Réponses de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, aux questions de l'Association Technopol le 13 avril 2007, sur les musiques et cultures électroniques. | vie-publique.fr | Discours publics

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Réponses de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, aux questions de l'Association Technopol le 13 avril 2007, sur les musiques et cultures électroniques.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène.

FRANCE. PS, députée ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007

ti : 1. Quelle est votre opinion sur les musiques et cultures électroniques ?

R - La même que pour toutes les musiques : de la curiosité et de l'intérêt. Les musiques et les cultures électroniques ne sont pas des sous-musiques, des cultures de seconde zone. Elles ne cèdent en rien aux autres esthétiques, ni sur leur diversité, ni sur leur vitalité, ni sur leur exigence artistique, ni sur le professionnalisme de ceux qui les produisent et qui les diffusent. Par contre, il reste beaucoup à faire pour l'enseignement et la transmission de ces musiques. Je pense en conséquence que les musiques et les cultures électroniques doivent être considérées par la puissance publique comme des expressions artistiques à part entière. Elles dépassent de loin le cadre musical seul, et touchent à la vidéo, aux arts plastiques, à l'écriture... Elles sont au coeur de l'innovation artistique et représentent donc un potentiel de croissance et d'emploi importants. C'est aussi en cela qu'elles constituent un enjeu majeur. Je souhaite à cet égard saluer Jack Lang qui, comme souvent, le premier, a compris l'importance de ces musiques et leur a donné leur place, notamment en suscitant cet événement des « Rendez-vous électroniques » et la Techno Parade. Il a ouvert et montré le chemin. Ainsi, en 1999, un Etablissement public comme le Grande Halle de La Villette a pu produire « Global techno », suivi par deux éditions de « Villette numérique » en collaboration avec la Cité de la Musique, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse, et la Cité des Sciences. Des institutions ont alors pu travailler ensemble autour d'un thème fédérateur et poursuivent encore aujourd'hui cette collaboration avec « Villette Sonique » dont la deuxième édition aura lieu en juin prochain.

2. Avez-vous un programme musiques actuelles ?

R - En matière de politique culturelle comme pour l'ensemble des politiques publiques, je pense que tout est lié. Il ne sert à rien de prendre des mesures catégorielles si l'ensemble de la politique économique, la politique éducative, la politique de l'emploi est globalement défavorable à la culture. On le voit depuis 2002. L'arrêt des emplois jeunes, le manque total d'ambition pour la culture dans le cadre de la poitique de la ville, par exemple, ont fait au moins autant de mal aux musiques actuelles, dont les lieux et les équipes sont souvent plus jeunes, moins structurés et dans les quartiers, que la stagnation, voire la baisse des subventions du ministère de la culture et des DRAC. Je suis par ailleurs très méfiante quant à une politique catégorielle de l'offre qui ignore de plus en plus les réalités territoriales. Les « musiques actuelles » ne peuvent faire l'objet d'un programme si l'on ignore les demandes qu'elles suscitent. Je pense notamment aux milliers d'amateurs talentueux qui se produisent sur des sites comme My Space et dont il faut prendre en compte les souhaits dans chaque territoire. Il ne sert à rien ou à pas grand-chose de commander des rapports sur les musiques actuelles et de mettre en place des conseils supérieurs si, dans le même temps, l'ensemble de la politique gouvernementale défait ce que le ministre de la culture essaie de tricoter dans son coin, le plus souvent en trompe l'oeil d'ailleurs. Le Haut conseil des musiques actuelles n'a pas fait grand-chose, sinon essayer d'amadouer les professionnels, selon la méthode bien connue maintenant du ministre actuel qui consiste à nommer des Hauts conseils ou d'autres instances pour gagner du temps et faire croire qu'un problème est résolu ! Le programme de Ségolène Royal en faveur des musiques actuelles est le même que pour les autres expressions : de bonnes conditions de travail pour les artistes, notamment par une remise à plat du protocole de l'intermittence et de la loi DADVSI. Des dispositifs de soutien nouveaux qui associent les professionnels, par exemple au sein d'un centre national de la musique et qui tirent une part de leur financement des activités de ceux qui bénéficient aujourd'hui de l'attractivité de la création artistique sans participer à son financement. Je pense notamment aux Fournisseurs d'accès à l'internet. Enfin, le respect pour tous et pour chacun. Il n'est pas question, par préjugé ou par ignorance, de ne pas considérer et reconnaître la création là où elle se trouve, a fortiori quand elle atteint un très large public comme les musiques électroniques. Il me semble qu'à un niveau régional, un effort particulier devrait amener ces collectivités à mieux valoriser les lieux dits « intermédiaires », friches industrielles ou espaces désaffectés, qui répondent à la nécessaire souplesse de fonctionnement liée à la production de ces musiques. J'insiste sur la politique des lieux de production, des fabriques..., des friches ces « nouveaux territoires de l'art », exemples de ce qu'un fonds comme le FICA en Rhône Alpes peut contribuer à développer.

3. Intégrerez-vous cette esthétique musicale à votre politique sur les musiques actuelles ?

R - Oui. Bien sûr. Je ne pense pas qu'il faille sans cesse opposer les artistes les uns aux autres, laissant supposer ainsi qu'il y a des catégories d'artistes plus « artistiques » que d'autres. Les musiques électroniques et les cultures urbaines ont toute leur place dans les politiques publiques culturelles. Je me méfie encore une fois des typologies esthétiques. Ainsi, le grand batteur de jazz Steve Reid qui vient de se produire dans le cadre du festival « Banlieues Bleues » avec le groupe électro Four Tet relèverait de quelle esthétique ?

4. Ne pensez vous pas qu'un équilibrage des aides publiques en faveur des musiques actuelles s'impose encore ?

R - Trop souvent, le discours du rééquilibrage a masqué un désengagement de l'?tat. L'argent qui était enlevé ici pour « rééquilibrer », arrivait rarement là-bas. Je connais la précarité des structures et des acteurs. Je l'ai dit, il faut savoir inventer de nouveaux dispositifs adaptés aux réalités de la vie artistique et de son financement, avoir le courage d'aller chercher l'argent là où il se trouve et susciter des spirales économiques vertueuses pour que se développent tous les secteurs artistiques, celui-ci comme les autres. J'observe avec intérêt de nouvelles formes de financements publics comme celle imaginée par Jean-Jack Queyranne, Président de la Région Rhône-Alpes qui a mis en place un nouveau fonds d'intervention pour des projets transversaux, le FICA. Il faudra en analyser le bilan et imaginer son extension.

5. Les musiques électroniques existent depuis plus de 20 ans. Pourtant, l'artiste, le DJ, qui s'exprime sous la forme de mix, n'est pas encore éligible comme profession artistique. Pensez vous que le DJ est un artiste à part entière et que le mix est une forme d'interprétation artistique à part entière ?

R - Pour qu'un DJ soit reconnu comme artiste, il faut aborder la question sous plusieurs angles et notamment deux : les droits de propriété artistique et les droits voisins, le droit du travail. Un des problèmes que l'on rencontre souvent vient du fait que lorsque l'on travaille sur le droit du travail, on ignore la propriété artistique et inversement. Il faut faire en sorte que ces deux droits se rapprochent pour que chaque situation puisse être étudiée dans sa spécificité. Je pense que, une fois cette condition remplie, par la négociation, des solutions seront trouvées pour garantir des droits aux DJ sur leurs oeuvres, comme on l'a fait pour les autres artistes. Ce devrait être une des missions d'une instance comme le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique de définir et de proposer ce type d'évolutions. Je demanderai au ministre de la culture de revoir sa composition afin qu'il soit plus proche des préoccupations de tous.

6. Pensez vous qu'Internet est un média, au même titre que les ondes hertziennes que la radio et la TV utilisent ? Si oui, quel cadre adopteriez-vous pour la diffusion des contenus audiovisuels sur la Toile ?

R - L'internet est à l'évidence un média et je dirai même qu'il devient LE média. On en connaît la puissance : son caractère à la fois mondial et de proximité, l'interactivité, sa capacité d'accueil infinie, l'interopérabilité. Il a permis de nouveaux modes de communication et de nouveaux modes d'échanges. Ainsi, si l'internet est à l'évidence un média, on ne peut pas pour autant lui appliquer aveuglément toutes les règles appliquées aux autres supports, qui ont d'autres contraintes et aussi d'autres avantages. Pour autant, je ne suis pas favorable à des dispositifs de régulation ad hoc. Dans la plupart des cas, la loi existe et dans tous les cas, les principes qui la fondent demeurent. Ici encore, c'est le juste équilibre qu'il faut trouver. Rappelons-nous cependant qu'en matière de média, c'est la liberté qui est la règle et la contrainte qui doit être l'exception car il en va de la liberté d'expression et de création.

7. Les quotas de chansons francophones ont permis à la France de préserver son marché, mais empêchent une part non négligeable de la production (électronique) réalisée en France d'être visible dans les médias. Quelle solution pouvez-vous apporter à ce problème ?

R - Ce que l'on constate aujourd'hui sur les radios, puisque vous évoquez les quotas, c'est plutôt un rétrécissement des play list au profit de quelques titres seulement et je ne crois pas que les quotas en faveur des chansons francophones jouent un grand rôle là dedans au regard des enjeux commerciaux et publicitaires. Ce qu'il faut maintenir, c'est la diversité. Diversité des antennes, diversité des programmes, diversité de la production, diversité artistique et le meilleur soutien à la vitalité de la création dans la diversité, c'est permettre une économie saine du secteur

8. Les musiques électroniques ont apporté une nouvelle forme de soirée appelée aussi les raves. Ces dernières sont basées sur la réutilisation de lieux industriels en lieu festif. Aujourd'hui le manque de lieux pour faire des soirées électroniques en France est évident. Seriez-vous prêt à réfléchir à l'élaboration d'une nouvelle forme de collaboration entre lieux industriels, patrimoniaux et acteurs culturels ? Comme, par exemple, la possibilité de louer des lieux non ERP « plus facilement » tout en garantissant la sécurité du public ?

R - Le dialogue vaut mieux que la répression aveugle. On a vu en cinq ans que certaines conceptions de la sécurité tuent la sécurité elle-même. Ce qui est important c'est la concertation entre les organisateurs potentiels, les pouvoirs publics, les propriétaires des lieux, les forces de sécurité et de secours... Sans cette concertation, sans la confiance, aucune organisation aussi professionnelle soit-elle ne peut tenir la route. La réponse devra se faire bien sûr au cas par cas, sur la base d'une charte de bonne conduite qui aura été élaborée avec les professionnels. Dire aussi qu'il est important lors des raves d'associer sans complexe les associations type Médecins sans frontière ou autres Croix Rouge qui vérifient les substances et sont là en cas de manque ...Que c'est par la tolérance et la prévention qu'on évitera les accidents mortels, et non par la répression.

9. Pensez vous que le disque est uniquement un objet industriel ? Le livre a fait l'objet d'un consensus dans les années 80 pour le prix unique du livre et la sauvegarde des détaillants culturels. Aujourd'hui, le disque paye le prix fort de ce choix politique (plans sociaux dans les maisons de disque, disparition des disquaires spécialisés, etc.).

R - Je ne crois pas que le disque « paye » pour le prix unique du livre. Vous avez cependant raison en soulignant la crise de la production et de la diffusion musicale aujourd'hui, au moment où l'économie de la filière est en profond renouvellement. En matière de TVA à taux réduit, toutes les promesses ont été faites depuis des années, sans succès. On se rappellera la mission donnée par Jean-Jacques Aillagon à François Léotard qui a parcouru l'Europe sans aucun succès. Je ne ferai pas de nouvelles promesses. Les problèmes de la filière du disque doivent être abordés avec sang froid. Quid des concentrations ? Quid de l'indépendance ? Quid de la solidarité au sein de la filière ? Quid de l'émergence ? Quid de la diffusion sur site et en ligne ? Il n'y a pas de réponses toutes faites dans un chapeau... Les réponses seront trouvées avec vous parce que vous en serez les artisans principaux.

10. La France a une législation sur le salariat de l'artiste dans le spectacle vivant qui est très avantageuse quand les conditions économiques sont réunies, mais qui est un frein à l'expression artistique des amateurs et/ou des artistes, organisateurs et techniciens ayant choisi le secteur non marchand. Quelle facilité donneriez-vous au secteur non-marchand de la culture pour exister sans être une concurrence déloyale au secteur marchand ?

R - Je connais les interrogations des producteurs et des diffuseurs sur les obligations qui leur sont faites en matière de salariat des artistes dans le spectacle vivant. Ils y voient parfois un frein à l'émergence et à la diversité. Ma réponse sera la même. Dans une négociation, il est possible de ne pas avoir de tabou si l'on sait les principes supérieurs que l'on défend. C'est ensuite une question d'équilibre. Quand le négociateur, sous couvert de protéger joue l'immobilisme ou le pourrissement ou encore favorise toujours les mêmes, alors personne ne veut plus bouger car ceux qui ont peu ont peur d'avoir encore moins. Dans un climat de confiance retrouvée, je suis certaine que l'on pourra faire bouger les lignes sur ces questions sans pour autant que cela ait pour conséquence le démantèlement des professions artistiques et sans exercer de concurrence déloyale.

Source http://www.desirsdavenir.org, le 16 avril 2007

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