Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à France Inter le 22 mai 2007, sur ses principaux objectifs pour améliorer la sécurité, lutter contre le terrorisme et faire respecter les forces de l'ordre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, à France Inter le 22 mai 2007, sur ses principaux objectifs pour améliorer la sécurité, lutter contre le terrorisme et faire respecter les forces de l'ordre.

Personnalité, fonction : ALLIOT-MARIE Michèle, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités locales;

ti : N. Demorand.- Bonjour Madame le ministre de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, et des Collectivités territoriales. Succéder à N. Sarkozy, Place Beauvau, mission impossible ?
 
R.- Mission certainement difficile. C'est vrai que la barre est mise très haut mais c'est aussi une mission passionnante, parce que, finalement, le ministère de l'Intérieur c'est le ministère de la permanence de l'Etat, de la permanence de la sécurité, et donc, de la permanence de la vie quotidienne des Français.
 
Q.- Quand vous êtes arrivée au ministère, vous avez déclaré vouloir être le ministre des forces de l'ordre, "reconnues, respectées et aimées". Est-ce une rupture ?
 
R.- Je ne pense pas que ce soit une rupture, mais c'est un besoin que les Français comprennent mieux que les forces de l'ordre sont là pour leur permettre au quotidien de vivre mieux, et par là même, que les Français comprennent que le droit, que la loi, là aussi c'est fait pour être respecté, parce que c'est ce qui va permettre à chacun de vivre le mieux possible, de s'épanouir, d'utiliser tous les atouts qui sont ceux de la France, qui va aussi, peut-être, et en premier, protéger les plus fragiles dans notre société.
 
Q.- Vous allez avoir, comme les autres ministres, une feuille de route, une lettre de mission. Il y a eu aussi beaucoup de promesses électorales. Quelles seront vos marges de manoeuvre pour imposer votre propre patte sur ce ministère ?
 
R.- Quand on fixe une feuille de route, on fixe des objectifs, et ensuite c'est au ministre de prendre les moyens d'arbitrer parmi les méthodes qui doivent être utilisées pour obtenir ces objectifs. Alors, bien entendu, pour moi, dans les priorités, il va y avoir d'améliorer la sécurité des Français au quotidien, et c'est en particulier la lutte contre la délinquance. Dans ce domaine, beaucoup a été fait puisqu'il y a eu depuis 2002 sous l'impulsion de N. Sarkozy, de D. de Villepin, et de F. Baroin, une baisse de 14 % de la délinquance...
 
Q.- Oui, mais beaucoup reste à faire, notamment sur les violences faites aux personnes ?
 
R.-...Beaucoup reste à faire...
 
Q.- C'était l'aspect moins glorieux du bilan de N. Sarkozy !
 
R.- Attendez...Si vous permettez, je crois qu'il y a eu d'abord, en dehors de cette baisse globale de la délinquance, une augmentation des taux d'élucidation, une augmentation de plus de 10 % globalement, et notamment dans les crimes les plus importants, on arrive maintenant à quasiment 90 % de taux d'élucidation. C'est considérable, y compris pour les victimes. Mais ce que nous constatons aussi c'est qu'au fur et à mesure que l'on a des résultats dans certains domaines, il y a de nouvelles formes de délinquances, de nouveaux risques nationaux comme internationaux, qui apparaissent. Et je pense qu'il y a besoin effectivement d'une analyse, d'une prévision, d'une anticipation de ces nouveaux risques. Les atteintes aux personnes, vous avez tout à fait raison, c'est une réalité.
 
Q.- Comment allez-vous les réduire ? Les arsenaux législatifs sont déjà complets, complexes, ils vont encore se compléter et se complexifier dans les mois à venir. Comment faire, tout simplement ?
 
R.- La première des choses, c'est d'encourager d'abord les victimes à dire. Parce que, pendant très longtemps, si on parlait moins d'atteintes aux personnes, c'est sans doute aussi parce que les victimes, notamment dans le cadre familial ou en qui concerne les enfants, pour les atteintes notamment sexuelles aux enfants, n'osaient pas dire, n'étaient pas prises en compte. Et qu'il y ait une augmentation aujourd'hui, c'est normal pour ce qui concerne la multiplication de ces demandes. C'est anormal, bien entendu, dans la mesure où il peut y avoir un fond. Mais là, vous avez effectivement un arsenal législatif qui est dans l'ensemble assez complet, on va examiner dans le détail s'il y a des manques en la matière, et puis on agira. Mais là, je crois que la lutte contre l'insécurité, c'est également la lutte contre le terrorisme, c'est une de mes priorités, je l'ai bien connue lorsque j'étais au ministère de la Défense. Il est évident que, là, cela devient aussi une préoccupation majeure.
 
Q.- Où en est la menace aujourd'hui ? On la disait forte et élevée avant l'élection présidentielle. Depuis, qu'en est-il ?
 
R.- C'est exactement la même chose, c'est-à-dire qu'il y a une réalité : la menace est réelle à l'égard de la France comme à l'égard de tous les pays occidentaux, pas simplement d'ailleurs des pays occidentaux, puisque nous avons vu que les actes terroristes se sont beaucoup produits aussi à l'extérieur de l'Europe au cours de ces dernières années. Mais nos concitoyens sont également visés. Alors, nous faisons très attention. Il y a des moments qui sont plus sensibles que d'autres ; nous sommes encore aujourd'hui en "Vigipirate rouge", cela va durer encore un certain temps. Et puis, au fur et à mesure, nous verrons.
 
Q.- Vous disiez donc que vous souhaitiez être le ministre de forces de l'ordre "reconnues, respectées et aimées". "Reconnues, respectées, aimées", cela n'est-il pas la définition stricte de ce que l'on appelle "la police de proximité" ?
 
R.- Vous savez, ce que je souhaite d'abord, c'est que le ministère de l'Intérieur apparaisse comme un ministère exemplaire, et justement exemplaire dans la relation entre les forces de l'ordre et la nation. Et je pense que l'on peut faire un certain nombre de choix. Alors, dans l'efficacité des forces de l'ordre, il y a aussi la proximité géographique, que vous avez déjà en ce qui concerne la gendarmerie, que l'on peut sans doute améliorer encore en ce qui concerne la police.
 
Q.- La gendarmerie va-t-elle passer sous votre coupe ou sous votre autorité, si j'ose dire ?
 
R.- Elle l'était déjà c'est vrai, et il doit y avoir un renforcement de la coordination entre les deux pour plus d'efficacité.
 
Q.- Il paraît que N. Sarkozy voulait que le ministère de l'Intérieur gère les gendarmes, et que vous, vous n'êtes pas vraiment sur la même longueur d'onde ?
 
R.- Les gendarmes ont un statut militaire, et je crois qu'il est très important pour la démocratie, pour la République, qu'il y ait des forces de l'ordre à double statut : d'une part, la police, et d'autre part, la gendarmerie.
 
Q.- Donc, ce sera non ?
 
R.- Je suis très attachée à l'identité militaire de la gendarmerie. N. Sarkozy l'est aussi. Et ce que je veux, c'est que ces deux forces soient considérées à égalité, et en respectant l'identité de chacune, mais bien entendu...
 
Q.- Et qu'elles gardent leur tutelle aujourd'hui ? Gendarmerie, Défense, Police, pour vous, Intérieur ?
 
R.- Oui. Il y a des aménagements qui peuvent être faits, à la marge notamment, dans la mesure où la gendarmerie est mise à la disposition du ministre de l'Intérieur, en ce qui concerne les actions à l'intérieur. Mais vous le savez aussi, la gendarmerie a également d'autres fonctions. Ceci va être défini dans les décrets qui vont fixer les compétences des uns et des autres, et je pense qu'il n'y aura aucun souci.
 
Q.- Revenons donc à la police de proximité : allez-vous, oui ou non, l'instaurer ? Hors des propos de campagne, des querelles idéologiques, est-ce que ça n'est pas un outil de plus dans les démocraties de même type que la France, qui permettent de gérer un certain nombre de problèmes ? Va-t-on en retrouver une en France ou pas alors ?
 
R.- Je crois que, quand on parle de "police de proximité", très souvent on ne sait pas très bien ce qu'il y a derrière. Je crois qu'il faut distinguer entre la proximité géographique, qui est un élément très important, et donc il faut voir comment on peut le développer. Et puis, d'autre part, des activités qui n'ont que marginalement à voir avec le rôle premier de la police. Pour ma part, j'ai eu déjà l'occasion de le dire. Je considère qu'il doit y avoir une véritable chaîne de sécurité ; et ma méthode, ce sera justement celle de la chaîne de sécurité, consistant à faire travailler tout le monde ensemble dans un même but. Alors, cette chaîne de la sécurité va de la prévention, elle va à la surveillance, elle va à la sanction, et elle se termine aussi avec la justice. Et avec R. Dati, nous avons bien l'intention d'aider à ce qu'il y ait une meilleure compréhension, un meilleur travail en commun, parce que ceux qui en bénéficieront ce sont les Français dans la mesure où leur sécurité sera améliorée. Je crois qu'il faut de la fermeté, il faut de la clarté, il faut surtout l'assurance pour les délinquants qu'il y aura une sanction à la fin de chaque délit. Je crois que c'est cela qu'il faut. C'est la façon de protéger les gens, c'est également la façon d'éviter tous les amalgames.
 
Q.- B. Hortefeux est ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. C'est donc un secteur qui échappe, là, à votre autorité en tant que ministre de l'Intérieur. Ne risque-t-il pas d'y avoir des tensions au cours des mois qui viennent avec les nouveaux découpages de ces ministères ?
 
R.- Non, je ne le crois pas.
 
Q.- Vous gardez tout de même une prérogative importante ?
 
R.- Je crois que cette nouvelle façon d'aborder les problèmes de l'intégration, de l'immigration, des rapports avec les pays d'origine de l'immigration, c'est quelque chose de très positif. J'ai bien vu dans mes fonctions précédentes, un certain nombre des problématiques de l'immigration. Les gens viennent rarement pour leur plaisir ici ; ils viennent aussi parce qu'ils ne peuvent plus vivre chez eux. Donc, avoir un ministère qui met ensemble les problèmes du développement, en même temps que les problèmes de l'immigration, et les problèmes de l'intégration, je pense que c'est une bonne façon de voir les choses, et que cela ne peut qu'aider aussi le ministre de l'Intérieur, en éliminant peut-être une part des problématiques qui participent de l'insécurité.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 22 mai 2007  

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