Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué au budget et à la réforme de l'Etat, porte-parole du gouvernement, à "France Inter" le 7 mai 2007, sur l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République et son projet de gouvernement, sur la situation du PS et du nouveau Mouvement démocrate de François Bayrou. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, ministre délégué au budget et à la réforme de l'Etat, porte-parole du gouvernement, à "France Inter" le 7 mai 2007, sur l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République et son projet de gouvernement, sur la situation du PS et du nouveau Mouvement démocrate de François Bayrou.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre délégué au budget et à la réforme de l'Etat;

ti : N. Demorand.- N. Sarkozy est élu président de la République. Quels sont les choix stratégiques majeurs qui lui ont permis de s'imposer à son camp d'abord, et de battre la gauche ensuite ?
 
R.- Je crois d'abord qu'il a d'abord rassemblé la famille politique sur un projet dans lequel on avait crevé tous nos abcès idéologiques. Il faut se rappeler ce que c'était la droite à la fin des années 90, on n'osait parler de rien.
 
Q.- Et la droite s'assume aujourd'hui ?
 
R.- Aujourd'hui, la droite s'assume aussi bien sur des questions comme le travail où il y avait beaucoup d'hésitations, mais aussi sur la sécurité, et puis aussi, il faut bien le dire, sur la question de l'identité qui est un sujet absolument majeur sur lequel les Français se posent mille questions et sur lequel il a mis les pieds dans le plat.
 
Q.- N. Sarkozy commence par sa présidence par quelques jours de repos. Est-ce la bonne attitude ?
 
R.- Ah oui ! Oui, ça je crois même que ça devrait être plus courant dans notre tradition républicaine que de bien dissocier ce qui relève du temps de la campagne, qu'ensuite de ce qui relève du temps du lancement du mandat et je crois que 48 h ou trois jours, enfin c'est, je crois, quelque chose qui a du sens et puis par ailleurs je crois que c'est important de faire une pause dans ces moments-là.
 
Q.- Alors, il va se reposer, il va sans doute préparer son futur Gouvernement. F. Fillon est ultra favori pour Matignon, est-il le Premier ministre que vous appelé de vos voeux ?
 
R.- Ah moi, comprenez que là-dessus je ne ferai pas de commentaire particulier. En revanche, oui, j'ai beaucoup d'estime pour F. Fillon, ça c'est sûr, oui, bien sûr, mais ça ça relève du choix du président.
 
Q.- Qui va gouverner le président de la République ou le Premier ministre ? Il y aura-t-il une marge de manoeuvre pour le Premier ministre ?
 
R.- Je crois que là encore c'est un peu difficile de répondre à cette question. Le président de la République, imprime sa marque, son style, sa personnalité. Ce qui compte surtout c'est que dès à présent, et c'est ça d'ailleurs qu'a souhaité N. Sarkozy, on soit au travail et on a des chantiers considérables.
 
Q.- Vous êtes au Gouvernement depuis cinq ans, vous aspirez à y rester. Dans quel état d'esprit est-on quand on est candidat à se succéder à soi-même ?
 
R.- D'abord, la question ne se pose pas tout à fait en ces termes. C'est vrai que cinq années c'est très formateur, moi j'ai accompli un parcours assez initiatique dans ce domaine-là avec des ministères qui m'ont été confiés, notamment celui du Budget, m'a permis d'apprendre et je crois d'être utile pour le pays. Maintenant, pour le reste, on est dans une nouvelle phase, c'est au président de décider et puis quant à moi, naturellement, je continue de m'engager pleinement dans tout ça.
 
Q.- Et vous êtes à sa disposition ?
 
R.- Ah, bien sûr !
 
Q.- Quinze ministères, est-ce une bonne envergure ? N'est-ce pas un peu trop peu pour piloter la France ?
 
R.- Non, je crois que c'est un choix qui est totalement assumé par Nicolas, il l'a dit depuis le début, l'idée c'est des grands ministères avec derrière des secrétariats d'Etat, c'est évidemment une reconfiguration de l'organisation gouvernementale à la clé, et c'est évidemment quelque chose d'innovant.
 
Q.- On annonce des ministres de gauche, E. Besson, A. Lauvergeon peut-être. C'est une bonne idée ?
 
R.- Non mais je crois que l'une des marques de fabrique c'est l'ouverture, chacun l'a bien compris, parce que les chantiers sont considérables, même s'il y a eu un clivage droite-gauche assez marqué ça va bien au-delà, il y a aussi un clivage entre ceux qui veulent que les choses avancent et ceux qui ne le veulent pas, ceux qui veulent vraiment aller dans un terrain qui n'a jamais été exploré jusqu'à présent avec des idées nouvelles, et puis ceux qui disent non, non, on s'assoit sur tous les conservatismes. L'idée c'est que ceux qui ont envie de faire bouger les choses, évidemment se rassemblent, c'est ça l'idée.
 
Q.- C'est un message valable pour le centre, faut-il proposer un accord aux députés UDF, ou demain Mouvement démocrate, qui rentreront dans ce jeu de l'ouverture ?
 
R.- Je crois... enfin, là encore, l'ambiance c'est quoi ? C'est de dire qu'on les bras ouverts à une logique de rassemblement, c'est-à-dire c'est la moindre des choses. Après, il faut que chacun se détermine. Chacun se déterminera. Les élus de l'UDF ont montré, pour l'essentiel d'entre eux, qu'ils étaient profondément attachés aux valeurs que nous avons défendues avec N. Sarkozy. Après, il y a le cas particulier de F. Bayrou mais c'est plus à F. Bayrou qu'il faut poser la question qu'à nous.
 
Q.- Alors, F. Bayrou est-il allé trop loin en disant vendredi qu'il ne voterait pas N. Sarkozy ? Est-ce qu'il a franchi un rubicon définitif ?
 
R.- J'en sais rien, mais en tout cas ce n'était pas clair, ce n'était pas clair, ce n'était pas lisible et c'est dommage parce qu'en réalité c'est un homme de droite, jusqu'à présent, et donc c'est vrai qu'il a défendu des idées très proches des nôtres. D'ailleurs, la meilleure preuve c'est qu'autour de lui l'essentiel des élus de l'UDF, du centre, ont rejoint N. Sarkozy au deuxième tour, ce qui était complètement cohérent d'abord avec le choix que leurs électeurs, qui sont les mêmes que les nôtres, avaient fait en 2002 et puis complètement cohérent avec ce qu'est un parcours politique. Vous savez, les balanciers comme ça de l'un à l'autre parfois ce n'est pas lisible.
 
Q.- Ne craignez-vous pas que le Mouvement démocrate passe un accord de désistement avec le PS pour sauver son groupe et être l'opposition ?
 
R.- Enfin, écoutez, il y aurait quelques paradoxes après avoir expliqué pendant six mois qu'on n'aimait pas la politique politicienne à vouloir tout d'un coup passer dans des espèces de calculs tactiques, qui n'ont rien à voir avec le fameux débat d'idée. Par contre, ce qui est vrai, ce que les Français, il faut qu'ils aient bien en tête que s'ils veulent que le projet présidentiel soit appliqué il faut qu'il y ait une majorité au Parlement et donc le rendez-vous de juin est un rendez-vous capital. Imaginez ce que pourrait avoir de très négatif la perspective d'une cohabitation parce que à ce moment-là on rentre dans l'inverse de ce que nous voulons en termes d'efficacité, et notamment sur le plan économique et social parce que les différences entre la gauche et la droite sont importantes dans ce domaine-là, ou en tous les cas entre le Parti socialiste et S. Royal et ce que nous avons voulu faire nous, aussi bien dans le domaine du travail que du pouvoir d'achat, que de l'économie en général.
 
Q.- Pour vous, le leader naturel de l'opposition c'est S. Royal, ce matin ?
 
R.- Non, ça j'en sais rien du tout ! C'est à l'opposition de s'organiser. Je crois qu'en tout cas elle a un premier devoir cette opposition, c'est elle aussi de faire ce travail qui consiste à crever ses propres abcès idéologiques. Va-t-elle aller vers une gauche gauche à l'image de L. Fabius ? Ou au contraire une gauche plus sociale démocrate à l'image de ce qui se fait en Europe, on l'a vu avec monsieur Prodi, avec monsieur Zapatero, sans parler de T. Blair, on voit là des hommes et des femmes qui, dans un certain nombre de domaines en Europe, ont modernisé la gauche là où la gauche française elle a quand même fait campagne pour dire qu'on abroge les lois Fillon sur les retraites, enfin c'est un autre monde, quoi.
 
Q.- N. Sarkozy envisage de couper Bercy en deux avec les comptes publics d'un côté et l'économie réelle des entreprises de l'autre. C'est une bonne idée ?
 
R.- C'est une excellente idée. Moi, à type personnel, j'ai toujours beaucoup plaidé pour cela parce que je pense qu'il y a vraiment toutes les raisons d'avoir un grand ministère qui regroupe le budget de l'Etat, le budget de la Sécurité Sociale et la réforme de l'Etat puisqu'en réalité c'est la même démarche. Aujourd'hui, il y a budget de l'Etat et réforme de l'Etat, et c'est vrai qu'en appliquant les techniques utilisées dans d'autres pays, et je pense en particulier au Canada, on a réussi à réduire la dépense publique et à faire des gains de productivité, à faire une réforme fiscale efficace. Donc, on voit bien la démarche. Donc, si on y ajoute les comptes sociaux, la Sécurité Sociale, là, à ce moment-là on a une démarche beaucoup plus globale, ça permet de faire des économies intelligentes, ça permet de faire de la productivité et ça permet de financer les grands engagements du nouveau président.
 
Q.- Impôt sur les successions, impôts sur la fortune, la politique du prochain Gouvernement ça sera "cadeaux pour les riches" ?
 
R.- Non, la campagne est finie, je crois que les Français ont bien expliqué à travers leur vote, qu'ils ont avaient marre d'opposer les uns aux autres. Chaque Français est important et on a besoin de tous les Français parce que sinon on n'y arrive pas. Vous savez, quand on fustige les uns ou les autres, il y en a qui partent, les plus fortunés, ceux qui ont les moyens de partir, et sur qui ça retombe la charge fiscale ? Sur les classes moyennes. Et donc, il y a un moment où il faut que ça s'arrête. Non mais les rendez-vous de l'été c'est quoi ? D'abord, il y a un premier rendez-vous social avec le service minimum, et puis il y a l'idée d'un électrochoc fiscal, c'est-à-dire de dire qu'il faut qu'on rende du pouvoir d'achat par des baisses d'impôts aux gens pour qu'avec ça ils investissent, ils embauchent, ils consomment, et que ça permette de faire des recettes supplémentaires. Donc, en réalité, il y aura derrière ça des rendez-vous fiscaux, vous avez parlé de droit de succession mais il faut surtout parler des heures supplémentaires, car sur la défiscalisation des heures supplémentaires il y aura là, évidemment, plus de pouvoir d'achat.
 
Q.- Que direz-vous à J. Chirac mercredi, après-demain, ça sera votre dernier Conseil des ministres en sa compagnie ?
 
R.- Si j'ai l'opportunité de lui parler, ça sera pour lui dire merci, parce que je n'oublie pas ce que je lui dois à titre personnel, il m'a permis d'exercer des fonctions passionnantes au sein du Gouvernement français et j'ai pour habitude de ne jamais oublier cela.
 
Q.- Merci et bonne journée.
 

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