Interview de M. Bernard Van Craeynest, président de la CFE CGC, à BFM TV le 7 mai 2007, sur les propositions de M. Nicolas Sarkozy en matière de relance de l'économie, de défiscalisation des heures supplémentaires et sur l'instauration d'un service minimum dans les transports en commun. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Van Craeynest, président de la CFE CGC, à BFM TV le 7 mai 2007, sur les propositions de M. Nicolas Sarkozy en matière de relance de l'économie, de défiscalisation des heures supplémentaires et sur l'instauration d'un service minimum dans les transports en commun.

Personnalité, fonction : VAN CRAEYNEST Bernard.

FRANCE. CFE CGC, président

ti : Florence Duprat : Avec nous, Bernard Van CRAEYNEST, président de la CGE-CGC. Merci d'être sur ce plateau. Donc, Nicolas SARKOZY a promis aux Français de ne pas les décevoir. Qu'est-ce que vous attendez, vous, en tant que président d'un grand syndicat, du nouveau président de la République ?

Bernard van Craeynest : Déjà qu'il relance l'économie, parce que nous savons qu'elle stagne aux alentours de 2 %, tandis que dans le monde le rythme de croissance est plutôt de l'ordre de 5 ou 6 %. Il est bien évident que cela prouve que nous ne sommes pas en capacité de tirer le meilleur parti de cette croissance mondiale et ça veut dire aussi qu'il faut que nous soyons en capacité de développer les petites et moyennes entreprises et de leur donner le goût d'aller voir à l'exportation pour conquérir des marchés.

FD : Alors, justement, pour relancer l'économie, redonner du pouvoir d'achat aux Français, il propose des exonérations de charges, des exonérations fiscales. Ça vous parait suffisant ?

BVC : Non, certainement pas, parce ce qu'il envisage sur les heures supplémentaires, on ne fait pas une politique de l'emploi à partir des heures supplémentaires ; c'est un aspect tout à fait marginal du travail. Qui plus est, je pense qu'il y a un certain nombre de problèmes qu'il faudra creuser, d'ailleurs, quand on parle de défiscalisation des heures supplémentaires, vous savez que les Français doivent être égaux devant l'impôt et on imagine mal qu'il y ait une partie du travail qui soit fiscalisée et l'autre qui ne le soit pas. Donc, au-delà des effets d'annonce et des slogans que nous avons connus durant cette campagne, il va bien falloir entrer dans le détail des mesures et voir si elles sont effectivement applicables.

FD : Alors, justement, il veut engager ces mesures, ces réformes tambour battant. Est-ce que vous craignez que ça soit au détriment de la négociation salariale ?

BVC : Je crois qu'il faut tenir compte, quand même, de l'existant. Nous avons une loi depuis le 31 janvier dernier, dite de modernisation du dialogue social, qui prévoit que le gouvernement, lorsqu'il veut conduire des évolutions, notamment sur tout ce qui touche au code du travail et donc aux négociations sociales, doit commencer par venir devant la Commission nationale de la négociation collective, qui regroupe tous les partenaires sociaux, pour présenter ses objectifs de réforme. A charge pour les partenaires sociaux de dire s'ils souhaitent s'emparer de tout ou partie de ces sujets pour négocier. A partir de là, s'ils souhaitent négocier, ils sont sensés disposés de trois mois renouvelables, le cas échéant, pour parvenir à un accord.

FD : Oui, donc ça veut dire que l'on ne peut peut-être pas aller aussi vite que cela. Alors, sur ce point, justement, le service minimum dans les transports sera peut-être un test majeur puisque Nicolas SARKOZY lance la balle dans le camp des partenaires sociaux, mais il dit aussi que si on ne se met pas d'accord, il y aura un texte, donc, passage en force.

BVC : Oui, probablement, enfin en tous les cas, c'est ce qui semble ressortir de ces premières indications. Moi, je mets en garde le nouveau président de la République, parce que je ne mets pas en doute sa volonté de bien faire pour le pays, comme je ne mettais pas en doute la volonté de Dominique de VILLEPIN de réformer ce pays et de le faire progresser. Malheureusement, quand on s'y prend mal, ça donne le CPE. Donc, je crois qu'il faut savoir réfléchir, regarder d'un peu plus près comment tout cela peut s'organiser pour faire en sorte de ne pas braquer un certain nombre de salariés. Parce que, on raisonne souvent sur le service minimum à partir des problèmes de la SNCF, mais en fait ce sont tous les transports, dans toutes les villes de France, on a vu qu'il y avait parfois des blocages, entre autres à Marseille, et donc il faut regarder de plus près comment tout cela peut être organisé, sachant qu'il existe à la RATP un excellent système et un accord sur l'alerte sociale, qui, on l'a vu, a permis de diminuer très sensiblement le niveau des grèves dans cette entreprise.

FD : Alors, service minimum, intérêt d'emprunt, exonération des droits de succession, semblent être les chantiers que Nicolas SARKOZY veut mettre en place rapidement. Ça vous semble être des chantiers prioritaires ?

BVC : Je pense qu'il est nécessaire dans ce pays de refondre l'ensemble de la fiscalité, car on a vu, année après année, au fil des lois de finances, tout un tas de mesures prises, qui ont créé des niches fiscales, qui ont créé des possibilités de baisses d'impôts mais de manière non linéaire, et je pense que le système est devenu illisible, incohérent et inéquitable. Et donc, c'est cela qu'il faut essayer de remettre à plat pour faire en sorte que l'on retrouve un système qui évite aussi que nous ayons un certain nombre de personnes qui, notamment lorsqu'elles vendent leur entreprise, partent à l'étranger pour éviter justement une fiscalisation trop lourde. Il vaut mieux, effectivement, à l'heure où nous savons qu'il y a 500 000 chefs d'entreprises qui, d'ici 2015, vont passer la main, faire en sorte que ces sommes, ces capitaux, soient réinvestis dans l'outil de production en France.

Source http://www.cfecgc.org, le 10 mai 2007

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