfants, savoir qui inclut la maîtrise de la lecture et de l'écriture, de la langue française, du calcul, d'un ensemble de connaissances simples -seuls accès possibles à la culture, à la vie sociale, au monde contemporain. Partagez-vous cette conviction ?

R - Je suis tout à fait d'accord avec vous pour dire que la raison d'être de l'école est la transmission des savoirs.

Les fondateurs de l'école de la République, laïque, gratuite et obligatoire, et notamment J. Ferry, n'avaient pas d'autre but que d'instaurer l'égalité de droit dans l'accès à l'instruction sur tout le territoire national. C'est pourquoi ils préconisaient la création d'une école publique dans chaque commune.

C'est bien au mouvement inverse auquel on assiste aujourd'hui, celui de la disparition de nos écoles communales. Avec mes collègues maires, qui l'ont fait savoir au ministre de l'Education Nationale, je suis particulièrement opposé au projet de création d' « établissements publics d'enseignement primaire » (EPEP).

Un décret est sur le point d'être publié, qui prévoit le regroupement d'écoles en pôles intercommunaux.

Près de 11000 écoles communales sur 61000 ont déjà été fermées en 20 ans. Nous avons fait les comptes : ce sont plus de 26000 écoles de moins de quatre classes qui sont menacées avec ces EPEP. De plus ces « pôles » pourraient expérimenter une « autonomie » totale, en dehors de toute réglementation nationale.

Que resterait-il de l'égalité de droit ? Et que resterait-il des communes rurales ?

Je combats pour l'abandon d'une telle mesure et pour l'abrogation de la loi qui l'a inspirée, la loi de décentralisation du 13 août 2004, dite des « libertés et responsabilités locales. »

3- Vous engagez-vous à mettre en oeuvre des modes d'apprentissage réellement adaptés aux besoins et aux capacités des enfants, faisant fi de toute idéologie ?

R - Les méthodes d'apprentissage doivent relever de la liberté pédagogique des enseignants, et non d'une pédagogie officielle. Les enseignants doivent pouvoir enseigner au nom de la vérité, et non d'un gouvernement ou d'une idéologie particulière.

Mais cela doit prendre place dans une école laïque, une école qui instruise, dans le cadre de programmes et d'horaires nationaux, préparant à des diplômes nationaux

Ce sont ces fondements qui sont aujourd'hui battus en brèche.

Par exemple on peut lire dans un document de l'agence de la Commission européenne Eurydice que : « La connaissance factuelle de la matière devient de plus en plus obsolète en raison du rythme des progrès technologiques. Les connaissances factuelles pertinentes peuvent rapidement être mobilisées et transférées grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC)... » (Compétences clés : un concept en développement dans l'enseignement général obligatoire).

Si le rôle de l'école n'est plus de transmettre des « connaissances factuelles », que ce soient les règles de grammaire, l'orthographe, les règles de calcul, mais aussi les bases de l'histoire, des sciences etc. alors c'est bien la transmission de tout le patrimoine de la civilisation qui est menacé !

4- Prenez-vous l'engagement de faire réécrire, dans les 12 premiers mois de votre quinquennat, pour mise en application à la rentrée 2008, l'ensemble des programmes du primaire, en termes simples et compréhensibles pour les parents et les enseignants ?

R - La dernière mesure en date concernant les programmes est le décret instituant le «socle commun de connaissances et de compétences» découlant de la loi d'orientation de 2005 (loi Fillon), qui a été signé le 26 juin 2006. Il y en a bien sûr eu d'autres ces dernières années.

Il s'avère que ce décret est la version française des «huit compétences clés » adoptées par le Parlement européen le 21 juin, sur proposition de la Commission européenne...

Le texte adopté par le Parlement européen précise que celles-ci s'inscrivent «pleinement dans les lignes directrices intégrées pour la croissance et l'emploi 2005-2008, approuvées par le Conseil européen de juin 2005. » Ces lignes directrices sont celles qui préconisent notamment la «réforme » du Code du travail... Avec la mondialisation « le double rôle - social et économique - de l'éducation a une importance déterminante dans l'acquisition par les citoyens européens des compétences clés qui leur permettront de s'adapter avec flexibilité à de tels changements. »

Plutôt que de restaurer des programmes scolaires annuels par niveau de classe, fondés sur une liste de connaissances à acquérir, alors que la créations des « cycles » par la loi de 1989 (loi Jospin) a fait la preuve de sa nocivité, il y a à craindre que ce décret n'organise en fait un nouvel affaissement des connaissances.

Le présupposé selon lequel « ce ne sont plus les connaissances elles-mêmes qui ont de l'importance mais l'utilisation qui en est faite » (présentation par l'INRP du socle) oppose en effet les compétences aux connaissances. Par exemple dans le chapitre du décret consacré aux mathématiques on lit «l'accent est mis davantage sur le processus et l'activité que sur le savoir. » Comment « agir », comment être compétent en mathématiques comme dans tous les domaines d'ailleurs, sans un savoir solide ?

Je me prononce pour l'abrogation de ce décret et de la loi dont il découle.

5- Vous engagez-vous à revoir le mode de formation des instituteurs, à faire changer tous les manuels, seuls moyens de mettre en oeuvre les nouveaux modes d'apprentissage et les nouveaux programmes ?

R - Je considère que l'arrêté ministériel du 19 décembre 2006, qui découle lui aussi de la loi Fillon de 2005, modifiant le cahier des charges de la formation des futurs instituteurs et professeurs est tout à fait dangereux.

Ceux-ci doivent bénéficier d'une solide formation disciplinaire pour être en mesure de transmettre les connaissances. Sur une liste de dix compétences qui serviront de base à l'évaluation des futurs enseignants, un seul fait référence aux disciplines enseignées ! Le contenu de la formation est lui-même laissé à la discrétion de chaque université, le caractère national disparaît donc. Cela s'intègre aussi dans le cadre de la mise en place des prétendus diplômes européens (LMD), qui ne sont en fait que des attestations de parcours individuels locaux ou régionaux.

Une réforme de la formation des enseignants a été mise au point au niveau de l'Union européenne : la dernière « réforme » de décembre 2006 en France n'en est que l'application. On lit par exemple dans le document de l'Union européenne, intitulé «Objectifs concrets futurs des systèmes d'éducation et de formation » que les enseignants ne « représentent plus l'unique source d'un savoir qu'ils dispensent à un public respectueux; leur rôle, aujourd'hui, est davantage celui d'un tuteur chargé de guider les apprenants sur un parcours qui leur est propre. La formation devrait permettre aux enseignants et formateurs (...) d'encourager leurs élèves non seulement à acquérir les compétences professionnelles dont ils ont besoin, mais également à assumer la responsabilité de ce parcours personnel qui, seul, peut les doter des compétences nécessaires dans la société et le monde du travail actuels. »

Je suis donc tout à fait partisan d'abroger cet arrêté et d'en revenir à une formation des enseignants fondée sur la préparation à la transmission des connaissances.

6- Que pensez-vous de rétablir à l'école incitations et récompenses afin d'inciter les élèves à donner le meilleur d'eux-mêmes ? De même, vous fixerez-vous comme objectif de rétablir le respect dû aux instituteurs, si nécessaire pas des sanctions justes et raisonnables ?

R - La première mesure à prendre est de rétablir des horaires nationaux et des programmes annuels par niveau de classe et par discipline, et de rétablir que le passage dans la classe supérieure repose sur l'assimilation suffisante de ceux-ci.

Selon les chiffres officiels du ministère (enquête SIGNA), le nombre d'incidents, dont ont été victimes les personnels enseignants, de surveillance et d'éducation est en augmentation de 25% par rapport à 2002-2003. Mais les violences touchent de la même façon les élèves.

Il faut redonner à l'institution scolaire son rôle irremplaçable dans la formation des jeunes générations. C'est d'abord au gouvernement de le traduire dans ses actes.

Encore une fois cela s'oppose aux recommandations de l'Union européenne contenues dans son mémorandum sur l'éducation et la formation tout au long de la vie : « Pour rapprocher l'offre de formation du niveau local, il faudra aussi réorganiser et redéployer les ressources existantes afin de créer des centres appropriés d'acquisition des connaissances dans les lieux de la vie quotidienne où se réunissent les citoyens - non seulement les établissements scolaires, mais aussi les cercle municipaux, les centres commerciaux, les bibliothèques et musées, les lieux de culte, les parcs et les places publiques, les gares ferroviaires ou routières, les centres médicaux et complexes de loisirs ainsi que les cantines des lieux de travail. »

Si les gares routières valent tout autant que les salles de classe pour apprendre, comment les enseignants seraient-ils respectés? Ce sont les « réformes », et les multiples déclarations des gouvernants qui sont responsables de la situation de plus en plus difficile dans laquelle sont placés les enseignants pour exercer leur métier ;

Comment par exemple la classe pourrait-elle se dérouler normalement quand tout accès aux soins et à l'enseignement spécialisé est supprimé aux enfants autistes. Comment se fait-il qu'ils soient obligés d'être dans les classes ordinaires, empêchant bien malgré eux le déroulement normal des cours, l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul ? A l'origine de cette mesure, il y a la loi Montchamp du 11 février 2005 et les recommandations et décisions de l'Union européenne à l'origine de l'intégration « dans le système traditionnel d'éducation et de formation » des enfants handicapés qu'elle appelle « apprenants à besoins spécifiques ». Les soins et l'éducation spécialisée coûteraient trop cher : un enfant scolarisé dans une classe ordinaire « coûte » 7 000 euros par an, comparé à 30 000 euros minimum dans un établissement spécialisé, adapté à son handicap.

Fondamentalement il faut redonner à la jeunesse le droit à un avenir : une véritable instruction, de vrais diplôme nationaux garantissant une qualification reconnue, un vrai travail, un vrai salaire... ce qui va à l'encontre de la déréglementation systématique du code du travail et de la baisse du coût du travail, de la destruction des emplois au nom de la concurrence libre et non faussée découlant des traités européens. Il faut donc sortir de ce carcan.

7- Rétablir un examen de fin d'études primaires, ou d'entrée en 6°, donnerait à tous, enseignants, parents, enfants, un repère clair et solide. Cela éviterait que des enfants insuffisamment préparés accèdent au secondaire, à leur détriment et au détriment de la qualité de l'enseignement. Vous engagez-vous à mettre en place un examen national de fin d'études primaires validant les acquis et savoir-faire des élèves et ce dès le début du quinquennat pour une pleine application à l'issue de l'année scolaire 2008-2009 ?

R - La suppression du certificat d'études primaire qui a permis à des générations d'acquérir un niveau de connaissances fondamentales bien supérieur à celui qui est préconisé par le « socle commun » a été suivi de la sape du brevet des collège et du certificat d'aptitude professionnel, qui est à la base de toutes les conventions collectives. Le baccalauréat lui-même est menacé dans son caractère national par les projets de mise en place du contrôle continu : c'est ce qui a soulevé la jeunesse il y a deux ans.

Il faut restaurer tous les diplôme et examens dans leur caractère national et anonyme, qui leur garantit leur valeur.

8- Etes-vous prêt à mener des actions persuasives et persévérantes pour établir des relations de collaboration et de confiance entre parents et enseignants sur la base d'objectifs communs, tant en matière d'instruction que d'éducation ?

R - Les relations entre les enseignants et les familles de leurs élèves doivent être des relations directes, volontaires.

Il faut toutefois respecter les responsabilités différentes qui sont celles des enseignants et des familles et la laïcité de l'école.

La fréquentation de l'école, l'apprentissage des règles de la vie en société, le goût et la pratique de l'effort dans l'acquisition des connaissances transmises par l'instituteur et le professeur ont à l'évidence une fonction d'éducation. Mais l'école doit rester laïque : les consciences des jeunes générations doivent rester protégées à l'intérieur de l'école des influences religieuses et idéologiques diverses.

Je ne suis pas favorable à la « coéducation », préconisée par certains, qui sont aussi d'ailleurs partisans de l'autonomie renforcée des établissements, dans la logique des lois de décentralisation.

D'ailleurs, dans cette logique, ce qu'on entend dire sur la suppression ou l'assouplissement de la carte scolaire vise-t-il à autre chose, en définitive, qu'à une mise en concurrence des écoles publiques entre elles, les parents étant en quelque sorte des clients, les enseignants portant de plus en la responsabilité à la mesure même que l'Etat se désengage ? Tout ceci est copié sur la Grande Bretagne ou les USA... et va dans le sens de la privatisation de l'Education. C'est aussi dans ce sens que milite l'Union européenne qui prône dans le cadre de la décentralisation « un vaste partenariat public/privé de fournisseurs de services d'éducation et de formation afin de créer un réseau de centres d'acquisition des connaissances reposant sur le tutorat. »

Je ne puis évidemment y souscrire


J'espère avoir ainsi répondu à vos questions.

Recevez, Monsieur le Président, mes salutations de citoyen attaché à l'instruction publique, à l'école de la République et à la laïcité de l'école et de l'Etat.

Source http://www.schivardi2007.com, le 5 avril 2007

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