Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 10 avril 2007, sur sa volonté d'être le candidat du changement et sur l'identité nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 10 avril 2007, sur sa volonté d'être le candidat du changement et sur l'identité nationale.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, SICARD Roland.

FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007;

ti : Q- On va évidemment parler de la campagne électorale mais je voudrais d'abord revenir sur ce qui s'est passé hier soir à la Foire du Trône à Paris. Un policier a été tué, apparemment il a été happé par un manège quand il tentait d'intervenir sur une bagarre. Est-ce que vous avez des informations ? Vous êtes l'ancien ministre de l'Intérieur ?

R- La situation à la minute où je parle est assez confuse. Ce qu'on sait, c'est qu'il y avait une bande qui se battait sur la plate forme du manège. Est-ce que ce malheureux policier a été bousculé ou pas ? L'enquête le dira. En tout état de cause, ce qu'on peut dire c'est rendre hommage au travail des forces de l'ordre, ici comme ailleurs. On est bien content de les trouver quand il y a des problèmes. La Foire du Trône, ce doit être une fête familiale où on doit pouvoir venir sans être importuné. C'est un policier de plus qui paie un lourd tribut. C'est déjà une longue liste. Il a fait son travail. Il faut que la justice fasse le sien, détermine les circonstances et que si il a été bousculé, celui qui a fait ça rende des comptes. En tout état de cause, c'est un drame.

Q- Sur la campagne électorale, les sondages vous placent en tête depuis un bon moment. Est-ce que vous vous dites, dans un mois je serai président de la République ?

R- Absolument pas. Ce sont les Français qui choisiront et personne d'autre. Et je dis d'ailleurs aux Français, pensez librement, réfléchissez librement, choisissez librement. Cette campagne ce doit être un moment de liberté. Il faut qu'on réfléchisse sans tabou aux problèmes de la France et aux solutions que les candidats proposent pour faire face à ces problèmes. Il n'y a pas de fatalité. On peut s'en sortir. Ce que les autres ont fait de bien sur le pouvoir d'achat, sur le plein emploi, sur l'immigration, on peut le faire nous aussi. Mais ne vous laissez imposer aucun choix. Moi, je suis un challenger, je me battrai jusqu'à la dernière minute. C'est aux Français de choisir.

Q- Quand on pose la même question à F. Bayrou, il dit : "moi, je serai élu président de la République". Vous êtes moins confiant que lui ?

R- Ecoutez si il a envie d'être comme ça, c'est son choix. Moi vous savez, je pense surtout une chose, c'est que dans cette campagne, vous l'avez peut-être observé, je n'attaque personne. Je veux expliquer aux Français ce que je ferais, si ils me choisissaient, les solutions que j'ai, le plein emploi, 5% de chômeurs, je vais m'y engager en cinq ans. La maîtrise de l'immigration parce qu'on ne peut pas continuer comme cela. Le pouvoir d'achat parce que les salaires sont trop faibles dans notre pays. L'euro, parce qu'on n'a pas fait l'euro pour que nos entreprises ne soient plus compétitives vis à vis du dollar qui se déprécie chaque jour. Sur chaque sujet, j'ai des propositions et je veux dire aux Français, on peut faire bouger les choses. Je veux être le candidat du changement.

Q- Alors vous savez ce que disent vos adversaires. Ils disent : "Il est au Gouvernement, pourquoi il ne l'a pas fait plus tôt ?"

R- Justement j'étais au Gouvernement comme ministre de l'Intérieur. Apparemment les Français ont compris ce que j'ai fait. J'ai changé profondément la politique de sécurité de la France et ce que j'ai fait lorsque j'étais ministre des Finances en sauvant Alstom, ou lorsque j'étais ministre de l'Intérieur en faisant baisser l'insécurité dans notre pays, je veux le faire pour notre pays. Je crois au changement. Au fond, vous savez, la passion de ma vie, c'est quoi ? C'est l'action. Je veux agir. Je veux une majorité pour agir. Je me suis engagé sur un projet et je dis aux Français une chose simple, je sais que beaucoup d'entre eux ont le sentiment qu'on leur a menti depuis 25 ans. Et je veux que les Français comprennent que je dirai tout avant l'élection.

Q- Droite comme gauche ?

R- Mais écoutez je ne viens pas pour me donner le ridicule de dire que le mal, c'est la gauche, le bien c'est la droite. Je suis un homme de droite mais j'essaie d'être lucide. Nous avons tous notre part de responsabilité dans le fait qu'un Français sur deux ne vote pas. Mais moi je dis tout avant l'élection parce que je ferai après, scrupuleusement, tout ce que j'ai dit avant.

Q- Alors dans le livre que vous avez publié qui s'appelle "Ensemble", vous dites que vous voulez rassembler les Français. Mais beaucoup de vos adversaires disent au contraire, que "N. Sarkozy monte les Français les uns contre les autres". Comment vous répondez à cette critique ?

R- Mais c'est extraordinaire. Il y a une campagne électorale, il faut bien dire des choses. Je parle de la nécessité de l'identité nationale. Si un candidat à la présidence de la République ne parle pas de la France, à quoi il sert ? Il parle de quoi ? Alors là quand je dis "identité nationale", il y a une hystérie. On dit, mon dieu qu'est-ce qu'il a dit ? Je veux pouvoir dire que j'aime mon pays, sans être un nationaliste. Je dis que l'immigration, il faut expliquer à ceux qui nous rejoignent ce que c'est que la France pour qu'ils l'acceptent et qu'ils la respectent et même qu'ils l'aiment. On dit, mon dieu il a prononcé le mot immigration, il est raciste. Alors si on peut plus rien dire sur rien, à quoi ça sert une campagne électorale ? Ils sont les autres, les champions du monde de la pensée unique. On ne dit rien sur rien. On a Le Pen au deuxième tour de 2002. On a un Français sur deux qui ne croit plus en la politique. Il faut continuer comme avant ? Moi je parle librement. J'essaie de faire partager ma vérité. Mais je dis également à tous les Français qu'ils ont une place dans mon projet politique, notamment les jeunes des quartiers. Moi je n'ai pas soutenu les émeutiers de la gare du Nord. J'étais scandalisé. Ce fraudeur, il n'a qu'à payer son ticket comme tous les autres. Non content de ne pas avoir payé son ticket, il frappe un agent, un fonctionnaire. Au nom de quoi, on doit accepter ça ? Il est multi récidiviste et les émeutiers cassent la gare du Nord. Je ne me sens pas du côté de ces gens-la mais en même temps...

Q- Mais justement, vos adversaires ont dit : "c'est le résultat de l'affrontement qu'a provoqué N. Sarkozy".

R- Ah oui c'est ça. L'autre qui a déjà 22 inscriptions au casier et 7condamnations, il a sauté par dessus la barrière et frappé un fonctionnaire parce qu'il ne m'aime pas ? Tant mieux qu'il ne m'aime pas parce que moi, c'est pas un de mes proches. Je vous le dis de la façon la plus claire et la plus simple. C'est quand même extraordinaire. Mais pareil pour les RMistes. J'ai vu qu'il y avait une décision, qui disait que maintenant, quand on est au RMI le transport sera gratuit.

Q- Alors c'est en Ile de France.

R- Très bien. Alors le RMiste qui reprend un boulot, on le récompense en lui disant :"c'était gratuit, maintenant tu vas payer". Moi je ne suis pas pour cela, je veux encourager la valeur travail et récompenser la valeur travail. Je dis d'ailleurs que dans la société dans laquelle je veux vivre, tous ceux qui bénéficieront d'un minima social devront, en contre partie, exercer une activité vis à vis de la collectivité. Il n'y a pas de droit sans contre partie de devoir, ça suffit. Alors maintenant on ne peut plus rien dire sans choquer. Mais si madame Royal ou monsieur Bayrou sont choqués dès qu'il y a une idée nouvelle, ce n'est pas la peine d'être candidat franchement.

Q- Vous parlez de J.-M. Le Pen. Il a dit dimanche : "Il y a une différence entre J.- M. Le Pen et N. Sarkozy ; moi je suis un candidat du terroir et N. Sarkozy est un candidat qui vient de l'immigration". Est-ce que ça vous a choqué ?

R- J.- M. Le Pen a dit qu'il y avait une différence entre lui et moi, il a raison. Nous sommes différents. Je rajoute, très différents.

Q- Mais est-ce que vous avez été choqué par ce propos ? Est-ce que vous pensez que c'est un dérapage ?

R- Ecoutez mais J.-M. Le Pen est l'habitué des provocations pour parler de lui. Est-ce que vous croyez qu'avec l'expérience qui est la mienne, je vais être choqué parce que J.-M. Le Pen dit une énormité, il a l'habitude, parce que monsieur Bayrou m'attaque, il ne fait que ça, ou parce que madame Royal dit, quand je parle de l'identité nationale : "ignoble". Je ne suis pas choqué. Je suis un candidat à l'élection présidentielle. Je sais que c'est dur, que c'est rude. Si je ne suis pas capable d'encaisser tout cela sans rester calme, il vaut mieux que je fasse autre chose.

Q- Dans un journal philosophique, vous avez dit en substance qu'il y avait quelque chose d'inné ou de génétique dans la pédophilie ou le suicide des
jeunes.

R- Alors ça c'est extraordinaire.

Q- J'ai dit, en substance.

R- Non mais je ne vous fais aucun reproche, je ne me permettrais pas d'ailleurs. D'ailleurs dans la situation dans laquelle je suis, je ne fais de reproches à personne. Mais ça c'est extraordinaire. Qui peut me dire que c'est normal d'avoir envie de violer un petit garçon de trois ans ?

Q- Non mais est-ce que c'est prédéterminé ?

R- Non attendez. Est-ce que c'est normal ? Est-ce que c'est un comportement spontané ?

Q- Personne ne dira ça.

R- C'est déjà pas mal. Je voudrais porter un témoignage personnel. Cela ne m'a jamais traversé l'esprit. Alors à partir de ce moment-là, quelle est la part de l'inné et quelle est la part de l'acquis ? Au moins débattons-en quand même. Ne fermons pas la porte à tout débat. Parce que si on ferme la porte à tout débat, ça veut dire qu'il n'y a rien à soigner. Il n'y a rien à guérir. Deuxième exemple : le suicide des jeunes est un drame absolument abominable. Mois je ne veux pas qu'on complexe les parents. Tout jeune qui se suicide, ce n'est pas exclusivement la faute des parents. Il y a un terrain. Troisième remarque, la même personne qui fume deux paquets de cigarettes, naturellement que la cigarette ça donne le cancer mais il y a des tas de gens qui fument deux paquets de cigarettes et qui n'auront jamais le cancer. Et puis il y a des malheureux qui ne fument jamais, qui sont les fumeurs passifs et qui auront le cancer. Pourquoi ? Parce que leur identité, il y a un terrain qui est plus propice et plus fragile. Alors moi, j'ai avancé ces idées pour en débattre. A partir de ce moment-la, Bayrou dit : "glaçant". Mais si il ne veut débattre de rien, alors ne débattons de rien. Les Français on va leur dire, dormez bien, il y a qu'à acheter des somnifères et puis on ne s'occupe plus de rien. Et puis on ne résout aucun des problèmes de la société française. C'est quand même extravagant.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 11 avril 2007

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