Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "Radio Classique" le 5 avril 2007, sur la campagne électorale, sur les chiffres de la sécurité routière en mars et les modulations de retrait de point pour le permis de conduire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "Radio Classique" le 5 avril 2007, sur la campagne électorale, sur les chiffres de la sécurité routière en mars et les modulations de retrait de point pour le permis de conduire.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer

ti : Q- G. Bonos : Bonjour D. Perben.

R- Bonjour.

Q- E. Chavelet : Bonjour, D. Perben.

Q- G. Bonos : Comment se passe cette dernière ligne droite de la campagne électorale ?

R- Ecoutez, plutôt bien, je crois que les thèmes qui font débat sont au fond les thèmes que propose N. Sarkozy. Et c'est toujours un point important lorsqu'on est dans une bataille électorale, c'est un peu celui qui choisit les thèmes qui a le plus de chance de gagner. Moi, je me réjouis beaucoup qu'il ait mis un certain nombre de sujets dans l'actualité de la campagne, en particulier la valeur travail, je pense qu'il a eu tout à fait raison de le faire et ça a une résonance très importante dans l'opinion publique. Le sens du mérite, la récompense de l'effort, la valeur travail au coeur du débat politique, je crois que ça a été un point très fort de sa démarche à laquelle il croit d'ailleurs beaucoup. Bien sûr, le thème de la sécurité qui reste prégnant - et je le vois dans une agglomération comme Lyon - les gens y sont encore extrêmement attentifs. Et puis toute la question de la formation, la jeunesse, la relance de l'économie, l'allègement des charges sur les heures supplémentaires, tout le côté on relance la dynamique économique.

Q- E. Chavelet : Alors parlons quand même deux minutes de la sécurité. Au ministre des Transports, vous êtes en charge de la Sécurité Routière, les chiffres avaient été mauvais en janvier, un peu meilleurs en février. Qu'est-ce qui se passe en mars ?

R- Ecoutez les choses vont mieux, on aura les chiffres définitifs, je pense dans la soirée ou demain matin. Mais il semble bien que les chiffres soient stabilisés. C'est-à-dire qu'en vérité, qu'est-ce qui s'est passé ? Fin décembre, début janvier, on a eu très peur : on avait une vraie remontée du nombre de morts et du nombre de blessés, et donc il a fallu réagir. Je crois que grâce à la dynamique des associations, qui nous ont beaucoup aidés, on a rappelé la règle, on a montré de la fermeté, de la clarté, on a mobilisé le 7 mars dernier l'ensemble des acteurs de la Sécurité Routière pour marquer un peu les esprits ; nous avons lancé des campagnes radio et télé, pour rappeler les choses. Les chiffres de janvier avaient donc été mauvais, les chiffres de février constituaient encore une hausse par rapport à février 2006, mais ils étaient quand même relativement bons, en valeur absolue, puisque c'était le meilleur deuxième mois de ces cinq dernières années et il semble que mars, on soit légèrement en dessous des chiffres de 2006.

Q- E. Chavelet : Ça serait abstrait donc...

R- Donc ça veut dire qu'on trois mois, on a rétabli la situation. Voilà ce que ça veut
dire...

Q- E. Chavelet : C'est-à-dire un chiffre malheureusement de combien de morts à peu près ?

R- C'est quand même de l'ordre de 312, 313 morts sur le mois, mais je veux dire bravo aux Français qui ont réagi, qui ont bien réagi.

Q- E. Chavelet : Bon, mais vous aviez eu peur en mars qu'il y ait un certain relâchement à cause des élections. Et pourquoi les élections ? Parce que généralement élections ça signifie amnistie. Est-ce que tous les candidats à votre avis, ont été clairs ? Monsieur Bayrou, monsieur Sarkozy ont dit « pas d'amnistie ». Est-ce que tout le monde a été clair, y compris madame Royal ?

R- En janvier, j'avais lancé un appel pour que l'ensemble des candidats clarifie les choses, parce que nous sentions bien qu'en particulier sur la vitesse, il y avait un relâchement, c'est-à-dire que les gens se disaient sans doute "mon Dieu, ce n'est pas grave, on sera amnistié", donc les uns et les autres avaient progressivement pris position. Je dois dire que Sarkozy l'avait fait le premier le plus clairement. Madame Royal avait un peu hésité, mais ensuite a dit clairement les choses. Pas d'amnistie, tous l'ont fait sauf Le Pen. Donc ça a été un élément je crois important, qu'il n'y ait pas cette perspective d'amnistie et qui est une espèce d'incitation au relâchement.

Q- G. Bonos : Donc il n'y aura pas d'amnistie ?

Q- E. Chavelet : Il n'y aura pas d'amnistie mais...

R- Il n'y aura pas d'amnistie sur les infractions routières, très clairement.

Q- E. Chavelet : Ok, alors en 2002, il y avait eu une amnistie quand même sur les PV de stationnement non dangereux. Est-ce que cette année...

R- Je m'en souviens bien, puisque j'étais garde des Sceaux à l'époque, c'est moi qui avais présenté le texte au Parlement.

Q- E. Chavelet : Voilà, alors est-ce que cette année, vous aurez le même laxisme dans ce domaine ?

R- Ecoutez, je n'envisage pas d'être garde des Sceaux en juin prochain, donc je ne peux pas vous répondre précisément.

Q- G. Bonos : Non, mais votre sentiment, votre sentiment ?

R- Je ne sais pas ce que fera le Président élu...

Q- E. Chavelet : Non, mais qu'est-ce que vous souhaitez ?

R- Ce que je souhaite c'est le moins d'amnistie possible et surtout, s'il y avait une amnistie sur les PV de stationnement, je ne sais pas, je ne sais pas ce que fera le président. En outre, je trouve que ce type de démarche, je me demande si ça ne fait pas un peu archaïque quoi ! Voilà.

Q- E. Chavelet : Archaïque ?

R- Oui.

Q- E. Chavelet : Pas pour ceux qui les paient non ?

R- Non, mais pourquoi lier une amnistie à l'élection du Président ? Enfin ça a un petit côté, il me semble que c'est un peu un schéma du passé. Cela étant, le Président élu prendra sa décision. Ce qui est important, c'est que parmi ceux susceptibles d'être élus, il est clair qu'ils ne veulent pas amnistier des infractions au Code de la Route qui sont porteuses de danger voilà, c'est ça qui est très important. Et donc en particulier la vitesse, l'alcoolémie, les stops, l'absence de ceinture de sécurité, tout ça, il n'y aura pas d'amnistie, les candidats ont été très clairs.

Q- E. Chavelet : Alors avant de revenir à monsieur Le Pen, une seconde, est-ce que le week-end de Pâques est traditionnellement un week-end le plus mortel, je crois de l'année, c'est ça ?

R- Oui, malheureusement, c'est un très mauvais week-end ?

Q- E. Chavelet : Alors qu'est-ce que vous allez faire cette année ? Est-ce que vous avez mis des gendarmes partout ?

R- Alors bien sûr, le ministère de l'Intérieur a prévu les choses. Il prévoit une présence de gendarmes et de policiers très importantes sur les routes.

Q- G. Bonos : Donc c'est la répression qui marche encore quoi ?

R- Oui, en tout cas la présence policière qui fait que vous vous rappelez des règles. Moi, je veux repasser le message, il y a quelques règles simples. D'abord, une chose toute bête, qu'on comprend facilement : essayez de ne pas se fixer une heure d'arrivée, c'est-à-dire pas se mettre dans le stress d'avoir à arriver avant telle heure. C'est pratique. Ensuite des choses simples, il faut vérifier son véhicule avant de partir, c'est-à-dire qu'une voiture c'est quand même quelque chose, il faut faire un petit peu attention quand même, de la façon dont les bagages sont installés, les bagages dans la vitre arrière etc. Il ne faut évidemment pas boire d'alcool avant de partir. Il faut bien attacher les ceintures de sécurité y compris à l'arrière, c'est très important. En nombre de morts, vous ne pouvez pas savoir l'effet de ne pas avoir mis sa ceinture de sécurité...

Q- E. Chavelet : Y compris à l'arrière.

R- Et y compris à l'arrière et bien entendu, respecter les vitesses. Voilà, je crois que ce sont des règles toutes simples, qui devraient permettre à chacun de passer un bon week-end pascal dans le bonheur familial et pas dans le drame.

Q- E. Chavelet : Avec plus de policiers quand même pour vérifier tout ça.

Q- G. Bonos : Plus de radars, je suppose ?

R- Et il y aura bien sûr...oui, enfin on ne les installe pas pour le week-end, ils sont là...

Q- G. Bonos : Les radars mobiles ?

R- Et bien sûr les policiers et les gendarmes.

Q- E. Chavelet : Alors une seconde quand même, il y a un magazine qui s'appelle Auto Hebdo qui a fait une petite enquête, il a filé les candidats et on voit que quasiment tous sont contrevenants, monsieur Sarkozy d'ailleurs le premier. Est-ce que ça veut dire que les hommes politiques sont hors-la-loi ?

R- Non, sûrement pas. Je ne sais pas dans quelles conditions ces contrôles ont été faits, moi j'ai vu des photos, je ne sais pas bien comment la vitesse est contrôlée...

Q- G. Bonos : C'est vrai que les cortèges officiels ne respectent pas souvent la limitation.

R- ... Je n'ai aucune idée du sérieux de ces contrôles, simplement, moi je veux dire très clairement en tant que ministre chargé de la Sécurité routière, moi, je demande à tout à chacun de respecter les règles et je le demande aussi aux candidats. C'est très clair.

Q- E. Chavelet : Alors monsieur Le Pen, vous en parliez, il y a une seconde, il se fait passer pour un homme d'ordre, et voilà tout d'un coup qu'il plaide pour un taux d'alcoolémie plus fort, pour 150 kilomètres sur les autoroutes. Ce discours ça vous évoque quoi ?

R- Ecoutez, moi, quand j'entends ça, je pense aux visites que j'ai faites dans des institutions de rééducation pour handicapés suite à des accidents et je pense en particulier à un jeune homme qui est dans un fauteuil tétraplégique depuis sept ans et qui m'a expliqué que c'était parce qu'il n'avait pas mis sa ceinture de sécurité, qu'il allait trop vite pour rentrer chez lui, le soir. Voilà, je veux dire, quand vous mettez d'un côté la vie des gens, des drames humains, absolument terrifiants et puis de l'autre des discours qui sont censés caresser...

Q- E. Chavelet : Vous les qualifiez comment, vous, ses discours ?

R- Ça s'appelle de la démagogie : c'est quand on caresse ce qu'on croit être l'opinion dans le sens du poils, ça s'appelle de la démagogie. Je veux dire, restons dans ce qui est important, c'est-à-dire la préservation de la vie humaine et le respect des personnes.

Q- E. Chavelet : Alors monsieur Perben, il y a quand même un problème, c'est le permis à points. Il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui sont hors-la-loi, puisque c'est des gens qui travaillent, chauffeurs de taxi, VRP, qui n'ont plus leurs points, qui donc, s'ils respectaient ça, ne pourraient plus travailler. Donc ils roulent sans permis. Est-ce qu'il n'y a pas quand même des exagérations dans ce permis à points. Je pense aux gens qui roulent à 55 km/h qui sont verbalisés etc. Est-ce qu'il ne serait pas temps un peu de le moduler ce permis à points ?

Q- G. Bonos : On peut perdre un point pour 51 km/h en ville ?

Q- E. Chavelet : Voilà. Est-ce que ce n'est pas...

R- Non, je tiens à dire que c'est non. Non, monsieur, arrêtons de dire ça. Non, on rajoute toujours 5 km/h à la vitesse constatée et on ne verbalise qu'à partir du 6ème kilomètre à l'heure, donc on ne peut pas dire 51.

Q- G. Bonos : Justement quelqu'un qui est pris à 56 km/h sur un radar...

R- 56 je suis d'accord mais pas 51.

Q- G. Bonos : Il se retrouve avec un point de moins, pour un 1 km/h ?

R- Oui, mais on est bien d'accord, c'est 56 pas 51. Il faut qu'on soit précis.

Q- E. Chavelet : Mais ma question est : est-ce qu'il ne faudrait pas moduler...

R- Alors on a fait un certain nombre de choses, il y a quelques mois, à la fin de l'année 2006 à l'instigation du Premier ministre et avec l'accord du Parlement. Tout d'abord lorsque c'est un point de retrait, nous avons fixé la règle : dorénavant, la personne pour récupérer son point retiré pourra le faire au bout d'un an, alors que jusqu'ici c'était au bout de trois ans.

Q- G. Bonos : Automatiquement, c'est réintégré automatiquement ?

R- Pas automatique, oui, enfin automatiquement avec le petit stage. Mais bon...

Q- E. Chavelet : Un petit stage.

R- Donc pour un point, donc les choses pourront aller plus vite. Par ailleurs on a mis en place un certain nombre de mécanismes, on parle de l'une d'entre elles ces jours-ci : c'est quand vous êtes à 6 points, c'est-à-dire quand vous avez perdu déjà la moitié de votre stock, ça ne s'évapore pas quand même. Il faut des infractions pour perdre des points, je tiens à le rappeler. Quand vous êtes à six points, vous recevez une lettre recommandée, qui vous dit « attention vous êtes à 6 points », pour éviter que [ce soit] par méconnaissance. C'est en train de se mettre en place. Par ailleurs, à partir du mois de juillet, on pourra consulter son barème de points...

Q- E. Chavelet : Ça c'est bien parce que les gens ne sont toujours pas au courant...

R- Un peu comme on consulte son compte bancaire, c'est-à-dire plus de transparence...

Q- E. Chavelet : Ce sera sur un site comment ?

R- Sur un site du ministère de l'Intérieur, puisque c'est un fichier du ministère de l'Intérieur. Donc voilà, si vous voulez, toute une série de choses qui à mon avis sont pédagogues.

Q- G. Bonos : A partir de quand ?Normalement à partir du mois de juillet, dès que le site informatique sera en capacité de faire...

Q- E. Chavelet : Il s'appellera comment ce site ?

R- Ecoutez, ça je ne sais pas, mais ça sera rendu public, il y aura une grosse information là-dessus, par le ministère de l'Intérieur.

Q- E. Chavelet : A partir de juillet ?

R- Oui, à partir de juillet.

Q- G. Bonos : Un dernier mot très vite, monsieur Perben. Aujourd'hui c'est la "Journée de la courtoisie au volant", justement. "Vaste débat", aurait dit le Général. Parce que franchement quand on voit les gens qui tournent sans clignotant, qui se garent n'importe où...

R- Oui, ça fait partie de la même chose, je vous disais tout à l'heure, quand on part en vacances, il ne faut pas se fixer d'horaire d'arrivée contraignant. Il faut, comme disent les jeunes, conduire cool, c'est-à-dire et c'est comme ça que vous devenez courtois. D'ailleurs on n'est pas obligé de s'énerver sous prétexte qu'on est au volant de sa voiture. Il faut essayer de se donner du temps. Alors pour ceux qui travaillent....

Q- G. Bonos : Oui, mais alors quand ce sont des gens qui roulent à 2 à l'heure, pour trouver une place en bloquant toutes les autres voitures derrière, il n'y en a qu'un qui est cool là-dedans.
R- C'est la vie ça, oui.

Q- E. Chavelet : Alors petite question cool, sur votre campagne, est-ce que vous êtes cool vous, pour sur ce qui va se passer... Vous partez ce soir avec N. Sarkozy à Lyon. Alors est-ce qu'il va vous mettre en selle pour les législatives et la mairie de Lyon ?

R- Ah ! Oui, ça c'est fait, je suis très heureux ce soir, d'accueillir N. Sarkozy à Lyon.

Q- E. Chavelet : 20.000 personnes paraît-il ?

R- Ecoutez hier, on avait reçu 13.000 réponses positives, ce que je n'ai jamais vu, donc et compte tenu du fait que dans les meetings politiques, il y a plein de gens qui viennent sans évidemment avoir envoyé un papier. Je pense qu'on va avoir un meeting absolument fantastique à Lyon ce soir. Pour moi, c'est aussi évidemment une joie personnelle et derrière la présidentielle, effectivement, la campagne législative dans Lyon, dans une des circonscriptions de Lyon et puis la perspective des municipales, sur laquelle nous travaillons en étroite complicité avec N. Sarkozy.

[...]


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 5 avril 2007

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