Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle de 2007, à RMC Info le 19 avril 2007, sur son enfance et sur les grandes lignes de son programme notamment la baisse des charges des entreprises, l'augmentation des salaires, la réforme de l'assurance maladie et la lutte contre le chômage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP et candidat à l'élection présidentielle de 2007, à RMC Info le 19 avril 2007, sur son enfance et sur les grandes lignes de son programme notamment la baisse des charges des entreprises, l'augmentation des salaires, la réforme de l'assurance maladie et la lutte contre le chômage.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. UMP, président ; FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2007

ti : Jean-Jacques BOURDIN : Présidentielles 2007, premier tour dans trois jours. 30 à 40 % des électeurs seraient encore indécis. Nous vous aidons tous les matins, (...) en vous offrant la possibilité de comparer les projets et les personnalités. Nous embauchons ensemble, celle ou celui, qui dirigera la France et ce matin, c'est N. Sarkozy qui est avec nous pour passer son entretien d'embauche. (...). Nous demandons des engagements sur lesquels nous reviendrons dans les mois qui suivront l'élection. Bonjour.

Nicolas SARKOZY : Bonjour.


Jean-Jacques BOURDIN : Merci d'être avec nous ce matin.

Nicolas SARKOZY : Merci de m'avoir invité.


Jean-Jacques BOURDIN : Savez-vous que je connais déjà un vainqueur de l'élection présidentielle ?

Nicolas SARKOZY : BFM ?


Jean-Jacques BOURDIN : RMC et BFM, c'est le même groupe. C'est vrai, parce que nos résultats d'audience sont en forte progression et j'en profiter, vraiment, pour remercier tous les auditeurs qui sont là tous les matins avec nous.

Nicolas SARKOZY : Je vous félicite pour ces accès de modestie. Si c'est moi qui avait fait ça, qu'est-ce qu'on aurait dit ! Félicitations.


Jean-Jacques BOURDIN : Merci. C'est gentil.

Nicolas SARKOZY : C'est ce que vous vouliez ?


Jean-Jacques BOURDIN : Eh bien voilà.

Nicolas SARKOZY : Eh bien je le fais, comme ça, mon entretien d'embauche commence bien.


Jean-Jacques BOURDIN : Cela vous gène-t-il "entretien d'embauche" ?

Nicolas SARKOZY : Non, parce "entretien", ça ne me gène pas, embauche il faudra préciser que c'est un contrat de cinq ans, pas forcément renouvelable.


Jean-Jacques BOURDIN : C'est un CDD ?

Nicolas SARKOZY : Oui, un CDD, il n'y a pas droit au maintien dans les lieux.


Jean-Jacques BOURDIN : Un seul mandat pour vous, si vous êtes élu ?

Nicolas SARKOZY : Non, ce que j'ai proposé, c'est que je ferais une réforme de la Constitution pour qu'on ne puisse pas se présenter, enfin, être élu plus de deux fois. Je trouve que quand on a porté un pays comme la France pendant dix ans, si les Français nous font confiance, c'est bien suffisant. Mon énergie, je ne la mets pas à durer, je la mets à agir.


Jean-Jacques BOURDIN : L'actualité : au moins 190 morts en Irak, hier dont 140 sur un marché du centre de Bagdad, des innocents. Est-ce que vous considérez que le drame quotidien vécu par les Irakiens est la conséquence de l'occupation de l'Irak par des armées étrangères ?

Nicolas SARKOZY : Dans l'histoire de l'humanité, quelle que soit la région, quelle que soit l'époque, aucune occupation étrangère n'a réussi, aucune. Je dirais même Staline, souvenez-vous, Staline qui avait de l'Ouzbékistan, grand comme trois fois la France, un champ de coton, qui avait exilé en Sibérie les Ouzbekes pour créer les conditions de la colonisation russophone. Même ça, ça n'a pas marché, l'Ouzbékistan est aujourd'hui un pays indépendant.


Jean-Jacques BOURDIN : Staline qui avait fait exiler les Juifs (...) en Sibérie orientale, aussi.

Nicolas SARKOZY : J'aime bien vous faire briller monsieur Bourdin.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous êtes très gentil, c'est parce que j'adore cette région du monde.

Nicolas SARKOZY : Oui, moi aussi.


Jean-Jacques BOURDIN : J'adore cette région du monde et je trouve qu'elle est capitale.

Nicolas SARKOZY : Moi aussi, la Kirghizie, l'Azerbaïdjan... Ce sont des pays où on pourrait se retrouver dans une autre vie.


Jean-Jacques BOURDIN : L'Azerbaïdjan, c'est le Caucase.

Nicolas SARKOZY : Oui, mais c'est moi qui passe l'entretien monsieur Bourdin.


Jean-Jacques BOURDIN : D'accord. Si vous êtes élu, vous engagez-vous à intervenir auprès des Américains pour qu'ils présentent un calendrier de retrait, franchement ?

Nicolas SARKOZY : Oui. Il faut sortir de cette affaire. Dans leur intérêt...


Jean-Jacques BOURDIN : Vous êtes élu président de la République, vous prenez une initiative, et vous dites aux Américains, "présentez-nous un calendrier de retrait" ?

Nicolas SARKOZY : Non, si je suis élu président de la République, je dis que l'Irak doit rester l'Irak, que ce serait un grave problème si l'Irak était divisée. Et que, par ailleurs, la seule solution pour les Américains, c'est de quitter l'Irak selon un calendrier qu'ils doivent déterminer avec leurs alliés. N'ayant pas de soldats français là-bas, ce n'est pas à nous de le dire.


Jean-Jacques BOURDIN : D'après le magazine Challenge - je change de sujet -, qui maintient ses affirmations, T. Breton serait intervenu pour que N. Forgeard bénéficie de son parachute doré ; T. Breton dément. Si les faits sont avérés, doit-il démissionner ?

Nicolas SARKOZY : Moi, je ne connais pas cette affaire. Ce que je peux dire, c'est que je n'accepte pas le principe des "golden parachutes", car je crois qu'il est normal qu'on gagne plus d'argent quand on prend plus de risques et qu'on crée des richesses ; le "golden parachute", c'est la certitude qu'on n'aura pas de risque en cas d'échec. C'est donc, me semble-t-il, contraire aux valeurs que je défends. Le fait que Forgeard soit parti avec six millions d'euros d'indemnités, c'est choquant.


Jean-Jacques BOURDIN : L'actualité encore : hier, dans le Canard enchaîné, le philosophe M. Onfray revient sur l'entretien que vous avez eu avec lui dans Philosophie Magazine. Selon lui, vous avez affirmé que l'homosexualité comme la pédophilie, étaient génétiques. Vous avez précisé que vous ne confondiez pas homosexualité et pédophilie. Alors est-ce génétique, tout comme le suicide des jeunes ?

Nicolas SARKOZY : J'ai dis une chose qui est très banale et vraiment, il n'y a pas besoin de faire des histoires. Mon Dieu, comme tout ceci est l'objet d'une pensée convenue. La seule chose qu'on cherche à faire, c'est caricaturer. J'ai dis quelque chose dans laquelle vous allez vous retrouver, que quand j'ai eu 14 ans, 15 ans, 16 ans, je n'ai pas longuement réfléchi à ma sexualité, que j'avais comme une identité le fait d'être hétérosexuel. Je n'ai pas réfléchi longuement pour savoir, en définitive, si je préférais les hommes ou les femmes. Je crois qu'on a une identité sexuelle. Moi, en tous cas, je donne mon expérience mais vous, peut-être que cela a été différent. Si vous n'y avez pas réfléchi, c'est peut-être parce que vous avez une identité, c'est peut-être parce que cette identité s'est imposée à vous. Pour le reste, je n'ai jamais dis autre chose que demander qu'on réfléchisse à la part de l'identité, à la part de l'inné et à la part de l'acquis. Pourquoi ? Parce que je demande que les délinquants sexuels ne puissent pas sortir de prison sans être soignés, parce qu'il y a un certain nombre de gens qui sont des malades. Alors est-ce qu'ils sont malades parce qu'ils sont nés comme ça ou est-ce parce qu'ils le sont devenus ? Je n'en sais rien. Tous les savants français - et j'étais avec A. Munich, le plus grand pédiatre de France - réfléchissent à cette question. Face au cancer d'après vous, est-ce qu'on est égaux ? Il y a des gens qui fument deux paquets de cigarettes, ils n'auront jamais le cancer. Il y en a d'autres qui sont des fumeurs passifs qui vont l'avoir ; est-ce qu'on est égaux face à la taille, face au poids, face aux cheveux ? Je ne dis pas que tout est déterminé par l'inné, je dis simplement, tranquillement, qu'il faut débattre de qu'est-ce qui est l'inné et qu'est-ce qui est de l'acquis. Et cela m'avait permis de dire que pour moi, contrairement à ce que pensent certains dans l'Eglise, l'homosexualité n'est pas un péché, puisque je pense que c'est profondément une identité. Il n'y a rien de choquant là-dedans, c'est tout simplement le bon sens.


Jean-Jacques BOURDIN : Je vous pose des questions, c'est mon rôle. F. Bayrou est-il un homme de gauche ou pas ? Franchement, parce que...

Nicolas SARKOZY : Moi, je l'ai connu pendant des années comme un homme de droite. Voici que depuis quelque temps, il change, il est devenu le candidat de la gauche. La seule question qui se pose, c'est est-ce qu'il a demandé aux électeurs s'ils étaient d'accord ? A tous ceux qui l'ont élu, qui ont voté pour lui depuis des années. Est-ce qu'ils ont voté pour lui pour que F. Bayrou dise, "moi je me sens de gauche", "Je trouve des tas de qualités à O. Besancenot", et "si j'étais président de la République, dit-il, je nommerais un Premier ministre de gauche". Je pense à tous ces électeurs du centre qui n'ont pas voté pour F. Bayrou pour qu'il fasse la politique de la gauche. Mais il y a mieux encore, extraordinaire ! Il dit, "je serais au deuxième tour" - il a raison d'y croire, parce que s'il n'y croit pas lui-même, qui est-ce qui le croit ? - et il dit, "si je suis face à Sarkozy, je rassemblerais la gauche ; si je suis face à S. Royal, je rassemblerais la droite". Dites-moi, en voilà un homme de conviction ! Si c'est moi, il est à gauche ; si c'est elle, il est à droite. Comment conduit-on la cinquième puissance du monde comme cela ?


Jean-Jacques BOURDIN : Votre projet maintenant. Je ne vais pas prendre tous les sujets mais j'en ai sélectionné quelques-uns, les plus importants, me semble-t-il. Vous conditionnez la baisse des charges à la hausse des salaires ?

Nicolas SARKOZY : Oui, je veux discuter quand même. On paie 22 milliards d'euros d'allégements de charges aux entreprises ; je veux poser clairement la question des salaires dans notre pays. Les salaires sont trop bas et le salaire n'est pas l'ennemi de l'emploi. Donc je veux aider davantage les entreprises qui auront une politique salariale dynamique parce que c'est bon pour la croissance, parce que c'est bon pour l'emploi.


Jean-Jacques BOURDIN : Exonération de toutes charges sociales sur les heures supplémentaires, sans limite ?

Nicolas SARKOZY : Sans limite. Deux choses. Les entreprises ne paieront pas de charges sur les heures supplémentaires mais les salariés ne paieront pas d'impôts sur le revenu supplémentaire. Vous allez me dire, comment l'Etat s'y retrouve-t-il ? Quand vous êtes au Smic et que vous travaillez 50 minutes de plus par jour, vous passez de 1.300 euros à 1.500. Les 200 euros de plus, vous les consommez, vous ne les mettez pas sur le livret de caisse d'épargne. C'est bon pour la croissance et ça fait des recettes de TVA.


Jean-Jacques BOURDIN : Création du contrat de travail unique à durée indéterminée, un CDI. Vous
supprimez le CNE, le CDD, l'intérim ?

Nicolas SARKOZY : Non, je réfléchis à tout cela. Ce que je veux faire, c'est supprimer l'effet de seuil absurde qui fait qu'on multiplie les CDD de peur de ne pas pouvoir sortir du CDI. Il me semble que les droits sociaux ne doivent pas être les mêmes si l'on est plus de vingt-cinq ans dans une entreprise que si l'on y est depuis deux ans. Je veux donc un contrat de travail unique dont les droits sociaux augmentent à du prorata de l'ancienneté dans l'entreprise.


Jean-Jacques BOURDIN : "L'allocation chômage ne sera jamais inférieure au Smic", c'est ce qui est dit dans votre programme, mais un chercheur d'emploi ne pourra pas refuser plus de trois offres correspondant... - c'est deux ? Deux offres correspondant à ses compétences. Même si les offres sont situées à 500 kilomètres ?

Nicolas SARKOZY : Non, parce que là, il peut y avoir une impossibilité. Mais franchement, on ne peut plus continuer avec un système où la solidarité nationale s'adresse à tout le monde, y compris à celui qui ne veut pas faire d'effort pour s'en sortir. Tous les pays qui sont au plein emploi, il y a quatre pays en Europe qui sont au plein emploi : Danemark, Suède, Irlande, Royaume Uni -, aucun n'a fait le partage du travail. Pas de minima social sans obligation d'activité, pas de possibilité de refuser une offre d'emploi correspondant à ses compétences plus de deux fois.


Jean-Jacques BOURDIN : Bouclier fiscal sur 50 % des revenus ?

Nicolas SARKOZY : Oui. Qu'est-ce que cela veut dire ? Que nul en France ne paiera plus que la moitié de ce qu'il a gagné. On commencera à travailler pour soi et pour sa famille à partir du 1er juillet, ce n'est que justice. Je veux faire revenir en France les gens qui ont de l'argent pour investir. Je veux que la France devienne le pays des innovateurs, des entrepreneurs, des créateurs. Sinon, qui va financer nos entreprises et donner des emplois à nos salariés ?


Jean-Jacques BOURDIN : Exonération des droits de succession pour les patrimoines petits et moyens. F. Bayrou propose la même chose, il a fixé un plafond à 200.000 euros, et vous ?

Nicolas SARKOZY : Je le fixerais plus haut, parce que je connais bien ces histoires de plafond. On fait des grands principes, on promet tout, à l'arrivée, l'administration fiscale par le biais des plafonds, vous reprend tout. Pour moi, c'est clair : je considère que quand on a travaillé dur toute sa vie, on a le droit de laisser à ses enfants en franchise d'impôts le fruit d'une vie de travail. Je suis content d'ailleurs, parce que tout le monde m'a attaqué quand j'ai dis cela au départ. Maintenant, ils viennent tous sur ma proposition. Tant mieux, parce que je crois à la famille et je crois au travail.


Jean-Jacques BOURDIN : Les retraites : augmentation de 25 % du minimum vieillesse, alignement des
régimes spéciaux sur le régime général et allongement de la durée du travail.

Nicolas SARKOZY : Je ne sais pas ce que cela veut dire "allongement de la durée du travail", parce que je suis pour les 35 heures comme un minimum, pas comme un maximum. C'est-à-dire qu'on gardera la durée hebdomadaire à 35 heures.


Jean-Jacques BOURDIN : On garde 35 heures dans la loi ?

Nicolas SARKOZY : On garde 35 heures dans la loi. Ceux qui veulent rester aux 35 heures resteront aux 35 heures, mais tous ceux qui veulent s'en exonérer pourront le faire.


Jean-Jacques BOURDIN : Sur les retraites à nouveau : est-ce qu'on pourra partir à la retraite à 63, 65, 67, 68 ans ?

Nicolas SARKOZY : Oui, mais mieux que ça : si l'on veut rester plus longtemps à son travail parce qu'on en a envie, parce qu'on veut continuer à gagner de l'argent, parce que ça nous passionne, on pourra le faire. Mais quand on sera à la retraite, on pourra cumuler sa retraite et un emploi, fut-il à temps partiel.


Jean-Jacques BOURDIN : La santé : instauration d'une franchise sur tous les soins. Combien ? Parce que vous n'avez pas encore précisé.

Nicolas SARKOZY : Je ne sais pas. Je dis aux Français une chose : on va payer plus cher pour notre santé, c'est incontournable. On va vivre plus longtemps, on ne supporte plus la douleur... Moi, je me souviens quand j'étais enfant, ma maman a accouché sans péridurale. Aujourd'hui, il n'y a pas une femme qui accouche sans péridurale. Oui, monsieur Bourdin ou alors, on ne doit pas connaître les mêmes. Si vous en connaissez...


Jean-Jacques BOURDIN : J'en connais une moi.

Nicolas SARKOZY : Je ne veux pas être indiscret mais gardez-la bien parce que ce n'est pas général. Parce que quand vous allez dans les services d'obstétriques, dans les maternités...


Jean-Jacques BOURDIN : Vous avez raison, c'est rare...

Nicolas SARKOZY : Vous pouvez demander aux téléspectatrices de BFM. C'est normal en 2007, on ne veut pas souffrir.
J'ai connu l'époque où l'on disait qu'à un accouchement, une femme doit souffrir ; eh bien non, ce n'est pas mon avis. Donc ça va coûter plus d'argent. Comme je ne veux pas qu'on taxe le travail, parce que sinon le travail va partir, il faut bien trouver quelque chose. Je ne suis pas pour le 1 euro par boite de médicament. Pourquoi ? Parce que cela pénalise le malade. Je vais prendre un exemple : il y a six millions de migraineux en France - j'en connais quelque chose, malheureusement. Et là encore...


Jean-Jacques BOURDIN : Nous avons un point commun.

Nicolas SARKOZY : Là encore, réfléchissons à ça : ce n'est pas de votre faute, ce n'est pas de la mienne, j'ai ça de ma mère et je vois qu'une partie de mes enfants ont ça de moi. Ce n'est pas mes habitudes alimentaires - je veux dire quand je prends du chocolat ou tel ou tel aliment, ça accroît la migraine -, mais la migraine, depuis ma plus tendre enfance, je l'ai eue. Il n'y a aucune raison que celui qui est migraineux, qui doit donc prendre des médicaments, la nouvelle molécule le Sumatriptan ou lmigrane, doive payer à chaque fois. Donc je suis pour une franchise annuelle qui fait qu'on ne remboursera pas par exemple, les cinq ou dix premiers euros annuels, pour trouver une recette pour l'assurance maladie, pour qu'on puisse la financer. A côté de cela, moi, je souhaite qu'on rembourse mieux les prothèses dentaires, ce n'est pas un luxe d'aller chez le dentiste ou d'avoir une prothèse dentaire ! Qu'on rembourse mieux les lunettes, ce n'est pas un luxe !


Jean-Jacques BOURDIN : Réforme des lois sur la laïcité, là on parle d'intégration. L'Etat pourra participer à la formation et au financement des cultes, à la construction des lieux de culte. Vous voulez changer la loi de 1905, la modifier, l'aménager ?

Nicolas SARKOZY : Non. D'abord, je ne veux plus qu'il y ait d'imams qui ne parlent pas un mot de français, qu'on fait venir d'Algérie, du Maroc ou de Tunisie. Je souhaite que les imams parlent français, fassent des prêches en français et respectent les valeurs de la République. S'agissant des lieux de culte, il faut sortir de l'hypocrisie. Je ne souhaite plus qu'il y ait l'argent de l'étranger qui vienne les financer. Pour le reste, les équilibres de la loi de 1905, je veux qu'on les respecte et qu'on n'y touche pas.


Jean-Jacques BOURDIN : Education : création de filières d'excellence dans tous les lycées.

Nicolas SARKOZY : Oui c'est extraordinaire : savez-vous que 50 % des lycées de France - 50 % ! - ne présentent pas un élève aux grandes écoles ? Je veux obliger chaque lycée de France à présenter aux grandes écoles, aux préparations, au moins un élève. C'est une question d'excellence et d'exigence.


Jean-Jacques BOURDIN : Les institutions, cette fameuse proportionnelle : alors oui ou non, un peu de proportionnelle aux législatives en 2012 ?

Nicolas SARKOZY : Je suis assez réservé. Je vois bien ce que cela pourrait amener, mais en même temps, quand on voit les agitations de M. Rocard et de F. Bayrou, on se dit quoi ? Est-ce qu'ils ont compris ce que c'était la présidentielle ? La présidentielle, c'est le débat entre un candidat et le peuple.


Jean-Jacques BOURDIN : Donc vous dites plutôt non ?

Nicolas SARKOZY : C'est plutôt de la combinaison. Ce n'est pas totalement non, mais enfin, gardons notre système majoritaire, ce qui nous permet de dégager justement des majorités et de mettre la République à l'abri des combinaisons.


Jean-Jacques BOURDIN : La Défense : lancement d'une réflexion sur la doctrine de dissuasion nucléaire.

Nicolas SARKOZY : Oui, on maintient le nucléaire, c'est très important mais le nucléaire, c'était la sanctuarisation de
l'Hexagone. On considérait qu'à partir du moment où le premier soldat étranger mettait son pied dans l'Hexagone, le feu nucléaire pouvait être déclenché. Est-ce que nos intérêts vitaux sont réduits au seul Hexagone ? Il faut en débattre. Ce n'est pas le cas.


Jean-Jacques BOURDIN : Je vous remets notre manifeste 2007. C'est un travail réalisé en commun avec le journal 20 Minutes. C'est une série de propositions faites par les auditeurs de RMC et les lecteurs de 20 Minutes, avec LH2 aussi, l'institut de sondages que vous connaissez. Alors dans ce manifeste, les Français souhaitent le vote des étrangers aux élections locales. Et vous ?

Nicolas SARKOZY : A titre personnel, vous savez que j'ai toujours été plutôt pour mais je ne l'ai pas proposé dans mon programme présidentiel parce que je pense qu'en l'état actuel des choses, cette mesure cliverait, compliquerait les problèmes d'intégration, et n'est pas une priorité.


Jean-Jacques BOURDIN : Qui êtes-vous N. Sarkozy ? 52 ans, vous êtes né dans le 17ème arrondissement de Paris...

Nicolas SARKOZY : En 1955, 28 janvier, à 22 heures.


Jean-Jacques BOURDIN : Votre père est né en Hongrie dans une famille de la petite noblesse hongroise et les armoiries de la famille sont un loup orné d'un cimeterre. C'est bien cela, pas de bêtise ? Vous m'arrêtez si je dis des bêtises. Votre père arrive en France en 1948. Il devient publicitaire et épouse votre mère, fille de médecin, dans le 17ème arrondissement. Divorce des parents. Vous avez souffert de ça ?

Nicolas SARKOZY : Oui.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous aviez quel âge à l'époque ?

Nicolas SARKOZY : Trois ans, quatre ans.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous vous souvenez de ce moment ?

Nicolas SARKOZY : Oui, je me souviens très bien du moment où avec ma mère et mes frères, on est arrivé chez mon grand-père ; c'était tard le soir. C'est, je crois, mon plus ancien souvenir.


Jean-Jacques BOURDIN : Votre mère reprend ses études, obligée, et devient avocate.

Nicolas SARKOZY : Oui, elle est secrétaire d'avocat et en même temps qu'elle élève trois enfants, elle reprend ses études pour devenir avocat elle-même.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous avez deux frères. On dit que vous n'avez pas tellement aimé votre
enfance ?

Nicolas SARKOZY : C'est exact.


Jean-Jacques BOURDIN : Pourquoi ?

Nicolas SARKOZY : Parce que je ne me sentais pas libre, il fallait tout le temps demander l'autorisation.


Jean-Jacques BOURDIN : A qui ? A votre grand-père qui vous aimait beaucoup ?

Nicolas SARKOZY : A tout le monde !


Jean-Jacques BOURDIN : C'est l'homme qui a compté le plus pour vous ?

Nicolas SARKOZY : Je pense oui. C'était un homme qui ne parlait pas beaucoup, c'est un homme que j'aimais énormément. Mais vous savez moi, j'ai l'impression de parler du Moyen-Âge, parce qu'à l'époque c'était le jeudi, on était libre et mon grand père m'emmenait faire des grandes promenades. Vous savez les grandes promenades de mon grand-père, il mettait son chapeau, on partait, il me prenait par la main. On prenait la première station de métro, on montait dans la première rame, on descendait au terminus. Une fois descendu au terminus, on allait dans le premier café. Je l'ai toujours vu demander un petit noir et "pour le petit, il disait, ce sera une orange pressée" - j'ai toujours pris des oranges pressées depuis... Le premier film que j'ai vu, c'était au Kino panorama Place Clichy, c'était Ben Hur, avec C. Heston, qui est sorti en 1959. J'ai dû le voir en 1963, 1964 ; à l'époque, les films restaient des années ! Et quand on allait au spectacle, on y allait une fois dans l'année ! Quand je lui raconte cela à mon fils Louis, il me prend pour un fou. On y allait une fois. On prenait les places du cirque au cirque Bouglione, on prenait ça trois mois à l'avance et puis tout le monde se préparait. Quand j'allais au spectacle, on m'habillait de pieds en cap. Je me souviens que j'en avais honte, j'avais des chaussures tellement neuves qu'elles brillaient ; j'avais l'impression que toute la salle me regardait.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous redoublez votre sixième. Vous étiez un élève moyen à ce moment-là, et puis cela s'est amélioré au fil du temps.

Nicolas SARKOZY : Ce n'est pas exactement comme ça que cela s'est passé. Je suis parti au lycée, au lycée Chaptal, où cela ne s'est pas bien passé parce que je suis passé avec trop de liberté.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous passez votre bac en 1973, études de droit ensuite. Pour vous faire un peu d'argent de poche, vous livrez des fleurs pour le fleuriste installé au pied de votre immeuble à Neuilly.

Nicolas SARKOZY : Je ne livre pas des fleurs simplement, je suis jardinier chez Truffaut et je peux vous dire que les
rhododendrons c'est de la terre de bruyère, mais que 50 kilos de terre de bruyère à monter au
sixième étage, ça vaut 50 kilos de (inaud)...


Jean-Jacques BOURDIN : Il paraît que vous étiez un sacré dragueur, dit-on, j'ai lu ça un peu partout.
C'est vrai ?

Nicolas SARKOZY : C'est très inférieur à ma réputation.


Jean-Jacques BOURDIN : Très inférieur à votre réputation !

Nicolas SARKOZY : Peut-être que ça peut vous rappeler quelqu'un monsieur Bourdin. Vous n'êtes pas à l'aise ?


Jean-Jacques BOURDIN : Non, pas du tout, d'ailleurs, moi j'assume.

Nicolas SARKOZY : Sinon, il y a un petit tuba pour respirer mieux.


Jean-Jacques BOURDIN : Non, j'assume. Il faut assumer dans la vie, vous êtes d'accord avec moi ?

Nicolas SARKOZY : Vous avez l'impression que je n'assume pas ?


Jean-Jacques BOURDIN : Non, je vous dis ça comme ça.

Nicolas SARKOZY : Je suis assez d'accord. Mais disons que c'était une époque où j'étais très jeune. Maintenant, vraiment, les choses se sont beaucoup calmées.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous n'êtes plus séducteur maintenant ?

Nicolas SARKOZY : Non, à 52 ans, ce n'est pas raisonnable.


Jean-Jacques BOURDIN : 1976, adhésion au RPR, maire de Neuilly en 1983, ministre du Budget à 38
ans ; trois enfants... Ne boit pas, ne fume pas. C'est vrai ?

Nicolas SARKOZY : Je ne bois pas, ça c'est vrai. La vérité, c'est que je fume de temps en temps le cigare. Moins en ce moment.


Jean-Jacques BOURDIN : On a un point commun... Se couche tôt et se lève tôt. Est-ce vrai que vous mangez quoi, n'importe quand ? Vous grignotez, vous êtes un adepte du grignotage.

Nicolas SARKOZY : A la vérité, je dois bien le reconnaître, je suis plus gourmant que gourmet.


Jean-Jacques BOURDIN : Qui êtes-vous encore ? Certains disent "agité", "impatient".

Nicolas SARKOZY : "Agité", ça c'est plutôt une attaque. Impatient oui, j'aime la vie et je n'ai jamais compris ceux qui disaient, "attends, tu as le temps". Le temps c'est la denrée la plus rare, on n'a jamais le temps. J'en ai vu beaucoup qui m'ont dit, "c'est trop tôt" et puis, tout d'un coup, ils m'ont dit, "c'est trop tard". J'en ai tiré la conclusion qu'il ne fallait pas les écouter.


Jean-Jacques BOURDIN : C'est vrai qu'on est pour vous ou contre vous ? Que vous n'aimez pas ceux qui n'ont pas le même avis que vous ?

Nicolas SARKOZY : Pourquoi dites-vous ça ? Pas du tout !


Jean-Jacques BOURDIN : Je dis ça, parce que j'ai lu ça partout. Parce que j'ai entendu ça, parce que je vous pose des questions.

Nicolas SARKOZY : Au contraire, je suis quelqu'un d'assez tolérant. Si vous regardez cette campagne électorale d'ailleurs, je suis le seul de tous les candidats à ne jamais attaquer les autres. Dieu sait que j'en prends, quand j'entends ce que dit monsieur Le Pen sur moi, monsieur Bayrou qui est d'une violence extrême, même madame Royal qui parlait d' "ignoble", je me dis mon Dieu, les leçons de tolérance ils en donnent beaucoup, ils feraient bien de se les appliquer à eux-mêmes.


Jean-Jacques BOURDIN : Vous êtes soutenu par tout le CAC 40, ça vous rend orgueilleux ou prudent ?

Nicolas SARKOZY : Non, l'orgueil ne fait pas partie de mes défauts ; la prudence fait partie de mes conseils.


Jean-Jacques BOURDIN : Quel est le principal obstacle que vous avez rencontré dans votre vie professionnelle ?

Nicolas SARKOZY : Ne pas être comme les autres.


Jean-Jacques BOURDIN : Comment l'avez-vous surmonté ?

Nicolas SARKOZY : En me battant plus que les autres.


Jean-Jacques BOURDIN : Est-ce que vous savez dire "non" ?

Nicolas SARKOZY : Je n'ai fais que cela.


Jean-Jacques BOURDIN : C'est vrai ?

Nicolas SARKOZY : Oui. On ne m'a rien donné et c'est normal, je n'ai rien demandé.


Jean-Jacques BOURDIN : Quelles sont vos faiblesses ?

Nicolas SARKOZY : La sensibilité.


Jean-Jacques BOURDIN : Qu'est-ce qui vous intéresse le plus et le moins dans la fonction recherchée de président de la République ?

Nicolas SARKOZY : Ce qui m'intéresse le plus, c'est agir. Je pense vraiment, à la réflexion, que la passion de ma vie c'est l'action. Ce qui m'intéresse le moins, c'est la fréquentation d'un milieu qui n'est pas toujours à la hauteur des responsabilités qui sont les siennes.


Jean-Jacques BOURDIN : C'est-à-dire ?

Nicolas SARKOZY : Il y a parfois un peu de mesquinerie.


Jean-Jacques BOURDIN : Mais quel milieu ?

Nicolas SARKOZY : Le mien, le vôtre.


Jean-Jacques BOURDIN : Pourquoi devrions-nous vous embaucher ?

Nicolas SARKOZY : Parce qu'en matière de passion d'agir, pour la marque, pour BFM, je suis sûr que je la défendrais bien. Au fond, moi je suis fais pour travailler, pour incarner, pour me battre. J'ai beaucoup de respect pour les fonctions commerciales, pour celui qui sait vendre, pour celui qui va au feu, pour celui qui est passionné parce que si je travaillais ici, tous les matins je viendrais avec plaisir et le sourire - c'est un appel à monsieur Weill.


Jean-Jacques BOURDIN : Est-ce que vous avez licencié déjà dans votre vie ?

Nicolas SARKOZY : Licencier ? Je me suis séparé de collaborateurs mais je garde mes collaborateurs parce que je suis quelqu'un qui réfléchit avant d'engager une personne. Et si vous connaissez mon entourage, il est resté le même depuis vingt ans.


Jean-Jacques BOURDIN : Quelle question avez-vous envie de poser aux Français ce matin ? Une question comme ça qui vous vient à l'esprit ?

Nicolas SARKOZY : Est-ce que vous avez vraiment envie de penser à l'avenir de la France ? Si vous avez envie de ça, ne vous laissez pas embrumer. Est-ce que vous avez envie d'être libre vous aussi ? Si vous avez envie d'être libre, tous ceux qui nous regardent, tous ceux qui nous écoutent, c'est le moment d'exercer cette liberté.


Jean-Jacques BOURDIN : Dernière question avant de passer aux auditeurs - j'ai posé la même question lundi à S. Royal - si vous êtes élu président de la République, est-ce que Cécilia, votre épouse, s'installera avec vous à l'Elysée ?

Nicolas SARKOZY : Oui.


Jean-Jacques BOURDIN : Bien. Vous êtes sur RMC, il est 8 heures 47. P. Dufreigne est avec nous. Philippe.

P. Dufreigne : En direct depuis le standard de RMC. Alors quelques questions courtes, réponses courtes. On a Marie José tout d'abord des Pyrénées Atlantiquesqui dit : « Je travaille depuis 16 ans. J'ai quitté ma région pendant dix ans. J'ai eu plusieurs emplois en même temps ». Vous dites les chômeurs ne pourront pas refuser plus de deux propositions dans leur qualification. Mais alors, je voudrais une petite précision : est-ce qu'ils devront accepter un emploi par exemple à 100, 200, 300 kilomètres de chez eux ou même plus pour pas être radiés ?.

Nicolas SARKOZY : Non parce que je pense qu'un emploi qui vous oblige à déménager alors que vous avez des emprunts sur votre maison, c'est un emploi qui ne correspond pas à la situation qui est la vôtre aujourd'hui. On discutera avec les syndicats des conditions. Ce que j'ai voulu dire, c'est simple : c'est qu'on finance les allocations de chômage avec le fruit du travail de tous ceux qui travaillent. On a donc le devoir de s'assurer que ces allocations sont bien utilisées.


P. Dufreigne : Une question de Jacky, qui est à Lille. « Si vous n'êtes pas élu Président, est-ce que vous envisagez de changer de métier ? »

R-.Vous savez ce que je ferais ? Je partirais un peu en vacances et puis je réfléchirais bien.


P. Dufreigne : Une petite dernière. Martial dans le Val de Marne. « Le budget de l'Elysée, il a toujours été plutôt opaque, est-ce que vous vous engagez, si vous êtes élu, à publier, périodiquement, des comptes précis et détaillés de ce qui se passe dans les couloirs de l'Elysée ? ».

Nicolas SARKOZY : Oh oui. Cela fait partie de la conception qui est la mienne. Je veux une République parfaitement
irréprochable.


Jean-Jacques BOURDIN : Merci Philippe. Nous allons prendre quelques auditeurs. Je regarde mon écran d'ordinateur. John, 29 ans, est dans les Yvelines, il est cuisinier, chef gérant dans une maison de retraite. John bonjour. N. Sarkozy est avec nous.

John : Bonjour monsieur Bourdin, bonjour monsieur Sarkozy.

Bonjour John.


John : Je voulais vous poser une question : si vous êtes élu président de la République, allez-vous rencontrer les différents chefs d'Etat membres de l'Union européenne pour enfin faire appliquer la TVA à 5,5 pour la restauration ?

Nicolas SARKOZY : Oui. Mais je vais vous dire quelque chose, je n'accepterais pas qu'on doive avoir l'unanimité pour baisser la TVA sur la restauration et que la Slovénie puisse supprimer l'impôt sur le bénéfice des sociétés sans demander l'avis de personne. Les règles européennes, elles doivent être les mêmes pour tout le monde. J'ajoute qu'il n'y a aucune raison que les restaurateurs qui mettent du service auprès des consommateurs, paient une TVA à 19 alors que la restauration rapide paie une TVA à 5,5.


Jean-Jacques BOURDIN : Merci John. Laurent est à New York en direct avec nous. Gérant de société.
Laurent bonjour.

Nicolas SARKOZY : Laurent : Oui bonjour.


Jean-Jacques BOURDIN : Laurent, question à N. Sarkozy.

Nicolas SARKOZY : Laurent : J'ai des amis qui habitent le quartier qui me disent depuis que monsieur Sarkozy est arrivé à RMC, les CRS ont envahi le quartier donc je pense que monsieur Sarkozy nous prépare une démocratie joyeuse. Ma question...


Jean-Jacques BOURDIN : C'est vrai. Attendez, je m'arrête. C'est vrai qu'il y avait quatre cars de CRS ce matin qui sont arrivés avant vous et certaines voitures qui ont été évacuées devant. Est-ce normal ça ?

Nicolas SARKOZY : Ca n'a rien à, voir avec moi. Je ne suis plus ministre de l'Intérieur et Laurent à New York, vous êtes en pleine nuit, là ?


Laurent : Oui, je vais me coucher.

Nicolas SARKOZY : Sans doute vous n'êtes pas très réveillé. Mais croyez-moi, je ne viens pas avec des cars de CRS.


Jean-Jacques BOURDIN : Ils sont venus avant vous, une demi heure avant.

Nicolas SARKOZY : J'y peux quoi moi ?


Jean-Jacques BOURDIN : Attendez j'ai reçu tous les candidats à la présidence..., je ne vous accuse pas moi, je vous pose la question.

Nicolas SARKOZY : Je vous dis, ces CRS ne sont pas venus pour moi. Je ne sais pas quel est le programme des manifestations aujourd'hui, je ne suis pas ministre de l'Intérieur. Je n'ai donné aucune instruction. Je ne suis responsable de rien.


Jean-Jacques BOURDIN : En tous cas, ils sont là. Ils n'étaient là pour aucun autre candidat.

Nicolas SARKOZY : Mais est-ce que vous êtes sûr qu'ils sont là pour moi, monsieur Bourdin ?


Jean-Jacques BOURDIN : Ils sont peut-être là pour F. Bayrou qui va vous suivre.

Nicolas SARKOZY : Non pas du tout, ils sont peut-être là parce qu'il y a d'autres évènements. Vous êtes à côté de la porte de Versailles avec des évènements tous les jours. Enfin réfléchissez !


Jean-Jacques BOURDIN : Enfin ils font évacuer les voitures devant RMC, je sais pas si il y a un autre évènement à RMC ce matin.

Nicolas SARKOZY : Mais ce n'est pas pour moi. Qu'est-ce que vous voulez démontrer ?


Jean-Jacques BOURDIN : Je ne veux rien démontrer du tout, je pose la question. Je ne savais même pas que Laurent allait poser cette question.

Nicolas SARKOZY : Monsieur Bourdin, vous ne me posez pas là une question, vous affirmez quelque chose.


Jean-Jacques BOURDIN : J'affirme la réalité.

Nicolas SARKOZY : Alors écoutez ma réponse. Je vous dis : je ne suis au courant de rien sur ces cars de CRS. Quand j'étais ministre de l'Intérieur, jamais quatre cars ne sont venus. Donc vous donnerez aux auditeurs et aux téléspectateurs la réponse sur ça. Vous laissez à penser que je fais cerner RMC par des CRS parce que je suis là, ce n'est pas gentil.


Jean-Jacques BOURDIN : J'ai jamais dit "cerné".

Nicolas SARKOZY : Et ça ne correspond pas à l'honnêteté qui est la vôtre.


Jean-Jacques BOURDIN : Je n'ai jamais dit "cerné". Bien, Laurent, qu'est-ce que vous voulez dire ? Alors passons à autre chose, la situation économique actuelle de la France qui me paraît plus importante. Laurent ?

Nicolas SARKOZY : Laurent : Absolument. Pour mettre les cartes sur table, je vote Bayrou. Ma question est la suivante, c'est que tous les pays qui ont fait mieux que nous sur le plan économique ont augmenté de manière très importante, le nombre d'entreprises depuis vingt ans. Ma question à monsieur Sarkozy c'est : est-ce que vous connaissez simplement les chiffres des données essentielles donc aujourd'hui que sont les taux d'entreprises et les taux de créations d'entreprises de la France par rapport à la Grande Bretagne et par rapport à l'Espagne, pays que vous dites très bien connaître ? Et je vous donne un indice, c'est que nos statistiques sont très mauvaises, c'est un peu l'état dans lequel vous laissez le pays.


Nicolas SARKOZY : Laurent, je comprends tout à fait votre opinion mais ce n'est pas une question que vous me posez. Vous assénez quelque chose : un, que je ne connais pas les règles économiques, deux, que je laisse le pays dans un très mauvais état, c'est votre droit de le penser mais ce n'est pas une question. Mais Laurent pardon, ce n'est pas une question et je pense, voyez-vous, que l'agressivité ne remplace pas la pertinence de la question. Si vous avez une question à me poser, j'y répondrai bien volontiers. Si c'est une opinion, je la respecte, c'est tout, c'est la vôtre.

Jean-Jacques BOURDIN : Laurent ? Laurent ?


Nicolas SARKOZY : Il s'est endormi.

Jean-Jacques BOURDIN : On a perdu Laurent. Je ne sais pas où il est passé.


Nicolas SARKOZY : Il faut dire qu'à cette heure-là, à New York, on est en pleine nuit.

Jean-Jacques BOURDIN : On va prendre Didier qui est commercial en Haute-Loire. Bonjour Didier.


Didier : Bonjour Jean-Jacques, bonjour monsieur Sarkozy.

Nicolas SARKOZY : Bonjour Didier.

Didier : J'avais une question pour monsieur Sarkozy. Si vous êtes élu, quelle politique de ressources humaines initierez-vous dans la fonction publique ?

Nicolas SARKOZY : On ne remplacera pas un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Il y a 450.000 départs en retraite entre 2007 et 2012. C'est 45 % du budget de la nation aux salaires des fonctionnaires. Il faut faire des économies et la moitié des économies ainsi réalisées, on la consacrera à la réduction des déficits et l'autre moitié à l'augmentation du salaire des fonctionnaires qui sont là. On a créé un million d'emplois publics en France depuis 1981, c'est trop. La France ne peut pas payer cela. Nous avons 1.200 milliards d'euros de dette, il faut trouver des économies. Je ferais ces économies.


Jean-Jacques BOURDIN :Merci Didier. Slimane. Slimane est en Seine-Saint-Denis, chef d'un service de sécurité, conseiller national UMP.

Slimane : Oui bonjour Jean-Jacques. Bonjour monsieur Sarkozy. Ma question est très simple, vous martelez depuis des mois la "discrimination positive", la "méritocratie", le triptyque "du travail, du mérite et de l'effort". Pourquoi au sein de l'UMP, depuis que vous êtes président de l'exécutif, vous n'avez pas mis en oeuvre cette méritocratie ? Et que maintenant nous sommes dans une logique archaïque qui est celle de la cooptation de l'esprit clanique, comment peut-on vous faire confiance pour ce que vous préconisez pour la France alors que depuis 2004, vous ne l'avez pas mis en oeuvre au sein de l'UMP ?

Nicolas SARKOZY : Vous êtes sûr qu'il est UMP ?


Jean-Jacques BOURDIN : Conseiller national UMP. C'est vrai Slimane. Attendez on va lui demander. Slimane : Si, monsieur Sarkozy. Je suis président du groupe UMP au sein du conseil municipal d'Aubervilliers dans la Seine-Saint-Denis et je suis conseiller national, élu UMP. Je vous faisais confiance concernant la représentation des jeunes et moins jeunes issus de l'immigration. Vous aviez donné un espoir pour cette représentation alors que, notamment dans la Seine-Saint-Denis, vous n'avez pas soutenu ces élus et notamment vous ne les avez pas aidés. Ce qui démontre ma question...


Jean-Jacques BOURDIN : N. Sarkozy va vous répondre.

Nicolas SARKOZY : Moi je ne peux pas rentrer dans toutes les bagarres internes à chaque circonscription. Visiblement, pour Slimane, il y a dû avoir une déception à un moment d'une investiture. Mais ce que vous dites Slimane, excusez-moi, ce n'est pas exact. Qui est ma porte-parole dans la campagne ? R. Dati. Cela vous dit quelque chose R. Dati, c'est la révélation de la campagne. Elle est ma porte-parole. C'est la première fois qu'un candidat de la droite républicaine et du centre confie une responsabilité de cette importance à une personne originaire de l'immigration, sans lui confier une responsabilité sur l'intégration. Elle est porte-parole. Quelle est l'autre révélation de la campagne ? R. Yade, jeune française d'origine sénégalaise, qui prend la parole dans tous nos meetings. Par ailleurs, il y a une trentaine de candidats issus de l'immigration à l'UMP. Donc j'estime qu'on a fait des progrès considérables. Est-ce que c'est suffisant ? Ce n'est jamais suffisant mais vous allez tout de même pas me reprocher un, de défendre l'idée de la discrimination positive à la française, deux, d'avoir nommé à des postes extrêmement importants des responsables femmes ou hommes issus de l'immigration.


Jean-Jacques BOURDIN : Merci Slimane, merci N. Sarkozy d'être venu nous voir ce matin.


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 avril 2007

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