Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec Europe 1 le 27 avril 2007, sur les otages français des Talibans en Afghanistan et le soutien de la France à Boris Geremek, eurodéputé polonais opposé à la loi de décommunisation en Pologne et menacé de destitution de son mandat européen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec Europe 1 le 27 avril 2007, sur les otages français des Talibans en Afghanistan et le soutien de la France à Boris Geremek, eurodéputé polonais opposé à la loi de décommunisation en Pologne et menacé de destitution de son mandat européen.

Personnalité, fonction : DOUSTE-BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : J.-P.Elkabbach.- C'est le dernier jour de l'ultimatum lancé par les Talibans pour les deux otages français. Bonjour.

R.- Bonjour.

Q.- Il n'est pas question, je pense, de les oublier un seul instant ?

R.- Non seulement on ne les oublie pas mais on ne ménage aucun effort tant qu'on ne les aura pas vus sains saufs revenir en France.

Ils sont vivants, ils sont en bonne santé, disent les Talibans. Est-ce que c'est vrai ?

R.- Oui. J'ai pris bonne note, bien sûr, de ce que le porte-parole des Talibans a dit il y a quelques heures, disant qu'ils étaient en bonne forme. Vous savez que le secrétaire général du ministère, que j'ai envoyé à Kaboul il y a quelques jours, a rencontré le président Karsaï, a rencontré les différentes ONG et nous faisons tout, à Kaboul comme ici à Paris, pour tout faire pour les ramener rapidement.

[Pause]

Q.- Il y a une grande émotion aujourd'hui en France : l'ultimatum des Taliban prend fin dans quelques heures pour les deux otages français en Afghanistan. Avez-vous établi un contact avec ceux qui détiennent nos deux compatriotes ?

R.- Pour les deux otages français et pour les trois accompagnateurs afghans, qu'il ne faut pas oublier, bien sûr. C'est une affaire qui est très grave et très préoccupante, qui doit être menée avec un grand sens des responsabilités et bien évidemment une discrétion certaine, vous le comprendrez. D'ailleurs, à ce sujet, je voudrais dire que les différents candidats à l'élection présidentielle ont fait preuve de retenue, et je voudrais m'en féliciter ce matin.

Q.- D'accord, mais qu'est-ce que l'on sait, qu'est-ce que vous pouvez dire des conditions, des modalités des discussions en cours ? Est-ce qu'elles sont directes ou indirectes ? Vous avez un canal ? Vous avez trouvé le moyen de parler avec les responsables ?

R.- D'abord, il y a trois semaines, nous avons vu sa capture, ensuite il y a quinze jours, nous avons vu cette cassette où on voit les cinq otages. Et le vendredi dernier, nous avons eu un ultimatum et enfin des revendications. Et puis, nous apprenons hier par le porte-parole des Talibans, je m'en réjouis, le fait qu'ils sont en bonne santé.

Q.- Ils disent : "Ce sont nos invités".

R.- Oui. J'ai envoyé immédiatement le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, P. Faure, pour rencontrer à la fois les autorités afghanes, en particulier le président Kharsaï, qui nous a assuré de toute son aide, mais également les organisations non gouvernementales qui sont sur place là-bas, la communauté française, et bien sûr nous travaillons sans relâche, jour et nuit. Permettez-moi de ne pas pouvoir en dire plus.

Q.- Mais qu'est-ce que vous disent ceux que vous avez envoyés sur place ? Ils sont relativement, je n'ose pas dire optimistes, parce que c'est tellement grave dans cette journée...

R.- Vous savez, nous avons fait cela pour l'Irak, nous avons cela pour d'autres cas d'otages. C'est un travail qui est fait par des femmes et des hommes qui sont aujourd'hui en effet sur le terrain.

Q.- Et vous informez les familles, au fur et à mesure, ce que vous savez.

R.- Oui, je voudrais d'ailleurs dire un mot sur les familles, sur "Terre d'enfance", qui est cette ONG spécialisée dans le système éducatif des enfants afghans, je voudrais dire à ces familles qu'elles font mon admiration par leur calme et leur confiance, dans la manière dont on parle avec elles. Je voudrais leur dire, les rassurer de la mobilisation totale de l'Etat français.

Q.- Hier soir, sur France 2, le candidat N. Sarkozy a estimé que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan ne lui semblait pas décisive et qu'elles pourraient être retirées.

R.- Je crois qu'il a totalement raison. Cela d'ailleurs s'inscrit dans le choix du Président Chirac. Nous sommes allés en Afghanistan au moment où il y avait un risque de terrorisme. Aujourd'hui, il y a d'ailleurs une décision de la part du chef de l'Etat actuel, de retirer les forces spéciales...

Q.- Le retrait a commencé mais ce n'est pas directement en liaison avec les otages pris par les Taliban ?

R.- Non, bien évidemment.

Q.- Cela avait commencé ?

R.- Cela avait été décidé avant. Ce qui est vrai, c'est qu'il n'y a pas de vocation à rester occuper un pays à long terme. C'est d'ailleurs contre les valeurs de la France, de respect, de souveraineté, d'indépendance nationale et d'intégrité territoriale.

Q.- Est-ce que je peux vous parler aussi de Geremek, le leader charismatique de la Pologne et de l'Europe ? La France, à travers C. Colonna, lui adresse son amical soutien. Ce n'est pas mal, mais c'est tout ?

R.- Je connais B. Geremek, je l'ai invité il y a quelques jours à Toulouse pour fêter le 50ème anniversaire du Traité de Rome. Son autorité morale, son engagement pour l'Europe, son combat pour la liberté font de lui une figure symbolique de l'Europe et surtout des valeurs que l'Europe porte.

Q.- Et on peut dire aussi que la Pologne, parce que les frères jumeaux Kaczynski ne sont pas toute la Pologne, c'est Geremek qui le disait hier matin sur Europe 1, "la Pologne, ce n'est pas les frères Kaczynski", mais si l'exécutif actuel de la Pologne maintient sa décision de lui supprimer son mandat de dépité européen, que fait l'Union européenne ?

R.- Moi je propose deux choses : la première c'est que comme Geremek est actuellement député européen, que le Parlement européen vote une résolution pour demander aux autorités polonaises de laisser à Geremek son mandat de député européen, je trouve ça effrayant que l'on puisse remettre en cause un député démocratiquement élu parce qu'il s'oppose à une exigence de la loi polonaise sur la "décommunisation". La deuxième chose, c'est le Conseil européen ; moi je souhaiterai que les différents ministres de Affaires étrangères au Conseil européen puissent également demander aux autorités polonaises, officiellement, qu'ils retirent leur plainte vis-à-vis de monsieur Geremek.

Q.- Mais comme vous êtes ministres des Affaires étrangères de la France, vous allez le faire ?

R.- Oui, je fais partie du Conseil Affaires générales et ce que je vous dis ce matin est une décision.

Q.- Oui, l'Union européenne, peut-elle accepter d'avoir en son sein, un pays qui utilise de telles méthodes d'inquisition qu'autrefois on disait staliniennes ?

R.- Faisons d'abord des pressions, expliquons aux Polonais que l'on ne peut pas, je dirais avoir une loi comme celle-là de "décommunisation", qui serait à l'encontre d'ailleurs de toute démocratie puisque les valeurs européennes sont avant tout des valeurs démocratiques. Et Geremek est aujourd'hui une des figures emblématique et historique de la liberté en Europe.

Q.- Un mot sur la campagne. Vous êtes centriste, libéral, européen dans l'UMP, vous connaissez F. Bayrou, vous êtes géographiquement des voisins, vous pensez qu'il votera pour elle ?

R.- Ecoutez je crois que N. Sarkozy aujourd'hui dans cette campagne rassemble, je vois que S. Royal marchande et je vois que F. Bayrou pleurniche. Franchement, il perd ses nerfs. C'est, je dirais, typique, de quelqu'un qui improvise de manière non maîtrisée. Je le connais, il mérite beaucoup mieux, il a fait une belle campagne. Moi je suis centriste, j'étais président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, donc je suis un démocrate chrétien, je suis centriste, aux côtés de N. Sarkozy et très heureux d'être à ses côtés parce que dans son programme, il y a de l'humanisme social.

Q.- N. Sarkozy est accusé ce matin encore par F. Bayrou de faire des pressions pour empêcher le débat ou le pseudo débat S. Royal/F. Bayrou ?

R.- Tout cela est ridicule, les Français ont tranché Il y a plusieurs faits : le premier c'est que F. Bayrou ne fera pas l'élection présidentielle puisque les Français ont tranché ; le deuxième c'est que le programme de F. Bayrou est beaucoup plus proche de celui de N. Sarkozy que de celui de S. Royal. J'ai été député UDF, je viens de vous le dire, nous avons tous été élus par des électeurs de droite et du centre. Et enfin troisièmement, ces atermoiements, très franchement, cette affaire de partis politiques, ces marchandages politiciens...

Q.- D'accord, mais vous ne m'avez pas répondu, vous croyez qu'il votera pour elle, que tout ça est fait pour qu'il vote pour elle ?

R.- C'est à lui à le dire, mais alors cela voudrait dire qu'il trahit ses électeurs. Depuis toujours, l'UDF on le sait très bien, a toujours été proche du centre droit.


Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2007.

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