Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle 2007, a "Argus auto" le 5 avril 2007, sur la pollution atmosphérique et le gaspillage énergétique en ville dus à la voiture, l'urgence à développer les transports en commun, le ferroutage, sur la sécurité routière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle 2007, a "Argus auto" le 5 avril 2007, sur la pollution atmosphérique et le gaspillage énergétique en ville dus à la voiture, l'urgence à développer les transports en commun, le ferroutage, sur la sécurité routière.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène.

FRANCE. PS, députée ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007

ti : Interview de Ségolène ROYAL

au journal "Argus auto"

L'argus : Considérez-vous que l'automobile a une responsabilité majeure dans la pollution atmosphérique ? A-t-elle encore sa place dans les villes ?

R - Dans les agglomérations, l'importance de la circulation automobile constitue une illustration frappante du gaspillage énergétique, mais aussi une atteinte à la santé des plus fragiles, et notamment les enfants et les personnes âgées. Mais on ne supprime ou ne limite que ce que l'on remplace. La réduction du recours à la voiture en ville passe par le développement d'une offre de transports collectifs efficaces et sûrs, en se fixant comme objectif un gain de 5% de leur part modale dans les déplacements urbains.

Pour y parvenir, le prix des transports doit devenir plus accessible, notamment pour ceux qui sont moins aisés, grâce à la mise en place d'une tarification sociale. Au-delà des zones urbaines, la place des moyens de transports collectifs, et notamment du train, avec les lignes de TER, doit être accrue. Parallèlement, je juge nécessaire de fournir un effort exceptionnel de Recherche et Développement publique et privée en faveur d'une nouvelle génération de voitures moins polluantes, d'encourager le développement des biocarburants de seconde génération et de favoriser le covoiturage. Toutes ces mesures permettront de réduire le coût environnemental de l'usage des voitures particulières.

L'argus : Le carburant fossile doit-il être regardé comme un produit du passé ? Quelle énergie alternative vous paraît-elle la plus crédible ?

R - Dans un contexte de hausse des émissions de gaz à effet de serre, d'épuisement des réserves d'hydrocarbures et d'accroissement de la dépendance énergétique de l'Europe, préparer dès maintenant l'après pétrole constitue en effet une urgence politique.

Il faut donc préparer les carburants alternatifs de demain, par un grand programme de recherche, dont l'Europe pourrait utilement prendre l'initiative. Nous allons pouvoir développer la biomasse, les agro-carburants et donner des débouchés nouveaux à l'agriculture et à la forêt et, plus largement, aux filières éco-industrielles qui sont de véritables gisements d'emplois.

L'utilisation de véhicules "propres", désormais largement disponibles sur le marché, devra être promue.

L'argus : comment remédier au problème de congestion dans les grandes villes ?

R - Les engorgements autour des grandes villes et à l'intérieur de celles-ci sont manifestes. Pour y remédier, il faut favoriser les transports en commun et les modes de transports alternatifs (parkings gratuits aux abords des agglomérations, covoiturage, ...). Ce choix est également nécessaire pour nous permettre d'abaisser sensiblement nos émissions de gaz à effet de serre (dont 28% sont directement imputables aux transports).

La réduction du recours à la voiture en ville passe par le développement de l'offre de transports collectifs, en se fixant comme objectif un gain de 5% de leur part modale dans les déplacements urbains. On aboutirait ainsi à une réduction d'environ 3000 tonnes de CO2 d'ici 2010. Les politiques de transports en commun des collectivités territoriales mises en place depuis plusieurs années portent déjà des fruits, comme en atteste la forte augmentation de la fréquentation des TER. Pour accroître l'effort d'investissement dans les transports ferroviaires, je propose de taxer exceptionnellement les superprofits pétroliers. Le financement des transports collectifs pourrait également être abondé par une écotaxe sur les poids lourds qui empruntent les autoroutes et les grandes liaisons à caractéristiques autoroutières. Je souhaite que toutes ces propositions soient étudiées en cohérence avec les politiques d'urbanisme et de transport.

L'argus : L'Etat a-t-il vocation à céder les réseaux routiers aux collectivités locales ? L'entretien des routes ne risque-t-il pas d'en pâtir ? Comment l'Etat peut-il continuer à exercer sa mission de contrôle ?

R - Si l'Etat doit jouer un rôle, c'est celui de garant et non de gérant. Il doit créer les outils de coordination des politiques de transport et d'aménagement du territoire associant élus locaux, associations d'usagers, représentants des organisations professionnelles. Il doit également assurer l'égalité entre les territoires. Pour que l'entretien des réseaux n'en pâtisse pas comme c'est le cas actuellement, je souhaite que chaque transfert de responsabilités s'accompagne d'un transfert de ressources adapté au profit de la collectivité concernée. C'est pourquoi j'avais dénoncé la « décentralisation au rabais » des transports d'Ile-de-France réalisée en 2006 par le gouvernement actuel, car celui-ci n'a pas donné les moyens nécessaires pour moderniser trains et voies ferrées, alors que le gouvernement socialiste avait décentralisé les transports des régions avant 2002 en leur attribuant cinq milliards d'euros. Je compte par ailleurs rétablir les subventions d'investissement de l'Etat pour les projets de transports collectifs dans les régions supprimés par la majorité actuelle en 2004.

L'argus : Etes-vous favorables à la construction de nouvelles autoroutes ?

R - Les décisions seront prises au cas par cas.

L'argus : Malgré tous les efforts, le rôle des poids lourds reste prépondérant dans le transport de marchandises. Comment comptez-vous remédier au "tout poids-lourds" ?

R - Le transport routier achemine environ 80 % des marchandises dans notre pays, tandis que la part du fret ferroviaire a diminué de moitié en vingt ans, pour se limiter à moins de 12 % aujourd'hui, et que celle du transport fluvial s'établit à 6%. Les autoroutes de la mer, sur lesquelles s'était pourtant engagé le Gouvernement, sont toujours à l'état de projet. Il faut selon moi rééquilibrer cette situation - qui est d'ailleurs atypique en Europe - et sortir du tout-routier en renforçant les autres modes de transport. Le développement du fret ferroviaire et du ferroutage, notamment, est trop longtemps resté une incantation, et nous devons nous montrer volontaristes, en lançant un plan de grande ampleur, qui doit s'inscrire dans une politique européenne des transports ambitieuse.

L'argus : L'implantation des radars fixes va-t-elle continuer ? Quelles autres réponses efficaces proposez-vous en matière de Sécurité routière ?

R - Je m'en remets aux statistiques : les deux premières causes de mortalité sur les routes sont l'alcool et la vitesse. Or l'implantation des radars automatiques a conduit les conducteurs à lever le pied.

Chacun sait que l'apprentissage de la route ne commence pas quand « on franchit la porte d'une auto-école ». C'est pour cela que des dispositifs ont été mis en place pour sensibiliser les jeunes, notamment au collège.

Aujourd'hui, l'Union Européenne propose d'étendre l'enseignement à l'éducation routière tout au long de la scolarité. Je soutiens cette initiative : sa mise en place permettra de sensibiliser davantage notre jeunesse à la prise en compte de l'espace public et de ses dangers. Ceci est fondamental, car les plus jeunes sont les plus exposés aux dangers qu'ils ne maîtrisent pas.

L'argus : Les limitations de vitesse telles qu'elles existent aujourd'hui ont environ 40 ans, hormis le 50 km/h en ville. Certaines ne sont-elles pas obsolètes ?

R - En ville, une majorité de conducteurs indiquent rouler à plus de 65 km/h alors que la vitesse est limitée à 50, et c'est aussi en zone urbaine que le nombre de tués et de blessés a augmenté notamment chez les deux roues motorisées. Le respect du code, et particulièrement des limitations de vitesses, c'est autant de vies épargnées. Les conducteurs des deux roues motorisées doivent adhérer à cette règle pour leur propre sécurité. La règle, connue de tous, doit être respectée par tous.

L'argus : Est-il du ressort de la puissance publique d'imposer un équipement de sécurité (ABS, ESP...) ? Faut-il durcir le contrôle technique ?

R - Il est effectivement du ressort de la puissance publique d'imposer des normes de sécurité pour tout ce qui a trait à la sécurité des personnes. C'est parce que l'État a imposé le port de la ceinture (à l'avant puis à l'arrière) et le retrait de matériaux dangereux (bois) dans la construction des véhicules que de nombreuses vies ont pu être épargnées. L'Union Européenne a également son mot à dire. Elle a ainsi imposé l'adoption de phares blancs dont l'apport à la sécurité routière est indéniable. Je souhaite que les professionnels du secteur et les représentants des automobilistes soient consultés avant tout éventuelle modification des normes en vigueur.

L'argus : L'industrie automobile est en crise, menacée par les délocalisations et les pertes d'emplois. Comment enrayer ce mouvement ?

R - J'ai rencontré en janvier dernier des ouvriers d'une usine menacée de Montluçon, qui produit des pièces pour Renault, et j'ai pu mesurer sur le terrain les difficultés rencontrées par le secteur. Il est invraisemblable de supprimer des emplois dans le secteur automobile et de la sous-traitance automobile, alors qu'il existe un enjeu mondial sur la mise au point d'une automobile propre et bon marché, dont tous les pays ont aujourd'hui besoin. Si je suis élue, j'encouragerai vigoureusement la recherche et l'innovation, et notamment l'innovation dans le domaine environnemental. Quant aux entreprises qui délocalisent, elles devront rembourser les aides qu'elles ont obtenues de la puissance publique.

L'argus : Etes-vous favorable à une amnistie présidentielle ?

R - La lutte contre toutes les formes de violences est l'une de mes priorités. La violence routière est d'autant plus inacceptable qu'elle peut être jugulée par l'engagement inflexible de tous les responsables politiques à en faire un axe majeur de leur action. Le respect de la loi, du Code de la Route, pour tous ses usagers, est la condition de notre sécurité commune.

Je suis donc opposée à l'amnistie des infractions au Code de la Route. La violence routière brise des familles et compromet l'avenir de notre jeunesse. Tout doit être fait pour mettre fin à ces souffrances. Les statistiques qui viennent d'être publiées démontrent que le moindre relâchement dans les comportements a immédiatement des conséquences dramatiques.

Source http://www.desirsdavenir.org, le 6 avril 2007

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