Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, sur "Radio J" le 15 avril 2007, sur la campagne électorale, la remunération des dirigeants d'entreprise, la création de la "sécurité sociale professionnelle", des emplois-tremplins, des "contrats nouvelle chance", le bilan de Nicolas Sarkozy, le programme de François Bayrou ainsi que sur la politique étrangère. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, députée PS et candidate à l'élection présidentielle de 2007, sur "Radio J" le 15 avril 2007, sur la campagne électorale, la remunération des dirigeants d'entreprise, la création de la "sécurité sociale professionnelle", des emplois-tremplins, des "contrats nouvelle chance", le bilan de Nicolas Sarkozy, le programme de François Bayrou ainsi que sur la politique étrangère.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, HAZIZA Fréderic, MANDONNET Eric, MURACCIOLE Florence.

FRANCE. PS, députée ; FRANCE. Candidate à l'élection présidentielle de 2007; ; ;

ti : Frédéric Haziza - Madame Ségolène Royal bonjour.

Ségolène Royal - Bonjour.

Frédéric Haziza - Et merci d'avoir accepté cette invitation du Forum RADIO J. Alors à une semaine du premier tour de la présidentielle, Madame ROYAL, vous allez pouvoir nous dire ce que vous avez appris du pays, de votre parti, des Français, peut-être aussi de vous-même depuis le début de la campagne. Au-delà comment comptez-vous vous y prendre pour mobiliser les électeurs et peut-être éviter un nouveau 21 avril, c'est-à-dire votre absence au second tour ? Quel est aussi le principal message que vous souhaitez adresser aux Français à huit jours du vote. Quelles seront peut-être les deux ou trois mesures emblématiques que vous souhaiteriez mettre en place en cas de victoire et qui montreraient que le vrai changement, la véritable rupture, c'est vous. Et nous allons aussi vous interroger avec Florence Muracciole du JOURNAL DU DIMANCHE et Eric Mandonnet de L'EXPRESS, sur le contexte politique dominé en ce dimanche, en ce week-end par les appels successifs de Michel ROCARD et de Bernard KOUCHNER aujourd'hui dans le JDD à une alliance avec François BAYROU. Quel signe y voyez-vous ? Que la France est de plus en plus à droite, que toutes les torpilles viennent de votre propre camp ou au contraire que la rénovation de la vie politique française est en marche ? Et puis vous qui souhaitez moderniser la vie politique, vous nous direz aussi comment vous entendez le faire s'agissant de la diplomatie française et des grandes orientations de la politique étrangère de la France et c'est Eric Mandonnet de L'EXPRESS qui va vous poser la première question de cette émission.

Eric Mandonnet - Dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, vous dites : j'espère que je suis au bout de mes surprises. Est-ce que vous trouvez que la campagne a été plus dure que ce à quoi vous vous attendiez ?

Ségolène Royal - Je la trouve surtout passionnante cette campagne dans la capacité que je découvre... dans la mobilisation des Français aussi, dans ces salles remplies pleines à craquer, de gens qui viennent regarder, observer, écouter, me soutenir, me porter aussi. Je sens qu'il y a aussi encore beaucoup d'attentes ; qu'il y a maintenant dans cette dernière ligne droite une forme de gravité de la part des électeurs qui ont bien réalisé que le choix qu'ils allaient faire dans quelques jours allait engager la France pas seulement pour les cinq ans du quinquennat mais je crois bien au-delà puisqu'ils ont bien compris - je l'ai vu dans les débats participatifs, dans cette démarche originale et qui préfigure une nouvelle forme de faire de la politique puisque dans les six mille réunions, dans les deux à trois millions de citoyens qui sont venus soit sur le site Internet soit dans les débats, venus participer à l'élaboration du pacte présidentiel que je propose, j'ai vu que les Français avaient bien compris que la France était dans une situation très difficile et qu'il y avait des enjeux à relever non seulement au niveau national par rapport aux problèmes de vie chère, de chômage, de précarité, de recul des services publics, bref de ce que la droite laisse après cinq ans de libéralisme, mais aussi à l'échelle européenne et à l'échelle internationale.

Eric Mandonnet - C'est votre première campagne présidentielle. Est-ce que vous trouvez que la campagne a été plus rude, plus dure... vous avez connu la campagne interne au Parti socialiste, est-ce que cette campagne présidentielle vous a semblé plus dure que ce que vous pouviez craindre ?

Ségolène Royal - C'est dur, oui, c'est difficile surtout qu'il y a eu comme vous venez de le dire déjà la campagne interne.

Frédéric Haziza - Qu'est-ce qui a été le plus dur d'ailleurs, la campagne interne ou la campagne actuelle ?

Ségolène Royal - Ce n'est pas de même nature.

Frédéric Haziza - Mais il y a des traces de cette campagne interne : par exemple ce procès en incompétence qu'on vous fait encore aujourd'hui, il remonte à la campagne interne

Ségolène Royal - Oui sans doute, c'est-à-dire les attaques subies au moment de la campagne interne étaient un peu contre-nature...

Florence Muracciole - C'est des attaques des amis en fait... de votre camp.

Ségolène Royal - Voilà, c'est toujours plus difficile de subir des attaques à l'intérieur de son camp, de sa famille politique. Il en reste toujours des traces. Mais tout cela est derrière moi.

Frédéric Haziza - Sur ce procès en incompétence, est-ce que vous en avez souffert ? Est-ce que vous continuez à en souffrir ?

Ségolène Royal - Je ne dirais pas que ce soit très agréable mais je le prends comme une épreuve que subissent beaucoup de femmes puisque ce procès en incompétence, c'est aussi ce qui explique le plafond de verre dans les entreprises, c'est-à-dire qu'à un certain moment, les femmes n'arrivent pas à franchir un certain seuil, c'est ce qui explique aussi les inégalités salariales aujourd'hui en France dans le monde du travail puisqu'à diplôme égal, il y a encore 20 à 30% d'écart de salaire entre les femmes et les hommes. Donc ce procès en incompétence par définition, il pèse plus lourdement sur les femmes. C'est pour ça que ça me donne aussi de l'énergie pour tenir bon parce que je sais qu'à travers moi, d'une certaine façon, c'est aussi l'exigence de la démonstration que la compétence est là et doit être reconnue à égalité entre les hommes et les femmes et notamment dans la vie politique par rapport à l'expérience politique que l'on peut avoir. J'entends effectivement certains de mes adversaires aujourd'hui prétendre que je n'ai pas d'expérience politique. Moi je leur réponds...

Frédéric Haziza - Ni ministérielle ni d'expérience... tout court...

Ségolène Royal - Oui, je leur réponds que ce qui est important, c'est de juger les responsables politiques sur ce qu'ils ont fait dans le cadre de leurs responsabilités, c'est-à-dire par exemple c'est de comparer ce que les uns et les autres nous avons fait dans le cadre de nos responsabilités ministérielles. Et personne ne peut douter que dans le cadre des responsabilités ministérielles que j'ai assumées, que ce soit à l'Environnement, à l'Enseignement scolaire, à la Famille, j'ai laissé des traces très importantes, des réformes très profondes, j'ai fait avancer la société française. Quand François BAYROU était au ministère de l'Education nationale, il a jeté un million de personnes dans la rue et il a ensuite cessé toute réforme. Le bilan de Nicolas SARKOZY au ministère de l'Intérieur, on le sait, c'est toujours plus de brutalité, toujours plus d'insécurité et l'émergence d'une délinquance de masse qui n'est aujourd'hui pas réglée sans parler du feu qui couve sous la cendre dans les banlieues.

Florence Muracciole - Ce n'était pas les mêmes genres de ministères aussi... l'Education, l'Intérieur... vous c'était l'Enseignement scolaire, l'Environnement...

Frédéric Haziza - Vous voulez dire que ce n'est pas du même niveau quoi !

Ségolène Royal - Mais si, c'était du même niveau... vous pensez que les enjeux liés à l'environnement et à l'avenir de la planète, ce n'est rien ?! Vous pensez que la question de l'éducation, ce n'est rien ?! Moi je pense qu'elle est au coeur de tout et d'ailleurs c'est pour cela que j'ai remis l'éducation au coeur du pacte présidentiel alors qu'aujourd'hui et depuis cinq ans, la droite a retiré 120.000 emplois dans l'Education nationale à un moment où la bataille prioritaire pour l'efficacité économique, c'est de renforcer la qualité de la matière grise et de la formation. Je remettrai donc à niveau les moyens de l'Education nationale parce que je pense que c'est ce qui est au coeur aussi du pacte républicain et de l'efficacité de la France. Et puis il y a les bilans conduits à la tête des collectivités territoriales... le bilan de François BAYROU quand il était président du Conseil général, on me dit que l'effort pour les collèges publics était classé au 89e rang en France. Le bilan de Nicolas SARKOZY dans sa ville, c'est de ne pas respecter la loi en ce qui concerne la construction des logements sociaux. En revanche, à la tête de la région Poitou-Charentes là où je suis, les citoyens sont satisfaits, il y a eu plusieurs enquêtes d'opinion récemment, et puis surtout j'ai réussi non seulement à financer des actions nouvelles mais à baisser l'endettement de la région sans augmenter les impôts. Vous allez me dire qu'une région, ce n'est pas le territoire national mais il n'empêche, je crois que la politique doit se faire aussi par la preuve quel que soit le niveau de responsabilités que l'on a et je pense que dans cette dernière ligne droite, il est important en effet de comparer les bilans des uns et des autres par rapport aux responsabilités qu'ils ont exercées parce que ça vaut toujours mieux les actes que les discours.

Frédéric Haziza - Alors justement par rapport au bilan des uns et des autres, il y a une actualité en cette fin de campagne qui nous conduit à parler de sécurité. Eric Mandonnet ?

Eric Mandonnet - Deux faits divers ont marqué l'actualité récente : le policier qui est mort à la foire du Trône et le drame de Nantes. Est-ce que vous craignez que ces faits divers changent le climat de cette fin de campagne parce que tout le monde a en tête ce qui s'était passé en 2002 ?

Ségolène Royal - D'abord je voudrais dire toute ma compassion et toute ma solidarité avec les familles des victimes dans ces deux drames abominables, l'un comme l'autre. Je vois aussi l'émotion des populations à Nantes, l'émotion des collègues du policier qui a été poussé ; mais je ne veux pas extrapoler à partir de faits divers et tirer des conséquences sur l'insécurité en général. Je pense qu'il faut se garder de cette tentation.

Frédéric Haziza - Alors donc par rapport aux huit jours de campagne qui vous restent, quel est le thème qui pour vous doit être le plus important, que vous allez mettre en avant ? Plutôt le social ou plutôt la sécurité ?

Ségolène Royal - Il s'agit de l'avenir de la France. Donc on ne découpe pas la France en t thèmes. Aujourd'hui, nous sommes dans cette dernière ligne droite et donc il y a un choix projet contre projet, vision contre vision, principe contre principe. Et je veux que les Français aient accès à ce choix. Il s'agit d'abord de savoir si on peut réformer la France sans la brutaliser, c'est en tout cas ce que je propose.

Florence Muracciole - Vous avez l'air convaincue que c'est possible alors que beaucoup s'y sont risqués sans succès.

Ségolène Royal - Oui mais moi je crois que c'est possible de réformer la France sans la brutaliser, à partir des nouvelles règles du jeu qu'il faut mettre en place. Les Français ont besoin de nouvelles règles du jeu. Et d'abord l'idée que les efforts sont justement répartis. C'est-à-dire que je pense qu'il est temps maintenant de concilier le maintien des solidarités et même la reconquête d'un certain nombre de solidarités qui ont reculé au cours de ces dernières années ; les solidarités ont reculé dans le domaine scolaire, je l'ai dit tout à l'heure ; les solidarités ont reculé dans le domaine des services publics... dans le projet du candidat de l'UMP, il y a celui de supprimer un fonctionnaire sur deux, cela veut dire que l'éducation, la santé, la police, tous les domaines liés au lien social, vont reculer. Donc le projet qui est le mien, c'est contraire de celui-ci et je pense qu'il est possible de concilier le maintien de ces solidarités, l'affirmation de la responsabilité individuelle et de l'efficacité économique. Autrement dit le modèle que je propose, c'est tout le contraire de celui qui est mis en place actuellement en France et qui a fait la preuve de son échec et qui demain sera un danger s'il est poursuivi. C'est-à-dire que l'on oppose l'efficacité économique des entreprises avec la précarisation des salariés avec le résultat que l'on connaît puisque ça ne marche pas. Moi je pense au contraire que c'est en sécurisant les salariés par exemple par la Sécurité sociale professionnelle, en sécurisant leurs revenus et notamment en augmentant le SMIC et les bas salaires et donc en motivant les salariés au travail que l'on produit de l'efficacité économique et pas le contraire.

Florence Muracciole - Justement... sur Noël FORGEARD. Comment contrairement on arrive à résoudre ce problème d'inégalité entre quelqu'un qui part avec huit millions d'indemnités...

Frédéric Haziza - Huit millions et demi...

Florence Muracciole - Enfin de parachute doré... et puis dix mille suppressions d'emplois ? Alors ce matin Laurence PARISOT disait : il ne faut pas légiférer. Vous, vous préconisez une loi pour éviter ce genre d'excès ?

Ségolène Royal - Bien sûr qu'il faut une loi puisque cette loi a existé mais elle a été supprimée par la majorité de droite...

Florence Muracciole - Laurence PARISOT dit que par exemple ça freinerait l'économie française si on légiférait dans ce sens.

Ségolène Royal - Il y a plusieurs choses. Il y avait d'abord une loi qui existait et qui imposait la transparence des rémunérations. Cette loi a été supprimée par la droite. Quand j'entends aujourd'hui Nicolas SARKOZY prétendre qu'il va mettre fin à tous ces désordres, il ment puisqu'il a fait partie de la majorité, il était au gouvernement qui a mis fin à la transparence de la rémunération des dirigeants. S'il y avait déjà cette transparence, il y a un certain nombre de choses qui ne se feraient pas parce que les salariés se révolteraient à juste titre contre ces contrats totalement disproportionnés par rapport à l'apport des dirigeants dans l'entreprise. Deuxièmement, il y a quand même un principe très simple : celui qui échoue n'a pas à être récompensé. C'est là où il y a des règles, des droits et des devoirs qui sont inégalement répartis. Or la société qu'on propose... il faut un pays où les droits et les devoirs soient les mêmes pour tous. Et aujourd'hui ce qui nourrit la colère et la révolte des salariés, c'est qu'un dirigeant d'entreprise qui en plus est à l'origine des difficultés de l'entreprise, puisse partir avec la caisse si j'ose dire, alors que les salariés qui subissent le contrecoup d'une mauvaise gestion de l'entreprise, eux, perdent leur emploi.

Florence Muracciole - Ca avait été acté par le conseil d'administration. Alors est-ce qu'il faut rénover aussi la composition des conseils d'administration dans ce genre d'entreprises ?

Ségolène Royal - D'abord l'Etat est membre du conseil d'administration, l'Etat est actionnaire dans cette entreprise. Donc si monsieur FORGEARD est parti avec la caisse, c'est bien qu'il y a eu un accord du gouvernement auquel monsieur SARKOZY appartient, donc il y a quand même un manque de pudeur à prétendre aujourd'hui qu'il est en désaccord avec cette décision-là puisque finalement il est coresponsable de ce qui a été décidé. Ensuite, vous le savez, je propose dans le pacte présidentiel de faire franchir à la France un seuil de modernité, enfin de sortir de l'archaïsme des relations sociales, de faire émerger un syndicalisme de masse, de faire en sorte que les représentants des salariés siègent au conseil d'administration des entreprises, de faire en sorte justement qu'il y ait de la transparence...

Frédéric Haziza - ... pour faire cesser ce genre d'abus...

Ségolène Royal - Bien sûr, y compris dans les stratégies industrielles de l'entreprise, pour que comme dans les pays du Nord dans l'Europe, dans un dialogue social approfondi, respectueux, les salariés puissent être associés aux stratégies de l'entreprise et à la répartition des fruits de la croissance de l'entreprise. C'est ça la construction d'un pays moderne. Et en plus, c'est un système qui a fait ses preuves dans le cadre de l'efficacité économique. La qualité du dialogue social est aujourd'hui une source de création de valeur ajoutée, c'est ça qu'il faut comprendre aujourd'hui. Quand je vais visiter l'entreprise ERICSSON en Suède, une entreprise qui a dû supprimer plusieurs milliers d'emplois sans un seul jour de grève parce qu'il y a eu une anticipation avec les salariés et leurs représentants qui ont compris les contraintes économiques de l'entreprise et qui donc au moment où l'entreprise a eu des difficultés, ils ont pu être associés à l'accompagnement de l'entreprise et qu'en contrepartie, les pouvoirs publics avec les partenaires sociaux ont mis en place ce que je propose, la sécurité sociale professionnelle, c'est-à-dire que l'entreprise du coup est elle-même sécurisée ; elle n'a pas à perdre son temps ni son énergie ni à avoir des soucis considérables dans la mise en place des plans sociaux, dans la mise en place ou dans le suivi du contentieux avec les prud'hommes puisque dans ce pacte à trois entre les pouvoirs publics, les syndicats de salariés et l'entreprise, chacun y met du sien si je peux m'exprimer ainsi parce que je crois que c'est comme ça que l'on peut expliquer les cercles vertueux que j'appelle de mes voeux en France, pour que l'on puisse sortir des logiques de confrontation, d'affrontements qui font perdre beaucoup d'énergie à la France et qu'au contraire, dans un dialogue responsable entre partenaires sociaux, nous puissions faire émerger un nouveau modèle économique et social performant.

Eric Mandonnet - Sur le dialogue social, quelles conclusions tirez-vous de l'accueil qui a été réservé à votre proposition « contrat nouvelle chance » ? Est-ce qu'il fallait associer davantage les syndicats en amont ? Et plus généralement jusqu'à quel point sur ces thèmes-là, jusqu'à quel point l'élection présidentielle vaut-elle ratification de votre projet ensuite dans le cadre de la discussion avec les organisations syndicales ?

Ségolène Royal - Les organisations syndicales ont été consultées : la CFDT s'est dit intéressée, la CGT n'a pas d'objection ; les autres organisations syndicales réfléchissent. Ce sur quoi elles se retrouvent toutes les organisations syndicales, c'est sur ma volonté de lutter contre le chômage des jeunes et je lutterai contre le chômage des jeunes parce que je ne tolère pas que la France soit le pays où le taux de chômage des jeunes soit le plus élevé d'Europe.

Florence Muracciole - Certains ont cru que c'était un nouveau CPE. Donc ça a fait frémir...

Frédéric Haziza - Même à gauche...

Florence Muracciole - C'est ça qui a été reproché...

Ségolène Royal - J'ai eu en effet un certain nombre de premières réactions ; le contrat que je propose...

Florence Muracciole - Quelle est la différence en fait entre les deux ?

Ségolène Royal - La différence, elle est fondamentale puisque dans le CPE, le message gouvernemental, c'était de dire aux entreprises : vous pouvez prendre de la main-d'oeuvre jeune et parce qu'elle est jeune, vous pourrez la licencier sans raison et sans justificatif. Le contrat que je propose, c'est tout le contraire. Je dis qu'il y a en France des jeunes et en particulier des jeunes non qualifiés qui sortent du système scolaire sans qualification et ces jeunes, nous avons l'obligation de les remettre en contact avec le monde du travail. Alors nous faisons du donnant-donnant et du gagnant-gagnant et nous prenons en charge la rémunération et les charges, donc ce que représente le coût du travail de ces jeunes puisqu'ils sont sans qualification et en contrepartie, nous demandons aux entreprises de les intégrer dans le monde du travail, de leur apporter un accompagnement, les régions leur apporteront aussi un accompagnement en matière de formation professionnelle et en contrepartie, les entreprises leur donneront un contrat à durée indéterminée. Autrement dit c'est une mobilisation positive et je dis aux entreprises : nous avons tous intérêt collectivement à faire en sorte que le chômage des jeunes recule. Et pour les jeunes qualifiés diplômés qui sont aussi en France plus lourdement au chômage que dans les autres pays d'Europe, je crée les emplois tremplin, ce qui permet aussi dans une logique donnant-donnant, gagnant-gagnant avec les entreprises, de mettre des jeunes qualifiés diplômés dans les petites et moyennes entreprises qui n'ont au départ pas forcément les moyens de les rémunérer ou qui ne savent pas au départ s'il pourront garder ces jeunes diplômés par rapport à l'évolution de leur marché, par rapport à leur compétitivité etc, et donc là aussi on fait du gagnant-gagnant et nous l'avons expérimenté avec succès dans les régions : nous mettons à la disposition des PME des jeunes très qualifiés, des ingénieurs par exemple, qui par leur engagement, leurs performances dans l'entreprise, permettent à l'entreprise de se développer. Donc c'est une aide ciblée sur les entreprises. Et j'ajoute que ce dispositif ne coûte rien puisque je redéploie pour financer cette aide à la lutte contre le chômage des jeunes les 63 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises qui bien souvent sont gaspillées puisqu'aujourd'hui les aides publiques sont données aux entreprises sans contrepartie en terme d'emplois. Donc la nouvelle règle du jeu sera la suivante : toute aide publique donnée aux entreprises aura une contrepartie en terme d'emploi. Et ces aides seront concentrées sur les PME, c'est-à-dire celles qui aujourd'hui créent des activités et des emplois, 60% des emplois sont créés par les PME et elles ne bénéficient - je l'ai appris dans le rapport que j'ai confié au Centre des jeunes dirigeants d'entreprises - elles ne bénéficient que de 9% des aides économiques aux entreprises. Donc il convient de remettre de l'ordre économique dans l'utilisation des fonds publics. Quant aux entreprises qui reçoivent des fonds publics ou des exonérations de charges et qui licencient alors qu'elles font des bénéfices ou qui délocalisent alors qu'elles font des bénéfices, elles rembourseront ces aides publiques comme je le fais d'ailleurs dans la région dont j'ai la responsabilité parce que là aussi c'est du donnant-donnant.

Eric Mandonnet - Vous parlez beaucoup de donnant-donnant, de logique gagnant-gagnant ; vous dites souvent que vous ne voulez pas être dans une logique d'assistanat et il y a une mesure prise par une région à présidence socialiste qui a beaucoup troublé ce message-là, c'est la présidence de la région Ile-de-France qui a offert la gratuité des transports aux érémistes. Est-ce que cet acte-là n'a pas brouillé votre message contre l'assistanat ?

Ségolène Royal - Les collectivités territoriales sont souveraines dans l'utilisation de leur budget. Donc il y a eu délibération, il y a eu un vote. Je n'ai pas pris une mesure de même nature dans la région que je préside parce que je n'y suis pas favorable...

Frédéric Haziza - Et au niveau national ?

Ségolène Royal - Au niveau national et dans le projet présidentiel que je propose, c'est la création du revenu d'activité active... c'est-à-dire qu'un érémiste qui sort du RMI, c'est-à-dire des revenus de l'assistance et qui retrouve un travail, ne doit pas perdre de revenu. C'est ce qui se passe aujourd'hui puisque du coup il n'a pas accès à un certain nombre de prestations telles que celle-ci quand elle existe, il n'a pas accès à un certain nombre d'allocations et ceci c'est injuste et ça dévalorise le travail. Donc dans le revenu de solidarité active qui est d'ailleurs proposé par l'association EMMAÜS qui a regardé cela de près, quelqu'un qui sort de l'inactivité pour retrouver un travail, devra au moins voir son salaire... sa rémunération augmenter de 30% et donc en aucun cas le voir diminuer. Quant aux aides sociales, elles ne doivent pas être ciblées en fonction du statut juridique de la personne mais en fonction du niveau du revenu puisqu'on a aujourd'hui cette catégorie insupportable d'ailleurs dans un pays riche, des travailleurs pauvres. Donc ce qui compte, c'est la faiblesse du revenu quel qu'il soit, que ce soit un revenu d'assistance ou un revenu du travail et donc une prestation de soutien qui est bonne parce qu'elle compense un certain nombre d'inégalités et elle permet les déplacements, doit être accès sur un critère de revenus quelle que soit la nature de ce revenu.

Frédéric Haziza - On va parler maintenant de quelqu'un qui est très actif en ce moment, c'est Nicolas SARKOZY qui mène sa campagne face à vous.

Florence Muracciole - Oui, comment expliquez-vous que Nicolas SARKOZY arrive à être... enfin se présente comme le candidat de la rupture et puis ça a l'air de marcher puisqu'il continue à faire la course en tête alors qu'il a été quatre ans au gouvernement et qu'il impose un peu ses thèmes : l'immigration, l'identité nationale et plein d'autres choses...

Frédéric Haziza - Et travailler plus pour gagner plus par exemple...

Ségolène Royal - D'abord je crois que la morale politique veut que l'on soit responsable du bilan de ses actes et moi je fais confiance à l'intelligence des Français. Je comprends que Nicolas SARKOZY ne veuille pas être confronté à son propre bilan ; d'ailleurs c'est assez curieux pour un ministre d'un gouvernement sortant de ne jamais se féliciter de son bilan ; quand on s'engage dans une campagne électorale quel que soit le mandat, en général, la première chose que l'on fait devant les électeurs, c'est que l'on se prévaut du bilan... au contraire il s'en démarque... y compris de son propre bilan dans ses propres ministères. Ce qui est quand même inquiétant.

Frédéric Haziza - En matière de sécurité, il dit que c'est tout bon.

Ségolène Royal - Oui mais les résultats sont là, donc vous avez vu qu'il n'insiste pas beaucoup non plus sur son bilan en matière de sécurité puisqu'il y a eu une augmentation de 80% des atteintes aux personnes...

Frédéric Haziza - Lui, il dit que ça a baissé depuis 2002...

Ségolène Royal - ... au cours des années qui viennent de s'écouler... non, tout dépend du type d'agressions. Les agressions sur les personnes ont augmenté de 80%. On connaît aussi quelle est la situation dans les cités et dans les banlieues. Il s'est rendu dans la banlieue de Meaux dans une salle fermée, récemment, il y avait semble-t-il 320 policiers qui ont été mobilisés...

Frédéric Haziza - Ca vous choque ?

Ségolène Royal - ... pour ce déplacement d'un candidat...

Frédéric Haziza - C'est François BAYROU qui a dit 325...

Ségolène Royal - 325 policiers, voilà... pour ce déplacement, ce qui prouve que ce candidat ne peut pas se rendre sereinement sur la totalité du territoire...

Florence Muracciole - Ca augure mal d'une présidence SARKOZY ?

Ségolène Royal - ... sur la totalité du territoire de la République... En tout cas c'est un problème. Il me semble que quelqu'un qui est candidat à l'élection présidentielle doit pouvoir prouver qu'il peut se rendre dans tous les espaces du territoire de la République. Là c'est une véritable interrogation et je pense que cela démontre en effet qu'à la fois la méthode, le langage, les perspectives sont des méthodes de brutalité et que la France n'a pas besoin de ces méthodes de brutalité. Et moi je le dis, je crois que la France a besoin d'être réformée sans violence et sans brutalité ; que les Français en ont assez de ces tensions et que pour résoudre le problème crucial de celui de l'avenir de nos quartiers, parce que la France en a besoin : moi je ne vois pas les quartiers comme un problème, je les vois comme une partie de la solution parce qu'il y a dans ces quartiers un potentiel considérable, de l'énergie, des emplois à créer, des entreprises à faire émerger, des jeunes à remettre au travail et donc j'ai besoin pour relever la France que tous les jeunes et toutes les familles qui habitent dans ces quartiers puissent donner le meilleur d'elles-mêmes.

Florence Muracciole - Le président du Parlement des banlieues hier a annoncé qu'il vous soutenait...

Ségolène Royal - Oui, parce que je pense... de nombreuses associations de quartier aussi me soutiennent parce que je crois qu'elles ont compris la cohérence de mon projet et quand je les rencontre, elles ont parfaitement compris que la clef de tout, c'était la réussite scolaire et quand je leur dis que je vais à la fois aider les familles à bien éduquer leurs enfants, aider l'école à être accueillante à tous, donner un soutien individualisé aux élèves qui en ont besoin et au moment où ils en ont besoin avant qu'ils ne décrochent, lorsque je dis aux jeunes : vous allez avoir les moyens sur l'ensemble du territoire qu'il soit urbain ou rural, vous allez avoir les moyens de réaliser un projet, une création d'une micro-activité parce que vous aurez accès à un prêt gratuit de dix mille euros dont l'usage sera bien évidemment contrôlé mais qui va vous permettre de vous lancer dans la vie et de créer cette activité, lorsque je leur dis surtout que tous les enfants et tous les adolescents sur le territoire français sont les enfants légitimes de la République française et que j'en ai assez d'entendre parler pour ces enfants français de deuxième, de troisième ou de quatrième génération ; à ce moment-là ils m'entendent et ils savent ce que c'est que l'ordre juste... Ils savent qui je suis. Et donc là aussi je ferai du donnant-donnant. Je leur donnerai un certain nombre de repères. Je rétablirai la présence des services publics, je remettrai la police de quartier et de proximité ; je donnerai aux jeunes la chance avec les projets dont nous avons parlé tout à l'heure, d'entrer dans le monde du travail et de faire leurs preuves et surtout je remettrai l'école au coeur des quartiers. Une école de la réussite avec des micro-internats qui permettront aux jeunes de pouvoir là aussi être bien encadrés, être à l'abri des remous du quartier pour pouvoir avoir la chance de réussir à l'école et cela, je vais vous dire, je sais que je vais y parvenir.

Frédéric Haziza - Alors dernière question... on en reparlera tout à l'heure mais on est pris par le temps avant la fin de cette première partie, Eric Mandonnet ?

Eric Mandonnet - Une toute petite question presque anecdotique : jusqu'à présent, Nicolas SARKOZY avait cité JAURES ou BLUM. Hier il a cité quelqu'un que vous avez bien connu, c'est-à-dire François MITTERRAND. Que cela vous inspire-t-il ? Il a vanté la laïcité à la française et a cité l'affiche électorale de François MITTERRAND posant avec une église derrière lui...

Frédéric Haziza - En disant aussi qu'il était le candidat de la majorité silencieuse...

Ségolène Royal - Ecoutez je ne pense pas que Nicolas SARKOZY puisse se prévaloir d'être dans la continuité de François MITTERRAND. Donc je crois que cette confusion des repères n'échappe à personne...

Frédéric Haziza - Ca a l'air de marcher pourtant...

Ségolène Royal - Et moi je ne suis pas là pour commenter les variations idéologiques de Nicolas SARKOZY parce qu'on finit par en avoir le tournis. En revanche ce que je crois très important, c'est qu'on en revienne à l'essentiel et pas à l'anecdotique, voilà. Et l'essentiel, c'est de savoir quel sera dans quelques jours l'avenir de la France et quel est le choix qui doit être fait. Et moi le choix que je propose, il est simple : c'est de proposer une France plus juste et c'est de faire en sorte justement de substituer à la loi du plus fort la loi du plus juste.

Frédéric Haziza - On va marquer une pause et reparler de tout ça dans quelques instants.

Eric Mandonnet - Une question sur le climat actuel de la campagne : est-ce que vous considérez que le cordon sanitaire autour de Jean-Marie LE PEN est en voie d'être rompu ou est-ce que vous trouvez normal que tous les candidats tentent de récupérer les électeurs du Front national afin de diminuer le score du président du FN ?

Ségolène Royal - Il y a dans votre question des éléments qui sont de nature différente. Quand on entend tout d'un coup l'UMP changer d'avis sur le mode de scrutin pour proposer une part de proportionnelle, on sait que c'est parce qu'il y a des contacts ou des tractations supposées avec le Front national sinon comment expliquer un tel revirement par rapport au programme de l'UMP qui s'opposait jusqu'alors à toute proportionnelle ? D'ailleurs l'objectif de la manoeuvre n'a pas été démenti par son auteur...

Frédéric Haziza - Vous dites comme Arnaud MONTEBOURG que Nicolas SARKOZY prépare une alliance avec le Front national ?

Eric Mandonnet - Oui, vous dites « on sait » et vous dites « supposées »... vous pensez que des contacts exigent entre l'UMP et le FN, que des messages sont échangés ou vous dénoncez un climat ?

Ségolène Royal - Mais le fait même de lancer ce message sur un accord sur une part de proportionnelle alors que jusqu'alors l'UMP y était opposée, ce message-là n'est fait qu'à destination du Front national. Il n'est pas fait pour faire entrer les Verts ou l'extrême gauche à l'Assemblée nationale...

Florence Muracciole - Vous êtes pour cette part de proportionnelle ?

Ségolène Royal - Mais nous le sommes depuis longtemps, en revanche, parce que nous pensons en effet que la diversité des opinions doit être représentée à l'Assemblée nationale. En revanche, ça n'est pas une posture opportuniste. Là qu'en pleine campagne électorale présidentielle, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, il y ait un changement aussi brutal dans la conception que l'UMP a jusqu'à présent défendue quant au mode de scrutin, c'est quand même un signe très clairement lancé en direction du Front national. Le deuxième aspect de votre question, c'est l'électorat populaire qui va vers les extrêmes - et ça je l'ai dit depuis longtemps puisque j'étais la première à faire le constat de la crise démocratique profonde et notamment de ces millions de citoyens qui ont le sentiment de ne compter pour rien, que la politique ne prend pas en considération leurs préoccupations, de ceux qui se sentent précarisés, de ceux qui se sentent broyés...

Frédéric Haziza - Alors vous leur dites quoi ?

Ségolène Royal - D'abord je les ai écoutés, je les ai entendus...

Frédéric Haziza - Et c'est pour ça que vous avez sorti cette idée du drapeau français dans tous les foyers ?

Ségolène Royal - C'est pour ça surtout que j'ai fait cette démarche d'écoute et que j'ai construit ce projet présidentiel avec eux et que je pense en effet que les catégories populaires doivent avoir le sentiment que la France va se relever et mettre en place un ordre juste, c'est cela qu'elles demandent, les catégories populaires, un ordre juste, c'est-à-dire qu'on donne davantage à ceux qui ont le moins et en particulier en terme de réussite scolaire pour les enfants, en terme d'accès au logement, en terme d'accès à la santé etc. Et là elles ont le sentiment que les inégalités se sont profondément creusées et effectivement des faits comme celui dont nous parlions tout à l'heure sur les rémunérations des hauts dirigeants des entreprises font basculer les catégories populaires vers le vote de colère et vers le vote de refus.

Florence Muracciole - Alors est-ce que ça veut dire que vous diriez comme SARKOZY qu'il faut aller chercher les électeurs un à un et donc y compris ceux du Front national ?

Ségolène Royal - Mais je n'ai pas cette démarche-là, arithmétique ou de séduction. Je pense que la meilleure façon de faire revenir le vote populaire vers un vote républicain, c'est de répondre aux préoccupations et aux problèmes qui sont les leurs et c'est ce que je fais dans le pacte présidentiel ; c'est pour ça que je propose aussi l'augmentation des bas salaires. La question des travailleurs pauvres est un sujet qui est insupportable dans la France d'aujourd'hui. Comment peut-on imaginer travailler et en même temps être pauvre ? C'est-à-dire être obligé de dormir dans sa voiture comme je l'ai vu l'autre jours devant l'usine CITROËN, parce qu'on est au SMIC ; ou comme je l'ai vu chez ces femmes du secteur textile qui à la fin de leur vie professionnelle, c'est-à-dire au bout de 35 ans d'activité, partent à la retraite avec le SMIC, c'est-à-dire avec un niveau de retraite de 600 euros par mois, c'est-à-dire à peine plus élevé que le minimum vieillesse. Moi je veux que les petites retraites progressivement rattrapent le salaire minimum, ça c'est très important. Et donc ça veut dire qu'il faut une plus juste répartition des fruits de la croissance. D'abord relancer la croissance, j'ai évoqué tout à l'heure de quelle façon le faire et la façon dont j'entends le faire et ensuite assurer une juste répartition des fruits de la croissance et en effet réinstaller et réassurer les Français sur l'identité nationale mais l'identité nationale, ce n'est pas le nationalisme. La façon dont je l'ai défendue parce que la gauche a trop longtemps laissé ces sujets à la droite et à l'extrême droite alors qu'ils font partie du patrimoine de la gauche - j'ai longuement cité JAURES à ce sujet - c'est-à-dire aujourd'hui la nation a la forme de la République et à gauche, la nation parce qu'elle est bien assurée sur ses bases, peut se tourner vers...

Florence Muracciole - MITTERRAND disant : le nationalisme, c'est la guerre.

Ségolène Royal - Exactement. Le nationalisme, c'est la guerre ; en revanche, une nation bien assurée sur ses bases, bien au clair sur son identité, bien accueillante à tous les siens et forte de sa diversité est aussi une nation qui peut se tourner vers le monde et regarder la mondialisation avec optimisme. Le défi politique principal, il est celui-ci et moi je veux être la présidente de la République qui pourra dire aux Français parce que je vous assure les garanties fondamentales de la maison France, un bon fonctionnement des institutions, une juste autorité de l'Etat, je vais vous conduire à regarder le monde de façon positive parce que la France a sa place à reprendre dans le monde. Nous avons des emplois à conquérir si nous sommes compétitifs ; nous devons revenir à la table de l'Europe pour avoir une France forte dans une Europe forte et nous ne devons pas nous laisser dépasser par les continents émergents, la Chine, l'Inde, parce que nous avons du potentiel et de la matière grise et aujourd'hui, ce qui inquiète, c'est que les délocalisations ne touchent plus seulement les emplois à bas salaires ou les emplois non qualifiés mais les délocalisations commencent à frapper le coeur de l'économie française, c'est-à-dire la matière grise par exemple avec ALCATEL ou le problème d'AIRBUS et cela... j'observe que par rapport à ce problème extrêmement urgent, le gouvernement actuel ne fait rien ; il reste totalement inerte. Et demain, la France redéfinira une véritable politique industrielle et se battra pour que l'Europe ait également une politique industrielle et investisse massivement dans la recherche et dans l'innovation ; je crois que c'est comme cela que nous réussirons à reprendre la main.

Frédéric Haziza - Alors avant de parler de l'actualité politique à gauche, une question quand même toujours par rapport à Nicolas SARKOZY : Lilian THURAM qui vous soutient je crois dans le cadre de cette campagne présidentielle, a affirmé hier que le discours de SARKOZY était raciste. Est-ce que c'est une accusation que vous reprenez à votre compte ?

Ségolène Royal - Non, je ne la reprends pas à mon compte, mais je n'ai pas entendu les propos auxquels Lilian THURAM...

Florence Muracciole - C'était une déclaration dans EL MONDO, un journal espagnol.

Frédéric Haziza - Il a dit précisément : le discours de SARKOZY est raciste.

Ségolène Royal - S'il le pense, c'est qu'il a des raisons de le penser. Ce que je crois surtout, c'est que les théories de Nicolas SARKOZY sur la génétique sont extrêmement dangereuses, sont même insupportables, sont même intolérables et moi qui en tant que ministre de l'enfance, ai eu beaucoup à suivre la question de la pédophilie, qui ai vu des enfants victimes, violés, torturés par les pédophiles, je puis vous assurer que ce n'est pas un gène, que les pédophiles, que ces criminels abominables sont parfaitement conscients de ce qu'ils font, sont des prédateurs d'enfants et si je suis élue présidente de la République, le combat contre les violences faites aux enfants sera mené avec une fermeté absolue et les pédophiles seront pourchassés, condamnés et cesseront ainsi de nuire et en tout cas...

Frédéric Haziza - C'est ce que dit Nicolas SARKOZY en ajoutant qu'il faut s'interroger sur le fait de savoir si c'est génétique ou pas.

Ségolène Royal - Attendez, lorsqu'on dit que c'est génétique, d'abord ça voudrait dire que dès la naissance, on peut trier les individus, ce qui est quand même une vision de l'humanité extrêmement grave et dangereuse et que je partage absolument pas. D'ailleurs la réaction des autorités morales et religieuses et scientifiques prouve à quel point ces théories sont dangereuses, c'est un dévoiement de la pensée ; et deuxièmement, ça voudrait dire qu'il n'y a plus de responsabilité individuelle, ce qui est également extrêmement grave. Moi je crois que les citoyens doivent être mis devant leurs responsabilités individuelles de leurs actes ; et enfin ça voudrait dire et c'est également extrêmement grave, que finalement l'éducation n'a aucun rôle ; donc ça aussi c'est le contraire de la conception même que l'on doit avoir du progrès humain et du rôle d'une société et de la question civilisatrice de la famille, de l'éducation, d'une société, des modèles, des repères et du mouvement vers le progrès et l'amélioration. Donc tout cela est extrêmement grave et il faut que les Français écoutent cela, ce n'est pas la peine d'en dire plus parce que je pense que lorsqu'ils auront à faire le choix entre qui doit incarner la République, qui doit incarner la nation, qui doit être suffisamment assuré sur ses bases et sur ses valeurs pour remettre debout la maison France et pour que la France reprenne la main et continue à rayonner et même accentue son rayonnement à l'échelle planétaire avec ces valeurs fondamentales, ces valeurs universelles qui ont fait le tour du monde, eh bien il faudra qu'ils écoutent ce que les uns et les autres ont dit et qu'ils choisissent en toute connaissance de cause et c'est pourquoi j'ai confiance.

Frédéric Haziza - Vous avez confiance. Aujourd'hui, Madame Ségolène Royal, c'est la journée des déportations. Comment vous expliquez que 62 après la Shoah, après l'extermination de 6 millions de Juifs, le Front national soit si haut en France et que l'extrême droite marque des points un peu partout en Europe notamment d'ailleurs dans les pays entrants ?

Ségolène Royal - D'abord je voudrais à l'occasion de cette journée de commémoration redire à quel point nous devons toujours et toujours et encore et encore par l'éducation, par la mémoire rappeler et remercier tous ceux qui ont donné leur vie pour que nous ayons aujourd'hui la liberté, tous ceux qui se sont dressés contre les oppressions, contre les dictatures et qui ont aussi douloureusement payé de leur vie et puis leurs descendants aussi qui vivent encore avec ce terrible drame en leur coeur. Je crois que l'éducation n'est pas suffisante. Je pense que c'est là que se trouve la véritable raison. Je crois qu'il faut renforcer la mémoire, je crois qu'il faut renforcer l'éducation, il faut renforcer l'histoire, il faut donner la parole à tous ceux qui ont vécu ces dramesterribles. J'ai rencontré Claude LANZMANN hier, je crois qu'il y a aussi la parole, le cinéma sur la transmission de cette mémoire...

Frédéric Haziza - Mais ça ne suffit pas a priori...

Ségolène Royal - La preuve que ça ne suffit pas. Je crois qu'il faut sans relâche refaire ces rappels à la mémoire. Je crois qu'il faut diffuser les écrits, je crois qu'il faut faire visiter les lieux de mémoire toutes les générations de collégiens, de lycéens, d'écoliers pour que l'indicible qu'a été la Shoah soit connu de tous.

Frédéric Haziza - Et concernant ce dossier, ce sujet, est-ce que vous croyez qu'il y a une différence entre vous, François BAYROU et Nicolas SARKOZY pour citer les trois principaux candidats républicains ?

Ségolène Royal - Sur le sujet ?

Frédéric Haziza - Sur la transmission de la mémoire, sur la Shoah, sur la mémoire et sur l'opposition à toutes ces thèses racistes et antisémites ?

Ségolène Royal - Non, je crois vraiment qu'il y a là une mobilisation de tous ceux qui veulent que cette mémoire ne soit pas perdue, que cette épouvante ne soit pas oubliée, ne soit pas ignorée et de ce point de vue, je pense que là il peut y avoir une mobilisation nationale extrêmement forte.

Eric Mandonnet - Entre 1997 et 2002, la gauche avait été accusée par certains de sous-estimer une forme de recrudescence de l'antisémitisme. Est-ce que vous considérez que de fait la gauche l'avait sous-estimée et est-ce que vous êtes décidée à faire différemment de ce qui avait été fait à l'époque ?

Ségolène Royal - Mais moi je ne tolère pas qu'il puisse y avoir cette suspicion sur la gauche. La gauche n'a jamais fait preuve du moindre laxisme à l'égard des actes antisémites et il y aura une fermeté sans faille par rapport à cette question-là. Je n'accepte pas ce procès d'intention.

Frédéric Haziza - Vous savez ce qu'on a dit, d'ailleurs ça a sans doute peut-être provoqué une cassure entre les juifs de France et la gauche, et le Parti socialiste ; certains se sont demandé si puisque l'antisémitisme provenait non plus de l'extrême droite mais des jeunes issus notamment de l'immigration maghrébine, si dans ce sens, le PS n'a pas voulu ne pas mettre en exergue cette provenance d'un nouvel antisémitisme en France ?

Ségolène Royal - Mais je ne comprends pas ces insinuations. En tout cas sachez qu'en ce qui me concerne, la lutte contre l'antisémitisme et le racisme sera une lutte conduite avec la plus extrême détermination et que je renforcerai dans le système scolaire l'éducation pour pouvoir m'appuyer justement sur une nouvelle génération qui va se lever et qui ne tolérera plus aucun acte de ce type.

Frédéric Haziza - Alors on en vient à la politique à gauche avec Florence Muracciole.

Florence Muracciole - Donc Michel ROCARD a lancé un appel à une alliance entre vous et François BAYROU ; ce matin dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, Bernard KOUCHNER va dans ce sens. Pourquoi refuser au fond cette alliance ? Après tout, est-ce qu'il n'y a pas des passerelles entre les socialistes plutôt sociaux-démocrates et puis les centristes qui vont vers la réforme aussi et le progressisme ?

Ségolène Royal - Parce que ce n'est pas ma façon de faire de la politique, voilà. Je considère que l'élection présidentielle, c'est un lien direct entre une personne et le peuple français et aujourd'hui je me bats pour être qualifiée en finale et donc ce n'est pas le moment de se disperser dans des configurations ou dans des discussions, dans des négociations dans le dos des électeurs...

Frédéric Haziza - Si ce n'est pas le moment, ça veut dire que le moment peut venir entre les deux tours ?

Ségolène Royal - Ecoutez, entre les deux tours, je l'ai toujours dit, la majorité présidentielle se construira avec tous ceux qui viendront autour de moi et pour soutenir et pour mettre en mouvement...

Florence Muracciole - Vous parlez comme François BAYROU au fond...

Ségolène Royal - Et pour mettre en mouvement le pacte présidentiel. Mais c'est la logique de l'élection présidentielle. Cela dit, Michel ROCARD que j'estime beaucoup, a le mérite de la constance. Il a toujours essayé de faire venir le centre vers les socialistes par des discussions entre personnes ; mais je crois qu'aujourd'hui les temps ont changé... c'est-à-dire que je crois moi, à la force des idées. Je crois que les Français vont venir vers celui ou celle qui va d'abord incarner la nation, remettre en mouvement la République sur ses bases, restaurer un certain nombre de valeurs fondamentales, celles que j'ai évoquées tout à l'heure, des familles qui fonctionnent bien, une éducation au coeur de tout, la lutte contre le chômage, le défi écologique qui va donner une image de la France capable de donner un nouvel élan à notre pays à l'échelle planétaire parce que les pays du monde entier regardent ce qui est en train de se passer ici et enfin ils veulent que tout cela se fasse dans la clarté. Et je l'ai dit tout à l'heure, il y a aujourd'hui une confrontation entre deux projets, entre deux façons de faire de la politique, entre deux visions du pays et je veux qu'en toute clarté, les Français puissent faire ce choix au second tour de l'élection présidentielle.

Frédéric Haziza - Entre deux projets, ça veut dire entre vous et Nicolas SARKOZY et donc pas... BAYROU, il est à part.

Ségolène Royal - Entre deux projets... c'est-à-dire... je n'y reviens pas, nous l'avons longuement développé tout à l'heure et en particulier je le résumerai d'un mot : entre la conviction que l'on peut réformer la France sans brutalité et entre une montée d'une brutalité inefficace. Donc là est le choix ; il est parfaitement clair. Alors maintenant François BAYROU, il est candidat à l'élection présidentielle, c'est un homme tout à fait respectable mais j'observe puisqu'il le dit lui-même, donc ce n'est pas désobligeant à son égard, qu'il n'a pas de programme, il l'a répété à maintes reprises et qu'il n'a pas d'équipe puisqu'il fait des appels d'offres...

Eric Mandonnet - .... INCOMPRIS...

Frédéric Haziza - ... il n'a pas dit qu'il n'avait pas de programme...

Ségolène Royal - ... Ce qui n'est pas très respectable d'ailleurs pour Jacques DELORS qui est bien plus jeune que bien de nombreux autres hommes politiques qui n'ont pas le même âge. Oui, donc il tente de débaucher un certain nombre de socialistes d'ailleurs sans succès. Donc ça veut dire qu'il n'a pas d'équipe. Mais c'est surtout qu'il y a quelque chose d'assez troublant dans ce que dit François BAYROU en tout cas par rapport à l'idée que je me fais, moi, de la sincérité en politique ; il a dit qu'au cas où il serait au second tour, il ne ferait pas la même campagne selon qu'il serait opposé à Nicolas SARKOZY ou selon qu'il me serait opposé. Ce qui est quand même assez curieux...

Florence Muracciole - C'est du centrisme, non ?

Ségolène Royal - Exactement, je crois que le mot est là, c'est le propre du centrisme. Le centrisme est partout et la circonférence nulle part. C'est-à-dire comment se fait-il qu'un homme politique ait aussi peu de convictions, soit aussi faiblement structuré qu'il puisse avouer à l'opinion et aux électeurs qu'il ne défendra pas les mêmes idées ni le même programme - c'est d'ailleurs pour ça qu'il n'en a pas aujourd'hui, donc il y a une certaine forme de cohérence - qu'il n'aura pas le même programme selon qu'il sera face au candidat de droite ou face au candidat de gauche. Donc c'est pour ça que c'est inquiétant. Ca veut dire qu'il y a un écart là aussi entre le discours et les actes puisque dans les collectivités territoriales tous les élus de l'UDF sont alliés aux élus de l'UMP. Il n'y a eu aucune exception à ce principe. Donc quand François BAYROU dit ni droite ni gauche parce que c'est une sorte de filon politique bien confortable qui peut en effet attirer un certain nombre d'électeurs qui ne croient plus à la politique...

Frédéric Haziza - Oui qui croient au vote utile BAYROU...

Ségolène Royal - ... qui se disent de bonne foi, tiens prenons les gentils des deux côtés et puis on fera quelque chose de bien ensemble, sauf que là aussi la responsabilité politique veut que l'on regarde quels sont les actes par rapport à ces discours et moi j'observe que dans toutes les collectivités, que ce soit les mairies, les départements ou les régions, jamais un élu UDF n'a voté un budget d'un élu d'une présidence ou d'une mairie socialiste même lorsque ce budget est bon ou va dans le sens de l'intérêt général. Dans ma propre région où il y a des élus UDF, à plusieurs reprises je leur ai demandé : mais venez m'apporter votre voix quand je fais l'apprentissage, lorsque je fais les livres gratuits... vous vous rendez compte que l'UDF a voté contre la gratuité des livres dans les lycées, que j'ai proposée et que j'ai fait voter dans la région et cela dans toutes les régions de France. Donc quand François BAYROU dit : quand on fait des choses bien, il faut qu'on soit tous ensemble, ce n'est pas exact puisque là où il pourrait le faire, il ne le fait pas. Donc moi je suis pour la politique morale. Celle qui met en concordance les discours et les actes. Je suis pour une politique de la clarté et je ne suis pas pour les petits arrangements avant le vote dans le dos des électeurs. Je veux que les électeurs aient la liberté de choisir. Ils ont les candidats devant eux. Ils les ont écoutés. S'ils veulent en savoir plus, ils vont sur les sites Internet pour voir quel est le détail des projets ; ils connaissent maintenant nos engagements, nos bilans, nos caractères, nos solidités, nos valeurs et j'attends sereinement le vote du premier tour et j'attends avec impatience la confrontation entre les deux tours pour que cette fois-ci, les Français ne soient pas privés d'un véritable choix politique.

Eric Mandonnet - Il y a une chose qui est frappante lorsqu'on observe votre campagne, c'est autant la droite s'est très violemment disputée et déchirée avant le début de la campagne présidentielle notamment entre Nicolas SARKOZY et Dominique de VILLEPIN, autant la gauche semble avoir attendu la campagne pour se diviser. Tous les ennuis de votre campagne sont venus de votre propre camp... il y a eu le livre d'Eric BESSON, l'initiative des Gracques, Michel ROCARD vendredi, Bernard KOUCHNER dimanche, je ne sais pas qui demain. Comment expliquez-vous que ce soit de votre propre camp que viennent les ennuis ?

Ségolène Royal - J'avoue qu'on ne m'aura pas épargné grand-chose en effet. Ca c'est exact... dans mon camp...

Florence Muracciole - Et ça vient de vous ?

Ségolène Royal - Peut-être que l'on me fait payer une certaine forme de liberté. Je suis à la fois appuyée sur un grand parti politique qu'est le Parti socialiste, j'en suis issue, je suis parlementaire, je suis présidente de région socialiste ; j'aime mon parti et j'y suis fidèle ; je suis appuyée par deux autres partis de gauche et en même temps, vous me connaissez, j'ai la liberté de parole, de penser, je crois qu'il faut que le Parti socialiste accomplisse sa mutation ; il est d'ailleurs en train de le faire. Il y a eu tous ces nouveaux adhérents qui sont venus. J'ai été désignée par 60% des adhérents du Parti socialiste qui m'ont donné au moment de cette désignation un formidable élan. Un certain nombre de personnalités au sein du Parti socialiste - vous les avez cités - n'ont jamais accepté cette désignation...

Frédéric Haziza - Vous parlez des éléphants ?

Ségolène Royal - Je n'utiliserais pas ce mot même si c'est un mot affectueux... des éléphanteaux peut-être...

Frédéric Haziza - On va être précis : Dominique STRAUSS-KAHN, Laurent FABIUS...

Ségolène Royal - Oui... je ne veux pas rentrer... vous savez, au niveau auquel se situe l'élection présidentielle, je ne veux pas rentrer dans des considérations personnelles mais vous avez cité un certain nombre de noms, c'est vrai que ça ne m'aide pas. Mais en même temps je me dis de façon optimiste que c'est le prix de ma liberté et que finalement cela prouve aussi que j'ai beaucoup de résistance, de constance et que les Français observent si j'ai la capacité ou pas de garder cette liberté ; et je veux dire aux Français qui m'écoutent que cette liberté-là, je la garderai. Je la garderai parce que je crois qu'elle est utile à l'avenir du pays, je la garderai parce que j'ai écouté les Français pour agir juste ; je la garderai parce que j'ai des convictions chevillées au corps que je n'ai pas inventées au cours de cette campagne comme les autres candidats. Mes convictions, elles sont là, elles sont là de toujours. Je vous l'ai expliqué tout à l'heure. Et avec ces fondamentaux-là, les Français peuvent compter sur moi parce qu'au bout du compte dans cette dernière ligne droite, ils se disent : les uns et les autres, sur quoi on peut compter ? Qu'est-ce qu'ils vont faire les uns et les autres ? Moi je sais ce que je vais faire, c'est que je vais remettre de la cohérence et de l'ordre juste dans cette France présidente. La France présidente, c'est une France qui compte sur chacun pour se mettre en mouvement. Ce n'est pas une personne comme ça ou un homme en haut qui sait tout et qui impose aux autres ce que les autres doivent faire : moi je mets tous les gens en mouvement et tous les citoyens parce que j'ai besoin de l'intelligence collective des Français, c'est ça la France présidente. Et puis c'est une France qui assume sa place, qui retrouve sa fierté, qui met fin à ce déclin et qui se retire vers le haut parce que chacun là où il est, pourra donner le meilleur de lui-même et qui garantira les solidarités collectives.

Florence Muracciole - On se demande... les Français peuvent se demander qui sera votre Premier ministre...

Ségolène Royal - Vous le saurez le moment venu...

Frédéric Haziza - On va vous préciser la question : Bernard-Henri LEVY qui vous soutient depuis cette semaine, vous conseille d'annoncer très vite que votre Premier ministre sera Dominique STRAUSS-KAHN en disant - c'est Bernard-Henri LEVY qui parle - ça pourra vous apporter un nombre de voix considérable.

Ségolène Royal - Ecoutez, il y a au Parti socialiste de nombreuses personnalités de grand talent. Le gouvernement reflétera la diversité de la majorité présidentielle qui se dégagera entre les deux tours de l'élection présidentielle et si je suis élue présidente de la République, je vous dirai le moment venu le jour où je l'aurai choisie, la personne que j'aurai choisie...

Florence Muracciole - Assez vite parce que...

Ségolène Royal - La personne que j'aurai choisie pour diriger mon gouvernement, la feuille de route de ce gouvernement étant de mettre en application le projet présidentiel, le pacte présidentiel que les Français auront adopté.

Frédéric Haziza - Est-ce que Dominique STRAUSS-KAHN a le profil d'un Premier ministre ?

Ségolène Royal - Vous le saurez le moment venu ; je ne me laisserai mettre la pression par personne. Si je suis élue présidente de la République, cette désignation relèvera de mon autorité et de ma seule autorité ; et le seul critère qui présidera à ce choix sera celui de l'intérêt de la France et comme le dit Jean-Marcel JEANNENEY dans une lettre magnifique qu'il a adressée et qui me fait très plaisir... l'ancien ministre gaulliste... qu'il voyait entre moi et le général de GAULLE - c'est un beau compliment - un certain nombre de convergences : c'est le volontarisme politique... l'attachement à la nation comme fondement nécessaire des solidarités, la prise en compte des aspirations politiques mais sans soumission systématique à l'opinion, des activités régionales - c'était prémonitoire, c'était visionnaire de sa part - comme ressort de la puissance économique de demain et d'ailleurs je suis la seule à proposer une réforme en profondeur des institutions et une 6e République ; et enfin dans un monde menaçant ne pas renoncer à une puissance militaire forte. Voilà quel est l'hommage qui vient de m'être rendu et j'accueille vraiment avec beaucoup de plaisir parce que je crois que cette sobriété aussi, ajoute-t-il, dans l'exercice du pouvoir, sera aussi mon objectif ; je veux un Etat modeste dans l'exercice du pouvoir, c'est-à-dire dans la lutte contre toutes les formes de gaspillages mais en même temps un état fort et un Etat juste et une France rayonnante qui retrouve sa place sur la scène mondiale.

Frédéric Haziza - Alors justement une France rayonnante vous dites : au centre du pouvoir du président de la République, c'est la politique étrangère, la politique de défense. On va parler pour conclure de ce qui pourrait être les grandes lignes d'une diplomatie ROYAL.

Eric Mandonnet - Depuis plusieurs mois, vous avez fait entendre votre différence sur l'Iran ; est-ce que vous dites très simplement que la communauté internationale aujourd'hui ne réagit pas à la hauteur de l'enjeu de la menace iranienne ?

Ségolène Royal - J'observe tout d'abord que j'ai été la première à tirer la sonnette d'alarme. Les voix se sont multipliées ici ou là pour dénoncer...

Frédéric Haziza - A dire qu'il fallait interdire à l'Iran le nucléaire civil, vous êtes la seule...

Ségolène Royal - ... pour dénoncer ma pseudo-incompétence... j'ai été quand même la seule au départ à dire qu'en effet, il ne fallait pas laisser un pays qui conteste l'existence d'Israël, maîtriser la technologie de l'enrichissement de l'uranium...

Frédéric Haziza - Et vous le redites aujourd'hui.

Ségolène Royal - On m'a reproché d'avoir confondu le nucléaire civil et le nucléaire militaire. Non, j'ai été ministre de l'Environnement, donc j'ai été responsable de la structure qui contrôle la sécurité des installations nucléaires et je sais parfaitement qu'en quelques années, on peut passer de la technologie de l'enrichissement de l'uranium civil vers les technologies de l'enrichissement de l'uranium à des fins militaires. Ce n'est pas une différence de nature, c'est une différence de puissance. L'actualité me donne raison. Donc je considère en effet que la communauté internationale doit réagir. Elle l'a déjà fait puisqu'il y a déjà eu trois résolutions du Conseil de sécurité ; il en faudra sans doute une quatrième...

Frédéric Haziza - Une quatrième qui dise quoi par exemple ?

Ségolène Royal - Qui accentue les sanctions sur l'Iran. Il y a déjà un certain nombre de sanctions qui ont été prises sur l'Iran. Donc il faut que l'Iran accepte le contrôle de l'Agence de Vienne sur ses activités nucléaires ; sinon en effet ce qui risque de se passer, est extrêmement dangereux. Moi je fais confiance au Conseil de sécurité, à la fermeté des Etats pour faire en sorte que l'Iran cède sur cette question. D'ailleurs il y a au sein maintenant de la société iranienne des voix qui commencent à s'élever, ce qui est nouveau, donc il faut s'appuyer aussi sur ces mouvements qui commencent au sein de la société iranienne à dire qu'il faut en effet obéir au traité de non-prolifération ; parce que le traité de non-prolifération, c'est aussi du donnant-donnant, c'est-à-dire qu'on autorise un Etat à accéder au nucléaire civil à condition qu'il accepte les contrôles. D'autant qu'il y a des solutions puisque la Russie a proposé de fournir l'uranium enrichi à l'Iran pour lui permettre d'avoir accès en effet à l'énergie nucléaire.

Frédéric Haziza - Alors il nous reste très peu de temps. On va passer au conflit israélo-palestinien. On a appris aujourd'hui qu'Israël était prêt à des négociations de paix avec les pays arabes suite à ce qui avait été décidé à Riyad par les pays de la ligue arabe. Comment vous voyez l'évolution de la situation au Proche-Orient et en quoi une ligne diplomatique que vous pourriez défendre serait différente de ce qui a été fait depuis douze ans par Jacques CHIRAC ? En clair, faut-il mettre fin à la politique arabe de la France ?

Ségolène Royal - D'abord cette nouvelle est une bonne nouvelle ; je crois que c'est vrai que l'initiative des pays arabes et de la conférence de Riyad va dans le bon sens. Ce qui ne changera pas dans la politique de la France, c'est l'affirmation du droit d'Israël à accéder à la sécurité et du droit des Palestiniens à accéder à un Etat viable. Je me suis rendue récemment à Gaza et à Jérusalem...

Frédéric Haziza - Jérusalem qui pour vous est la capitale d'Israël ?

Ségolène Royal - J'ai rencontré le président de l'autorité palestinienne, j'ai rencontré les responsables des différents pays, j'ai rencontré le Premier ministre jordanien, j'ai rencontré le président MOUBARAK, j'ai rencontré Ehud OLMERT et surtout j'ai rencontré les jeunes. J'ai rencontré à la fois les jeunes Palestiniens et les jeunes Israéliens et ils m'ont dit la même chose, ces jeunes, à savoir qu'ils voulaient que leurs enfants viennent au monde dans un monde de paix ; et donc toutes les convergences aujourd'hui qui ont lieu, vont dans le bon sens. Ce qui sera nouveau si je suis élue présidente de la République, c'est que comme l'Europe va se remettre en mouvement et que je suis une Européenne convaincue, à ce moment-là, l'Europe pourra aussi peser davantage et jouer un rôle plus important pour peser sur la paix dans cette partie du monde...

Frédéric Haziza - Et de quelle manière on pèse ?

Ségolène Royal - On pèse d'abord en existant politiquement, on pèse en ayant la même voix, on pèse en ayant la même action diplomatique, on pèse en travaillant à un certain nombre de rapprochements, on pèse en existant et en mettant à disposition des différentes parties en présence pour faire en sorte que les choses progressent ; on pèse donc par l'action diplomatique.

Frédéric Haziza - Est-ce que vous comprenez le lien, l'attachement... le lien particulier entre les Juifs de France et l'Etat d'Israël ? Les Juifs de France qui considèrent que Jérusalem est la capitale d'Israël ?

Ségolène Royal - Je comprends bien évidemment ce lien profond compte tenu de ce qui s'est passé, compte tenu de l'indicible, compte tenu de la Shoah, compte tenu de cela, compte tenu de cette histoire, bien sûr, je comprends ce lien.

Eric Mandonnet - La semaine a été marquée par des attentats islamistes en Algérie et au Maroc ; on se souvient de ce qui s'était passé en Espagne à quelques heures des élections générales. Est-ce que vous redoutez des attentats en France d'ici la fin de la campagne ?

Ségolène Royal - D'abord ce que je déplore, c'est l'abomination des attentats en Algérie, au Maroc mais en même temps je ne fais pas le lien avec les élections françaises. Je trouverais assez insupportable d'être obligée de condamner ces attentats uniquement parce que j'aurais la crainte que cela joue un rôle sur les élections françaises ; donc je crois qu'il faut être...

Frédéric Haziza - Est-ce que vous estimez qu'il y a un risque d'instrumentalisation de ces attentats ?

Ségolène Royal - Je ne crois pas pour l'instant. Je crois qu'il faut être extrêmement vigilant sur la lutte contre le terrorisme, qu'il faut renforcer les coopérations entre les pays européens et les pays de la Méditerranée pour lutter contre le terrorisme. Je crois que l'affirmation aussi des principes républicains, de la laïcité, de la lutte contre toutes les formes de communautarisme est absolument cruciale ; je pense aussi que progresser vers le sujet que l'on évoquait à l'instant, c'est-à-dire faire vraiment... réussir la paix au Proche et au Moyen-Orient est un des moyens de lutter contre le terrorisme, donc c'est toute la communauté internationale qui doit être mobilisée dans ce sens.

Frédéric Haziza - Une toute dernière question de quelques secondes d'Eric Mandonnet et après on conclut cette émission.

Eric Mandonnet - En quoi vous, cette campagne vous a-t-elle changée ?

Ségolène Royal - Mais elle ne m'a pas changée, cette campagne, de la même façon que le pouvoir ne me changera pas ; au contraire finalement, cette campagne m'a consolidée dans les valeurs auxquelles je crois depuis toujours et que j'ai toujours défendues dans ma vie politique ; en revanche, peut-être que la seule chose que je puis dire, c'est compte tenu de l'épreuve, de la difficulté, des coups aussi que l'on reçoit mais en même temps de l'espoir immense que l'on voit se soulever dans le pays, c'est aussi un immense plaisir, c'est une fierté extraordinaire de conduire une campagne pour l'élection présidentielle, avoir été désignée, comprendre aussi que je porte sur mes épaules l'espoir d'un vrai changement pour des millions d'électeurs, que je dois être à la hauteur de cette charge, que je dois m'entourer des meilleurs.

Source http://www.desirsdavenir.org, le 16 avril 2007

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