Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, publiée sur le site du SNES le 2 avril 2007, sur son projet en matière de politique de l'enseignement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, publiée sur le site du SNES le 2 avril 2007, sur son projet en matière de politique de l'enseignement.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

ti : Q - Comment envisagez-vous de réduire significativement les sorties sans diplôme ou qualification ?

Quelles mesures comptez-vous prendre pour que le collège permette à tous les élèves d'atteindre les objectifs de fin de Troisième et d'accéder à une classe de Seconde (générale, technologique et professionnelle) ?

R - Je le dis à chacune de mes interventions : l'éducation est ma priorité. Et la priorité à l'éducation, ça a une traduction claire : on garantit les moyens et dans un contrat, on définit les résultats à obtenir, ambitieux, chiffrés, vérifiables.

Il y a deux objectifs essentiels à mes yeux : qu'aucun élève n'entre en 6ème sans savoir lire. Il faut détecter très tôt, dans le primaire, les difficultés des élèves, et y remédier avant qu'ils n'entrent au collège. Deuxième objectif : que l'on réduise par deux le taux d'élèves qui sortent de la scolarité sans diplôme.

Ces deux objectifs demandent des pédagogies différenciées et personnalisées. J'avais créé quand j'étais ministre les études dirigées, qui ont été peu à peu abandonnées. Elles reprendront.

Il faut aussi retrouver un collège paisible, il faut reconstruire l'autorité du professeur et du surveillant.

Cela demande la présence d'adultes, d'enseignants, d'éducateurs, dans les établissements, en particulier dans les zones d'éducation prioritaire. Aussi la nation doit-elle garantir les moyens pour l'école, en contrepartie de ces objectifs. On doit cesser ce jeu des suppressions de milliers de postes d'une année sur l'autre. Je garantirai pendant cinq ans, les moyens nécessaires à son action.

Et pour les quelques élèves qui restent particulièrement en difficulté, renvoyés d'établissement en établissement, et qui sortent définitivement du système dès qu'ils ont 16 ans, il faut offrir une scolarité qui puisse les reconstruire, avec le nombre nécessaire de psychologues et d'éducateurs.

Q - Partagez-vous l'objectif de 50 % de diplômés à bac+3, et si oui quels moyens vous donnez-vous pour les atteindre ?

R - L'objectif que je fixe est de diviser par deux l'échec scolaire, le segment le plus faible, et de multiplier par deux la réussite scolaire, le segment le plus fort. Et ceci, dans tous les milieux sociaux, et particulièrement parmi les secteurs de la nation qui sont les moins favorisés culturellement et socialement.

Pour y arriver, il faut réduire le grand nombre d'échecs, 40 %, en première année à l'université. On y arrivera en associant la réforme de la terminale pour en faire une année de préparation à l'enseignement supérieur (classe de propédeutique) et le semestre d'orientation dans la première année universitaire. Nous avons donc besoin de tuteurs, de répétiteurs, de bibliothécaires, pour personnaliser beaucoup plus les soutiens à l'étudiant qui débute.

Il faut donc une nouvelle ambition pour l'université. Aujourd'hui, la France dépense près de 20% de moins par étudiant que la moyenne constatée dans les pays de l'OCDE. Nous devons donc augmenter l'effort national en faveur des universités pour atteindre cette moyenne, soit 2,7 milliards d'euros sur cinq ans. C'est un investissement sur l'avenir.

Q - Quelle attitude adopterez-vous par rapport à la loi Fillon pour l'avenir de l'école (abrogation, modifications...) ?

R - La loi Fillon s'est appauvrie au fur et à mesure de la discussion : il n'en est pas resté de vision globale de l'Ecole. Ce qu'il faut aux acteurs du monde éducatif, ce sont des objectifs sur le long terme, une mission confiée par la nation, garantie de façon pérenne, évaluée régulièrement. Voilà mon ambition et ma méthode.

Q - Comment vous situez-vous par rapport aux propositions de définition locale de 20 % des heures de cours ?

R - L'éducation doit être nationale. Les programmes, le nombre d'heures dévolues à ces programmes, doivent être des décisions nationales. S'il peut exister des marges de manoeuvre et d'expérimentation, ce ne peut être que pour les heures de soutien individualisé, d'études dirigées. Mais ce ne sont pas 20 % des heures de cours.

Q - Envisagez-vous d'abroger le dispositif d'apprentissage junior ?

R - Je ne veux pas que la voie de l'apprentissage soit considérée comme la voie réservée aux élèves en difficulté. Il faut faire très attention à l'apprentissage dès 14 ans. Est-ce un âge où l'on sait ce que l'on veut faire dans la vie ? Je crois qu'au contraire des élèves trop tôt orienté vers un métier sont des élèves qui ratent leur orientation.

Q - Faut-il, pour vous, augmenter la proportion des jeunes bacheliers et comment comptez-vous arriver à cet objectif ?

R - Ce qui compte, c'est la classe de terminale, qui est d'ailleurs une originalité française. Je veux rapprocher la réflexion sur la terminale de la réflexion sur l'entrée à l'université : il faut penser la terminale non pas comme la fin des études secondaires, mais comme le début des études supérieures, comme une propédeutique, une classe préparatoire à l'enseignement supérieur. Cela impose de la penser comme l'année du passage à l'autonomie dans l'étude, de la découverte du travail moins encadré, de la recherche personnelle. C'est d'ailleurs pour cela que je me suis opposé à la fin des TPE. C'est ce problème de rupture brutale entre le lycée et l'enseignement supérieur, sauf pour les classes préparatoires aux grandes écoles, qu'il faut repenser, ou penser différemment.

Q - Quelles mesures envisagez-vous de prendre en ZEP pour maintenir les mêmes exigences d'ailleurs, améliorer les conditions d'étude des élèves, rendre les postes attractifs et stabiliser les équipes ?

R - Je garantirai les moyens, je l'ai dit. Ce sera dans le cadre d'un contrat entre l'école et la nation, qui, en échange de ces moyens, définira les résultats que le système scolaire devra obtenir, des résultats chiffrables et vérifiables, en particulier la diminution de la moitié des sorties du système scolaire sans diplôme. Les ZEP auront donc dans ce dispositif une place importante : présence renforcée d'éducateurs, parcours d'excellence dans tous les établissements. Tout sera mis en oeuvre pour que les ZEP ne soient pas des établissements ghettos, mais le lieu de l'égalité des chances effective.

Q - Etes-vous d'accord pour supprimer le dégrèvement fiscal pour le soutien scolaire marchand et pour réintégrer les sommes dans le financement d'un soutien scolaire public au sein de l'école ?

R - Le soutien aux élèves doit être un service public, et non pas réservé à ceux qui peuvent payer des cours particuliers. Les professeurs et les tuteurs seront évidemment rétribués pour cela. De nombreuses expériences existent d'ailleurs déjà dans les établissements, qu'il faut généraliser.

Q - Etes-vous favorable à la reprise du recrutement d'étudiants-surveillants dans les établissements scolaires ?

R - Je l'ai dit, les établissements ont besoin d'adultes qui accompagnent les élèves. Des éducateurs, des surveillants, des tuteurs. Dans ce cadre, il faut réfléchir à de nouveaux recrutements. J'ajoute que le service civique universel que je propose peut être l'occasion pour un certain nombre de jeunes, de participer à ces fonctions.

Q - Quelles sont vos propositions pour le service public d'orientation, en particulier les CIO ?

R - De l'orientation dépend l'avenir des élèves. Je ne veux plus que l'orientation se fasse par défaut, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui. C'est un problème très important pour moi. Tout doit être mis en oeuvre, dès le collège, pour que l'information circule, et pour que les métiers puissent être concrètement présentés aux élèves par les professionnels. La mission de coordination des CIO est pour cela centrale. Ils doivent être plus en relation avec les services d'insertion professionnelle.

Q - Quelle conception avez-vous des missions et du service des enseignants des collèges et des lycées ? La bivalence est-elle compatible avec cette conception ?

R - La mission du professeur doit être l'éducation, ce qui passe d'abord et avant tout par l'apprentissage de connaissances et d'une culture générale qui permet de former des citoyens éclairés et épanouis.

Le métier d'enseignant se réfère à un ensemble de valeurs, suppose des compétences et comporte des règles déontologiques. C'est ainsi que, quand j'étais ministre de l'Education nationale, j'ai mis au point un "référentiel de compétences" pour les professeurs des écoles et, pour la première fois, une circulaire a précisé en 1997 ce qu'était désormais le métier de professeur dans le second degré.

La bivalence n'est pas en soi une mauvaise idée : les professeurs de lettres classiques enseignent trois matières, ceux d'histoire-géographie enseignent deux matières. Mais il est essentiel que cela soit organisé sur la base du volontariat, et que les enseignants aient été formés à cet effet, dans les deux matières.

Q - Reviendrez-vous sur les décrets de Robien de 2005 et 2007 sur les services ?

R - Notre société doit reconnaître et revaloriser le métier d'enseignant. Le décret de suppression des heures de décharge, de première chaire, a été pris sans concertation, et je comprends bien le mouvement de protestation des enseignants. Ce décret enlève 1500 euros par an à l'enseignant qui travaille en classe à examen, alors qu'il en fait plus qu'un autre. On ne peut enlever entre 5 et 10 % du salaire d'un enseignant. On ne peut ainsi gérer la carrière professionnelle de milliers de personnes. Le respect, c'est donc d'abord la concertation et une vraie gestion des ressources humaines. Je suis donc pour l'abrogation de ce décret.

Q - Quelles mesures prendrez-vous pour améliorer l'entrée dans le métier des enseignants ?

R - Il est indispensable que les enseignants débutants soient accompagnés et soutenus. Quand j'étais ministre de l'Education nationale, j'avais édicté comme règle que les enseignants débutants ne puissent plus être nommés à des postes difficiles, sauf s'ils étaient volontaires, et que leur première année d'affectation ferait l'objet d'un accompagnement et de conseils. Ces dispositions n'ont malheureusement pas été maintenues par la suite. Je pense qu'il faut y revenir, afin que les jeunes enseignants, avec leur CAPES ou leur agrégation en poche, ne se retrouvent pas brutalement mis devant une classe sans être accompagnés et soutenus.

Q - Vous engagez-vous à revoir la loi pour empêcher le recours à des personnels non titulaires ? Quelles dispositions dans l'immédiat pour résorber la précarité ?

R - L'Etat doit s'appliquer à lui-même le respect des obligations qu'il impose aux autres, en particulier pour les règles concernant les emplois à durée déterminée.

Q - Prévoyez-vous de revaloriser les traitements et les carrières des enseignants ?

R - Je suis conscient que nous assistons actuellement à la crise de toute une profession : les professeurs ont perdu 20 % de pouvoir d'achat depuis 25 ans. Il faudra donc que, avec les représentants syndicaux, nous étudions cette question, dans le cadre du contrat national.

L'amélioration des carrières est tout aussi importante. Je suis convaincu que le métier d'enseignant est un métier qui est extrêmement usant, du point de vue nerveux, personnel. On pourrait donc imaginer des carrières faites d'allers retours en le privé et le public, entre des fonction enseignantes et d'autres fonctions. J'avais plaidé autrefois pour des années sabbatiques ; je continue à penser que ce serait une bonne chose pour les enseignants.

Q - Quelles modifications pensez-vous apporter à la loi sur les retraites ?

R - Je veux remettre en chantier la réforme des retraites, et le pilier de cette réforme sera la justice : tous les Français doivent être traités à égalité. Je propose une refonte universelle, c'est-à-dire une réforme qui englobe tous les régimes. Elle sera souple, ouvrant la voie à une retraite à la carte, une retraite par points. Dans ce système, où le montant de la retraite augmente avec le temps de cotisation, les salariés conserveront le droit de partir à la retraite à 55 ans, mais leur retraite sera plus importante s'ils partent plus tard. Cette retraite par points aura pour principe le droit pour chacun de définir son temps de travail et son niveau de retraite. Elle créera de vrais droits, prendra en compte la pénibilité et permettra ou le rachat d'années sans décote ou leur abondement par l'Etat. Ce système de retraites sera géré en pleine responsabilité par les partenaires sociaux.

La justice est la clé de voûte de cette réforme, car elle prend en compte les engagements pris au moment de la signature du contrat de travail à l'égard des salariés. Dès lors, je suis sûr que les Français sont prêts à l'accepter, y compris par référendum.

Q - Quelle conception avez-vous de l'organisation du système éducatif (carte scolaire, autonomie des établissements, décentralisation, enseignement privé...) ?

R - Je suis contre la suppression de la carte scolaire. Si on supprime la carte scolaire, on renforce la ghetthoïsation de certains établissements. Et il y aurait des problèmes insolubles : qu'est-ce qu'on fait s'il y a cinq fois plus d'inscription dans le collège et le lycée de centre-ville qu'il n'y a de place disponible ? A qui donne-t-on la priorité ?

La carte scolaire, ce n'est pas une obligation pour les familles, c'est d'abord une obligation pour l'État. C'est l'obligation d'offrir les mêmes chances à tous les élèves, quel que soit l'établissement où ils sont scolarisés. L'égalité des chances, c'est le chantier qui est devant nous : c'est pourquoi je propose d'instaurer des parcours d'excellence dans chaque établissement, ainsi que de permettre à un même pourcentage d'élèves, dans tous les établissements de France, d'accéder aux classes prépas.

L'éducation en France demeure nationale. Je me tiens à ce principe. Il y a dans le mot « autonomie » beaucoup de sens et de réalités différentes. Je suis favorable au droit à l'expérimentation. De même, il faut donner à chaque établissement des marges de manoeuvre financières, qu'il puisse utiliser comme il l'entend, pour mettre en oeuvre le projet pédagogique que son conseil d'administration a voté. Mais en termes de recrutement, de programme scolaire, de diplôme, la politique éducative doit rester nationale.

Les établissements privés ont les devoirs de tous les établissements scolaires, et leur enseignement doit être contrôlé par l'Etat. Les principes de leur financement sont maintenant bien établis.

Q - Envisagez-vous sur la durée de votre mandat une croissance des dépenses intérieures d'éducation (DIE) ?

Prévoyez-vous une programmation pluriannuelle du recrutement des enseignants du second degré et envisagez-vous le remplacement des départs à la retraite ?

R - La nation doit garantir les moyens de l'école. Il faut rétablir le contrat de confiance entre la société et son école, entre la société et ses enseignants. D'un côté, une garantie de moyens, de l'autre, une obligation de résultats. Je suis partisan d'une loi de programmation sur dix ans des recrutements. Cela signifie qu'on cessera de jouer à ce jeu des suppressions de milliers de postes d'une année sur l'autre. Comment accepter que l'Etat supprime des postes, alors que dans les classes les besoins sont si grands en termes de présence enseignante, de suivi pédagogique, de pédagogie différenciée pour les élèves qui ont le plus de mal à suivre ? Le budget de l'école doit être sanctuarisé.

Source http://www.snes.edu, le 10 avril 2007

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