Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF - Mouvement démocrate, sur le droit des citoyens à disposer d'un pluralisme à l'Assemblée à l'issue des élections législatives, Paris le 5 juin 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président de l'UDF - Mouvement démocrate, sur le droit des citoyens à disposer d'un pluralisme à l'Assemblée à l'issue des élections législatives, Paris le 5 juin 2007.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF - Mouvement démocrate, président

Circonstances : Réunion publique au Gymnase Japy à Paris le 5 juin 2007

ti : "J'allais vous dire, je vais dire quelques mots bien sûr, puisque c'est à moi de conclure cette soirée, mais, à la vérité, le plus beau des discours que je pouvais faire, il est à la tribune, le plus beau des discours, c'est eux et, le plus beau des discours, c'est vous.

Nous sommes à quatre jours d'une élection très importante dont il faut reconnaître que la plupart des Français a le sentiment qu'elle est derrière eux puisqu'ils ont l'impression que l'élection importante, c'était l'élection présidentielle et que les élections législatives ne seraient que la réplique de l'élection présidentielle.

J'écoutais hier matin la revue de presse sur France Inter dont j'étais l'invité et le titre d'une de cette revue de presse, c'était : "Une campagne point d'interrogation ? Quelle campagne ?"...

En effet, vous observerez avec intérêt, j'en suis sûr, en tout cas avec surprise, que pas un sujet n'a été débattu pendant cette campagne électorale, pas une réflexion n'a été conduite sur l'urgence des réformes, sur le programme des uns et des autres, une seule question a été posée, c'est : donner à Nicolas Sarkozy la majorité la plus large possible pour son action.

Pour un très grand nombre de citoyens Français que nous représentons, au contraire, la défense de l'idée qu'une majorité est nécessaire, mais que plus encore est nécessaire, pour l'action et la défense des citoyens, qu'il y ait un équilibre à l'Assemblée Nationale entre les forces différentes dans lesquelles les Français se reconnaissent.

Je voudrais vous dire que mes amis qui se sont exprimés et très bien exprimés à la tribune et Marielle de Sarnez vient de le faire à l'instant en défendant l'idée de démocratie, ont tous dit la même chose.

Moi, je veux prendre ce sujet, cette question de dimanche prochain sous l'angle du droit des citoyens. Pas le droit des partis politiques à être représentés ou à avoir leur place au Parlement, pas le droit des pouvoirs, mais le droit des citoyens, car l'Assemblée Nationale est le lieu où s'exprime le droit des citoyens et le lieu où s'exprime le droit des citoyens à voir débattues les décisions avant qu'elles ne soient prises.

Un Parlement, c'est fait, comme vous le savez, pour que le peuple puisse parler par l'intermédiaire de ses représentants.

La configuration dans laquelle on nous promet que nous allons nous trouver, que l'on nous annonce comme certaine, on entend des chiffres qui sont impressionnants : 80 % des sièges pour le parti majoritaire à l'Assemblée Nationale... Je ne sais pas si vous voyez l'hémicycle de l'Assemblée Nationale devant vous, alors vous commencez à l'extrême-droite, vous parcourez l'ensemble de l'hémicycle et il faut que vous arriviez aux quatre cinquièmes de cet hémicycle pour commencer à rencontrer des gens qui n'appartiendront pas au parti majoritaire.

Dans l'assemblée précédente, l'UMP avait trois cent soixante-cinq députés, autant que de jours dans l'année. Je ne sais pas si vous voyez la place, le rôle, l'influence, le poids, le pouvoir, la capacité d'expression d'un député qui siège dans un groupe où il a autant de collègues que de jours dans l'année ! Eh bien, cette fois-ci, il faudra en plus que l'on aille jusqu'au 30 avril pour arriver à faire la liste et le nombre de ces députés, le 30 avril de l'année suivante !

Tout cela, naturellement, n'aurait pas grande importance si le Parlement ne servait qu'à voter oui, à adopter des textes qui auront été délibérés ailleurs, c'est-à-dire au sein du Gouvernement.

On va se trouver dans une situation dans laquelle l'Assemblée Nationale n'aura pas d'autre rôle, en raison du poids écrasant du parti majoritaire, que d'adopter le plus vite possible, sans contradiction, sans débat, les textes qui lui seront soumis et qui, sitôt soumis, seront adoptés, de sorte que les citoyens perdront leur premier droit qui est celui d'être informés par leurs élus, par les débats de leurs élus, de l'importance des conséquences des choix qui vont être pris en leur nom.

Le premier rôle d'un Parlement, c'est de débattre et le Parlement ne peut débattre que s'il y a du pluralisme, c'est-à-dire s'il y a des courants différents pour représenter les Français dans cette enceinte.

Les décisions qui vont être prises sont des décisions d'une très grande importance, des décisions qui auront des conséquences palpables, matérielles, sur la vie de tous les jours, de tous nos concitoyens et ces décisions-là -je conteste l'idée défendue par le président de la République Nicolas Sarkozy et le Premier Ministre François Fillon, auraient été avalisées par le peuple français au moment de l'élection présidentielle.

Le peuple français a élu Nicolas Sarkozy sur, je crois, ce qu'il a ressenti de sa personnalité. Il l'a trouvé énergique et il a eu le sentiment qu'il portait, en vérité, une rupture. Il n'a pas retenu l'idée qu'il était membre du Gouvernement. Il a retenu l'idée qu'il portait une rupture avec ce Gouvernement.

Cela, c'est vrai. Il l'a élu sur une grande capacité de communication qui est réelle, celle-là aussi, et il l'a élu sur deux ou trois idées directrices comme on fait toujours au moment d'une élection présidentielle : une idée sur le travail qui, c'est vrai, a été retenue et entendue par les Français et une idée sur l'abord frontal d'un certain nombre de problèmes comme les problèmes de l'immigration sur lesquels Nicolas Sarkozy s'est fait entendre.

Mais il n'est est pas vrai que le reste du programme ait été, point par point, avalisé par les Français.

Il n'est pas vrai qu'en élisant Nicolas Sarkozy, les Français par exemple aient décidé de la création de franchises en matière de Sécurité Sociale, en matière de santé, qui rendront non remboursables -écoutez bien-, pas seulement non remboursées, mais non remboursables, y compris par des mutuelles, une partie des dépenses de santé qui, pour quarante, cinquante, soixante, quatre-vingt euros -cela dépend des estimations-, demeureront à la charge des malades et à la charge des patients.

Cette question, une simple question de la vie de tous les jours, est naturellement soumise à deux interrogations principales, dont la première : est-ce juste ? Et la deuxième : est-ce efficace ?

Il est nécessaire d'avoir un débat sur ces deux questions.

Est-ce juste ?

DE LA SALLE. - Non.

François BAYROU. - Pour ma part, je sais très bien qu'il y a des familles pour qui quarante, cinquante, soixante, quatre-vingt euros, c'est une somme, mais ce n'est pas une somme considérable donc celles-là absorberont cette franchise sans difficulté. Je ne sais d'ailleurs pas si cela changera quoi que ce soit à leurs habitudes de consommation médicale.

En revanche, et vous en avez parlé, Madame qui vous êtes tout à l'heure exprimée, il y a beaucoup de familles en France, et pas seulement parmi les pauvres, pour qui quarante, cinquante, soixante, quatre-vingt euros, c'est une somme considérable, car, tous les mois, leur budget est bouclé à l'euro près, car, y compris parmi les personnes qui travaillent, avec le prix du logement à l'heure actuelle, on a beaucoup de mal à joindre les deux bouts, car, parmi les femmes qui élèvent leurs enfants toute seule, les dépenses d'habillement, de nourriture, les dépenses liées à la scolarité, tout cela représente des budgets tels que l'on compte avec parcimonie, avec attention, avec le sentiment que même pas une sortie n'est possible, même pas une sortie au restaurant, car on n'arrive pas à boucler le budget à la fin du mois.

Et parmi celles-là en particulier, il y a une chose dont je suis certain, il en est un grand nombre et peut-être en est-il un grand nombre parmi les plus respectables, les plus estimables, celles qu'il faudrait défendre le plus, qui n'oseront pas avouer à leur médecin qu'elles n'ont pas d'argent pour le payer au moment de la première visite de l'année et parce qu'elles n'oseront pas avouer cela à leur médecin, alors elles ne l'appelleront pas.

Ceci nous amène à la question : est-ce juste ?

Non, ce n'est pas juste, car ce sont les plus faibles qui, naturellement, vont "trinquer", ce sont les plus faibles qui, naturellement, vont se trouver en difficulté, ce sont les plus faibles qui auront des problèmes de santé et je n'aime pas une France dans laquelle se sont les plus faibles qui sont ciblés et les plus avantagés qui sont épargnés.

Est-ce efficace ?

Représentant du peuple à l'Assemblée Nationale, lorsque nous voterons une disposition comme celle-là qui est annoncée lors du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, le PLFSS comme l'on dit...

La question : est-ce efficace ? Je suis au regret de dire à ceux qui ont conçu et défendu cette mesure que, selon moi, la surconsommation médicale, ce n'est pas la première visite de l'année pour les familles, s'il y a surconsommation médicale, c'est la vingtième, la vingt-cinquième, la trentième visite de l'année et pas la première.

Et je suis, au contraire, au regret de leur dire que cette franchise aura, en réalité, des effets inflationnistes, puisque, pour ceux qui n'auront pas de problème d'argent, une fois franchi le seuil de la franchise, alors on pourra dépenser autant que l'on voudra, on pourra faire autant de visites, autant de dépenses médicales, d'analyses ou d'examens divers que l'on voudra. C'est le contraire de l'objectif que l'on veut atteindre.

Je ne fais pas grief à Nicolas Sarkozy d'avoir défendu ou proposé une telle idée. Après tout, le problème de la Sécurité Sociale est suffisamment important pour que l'on essaie de trouver des chemins, mais il y a besoin de réflexions, il y a besoin de débats et, s'il le faut, il y a besoin d'amendements et de changements.

On n'est pas obligé de faire des bêtises, car on les avait inscrites à la page 15 de son programme.

Et c'est à cela, mes chers amis, que sert le Parlement de la République. S'il y a des députés, c'est pour qu'ils puissent faire des remarques et changer les textes qu'on leur soumet et le faire librement.

Il y a beaucoup de débats au sein du peuple français, il va y avoir beaucoup de débats au sein du peuple français sur une deuxième idée, en effet, qui faisait partie des promesses de Nicolas Sarkozy, idée sur laquelle nous avons le devoir d'examen, d'esprit critique, d'avoir une réflexion pour savoir si elle est juste ou pas.

Nicolas Sarkozy a promis de mettre fin à la carte scolaire.

Au premier abord, cela paraît sympathique, car cela donne, comme cela, l'impression, l'illusion peut-être, d'une plus large capacité de choix pour les familles, mais je pose une question toute simple et je la poserai de la même manière à la tribune de l'Assemblée Nationale.

Cette question est celle-ci : que fait-on le jour où, dans des établissements, dans des collèges par exemple, dans des collèges réputés de centre-ville, et vous voyez, s'agissant de Paris, à quels établissements je peux songer, il y aura cinq mille inscriptions pour mille places disponibles ?

Là, on n'est plus dans la théorie, on n'est plus dans les promesses électorales, on est dans la réalité. Cinq mille inscriptions, et peut-être suis-je au-dessous de la réalité.

Dans une ville comme Paris, avec les transports en commun facile, ce n'est pas le cas de toutes les villes de province et encore moins pour les petits établissements des lointaines vallées des Pyrénées ni de banlieues, mais dans une ville comme Paris vous aurez peut-être davantage de cinq mille places disponibles. Alors qu'allons-nous faire ? La réponse est toute simple, elle est écrite d'avance et tous ceux qui connaissent l'éducation savent ce qui va se passer.

À partir de ce moment-là, on va trier les élèves pour les installer dans cet établissement. On les triera un peu sur leurs relations et en tout cas sur leur livret scolaire, ce qui signifie qu'à l'instant même, vous avez établi des établissements de première classe et pour certains de super première classe, des établissements de deuxième classe et des établissements, hélas, de troisième classe où personne ne voudra aller, qui seront un ghetto et un lieu de relégation.

Et ceci mérite débat, car, évidemment, ceux qui seront dans les établissements de troisième classe, on les connaît à l'avance, ce sont les les plus faibles encore issus de milieux sociaux fragiles, et plus fragiles encore.

C'est cela, la réalité avec laquelle nous allons devoir vivre.

Je trouve que cela mérite débat, notamment de la part des républicains, notamment de la part de ceux qui aiment et défendent depuis longtemps l'Éducation nationale dont le principe était, non pas l'excellence pour quelques uns et la relégation pour les autres, mais l'excellence pour tous, beaucoup plus que maintenant, dans tous les établissements, spécialement dans les établissements qui accueillent des élèves et des enfants de familles qui n'ont pas la chance d'avoir les relations, la culture et le milieu social nécessaire à la réussite.

Et, excusez-moi de le dire, c'est à l'Assemblée Nationale que l'on doit avoir ce genre de débat, c'est à l'Assemblée Nationale que, montant à la tribune, on doit souligner, pour le Gouvernement, à l'avance le droit d'avoir des députés qui les représentent pour mettre en garde, lorsque des décisions auxquelles on n'avait pas réfléchies peuvent apparaître dangereuses pour, par exemple, la cohésion de la société à laquelle on va appartenir.

Je dis que ce devoir de débat, ce droit pour les citoyens d'avoir un débat organisé devant eux, c'est l'un des premiers droits de la démocratie. Il faut informer le peuple, pour qu'il puisse réfléchir et peser, à son tour, sur l'issue des décisions qui vont être prises en son nom.

On a le droit de débattre, on a le devoir de débattre, mais on ne peut pas le faire si l'Assemblée appartient entièrement au monopole d'un parti et d'un seul.

Je prendrai seulement un troisième exemple et je m'arrêterai là. C'est celui qui a été évoqué par Christian Saint-Étienne et par Marielle : on vient d'entendre une déclaration officielle du Gouvernement indiquant qu'il allait mettre entre parenthèse la lutte contre l'aggravation du déficit et contre l'augmentation de la dette dans notre pays.

Là, on est dans un cas de figure entièrement différent des cas de figure que j'évoquais à l'instant.

C'est vrai que, concernant la franchise, il y avait une formule dans le programme du président élu qui évoquait cette franchise. C'est vrai que, sur la carte scolaire, il en avait fait l'une de ses promesses électorales, mais, sur la dette, que je sache, après que nous avons lancé ce débat, que nous l'avons établi devant les Français, que nous en avons fait un des sujets de l'élection présidentielle, si je ne m'abuse, si je ne me trompe et je crois avoir été un observateur relativement attentif de cette période, tous les candidats, singulièrement Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, sont venus devant les Français en disant : nous allons lutter vertueusement contre le déficit et contre la dette.

On ne peut pas laisser déraper les finances publiques dans un pays et on ne peut pas faire que les jeunes aient à payer l'inconséquence des générations actuelles au pouvoir.

Je peux citer, je peux faire entendre les phrases qui ont été répétées par les uns et par les autre sur ce sujet avec plus ou moins de conviction, plus ou moins de bonne foi, plus ou moins de détails quant à la manière de procéder pour arriver à ce résultat, mais tout le monde l'a dit.

Or, la première déclaration officielle du Gouvernement est qu'il va laisser filer le déficit et la dette, car on va faire de dix à quinze milliards d'euros, certains disent même à vingt milliards d'euros, j'ai lu cela dans Le Figaro Économie l'autre jour, de dépenses supplémentaires en avantages fiscaux pour les plus favorisés, pour la déduction des intérêts des emprunts mobiliers ou encore pour les heures supplémentaires et plus quelques autres "gâteries" dont j'ai oublié, à cet instant, la liste.

On va dépenser quinze milliards d'euros à crédits qui devront être un jour payés. Par qui ? Non pas par les plus favorisés, non pas par les plus riches, non pas par les propriétaires, mais par l'ensemble des Français qui vont devoir assumer le poids des libéralités du Gouvernement.

J'estime que c'était un bénéfice formidable de l'élection présidentielle que d'avoir installé le sujet du sérieux dans la dépense publique, de l'équilibre des dépenses publiques dans notre pays, de l'avoir installé dans la préoccupation des citoyens.

C'était un grand succès et il n'est pas juste et il n'est pas bien, notamment vis-à-vis des générations futures, notamment vis-à-vis de ceux qui travaillent, notamment vis-à-vis de ceux qui, d'une certaine manière, auront, un jour ou l'autre, à payer le prix de cette décision, de faire croire que la dette et le déficit représentent désormais un sujet secondaire en France.

Nous sommes là pour dire qu'il s'agit d'un sujet principal et il faut qu'il y ait des députés à la tribune de l'Assemblée Nationale pour dire au Gouvernement qu'il se trompe, lorsqu'il abandonne cet objectif de rendre à la France, un jour, l'équilibre de ses finances publiques et qu'il n'est pas fidèle aux engagements que notre pays a pris et aux engagements qu'il a pris devant les Français.

Autrement dit, là, pour le coup, nous serons des députés qui monteront à la tribune pour demander au Gouvernement de respecter les engagements qu'il a pris d'être fidèle à la parole qu'il a donnée sur l'un des sujets les plus importants qui concerne l'avenir du pays et des générations dont nous avons la charge.

Nous avons besoin de débats, nous avons besoin d'information des citoyens, nous avons besoin que les citoyens aient des défenseurs à la tribune de l'Assemblée Nationale pour parler en leur nom, pour êtres ceux qui portent leur voix pour demander que l'on réfléchisse, non pas pour condamner, non pas pour être dans l'opposition systématique, mais pour imposer du débat et de la réflexion.

Notre objectif n'est pas d'être comme le Parti socialiste le sera, contre tout ce que le Gouvernement proposera, car je déteste l'opposition systématique au moins autant que je déteste l'adhésion systématique. Je n'aime pas davantage ceux qui votent toujours et mécaniquement non que ceux qui votent toujours et mécaniquement oui.

Ce que je n'aime pas, c'est la mécanique et je vous propose de remplacer le vote mécanique par un vote réfléchi, un vote indépendant, un vote libre par des députés qui fassent leur travail de député, qui soient capables, au nom des électeurs qu'ils représentent, de dire leur adhésion lorsqu'il y a adhésion et de dire, au contraire, leur réserve ou leur opposition lorsque le sujet oblige à la réserve et à l'opposition.

Par exemple, je tiens à dire que certains des sujets qui ont été abordés par le président de la République ou le Gouvernement nécessiteront l'accord du Parlement ou, quoi qu'il en soit, l'information du Parlement, sur lesquels il me semble que nous pouvons donner -nous verrons ce qu'il en sera au bout du compte- un avis positif.

Par exemple, et c'est en tant que militant européen que je l'indique, si Nicolas Sarkozy arrive à "débrouiller" l'affaire du Traité constitutionnel en allant dans le sens que nous avions proposé pendant la campagne électorale, non pas d'un mini traité, expression qu'il a abandonnée, mais d'un traité simplifié dans lequel le citoyen, à la lecture, pourra retrouver les grands principes démocratiques de l'Europe, où l'on retrouvera l'inspiration qui était celle du Traité constitutionnel, mais avec un abord beaucoup plus franc, beaucoup plus simple, alors je dirai que c'est une bonne chose.

Probablement aurons-nous des débats avec le Gouvernement ou avec le président sur la manière de le ratifier. Très bien, nous aurons des débats, mais, au moins, si ce texte réussit à sortir -nous n'en sommes pas encore tout à fait là, il y a encore beaucoup de chemin à faire-, je dirai à ce moment-là, s'il est juste et qu'il reprend cette inspiration, que nous sommes d'accord avec le travail qui a été fait et que nous le soutenons.

En effet, nous pouvons indiquer, sur de grands sujets, que nous sommes en accord, car, après tout, c'est de la France dont il s'agit, c'est de l'Europe dont il s'agit et cet accord sera un plus pour notre pays. De ce fait, nous le défendrons et nous le manifesterons, y compris à la tribune de l'Assemblée Nationale.

De la même manière, une concertation a été lancée avec les associations écologiques et, bien sûr, il ne sera pas facile de trouver un chemin. Je m'adresse à ceux, parmi vous, qui viennent de ces courants et de ces sensibilités.

Bien sûr ce ne sera pas facile, mais, après tout, c'est le bon chemin que de commencer à rechercher, en matière d'Organismes Génétiquement Modifiés, par exemple, une démarche qui soit nationale, dans laquelle, si je puis suggérer quelque chose, on ne se contente pas de guerres de religions, mais où l'on demande aux scientifiques français, à l'Académie des sciences, aux spécialistes du vivant, aux spécialistes de pharmacologie, désignés d'un commun accord par les associations et les pouvoirs publics, de bien vouloir donner, à la société française et aux décideurs politiques, un éclairage sur la question centrale.

Cette question est la suivante : y a-t-il ou non dissémination d'organismes génétiquement modifiés ? Sommes-nous en train, avec la multiplication... Je rappelle que, l'an prochain, nous serons très au-delà de cent millions d'hectares d'OGM dans le monde et, de ce fait, s'agissant par exemple du soja, on trouve évidemment des organismes génétiquement modifiés dans tous les aliments que consomment les animaux, y compris ceux élevé en France, lesquels se retrouvent ensuite dans les circuits commerciaux et, au bout du compte, dans votre assiette.

Existe-t-il, oui ou non, alors que nous assistons à l'explosion de ces OGM à la surface de la planète, des risques scientifiquement déterminés, scientifiquement détectables qui font qu'à ce moment-là, il faudra pousser un cri d'alarme devant l'humanité et la France s'honorera de le faire ?

Nous avons besoin d'avoir une vision, une lecture scientifique de ces sujets. Si le Gouvernement la demande, il aura raison de le faire, nous le soutiendrons pour cela et je trouverais juste que nous le disions, y compris à la tribune de l'Assemblée Nationale.

Nous avons besoin de débats, de liberté de jugement, d'indépendance, d'élus qui fassent leur travail d'élus, mais pas d'élus dont le seul rôle soit de voter oui, de voter non, simplement pour être en phase avec les instructions ou la discipline que leur parti les obligera à suivre.

Ce sera mon dernier mot.

En proposant aux Français ce pluralisme qui, seul, permet le débat, en proposant aux Français cette attitude d'indépendance, de liberté de jugement et de liberté de vote, alors nous faisons quelque chose de très important : non seulement nous défendons le droit des citoyens, mais nous réhabilitons le Parlement de la République.

Nous devenons les vrais défenseurs de l'institution parlementaire, de la démocratie de représentation, car il n'y a plus d'institution parlementaire si le seul rôle des élus est de voter mécaniquement dans un sens ou mécaniquement dans un autre. En réalité, c'est ce mécanisme de vote automatique qui explique l'affaiblissement des Parlements et qui fait qu'aujourd'hui, dans de nombreux pays européens, ils ne jouent plus le rôle qui devrait être le leur et qui est le seul moyen d'être reconnu et soutenu par l'opinion publique.

Nous serons les défenseurs du Parlement en mettant des élus libres à la tribune de celui-ci.

Et, enfin, nous ferons oeuvre de justice, de justice élémentaire, car il n'est pas juste que nous vivions dans une démocratie où une force démocratique, équilibrée, modérée, qui a réuni sept millions d'électeurs à l'élection présidentielle puisse se trouver menacée d'avoir un rôle marginalisé dans le Parlement ou une représentation tout à fait minime, alors que ceux qui ont obtenu à peine 10 % de plus -je rappelle que le candidat de l'UMP a réuni 30 % des voix, que la candidate du Parti socialiste en a réuni 25 % et nous en avons réuni près de 20 %- aient 80 % des sièges, alors que ceux qui ont obtenu 20 % sont en situation d'être repoussés à la marge de l'Assemblée Nationale.

Il n'y a pas de démocratie qui se porte bien, il n'y a pas de pays qui se porte bien, il n'y a pas de pays qui réussisse lorsque ses institutions sont injustes et que les citoyens ne se reconnaissent pas dans celles-ci.

De ce fait, le combat pour le pluralisme à l'Assemblée Nationale et pour la présence des grands courants du pays à l'Assemblée Nationale est le combat pour le changement des institutions, afin qu'elles deviennent démocratiques et justes. Ce combat sera, plus que jamais, d'actualité à partir du 17 juin 2007 et dans les années qui viennent.

Ce combat, nous ne l'abandonnerons pas. C'est un combat, non pas pour nous-mêmes, mais pour les citoyens et pour la France.

Et, donc, nous sommes, nous serons et je suis très heureux d'être entouré par cette pléiade de candidats. Ainsi, je salue Didier Bariani qui nous a rejoints au premier rang de cette salle. Oui, en effet, le choix que nous offrons aux Français par la présence des candidats et des candidates de l'UDF et du Mouvement démocrate dans cette élection, c'est une offre non pas pour un parti, une étiquette, fut-il un parti nouveau qui attire des dizaines de milliers de citoyens nouveaux dont vous êtes ici des représentants, mais une offre politique et un combat fondamental pour les cinq années qui viennent et pour l'avenir de la démocratie Française.

En défendant les idées, les convictions qui sont les nôtres, nous défendons, en réalité, l'intérêt vital des citoyens de notre pays dans leur vie de tous les jours, dans leur vie de famille. Ils pourront ainsi être informés et peser sur les décisions qui seront prises à l'Assemblée Nationale, ils pourront être assurés qu'on ne leur cachera rien, car ils ne laisseront rien caché, car nous ne laisserons rien passer sous silence.

Ils sont assurés qu'ils auront des élus à la fois vigilants et constructifs et c'est parce que nous serons vigilants et constructifs que le Parlement retrouvera l'audience qui devrait être la sienne.

La candidature de ces femmes et de ces hommes à Paris et dans le reste de la France, c'est une chance pour la démocratie Française et nous ne la laisserons pas passer.

Je vous remercie de votre présence si nombreuse, je les remercie de leur combat et je vous remercie de votre engagement et de votre action."


source http://www.bayrou.fr, le 6 juin 2007

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