Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RTL le 11 mai 2007, sur l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, sa proximité avec les grands groupes de presse et la création du Mouvement des Démocrates (MoDem), issu de l'UDF, en vue des élections législatives. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RTL le 11 mai 2007, sur l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, sa proximité avec les grands groupes de presse et la création du Mouvement des Démocrates (MoDem), issu de l'UDF, en vue des élections législatives.

Personnalité, fonction : BAYROU François, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. UDF- Mouvement démocrate, président;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour F. Bayrou.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- Avez-vous surmonté la fatigue et la déception de l'élection présidentielle ?
 
R.- Je n'ai eu ni déception ni fatigue. Donc, j'ai rien eu à surmonter.
 
Q.- Bon ! La fatigue, on croyait l'avoir décelée, la déception de ne pas être qualifiée au 2ème tour, vous ne l'avez pas ressentie ?
 
R.- Non, c'est le combat politique. Il se trouve que réunir 7 millions de voix d'électeurs français dans un sentiment de très grande confiance, d'adhésion, il faut qu'on se rende compte que c'était le seul vote qui ne soit pas le vote traditionnel, normal. Chacun votant pour sa famille et ses habitudes. Et cette fois-là, ils ont voté pour quelque chose d'autre et j'en ai été très heureux ; et donc, non : ni fatigue, ni déception.
 
Q.- Qu'avez-vous pensé, F. Bayrou, des deux jours de vacances pris par N. Sarkozy au début de la semaine sur le yacht de V. Bolloré ?
 
R.- Je ne veux pas faire de polémique excessive. Vous savez bien que j'ai dit pendant toute la campagne électorale que le problème avec N. Sarkozy, c'était la proximité extraordinaire, étalée, affichée qu'il avait avec les puissances d'argent et notamment les puissances d'argent qui tiennent des média. Et vous savez bien qu'on est dans ce cas-là et que ceci ne correspond pas à l'image que je me fais et que beaucoup se font d'un président de la République française.
 
Q.- C'est une faute qu'a commise N. Sarkozy ?
 
R.- Lui, il a ce choix-là d'être dans une proximité étalée avec le showbiz et les puissances d'argent. Ce n'est pas le mien et ça présente une question : c'est que pour la première fois dans l'histoire de la République, le même pouvoir va avoir tous les leviers de commande de l'Exécutif, sans aucune exception, toutes les majorités à l'Assemblée Nationale et au Sénat, tous les corps de contrôle de la République qui sont tous de la même inspiration sans exception et la connivence affichée des plus grandes puissances financières et des plus grandes puissances médiatiques. Or, ceci ce n'est pas l'idée que je me forme d'une démocratie bien équilibrée parce qu'une démocratie bien équilibrée, comme vous le savez, c'est la séparation des pouvoirs, c'est-à-dire le citoyen ne trouve pas en face de lui ce bloc compact de tous les pouvoirs ensemble surtout dans un monde où l'argent joue un tel rôle. Et il a en face de lui, au contraire, des pouvoirs qui sont équilibrés. Voilà pourquoi je dis : l'enjeu des élections législatives c'est qu'il y ait un contre-pouvoir en France, c'est-à-dire quelqu'un qui n'est pas un opposant systématique mais qui est capable de dire : ceci est bien pour le pays, attention ceci va mal.
 
Q.- Vous avez anticipé ma question. Donc, ça c'est le Mouvement des Démocrates que vous avez lancé, hier, et qui présentera 577 candidats le 10 juin ?
 
R.- Oui, il est nécessaire de bâtir en France ce nouveau mouvement politique là. On a des mouvements politiques dont on a l'habitude : ils se répartissent les rôles entre l'UMP et le Parti socialiste. Quand les uns ont le pouvoir, le monopole du pouvoir, les autres ont l'opposition et on sait quel est le jeu : les uns votent toujours OUI et les autres votent toujours NON. Et moi, je dis qu'il est nécessaire d'avoir dans notre pays, des élus représentant le peuple, décidés à les défendre qui abordent chaque question sans à priori, sans savoir à l'avance s'ils voteront OUI ou s'ils voteront NON.
 
Q.- Vous pourrez donc voter...
 
R.- Et c'est le Mouvement Démocrate. Et c'est quelque chose de très nouveau et de très important et qui était formidablement attendu par les Français.
 
Q.- Vous pourrez donc voter les projets présentés par le gouvernement de N. Sarkozy ?
 
R.- Oui, je pourrai voter des projets présentés par le Gouvernement de N. Sarkozy.
 
Q.- Son budget, éventuellement ?
 
R.- Je peux voter tout ce qui est bien. La liberté que nous nous donnons en prenant, en effet, ce risque qui est de dire : excusez-nous, mais nous ne serons pas alignés sur la majorité, nous refusons d'être embrigadés à l'intérieur de la majorité comme nous refusons d'être embrigadés dans une opposition systématique. Cela, c'est ce que les Français attendent. Je vais vous raconter une histoire. Vraie !
 
Q.- Et courte.
 
R.- Et courte.
 
Q.- Nécessairement ?
 
R.- Vraie. Comme vous savez, on a commencé à parler sur les ondes du Mouvement Démocrate, dimanche soir, oh de manière timide et à peine ébauchée puisque je n'ai même pas fait de déclaration sur les ondes dans ce sens. Eh bien, il se trouve que depuis dimanche soir, les adhésions arrivent sur notre site, sur le site bayrou.fr, sans interruption. Nous avons atteint, hier soir, à 22h30, écoutez bien ... parce que le chiffre...
 
Q.- Vous surprend ?
 
R.-... me surprend moi-même. Nous avons atteint en trois jours 33.000 inscriptions de Français qui disent : nous, nous voulons participer à ce nouveau Mouvement. Je ne sais pas si on se représente ce que veulent dire 33.000 inscriptions spontanées, sans campagne, sans appel, voilà. Le MODEM - c'est les Internautes qui ont trouvé cette abréviation - le MODEM, c'est quelque chose qui va répondre à l'attente des Français dans toutes les circonscriptions parce que ce seront des défenseurs des citoyens.
 
Q.- Alors, MODEM, en informatique, ça veut dire "périphérique", pas "central" ?
 
R.- Non. C'est ce qui relie... le MODEM, vous savez c'est ce qui relie plusieurs intervenants informatiques entre eux.
 
Q.- Donc, le MODEM, c'est une nouvelle façon de faire de la politique. C'est clair, c'est transparent. Vous êtes le président de ce MODEM, F. Bayrou, avez-vous voté pour S. Royal lors du second tour des élections présidentielles ?
 
R.- Eh bien si je me suis borné à dire que je ne votais pas pour N. Sarkozy, c'était précisément pour ne pas rendre mon vote public.
 
Q.- Vous êtes le seul responsable politique à ne pas rendre son vote public, sans doute depuis des décennies dans la République Française, F. Bayrou.
 
R.- Eh bien voilà ce que j'ai choisi.
 
Q.- Ne le devez-vous pas aux 6 millions 800.000 Français qui ont voté pour vous, c'est-à-dire : pour qui vous avez voté au 2ème tour des élections présidentielles ?
 
R.- Non. Je leur devais, moi qui n'ai pas donné de consignes de vote, je leur devais simplement cette information. Je savais que N. Sarkozy allait être élu, c'était transparent, c'était dans tous les sondages et dans tous les rapports de force. Et j'ai seulement voulu leur faire dire que pour ma part, je ne donnerai pas mon suffrage pour les raisons que nous avons expliquées au début et que maintenant, nous allons devoir, dans la réalité - dans la réalité - défendre avec vigilance et même avec intransigeance. Et je suis sûr qu'un grand nombre de ceux qui ont voté pour N. Sarkozy au 2ème tour, qu'un grand nombre de ceux-là partagent une partie de mes interrogations et ils vont ainsi avoir l'occasion d'avoir un contre-pouvoir pour veiller à ce que les dérapages n'aient pas lieu. Vous savez ...
 
Q.- On a fini, je crois ?
 
R.- Eh bien j'ai fini. Mais en une phrase, vous savez ce qui a été frappant dans cette élection, c'est que les sondages ont montré qu'un très grand nombre d'électeurs avait voté contre un des deux candidats plutôt que pour. Moi je souhaite que désormais, dans la politique, on vote POUR plutôt que CONTRE.
 
Q.- Mais vous, vous ne voulez pas dire pour qui vous avez voté ?
 
R.- Eh non.
 
Q.- Eh bien voilà !
 
R.- C'est ma liberté de citoyen.
 
Q.- Mais ça n'est pas forcément ce que font tous les responsables politiques.
 
R.- Eh bien, on va innover là encore.
 
Q.- F. Bayrou, invité d'RTL. Bonne journée.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 11 mai 2007  

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