Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec LCI le 30 avril 2007, sur la libération d'un des deux otages français en Afghanistan, la situation politique en Turquie et la campagne présidentielle en France. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec LCI le 30 avril 2007, sur la libération d'un des deux otages français en Afghanistan, la situation politique en Turquie et la campagne présidentielle en France.

Personnalité, fonction : DOUSTE-BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : C. Barbier.- P. Douste-Blazy, bonjour.

R.- Bonjour.

Q.- Céline, otage en Afghanistan depuis le 3 avril a été libérée samedi. La France a-t-elle payé une rançon ?

R.- Vous savez aujourd'hui chacun a vu Céline, samedi dernier après sa libération à Kaboul et chacun a entendu son message qui vise à demander la libération de ses quatre compagnons qui sont restés derrière elle en captivité. J'ai envie de vous dire, C. Barbier, qu'elle a tout dit, que rien ne doit être dit de plus que ce qu'elle a dit, si ce n'est qu'il y a une motivation énorme de la part des services de l'Etat, du quai d'Orsay, du chef de l'Etat, pour obtenir la libération des quatre otages le plus vite possible, mais aussi avec une idée et une grande responsabilité, ne rien faire qui puisse compromettre la libération de ces otages, et donc détermination oui mais aussi discrétion comme nous le faisons depuis le début.

Q.- Ne rien faire... 87 Talibans ont été tués ce matin dans une altercation avec les forces de la coalition, est-ce que cela peut mettre en danger la vie d'Eric et de ses trois compagnons afghans ?

R.- Nous faisons tout aujourd'hui, nous travaillons, je travaille toute la journée comme tous les services de l'Etat pour la libération de ces otages. En dire davantage serait pour moi totalement irresponsable, vous comprendrez, je le pense et je l'espère la discrétion qu'il faut pour ce genre d'affaire. Nous avons aujourd'hui une certitude, c'est que Céline étant rentrée, les Talibans ayant demandé un certain nombre de revendications, l'ultimatum étant précis, nous rentrons maintenant dans une nouvelle phase.

Q.- L'émissaire français est toujours sur place ?

R.- Nous travaillons à la libération de ces quatre otages.

Q.- Et le président de la République s'en occupe personnellement.

R.- Le président de la République évidement est le premier à s'en occuper en permanence.

Q.- Le gouvernement afghan ne veut plus libérer de prisonniers talibans comme il l'avait fait en échange de l'otage italien. Vous arriverez à les fléchir, vous travaillez aussi dans cette direction là ?

R.- Nous travaillons dans le sens d'une libération la plus rapide possible de ces quatre otages. Vous savez qu'il y a un ultimatum précis.

Q.- "La France n'a pas vocation à rester en Afghanistan", avez-vous répété, N. Sarkozy a repris cela dans ses thèmes de campagne. Est-ce que nous ne sommes pas en train de déserter ce pays alors que les Talibans progressent ?

R.- Je l'ai dit, rien de nouveau dans ce dossier. Le président Chirac lors du sommet de l'OTAN a Riga avait abordé ce sujet avec ses partenaires en expliquant les évolutions de notre dispositif militaire en Afghanistan. Comme vous le savez, il y a des forces spéciales qui ont été retirées. Le chef de l'Etat doit décider lui-même de l'avenir de notre dispositif militaire qui évolue par définition en permanence, comme d'ailleurs celui de tous nos autres partenaires.

Q.- Autre dossier international : manifestation géante en Turquie contre la candidature d'un islamiste à la présidence. Un coup d'Etat militaire est-il prévisible en Turquie ?

R.- Ecoutez d'abord c'est évidement aux Turcs et aux Turcs seuls et à leur représentants au Parlement de décider ce qu'ils doivent faire pour cette élection présidentielle et donc je n'ai pas à m'immiscer dans les affaires intérieures. Mais enfin deux remarques : la première c'est qu'il faut conseiller à nos amis Turcs de pousser le processus constitutionnel jusqu'au bout et donc cette élection présidentielle, c'est une exigence démocratique. La deuxième chose, c'est que les Européens et les Français en particulier sont très soucieux du principe, du respect du principe de laïcité. Et donc sur les négociations particulières entre l'Union européenne et la Turquie, j'ai envie de dire que plus que jamais, le droit des femmes, le droit de culte, le droit d'expression, le droit de pensée, le droit d'enseignement sont des droits évidement majeurs, qui sont en réalité les valeurs européennes.

Q.- Est-ce que la perspective d'une Turquie entrant dans l'Union européenne n'est pas aujourd'hui totalement obsolète quand on voit la tension entre les militaires d'un côté, les islamistes de l'autre ?

R.- Ce qui est sûr, ce qui est important c'est que la Turquie respecte les droits dont je viens de parler. Chapitre après chapitre, on voit bien que la Turquie aujourd'hui n'est pas encore prête, mais ce qui est important c'est de la faire basculer du bon côté.

Q.- Dernière semaine de campagne présidentielle en France, S. Royal profite plus apparemment que N. Sarkozy des reports de voix venant de F. Bayrou au premier tour. En tant qu'ancien de l'UDF, êtes-vous inquiet ?

R.- Ecoutez, moi je vois d'abord que le projet économique et social de F. Bayrou est exactement le contraire du projet économique et social de S. Royal. Prenez les 35 heures, c'était évident au moment du débat. Sur les 35 heures, S. Royal veut les généraliser, F. Bayrou n'en voulait pas. Sur les régimes de retraite, régimes spéciaux, F. Bayrou est du côté je dirais du programme de N. Sarkozy, le finaliste, et S. Royal veut au contraire garder ces régimes spéciaux. Prenez la Sécurité sociale étatisée : F. Bayrou a bien expliqué que c'était aux responsables syndicaux, aux partenaires sociaux de décider l'avenir de l'Assurance maladie, de l'assurance retraite et S. Royal parlait de l'Etat. Et je pourrais continuer et parler de l'Europe. Parlons de l'Europe ! On pourrait continuer comme cela, donc manifestement...

Q.- Sur l'Europe, ils sont d'accords tous les deux pour un référendum devant les Français si un nouveau traité est mis en chantier, N. Sarkozy est contre.

R.- Sauf que je me suis aperçu de manière assez sidérée, que l'un est pour l'euro fort, l'autre est pour l'euro faible. Et il y avait deux choses différentes. Donc on voit bien que sur le plan économique et social, je ne parle pas moi des institutions, je parle de la réalité de la France aujourd'hui, de la manière dont elle sera gouvernée demain, de ce monde qui est en train de changer, de l'Inde, du Brésil, de la Chine qui évoluent, qui émergent, que fait la France ? Eh bien je vois qu'ils sont diamétralement opposés sur ce sujet. Et d'ailleurs, moi qui suis centriste, qui a été président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, vous l'avez rappelé tout à l'heure, j'ai été UDF, eh bien je vois bien que tous les UDF et tous les députés UDF aujourd'hui sont, pratiquement tous, du côté de N. Sarkozy.

Q.- Y a-t-il eu des pressions de N. Sarkozy pour empêcher ce débat ?

R.- Pourquoi voulez-vous qu'il y ait des pressions ? Il y a une majorité présidentielle. Le 14 janvier dernier, N. Sarkozy, je crois a établi sa propre métamorphose, il a dit "je ne suis plus le président de l'UMP, je ne vais pas faire une candidature de président de l'UMP, je vais faire une candidature de rassemblement des Français". Eh bien, oui il y a une majorité présidentielle ouverte, l'UDF a toute sa place, mais l'UDF a toujours eu sa place dans le centre droit.

Q.- Alors justement pour que cette majorité soit complète, il a proposé, il a envisagé hier, N. Sarkozy, de mettre un peu de proportionnelle à l'Assemblée nationale ou au sénat, et ou au Sénat. S. Royal dit ce matin, c'est évidement pour avoir les voix du Front national.

R.- C'est là où je crois... Enfin ça fait un peu peur quand on entend cela.

Q.- C'est-à-dire ?

R.- Il faut qu'elle sache que l'UDF a demandé depuis le début, depuis que les partis politiques, depuis des dizaines d'années, une partie de proportionnelle. Nous avons toujours demandé à l'UDF à l'époque une partie de proportionnelle parce que ça fait partie du programme des centristes. Et donc penser, ne pas penser aux Verts, alors qu'elle est avec les Verts aujourd'hui dans cette coalition, ne pas penser aussi aux extrêmes de son côté, ne pas penser à l'UDF, c'est faire une erreur politique. Non, ça s'appelle le pluralisme, c'est à N. Sarkozy de décider si ce sera au Sénat ou et à l'Assemblée nationale. Mais je crois qu'il est bon aussi pour le respect de tous les électeurs que toutes les tendances soient représentées au Parlement.

Q.- S. Royal ne s'interdit pas de nommer F. Bayrou à Matignon. Est-ce que N. Sarkozy ne devrait pas dire la même chose dans les jours qui viennent, c'est-àdire faire une ouverture vers un éventuel ticket avec F. Bayrou ?

R.- Je crois qu'on voit bien la différence aujourd'hui, il y a d'un côté un candidat qui est le porte-parole des Français, qui comprend l'attente des Français et on voit bien que les Français le comprennent, parce qu'il est le candidat du parler vrai. Et de l'autre vous avez des arrangements d'appareils d'états majors, Untel va être Premier ministre, Untel président de parti va rencontrer un autre président de parti, ça ce n'est pas au niveau du deuxième tour de l'élection présidentielle, qui est le contact entre un homme ou une femme et un peuple.

Q.- Vous êtes l'un des derniers en date à droite à avoir affronté S. Royal dans un débat télévisé, ça avait plutôt tourné d'ailleurs à votre avantage. Quel conseil donnez-vous aujourd'hui à N. Sarkozy pour bien réussir le débat de mercredi ?

R.- Je ne me permettrais pas de donner un conseil à N. Sarkozy, ce que je dis c'est qu'on voit bien que S. Royal depuis maintenant plus de six mois repousse, repousse, repousse éternellement cette confrontation entre deux projets. Eh bien j'ai hâte comme tous les Français de voir à chaque question que posera N. Sarkozy, la réponse de S. Royal et vice versa. J'ai hâte de le voir. Mais là, je ne me fais pas de souci parce que je sais que ce candidat que je soutiens, N. Sarkozy, est le fruit de deux choses : une expérience très forte d'abord, on le sait tous très bien, et aussi un projet mûrement réfléchi et beaucoup travaillé.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 30 avril 2007.

Rechercher