Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur France 2 le 13 avril 2007, sur ses positions concernant Nicolas Sarkozy et sur le renouveau de la vie politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle de 2007, sur France 2 le 13 avril 2007, sur ses positions concernant Nicolas Sarkozy et sur le renouveau de la vie politique.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

ti : Q- Ce matin, dans Le Figaro, un proche de N. Sarkozy, B. Hortefeux, dit qu'il faudrait introduire une dose de proportionnelle pour les législatives de 2012. Est-ce que vous vous dites, c'est une bonne idée parce que moi aussi je le propose ou est-ce que vous dites, c'est un appel du pied de l'UMP au Front national ?

R- Il faut introduire non pas seulement une dose de proportionnelle mais une élection d'un grand nombre de députés. Moi, je propose moitié-moitié, 50/50, à la proportionnelle pour représenter tous les courants d'opinion du pays. Et évidemment si sur cette idée il est possible que se greffent des intentions mystérieuses, des clins d'yeux dont toute la presse parle, donc que je n'ai pas à commenter davantage ici.

Q- La presse en parle mais est-ce que c'est aussi votre sentiment ?

R- Vous voyez bien que le plus important ce sont les dérapages multipliés, contrôlés et multipliés que N. Sarkozy fait en direction de ce secteur de l'opinion.

Q- Vous faites allusion à quoi ?

R- Enormément de signes, énormément d'affirmations qui montrent que N. Sarkozy a décidé d'aller au premier tour chercher, de se rapprocher du Front national, et ceci est visible depuis plusieurs mois et préoccupe un grand nombre de républicains, évidemment.

Q- N. Sarkozy dit pourtant qu'il n'y aura pas de ministre Front national dans un Gouvernement dont il serait le président de la République. Ce n'est pas une précision suffisante ?

R- Excusez-moi, qu'il ait besoin de le dire, ça prouve...

Q- ... c'est parce qu'on lui a posé la question.

R- Cela prouve qu'il y a des arrière-pensées. En tout cas, pour moi, la certitude c'est que nous, en France, nous avons bâti depuis longtemps une politique qui est entièrement fondée sur le respect d'un certain nombre de valeurs qui nous permettent de vivre ensemble, et les outrances pendant cette campagne électorale elles sont une fragilité...

Q- ... alors, les outrances de qui ?

R- ... en face de ce bloc de valeurs que nous souhaitons défendre.

Q- Les outrances de qui ?

R- Vous voyez bien que N. Sarkozy multiplie les affirmations de.. les affirmations qui sont extrêmement curieuses et surprenantes. Il a dit ces jours-ci des choses, par exemple sur l'Allemagne en...


Q- C'est-à-dire ?

R- En imputant au peuple allemand la responsabilité de la solution finale, de la Shoah, de l'extermination des Juifs qui font frémir dans le cadre de relations ultérieures au sein de l'Union européenne. Comment voulez-vous que peuple allemand et le gouvernement allemand prennent ainsi sans frémir en pleine figure des accusations qui ramènent au peuple allemand le drame, le crime hitlérien ? C'est comme si, enfin vous savez bien les accusations qu'on pourrait ainsi porter à l'égard de chaque peuple. Est-ce que vous imaginez de Gaulle disant ça du peuple allemand lorsqu'il était dans sa relation avec Adenauer ou Mitterrand avec H. Kohl, ou Giscard avec Schmidt ? Il y a là quelque chose qui est d'un dérapage, qui est d'une outrance, qui est inquiétant pour ce que nous avons à faire de l'Europe ensemble. Ce ne sont pas les peuples qui sont responsables des crimes de leurs dirigeants, ou plus exactement ce sont les dirigeants qui sont responsables, les dirigeants, les mauvais génies, lorsqu'ils tirent les peuples vers le bas, lorsqu'ils tirent les peuples vers leurs pulsions les plus négatives.

Q- C'est le cas de N. Sarkozy, selon vous ?

R- En tout cas, il joue avec ce genre d'attitude.

Q- Hier, vous étiez à Marseille avec A. Begag, qui vous soutient, et A. Begag a dit que N. Sarkozy était dangereux, "qu'il draguait à fond l'extrême droite", je le cite. Est-ce que vous reprendriez ces termes ?

R- A. Begag est un homme intelligent, courageux, sincère, et c'est quelqu'un de bien et que je respecte et estime. Il a eu le courage, assez rare, de dire, "je quitte le Gouvernement pour retrouver ma liberté de parole parce que ce qui se joue dans mon pays est trop grave et trop important", et évidemment j'apprécie sa présence et son soutien parce que c'est quelqu'un de très estimable.

Q- Votre adversaire principal dans cette campagne c'est qui ?

R- Ah, j'ai plusieurs adversaires !

Q- Alors le principal ?

R- L'adversaire principal pour moi, c'est ce groupe de politiques en France qui prétendent ou qui veulent que l'avenir soit toujours fondé sur la division du pays. Et là, S. Royal et N. Sarkozy sont dans le même camp. Ce sont ceux qui pensent qu'il n'y a qu'une chose à faire, c'est continuer avec le combat gauche/droite, avec un parti toujours pour, un parti toujours contre, ce qui nous amené à l'échec dans lequel nous sommes enfoncés et que chacun des Français paie dans sa vie de tous les jours avec le chômage, avec le pouvoir d'achat qui s'effondre. Moi, je pense qu'étant donné la gravité de la crise dans laquelle nous sommes plongés, ce qui est désormais indispensable c'est d'être capable de faire travailler ensemble des gens venant de camps différents, des gens qui se sont, hier, opposés et qui désormais doivent joindre leurs forces pour redresser le pays. Voilà pour moi l'essentiel.

Q- Est-ce que vous avez déjà pris des contacts, est-ce que vous savez avec qui vous allez gouverner ? Est-ce que par exemple à gauche vous avez des contacts déjà établis ?

R- J'ai depuis longtemps... comment voulez-vous que ayant défendu des idées comme celle-là je n'ai pas depuis longtemps vérifié qu'à gauche et à droite, à gauche et à droite, il y avait des personnalités nombreuses, compétentes, expérimentées, de bonne volonté, qui disaient mais cette idée qu'il va falloir travailler ensemble, au fond c'est une idée juste. Il n'y a pas de possibilité de faire autrement parce que tout le monde voit bien que partout ailleurs en Europe c'est ce qui est en train de se faire. Par exemple, en Allemagne, les électeurs ont obligé les deux partis de gauche et de droite qui gouvernaient l'Allemagne l'un contre l'autre depuis trente ans à se mettre ensemble pour sortir le pays de la crise. Et en dix-huit mois, vous le savez bien parce que vous en parlez souvent, les résultats obtenus par l'Allemagne sont époustouflants. Alors, tout le monde... il y a tout de même en France beaucoup de gens qui disent que la situation est si grave, si préoccupante, les dérapages sont si nombreux qu'au fond on devrait réfléchir à cette idée de se mettre ensemble pour sortir le pays de la crise.

Q- Mais à droite comme à gauche, officiellement tout le monde a dit, "pas question de travailler avec Bayrou".

R- Non !

Q- Donc, c'est faux ?

R- Officiellement, tout le monde s'est tu. Un grand nombre de gens courageux ont dit, au fond, il y a là une idée. Vous avez cité A. Begag, mais vous auriez pu citer F Goulard, le ministre de la Recherche, venant de l'UMP.

Q- UMP.

R- Qui a dit, au fond c'est cette idée qu'il faut si l'on veut sortir la France des difficultés où elles se trouvent. Et à gauche, ils sont nombreux, il y a beaucoup de gens qui pensent que les frontières du passé n'ont plus leur valeur. Et il y a aussi beaucoup de gens qui se disent : dans les circonstances où nous sommes qui peut le plus valablement être opposé à N. Sarkozy avec des chances de victoire au second tour ? Et ceci est...

Q- ... et vous vous dites, c'est F. Bayrou.

R- Ce n'est pas moi qui le dis !

Q- Vous le dites aussi.

R- Ce sont les enquêtes d'opinion en tout cas qui le montrent. Il y a là une prise de conscience qui est une prise de conscience très importante pour l'avenir. Elle est double cette prise de conscience, c'est quel projet allons-nous porter ensemble qui puisse être opposé à un projet d'affrontements dont on voit les risques ? Et deuxièmement, quelle majorité nouvelle allons-nous pouvoir bâtir en tendant la main d'un côté et de l'autre parce que j'ai bien l'intention de tendre la main du côté de la gauche qui est ouverte et décidée, réaliste et du côté de la droite.

Q- M. Rocard, par exemple, vous pourriez travailler avec lui ?

R- C'est un homme que j'estime beaucoup, vous le savez, depuis longtemps, et c'est un homme avec qui en effet je pourrais travailler. Il n'est pas le seul, il y en a d'autres.

Q- N. Sarkozy a dit qu'il pourrait prendre des ministres UDF s'il était élu.

R- N. Sarkozy, il faut qu'il soit élu. Nous allons avoir une confrontation très importante, l'élection au deuxième tour elle va montrer qu'il y a, en effet, en France, une volonté de trouver un projet républicain pour l'avenir de la France. En tout cas, moi j'ai l'intention de porter ce projet et je ne composerai de Gouvernement, pardonnez-moi de le dire, avant d'être élu.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 13 avril 2007

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