Lettre de M. Gérard Schivardi, candidat à l'élection présidentielle 2007, à différentes organisations syndicales et associatives de l'enseignement, sur ses propositions en matière de politique de l'enseignement, Paris le 29 mars 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Lettre de M. Gérard Schivardi, candidat à l'élection présidentielle 2007, à différentes organisations syndicales et associatives de l'enseignement, sur ses propositions en matière de politique de l'enseignement, Paris le 29 mars 2007.

Personnalité, fonction : SCHIVARDI Gérard.

FRANCE. Comité national pour la reconquête de la démocratie politique; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

ti : Lettre à la FSU et à d'autres organisations de l'enseignement

A Gérard Aschiéri,
Au nom des organisations
CEMEA CRAP Cahiers pédagogiques,
Education et Devenir,
FERC/CGT ; FSU ; GFEN, ,
ICEM Pédagogie Freinet,
JPA, Ligue de l'enseignement
OCCE, SGEN-CFDT, UNSA Education,

Paris, le 29 mars 2007


Monsieur le secrétaire général,


J'ai bien reçu votre courrier daté du 15 mars au nom de l'ensemble des organisations signataires citées plus haut. J'y réponds bien volontiers d'autant plus que la question de l'Education, de la défense de l'instruction publique, ramène à l'axe central de ma campagne, celui de la nécessaire rupture avec l'Union européenne.

- Vous écrivez au début de votre texte, à propos de la campagne électorale : « Nous voulons que les débats sur l'école débouchent sur un véritable engagement de l'Etat à garantir l'accès de tous les jeunes aux savoirs, à garantir que plus aucun jeune ne soit laissé au bord du chemin ».

Pour moi, il est parfaitement évident que la raison d'être de l'école est la transmission des savoirs à tous les jeunes.

Les fondateurs de l'école de la République, laïque, gratuite et obligatoire, et notamment J.Ferry, n'avaient pas d'autre but que d'instaurer l'égalité de droit dans l'accès à l'instruction sur tout le territoire national. C'est pourquoi ils préconisaient la création d'une école publique dans chaque commune.

Force est de constater que c'est bien au mouvement inverse auquel on assiste aujourd'hui, celui de la disparition de nos écoles communales. Avec mes collègues maires, qui l'ont fait savoir au ministre de l'Education Nationale, je suis particulièrement opposé au projet de création d' « établissements publics d'enseignement primaire » (EPEP).

Un décret est sur le point d'être publié, qui prévoit le regroupement d'écoles en pôles intercommunaux.

Près de 11 000 écoles communales sur 61 000 ont déjà été fermées en 20 ans. Nous avons fait les comptes : ce sont plus de 26 000 écoles de moins de quatre classes qui sont menacées avec ces EPEP. De plus ces « pôles » pourraient expérimenter une « autonomie » totale, en dehors de toute réglementation nationale.

Que resterait-il de l'égalité de droit ? Et que resterait-il des communes rurales ?

C'est pourquoi, je combats pour l'abandon d'une telle mesure et pour l'abrogation de la loi qui l'a inspirée, la loi de décentralisation du 13 août 2004, dite des « libertés et responsabilités locales. »

J'ai appris que le ministre de l'Education nationale n'hésite pas à supprimer tout accès aux soins et à l'enseignement spécialisé aux enfants autistes. Comment se fait-il qu'ils soient obligés d'être dans les classes ordinaires ? Privés des établissements et classes spécialisées adaptées à la prise en charge de leur handicap, ces jeunes ne risquent-ils pas d'être privés d'instruction, perdus dans des classes où ils ne peuvent pas suivre et empêchent bien malgré eux le déroulement normal des cours pour les autres élèves ? A l'origine de cette mesure, il y a la loi Montchamp du 11 février 2005 et les recommandations et décisions de l'Union européenne à l'origine de l'intégration « dans le système traditionnel d'éducation et de formation » des enfants handicapés qu'elle appelle « apprenants à besoins spécifiques », car les soins et l'éducation spécialisée coûteraient trop cher : un enfant scolarisé dans une classe ordinaire « coûte » 7 000 euros par an, comparé à 30 000 euros minimum dans un établissement spécialisé, adapté à son handicap.

Ne faut-il pas, pour permettre l'accès de tous les jeunes aux savoirs, dont ceux qui sont handicapés, abroger la loi Montchamp et remettre en cause les décisions de l'Union européenne dont elle découle ?

- Plus loin, vous écrivez : « Nous ne pouvons pas accepter non plus les discours actuels de démolition (...). Et il est intolérable que les élèves et leurs familles soient tenus pour responsable de leurs difficultés scolaires. Il en va ainsi de l'apprentissage à 14 ans qui sonne le glas d'un véritable collège pour tous, des injonctions aux enseignants sur les méthodes d'apprentissage (lecture, calcul ...) ».

Force est de constater qu'il a plus que des « discours de démolition ». Pour ne citer que la dernière période, un certain nombre de lois et décrets ont été adoptés et ont commencé de s'appliquer qui remettent totalement en cause les programmes et horaires nationaux et donc de rôle de transmission des connaissances de l'école.

La dernière mesure en date concernant les programmes est le décret instituant le «socle commun de connaissances et de compétences» découlant de la loi d'orientation de 2005 (loi Fillon), qui a été signé le 26 juin 2006. Il y en a bien sûr eu d'autres ces dernières années qui toutes portent une responsabilité majeure dans les difficultés scolaires des élèves.

Il s'avère que ce décret est la version française des «huit compétences clés » adoptées par le Parlement européen le 21 juin, sur proposition de la Commission européenne...

Le texte adopté par le Parlement européen précise que celles-ci s'inscrivent «pleinement dans les lignes directrices intégrées pour la croissance et l'emploi 2005-2008, approuvées par le Conseil européen de juin 2005. » Ces lignes directrices sont celles qui préconisent notamment la «réforme » du Code du travail... Avec la mondialisation « le double rôle - social et économique - de l'éducation a une importance déterminante dans l'acquisition par les citoyens européens des compétences clés qui leur permettront de s'adapter avec flexibilité à de tels changements. »

Plutôt que de restaurer des programmes scolaires annuels par niveau de classe, fondés sur une liste de connaissances à acquérir, alors que la création des « cycles » par la loi de 1989 (loi Jospin) a fait la preuve de sa nocivité, ce décret organise en fait un nouvel affaissement des connaissances.

Le présupposé selon lequel « ce ne sont plus les connaissances elles-mêmes qui ont de l'importance mais l'utilisation qui en est faite » (présentation par l'INRP du socle) oppose en effet les compétences aux connaissances. Par exemple dans le chapitre du décret consacré aux mathématiques on lit «l'accent est mis davantage sur le processus et l'activité que sur le savoir. » Comment « agir », comment être compétent en mathématiques comme dans tous les domaines d'ailleurs, sans un savoir solide ?

Je me prononce donc pour l'abrogation de ce décret et de la loi dont il découle.

Je suis également favorable à l'abrogation de la loi dite « sur l'égalité des chances » dont découle « l'apprentissage à 14 ans » que vous mentionnez dans votre texte. Cette loi est également celle qui contenait le CPE que le gouvernement a dû retirer.

Elle avait été annoncée par le ministre Villepin le 7 novembre 2005. Trois jours après, la Commission européenne publiait un communiqué la commentant : « Cette mesure n'est pas en contradiction avec la législation européenne. Même si, en règle générale, le travail pour les moins de 15 ans est interdit, une directive leur permet de travailler si cela rentre dans le cadre d'un apprentissage » (AFP, 10 novembre).

Effectivement, la directive européenne 94/33/CE du 22 juin 1994 édicte, dans son article 4 : « Le principe d'interdiction du travail des enfants ne s'applique pas aux enfants âgés de 14 ans au moins qui travaillent dans le cadre d'une formation en alternance ou de stages en entreprise. » Cette directive européenne a été transposée en droit français par l'ordonnance 2001-174 du 22 février 2001 sous le gouvernement Jospin, ordonnance appliquée ensuite par le gouvernement Villepin.

En ce qui concerne les méthodes d'apprentissage, elles doivent relever de la liberté pédagogique des enseignants, et non d'une pédagogie officielle. Les enseignants doivent pouvoir enseigner au nom de la vérité, et non d'un gouvernement ou d'une idéologie particulière.

Mais cela doit prendre place dans une école laïque, une école qui instruise, dans le cadre de programmes et d'horaires nationaux, préparant à des diplômes nationaux.

Ce sont ces fondements qui sont aujourd'hui battus en brèche.

Par exemple on peut lire dans un document de l'agence de la Commission européenne Eurydice que : « La connaissance factuelle de la matière devient de plus en plus obsolète en raison du rythme des progrès technologiques. Les connaissances factuelles pertinentes peuvent rapidement être mobilisées et transférées grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (TIC)... » (Compétences clés : un concept en développement dans l'enseignement général obligatoire).

Si le rôle de l'école n'est plus de transmettre des « connaissances factuelles », que ce soient les règles de grammaire, l'orthographe, les règles de calcul, mais aussi les bases de l'histoire, des sciences etc. alors c'est bien la transmission de tout le patrimoine de la civilisation qui est menacé !

- Vous écrivez : « Nous ne nous contenterons donc plus d'entendre des discours flatteurs sur l'école d'autant que le contexte actuel ne peut que nous inquiéter (...). Les suppressions de postes de ces dernières années en sont un des signes les plus visibles ».

Selon le rapport de présentation du budget de l'Education nationale 2007, «Un lycéen coûte 9.992 dollars, soit environ 35 % de plus que la moyenne de l'Union européenne (7.419 dollars). »

Ce budget se traduit en effet par 5 500 suppressions de postes d'enseignants dans les seuls lycées et collèges à la prochaine rentrée. Pour diminuer les coûts des élèves, le rapport préconise de nouvelles coupes dans les horaires d'enseignement pour les prochaines années.

Il est temps que soit stoppée cette spirale destructrice, et c'est ce que je compte largement développer dans ma campagne. C'est pourquoi je relie ce problème vital à la politique de l'Union européenne. L'article 104 des traités de Maastricht et d'Amsterdam exige : « Les Etats membres évitent les déficits publics excessifs. La Commission surveille l'évolution de la situation budgétaire et du montant de la dette publique dans les Etats membres. Elle examine notamment si la discipline budgétaire a été respectée. » et le Premier ministre a confirmé qu'il inscrivait son action dans ce cadre dans une lettre adressée à son ministre de l'Education nationale, M. De Robien, le 1er mars 2007 : « Le désendettement passe d'abord par le retour à l'équilibre des finances publiques, conformément au programme de stabilité 2008-2010 adressé à la Commission et à nos partenaires européens ».

Vous comprendrez ainsi aisément pourquoi l'axe de ma campagne est la rupture avec l'Union européenne.

- Vous dites : « De 11 % d'une classe d'âge au baccalauréat en 1960, nous sommes maintenant à plus de 62 %. Certes aujourd'hui encore trop de jeunes sortent du système éducatif sans diplôme ni qualification (...) ».

Il me semble qu'on ne peut pas taire l'offensive en cours contre les diplômes nationaux. Si l'on prend l'université, avec le système LMD, il n'existe plus de cadre national des diplômes. La circule d'application de LMD stipule : « La philosophie fondamentale de LMD : permettre aux universités françaises, comme le font toutes les universités au monde, de proposer leurs programmes et leurs diplômes ». A chaque université son « diplôme ». En réalité à chaque étudiant son « parcours de formation » individualisé. Et tout cela découle du processus européen de Bologne dont la déclaration prône, entre autres, l' « adaptation d'un système de diplômes facilement lisibles et comparables, entre autres, par la mise en oeuvre du « supplément au diplôme » pour favoriser l'employabilité des citoyens européens et améliorer la compétitivité du système européen d'enseignement supérieur à l'échelon mondial ». La même menace pèse sur le baccalauréat. Je suis, vous vous en doutez, défavorable au contrôle continu (ou contrôle en cours de formation) au baccalauréat. Je suis pour le maintien des épreuves anonymes, je suis pour que le baccalauréat reste le premier grade universitaire. J'ai été particulièrement scandalisé par le pré-recrutement, ou tri, opéré par certaines universités dès ce mois de mars pour la rentrée prochaine, sur décision du ministre délégué aux universités, monsieur Goulard. Le contrôle continu ne peut que détruire le baccalauréat comme diplôme national, reconnu nationalement. Au-delà, il entraîne un affaissement général des connaissances , puisqu'elles perdront leur caractère obligatoire.

Je me prononce donc pour le maintien et le retour aux diplômes nationaux sanctionnant des connaissances et reconnus dans les conventions collectives nationales.

- Votre texte précise : « Il faut avoir le courage d'engager une véritable transformation du système éducatif, avoir la volonté d'y mettre les moyens nécessaires. L'Education ne saurait participer d'une logique quantitative, d'une logique comptable mais d'une logique humaine ».

La première des mesures à prendre n'est-elle pas précisément de rétablir des horaires nationaux et des programmes annuels par niveau de classe et par discipline, et de rétablir que le passage dans la classe supérieure repose sur l'assimilation suffisante de ceux-ci ?

Oui, il faut redonner à l'institution scolaire son rôle irremplaçable dans la formation des jeunes générations. C'est donc au gouvernement de le traduire dans ses actes. Et précisément, « mettre les moyens nécessaires », cela ne passe-t-il par le rétablissement des 27 000 postes d'enseignants supprimés depuis 2002, les 10 600 postes fermés aux concours depuis 2003, les 46864 postes de surveillants et d'assistants d'éducation supprimés, la réouverture des 336 lycées professionnels fermés depuis 1985 ?

Fondamentalement il faut redonner à la jeunesse le droit à un avenir : une véritable instruction, de vrais diplôme nationaux garantissant une qualification reconnue, un vrai travail, un vrai salaire... ce qui va à l'encontre de la déréglementation systématique du code du travail et de la baisse du coût du travail, de la destruction des emplois au nom de la concurrence libre et non faussée découlant des traités européens. Il faut donc sortir de ce carcan.

- Vous concluez votre texte en écrivant : « Le défi est aujourd'hui de permettre à tous les jeunes d'accéder à l'Education, à la culture et à une qualification ».

Là encore, cela est-il possible sans un gouvernement qui ait le courage de remettre en cause le carcan des institutions européennes ?

Des enseignants m'ont appris que l'Union européenne a adopté un mémorandum pour l'éducation tout au long de la vie, publié en octobre 2000, qui privilégie « l'éducation non formelle » acquise sur le tas et « l'éducation informelle », celle de la vie : supermarchés, halls de gare, lieux de culte sont cités comme autant de cadres de formation au détriment de « l'éducation formelle », autrement dit l'école. Où cela nous mène-t-il ? N'y a-t-il pas pire violence que celle qui livre la jeunesse à la rue, sans espoir, sans avenir, sans défense ? Rétablir la sérénité nécessaire à l'étude, c'est redonner vie à ce discours de Victor Hugo, qu'un ami instituteur m'a rappelé récemment , discours prononcé à l'assemblée nationale le 15 janvier 1850 pour l'instruction gratuite et obligatoire et un « grandiose enseignement public, donné et réglé par l'État », c'est-à-dire « Pas une commune sans une école, pas une ville sans un collège, pas un chef-lieu sans une faculté. Un vaste ensemble, ou, pour mieux dire, un vaste réseau d'ateliers intellectuels, lycées, gymnases, collèges, chaires, bibliothèques, mêlant leur rayonnement sur la surface du pays, éveillant partout les aptitudes et échauffant partout les vocations. »

J'espère avoir répondu à vos préoccupations.

Recevez mes salutations de citoyen attaché à l'instruction publique, à l'école de la République et à la laïcité de l'école et de l'Etat.

Source http://www.schivardi2007.com, le 10 avril 2007

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