Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à RTL le 6 juin 2007 et réponse à des questions d'auditeurs sur la rémunération des heures supplémentaires, la réforme du travail parlementaire et des régimes spéciaux de retraite, l'emploi des personnes âgées de cinquante ans et plus et le renforcement du pouvoir législatif. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à RTL le 6 juin 2007 et réponse à des questions d'auditeurs sur la rémunération des heures supplémentaires, la réforme du travail parlementaire et des régimes spéciaux de retraite, l'emploi des personnes âgées de cinquante ans et plus et le renforcement du pouvoir législatif.

Personnalité, fonction : FILLON François, APHATIE Jean-Michel, HONDELATTE Christophe.

FRANCE. Premier ministre; & nbsp;;

ti : J.-M. Aphatie et C. Hondelatte [7h50 : Interview avec J.-M. Aphatie]
 
Q.- F. Fillon, vous êtes Premier ministre depuis trois semaines. Certains disent que N. Sarkozy fait tout et que vous faites le reste. Ce sont de mauvaises langues ?
 
R.- Vous savez, d'abord il y a une Constitution dans notre pays qui répartit les rôles entre le président de la République et le premier ministre. Et en particulier, le Premier ministre est responsable de conduire la politique devant le Parlement, il n'y a pas encore de Parlement...
 
Q.- Donc, tout va bien ?
 
R.-...il n'y pas encore de majorité mais cela va venir. Et puis, pour le reste, on est en train d'inaugurer une nouvelle façon de gérer notre pays et de faire de la politique. Une façon qui n'est pas une surprise pour moi, puisque cela fait plus de deux ans que j'y travaille et que j'y réfléchis avec N. Sarkozy. On a un président de la République qui est élu au suffrage universel, avec une légitimité considérable, et avec une élection qui coïncide avec l'élection législative. Les Français attendent que ce président de la République mette en oeuvre son projet. Le rôle du Premier ministre que je suis, qui a conçu le projet avec lui, c'est de mettre en oeuvre le projet du président de la République. Donc on forme une équipe, qui est sans doute l'équipe la plus soudée que la Vème République aura connue, s'agissant du président de la République et du Premier ministre, et je crois que cette cohésion, que cette complicité, que cette solidarité est la clé de la réussite.

Q.- Donc, vous ne souffrirez pas d'un manque de place, F. Fillon ? Vous aurez votre place ?
 
R.- Non, je pense que c'est beaucoup plus confortable pour le Premier ministre, quand il se retourne, de voir que le président de la République est derrière lui pour le soutenir dans les réformes difficiles. Cela n'a pas toujours été le cas dans le passé.
 
Q.- Avez-vous rendu, F. Fillon, tous les arbitrages concernant la réforme des heures supplémentaires ?
 
R.- Oui, Monsieur Aphatie.
 
Q.- Quels sont-ils ? Quel est, par exemple, le régime de défiscalisation pour les salariés ?
 
R.- Eh bien il est très simple : il n'y aura pas d'impôts sur le revenu pour les heures supplémentaires, de même qu'il n'y aura pas de charges sociales salariales sur les heures supplémentaires et que les charges sociales patronales seront complètement réduites grâce à un forfait qui sera mis en place avec un avantage pour les entreprises de moins de 20 salariés, pour compenser le fait que ces entreprises, jusqu'à maintenant, avaient la possibilité de payer les heures supplémentaires seulement 10 % au-dessus du tarif normal, alors qu'elles seront obligées, puisque notre objectif c'est d'augmenter le pouvoir d'achat des Français, de les payer à 25 % au-dessus du tarif.
 
Q.- Donc défiscalisation totale pour les salariés, ça c'est une information.
 
R.- Défiscalisation, détaxation. Et s'agissant des entreprises, nous mettons en place un forfait qui annule complètement le surcoût de l'heure supplémentaire.
 
Q.- Le coût de cette mesure est-il très élevé ?
 
R.- Non, il n'est pas très élevé, il est de l'ordre de 2,5 à 3 milliards d'euros. Il est difficile, naturellement, à apprécier parce qu'il dépend du nombre d'heures supplémentaires qui sera mis en oeuvre. Notre souhait, c'est qu'il y en ait le plus possible. S'il y a beaucoup d'heures supplémentaires, ce n'est d'ailleurs pas un coût, c'est plutôt une recette en moins que l'Etat enregistrera. Mais ce que nous pensons, c'est que plus d'heures de travail, c'est plus de croissance, et donc, c'est plus de production de richesse. Au fond, cette mesure est destinée à répondre aux deux principaux problèmes que rencontre la société française, au moins sur le plan économique, c'est : le pouvoir d'achat insuffisant et le déficit d'heures travaillées. On ne peut pas augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter le volume d'heures de travail, sinon, c'est aggraver encore les handicaps de l'économie française. Et on ne peut pas demander aux salariés de travailler 39 heures en étant payés 35. Et donc, si on veut réduire ce déficit de retravailler, la façon la plus efficace, c'est d'inciter à l'utilisation des heures supplémentaires.
 
Q.- Vous évaluez, ce matin, le manque à gagner à 3,5 milliards, certains disent...
 
R.- Entre 2,5 et 3.
 
Q.-...2,5 et 3. Ferez-vous des économies correspondantes ?
 
R.- Bien sûr, nous allons faire des économies correspondantes dans le budget de 2008 que nous sommes en train de préparer. Nous respecterons tous les engagements qui sont ceux de la France au regard, à la fois, des contraintes européennes, mais surtout, au fond, de la bonne gestion qui doit conduire à réduire l'endettement de notre pays. La France est un pays où il y a beaucoup de réformes à faire, beaucoup de réformes structurelles. Nous avons depuis deux ans beaucoup réfléchis à ces réformes, nous savons à peu près celles qu'il faut faire. Nous allons dès l'été engager une revue de toutes les politiques publiques pour regarder, à chaque fois que cela est possible, comment on peut fusionner des structures qui doublonnent, comment on peut réduire des politiques qui ont des coûts excessifs, comment on peut supprimer des politiques qui sont inefficaces. Et je vous assure que nous respecterons les contraintes qui sont celles que nous avons acceptées avec nos partenaires européens.
 
Q.- J.-C. Juncker, président de l'Euro-groupe, disait, lundi : "les membres de l'Euro-groupe se sont engagés à rééquilibrer leurs comptes publics, en 2010 au plus tard". Donc, ce sera le cas ?
 
R.- Oui, nous nous sommes engagés, nous, sur cinq ans, à passer notre endettement au-dessous de 60 % du PIB, ce qui impose de réduire notre déficit jusqu'à un niveau où, au fond, on n'emprunte plus que pour financer nos investissements. Je pense que chaque Français qui gère son budget est capable de comprendre.
 
Q.- Ca vous fait arriver jusqu'à 2012, pas 2010.
 
R.- Cet objectif sera tenu, pour une raison simple d'ailleurs, c'est que nous pensons que pour faire des économies, il faut faire des réformes structurelles ; pour faire des réformes structurelles, il faut parfois dépenser un peu d'argent. Je prends souvent l'exemple de la réforme des retraites : la réforme des retraites en 2003 représente une énorme économie sur le plan structurel ; c'est une grande réforme structurelle. Mais avant de produire les économies qu'elle va produire avec l'allongement de la durée de cotisations, elle a commencé par coûter un peu, puisque nous avons autorisé ceux qui ont commencé à travailler à 14, 15, et 16 ans à partir plus tôt. C'était le prix à payer pour l'acceptabilité sociale de cette réforme, c'était d'ailleurs un élément de justice sociale. De la même façon, nous, nous allons engager des réformes structurelles, dont certaines coûteront un peu d'argent, mais déboucherons sur un budget équilibré.
 
Q.- Un juge des enfants a été poignardé, hier, au tribunal de grande instance de Metz. Les magistrats dénoncent le manque de moyens. Ce n'est pas la première fois qu'un plan est mis en oeuvre pour tenter de sécuriser les tribunaux, il y en avait déjà eu un l'année dernière. Qu'allez-vous faire de plus qui n'ait pas été fait F. Fillon ?
 
R.- Je comprends totalement l'émotion des magistrats. S'il y a un endroit où l'ordre, où la sécurité doit régner c'est bien les tribunaux. Les magistrats remplissent un rôle qui est absolument essentiel, ils doivent le faire dans un climat de sérénité et de sécurité. Et donc, cela veut dire...
 
Q.- Pour l'instant, ce n'est pas le cas ?
 
R.- Et donc, cela veut dire qu'il n'y a pas assez de moyens pour protéger les magistrats ; nous allons mettre ces moyens. R. Dati a un mois pour présenter un plan pour améliorer la sécurité des tribunaux. Ce que je veux dire à cette occasion c'est que, là, encore, il faut des réformes structurelles. Il y a une carte judiciaire qui est héritée du passé. Si l'on veut avoir des tribunaux modernes, efficaces, avec des juridictions spécialisées, et des moyens pour assurer la sécurité de ces tribunaux, dans le contexte budgétaires qui est le nôtre, il faut accepter de revoir la carte judiciaire et de faire les réformes de fond qui s'imposent
 
Q.- Des tribunaux vont fermer ?
 
R.- Il y a des tribunaux qui doivent être regroupés, nous l'avons dit d'ailleurs pendant la campagne, avec N. Sarkozy. On ne peut pas à la fois vouloir une justice moderne, vouloir l'évolution de l'institution judiciaire, et ne pas accepter le moindre changement.
 
Q.- Un rapport de l'Institut national des Hautes études sur la sécurité, dont on eu connaissance au début de la semaine, parle d' "une déferlante de violence dans le département de Seine-Saint-Denis". Qu'allez-vous faire F. Fillon ?
 
R.- D'abord, c'est un rapport qui avait été commandé par l'Etat, ce qui montre que l'Etat se préoccupe de la situation qui est particulière de ce département de Seine- Saint-Denis, qui concentre un très très grand nombre de handicaps auxquels il faut s'attaquer. La première chose que nous allons faire, madame Alliot-Marie va rencontrer l'ensemble des acteurs de la sécurité en Seine-Saint-Denis - les préfets, les responsables de la police, de la justice, elle va rencontrer les élus locaux -, pour voir avec eux quelles sont les mesures les plus urgentes à prendre pour améliorer la situation en Seine-Saint-Denis.
 
Q.- Davantage de policiers, plus proches des gens ? On sait ce qu'il faut faire.
 
R.- Il y a une chose qui est sûre... Il faut sûrement sans doute renforcer les moyens de la police, il faut aussi que tout le monde joue le jeu, il faut aussi que la police soit soutenue. Et en tout cas, nous ne changerons pas l'orientation qui a été prise depuis quelques années, nous la renforcerons. Je veux dire par là que, pour que, pour que la sécurité règne en Seine-Saint-Denis, il faut que les délinquants soient arrêtés, il faut que la justice soit sévère, il faut que les peines soient appliquées.
 
Q.- Vous le dites depuis des années, ça ne change pas.
 
R.- Mais oui, parce que la violence est en nous, elle est en chacun de nous, elle est au coeur de la société française. La violence ne s'éradique pas comme cela. Si l'on veut réduire la violence, si on veut la contenir, il faut ne jamais reculer d'un millimètre, et il ne faut jamais remettre en cause l'effort que nous avons engagé contre l'insécurité et contre la délinquance, et en particulier ne pas faire miroiter aux Français des solutions qui sont des solutions sans avenir. Je pense en particulier à tout ce débat sur la police de proximité, qui avait montré toute son insuffisance.
 
Q.- Lundi, à Lyon, vous avez estimé que la gauche, je vous cite, "n'ose plus aimer la France". On vous a reproché votre ton arrogant. C'est un propos de campagne électorale, F. Fillon ? Vous le regrettez ?
 
R.- En réalité, je ne dis rien d'autre que ce que disent D. Strauss-Kahn et quelques hommes de gauche éclairés...
 
Q.- Ils disent qu'ils n'osent plus aimer la France ?
 
R.- Ils demandent en tout cas à la gauche de faire un effort une réflexion sur elle-même. Ce que je reproche à la gauche, c'est qu'elle vient de perdre une élection présidentielle, et elle vient de la perdre de manière assez sévère. Elle ne commence pas le début d'une autocritique. Sur les 35 heures, sur la question de l'identité nationale, dont madame Royal avait dit que "il s'agissait d'une notion ignoble"...
 
Q.- Cela ne veut pas dire qu'ils n'osent plus aimer la France !
 
R.- Non... Cela veut dire en tout cas que, pendant quinze ans, ils nous ont imposé la repentance. Il faut aujourd'hui qu'ils acceptent de reconnaître que, s'ils ont perdu les élections c'est qu'il y a sans doute des raisons. Et quand je dis cela, je le dis parce que nous, nous avons besoin pour réformer notre pays, d'une gauche moderne, d'une gauche qui soit à l'image des autres gauches européennes. Alors si la dureté de mes propos peut provoquer ce débat, eh bien j'aurais au moins permis de participer à la rénovation de la gauche française.
 
Q.- Faut-il accorder la présidence de la commission des Finances à l'opposition ?
 
R.- Oui, c'est un engagement que le président de la République a pris, mais simplement, je voudrais que cet engagement soit inclus dans une discussion globale avec la gauche sur la modernisation...
 
Q.- Pas tout de suite, c'est cela que vous voulez dire ?
 
 
R.- Si, si, cela peut être tout de suite. Moi, je veux que les engagements du président de la République soient tenus intégralement. Mais je voudrais que l'on engage en même temps avec la gauche une discussion sur la modernisation du travail parlementaire, sur le contrôle des nominations d'un certain nombre de hauts fonctionnaires, sur, peut-être, l'augmentation du nombre des commissions pour coller à la réalité de la société française. Enfin, que l'on fasse un vrai travail de modernisation du travail parlementaire.
 
Q.- Oui tout de suite à la présidence de la commission des Finances... L'épouse d'un vos ministres, des membres de sa familles, ses collaborateurs, son chauffeur, se présentent aux élections législatives. Ce sont des candidatures qui ont pour but de capter un peu plus si c'est possible les financements de l'argent public pour les partis politiques. Que pensez-vous de cette pratique ?
 
R.- Je n'ai pas de commentaire à faire sur...
 
Q.- Dommage !
 
R.- Attendez... Il s'agit de l'application de la loi de la République et toutes les formations politiques pratiquent cette façon de faire.
 
Q.- C'est dommage !
 
R.- La question qu'il faut se poser, c'est de savoir si ce système de financement de la vie politique est adapté. Je pense qu'il ne l'est pas et je proposerai qu'on le modifie.
 
Q.- On poursuit le dialogue avec les auditeurs... [Pause. Puis, à 8h40...]
 
Q.- C. Hondelatte : Monsieur Fillon, merci d'être revenu à ce micro pour un dialogue en direct avec nos auditeurs, vous êtes prêt ?
 
R.- Bien sûr, j'attends les questions avec impatience.
 
Q.- C. Hondelatte : Vous allez voir, certaines sont un peu directes, comme on dit. Bonjour Jean. Le Premier ministre vous écoute, vous pouvez vous adresser directement à lui.
 
R.- Jean : Oui, bonjour monsieur le Premier ministre.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- Jean : Oui, concernant les heures supplémentaires, dont le texte va sortir incessamment sous peu, j'aurais quatre petits points à vous signaler. Donc premièrement, je suis inspecteur départemental des impôts en retraite, et à ce titre-là, je voulais vous signaler que concernant les heures supplémentaires dans la fonction publique, depuis la réforme budgétaire de l'Etat, c'est un petit peu compromis. En effet, comme vous le savez, certainement mieux que moi, les budgets sont alloués annuellement et...
 
Q.- C. Hondelatte : Jean, il nous faut une question assez ou une remarque assez synthétique, parce que sinon on n'aura pas le temps de prendre tous les gens qui appellent. Donc soyez synthétique s'il vous plait. Qu'est-ce que vous souhaitez demander au Premier ministre ce matin ?
 
Q.- Jean : Alors concernant les heures supplémentaires du monde salarié, comment pensez-vous monsieur le Premier ministre, faire échec au problème suivant, en ce qui concerne les entreprises qui ont besoin de travail supplémentaire par une augmentation du plan de charges, comment pensez-vous qu'ils vont plutôt lutter contre le chômage en embauchant ou plutôt donner préférence aux heures supplémentaires ? Ca c'est la première question. Ensuite, le monde du travail, lui, qui voit arriver ces heures supplémentaires - pour certains avec plaisir, parce qu'il s'agit d'une manne financière - ne vont-ils (sic) pas se dresser contre les chômeurs qui eux, ont besoin d'être embauchés mais comme je viens de vous le dire précédemment, ne le seront peut-être pas parce que le patron préfère donner des heures sup...
 
Q.- C. Hondelatte : Jean, il faut qu'on s'arrête là. Vous appelez de Turckheim dans le Haut-Rhin et le Premier ministre va vous répondre. C'est l'argument le plus souvent évoqué, pour douter de cette réforme qui s'annonce.
 
R.- Bien sûr, mais c'est le résultat de 20 ans de fausse route. Cela fait 20 ans qu'on répète inlassablement aux Français, que c'est en réduisant le temps de travail qu'on créait des emplois. Cela fait 20 ans qu'on dit aux Français que quelqu'un qui part à la retraite, c'est un emploi pour un jeune. Je comprends que les Français aient fini par adhérer à cette idée qui semble une idée de bon sens. Le problème c'est que c'est exactement le contraire de la réalité, et c'est le contraire de ce que font tous les autres pays développés. C'est nous qui avons le plus réduit le temps de travail, c'est nous qui avons le taux de chômage le plus élevé ; c'est nous qui avons le plus précipité les départs en retraite pour libérer des postes de travail et c'est nous qui avons le taux de chômage des jeunes, le plus élevé. La vérité c'est que ce qui handicape l'économie française, ce sont les contraintes que nous avons mises sur le travail : sur le temps de travail, sur le contrat de travail, sur les charges sociales et ce n'est pas...
 
Q.- C. Hondelatte : Donc il ne peut pas y avoir d'abus des heures supplémentaires ?
 
R.- Mais il peut y avoir ici ou là des abus, mais globalement, d'un point de vue macroéconomique, plus il y aura d'heures de travail de distribuées, plus la France produira, plus la croissance sera forte et plus on aura de possibilité de redistribuer. Le travail appelle le travail. La croissance appelle la croissance, l'augmentation du pouvoir d'achat appelle la consommation, qui elle-même permet de prélever des impôts qui permettent de financer les services publics. Donc il faut qu'on sorte de cette vision malthusienne de notre organisation du travail qui nous a fait tellement de mal. Donc je comprends que les Français puissent y être attachés, parce qu'encore une fois, c'est le discours que nous avons tenu, la gauche beaucoup, la droite un peu, depuis 20 ans.
 
Q.- C. Hondelatte : Est-ce qu'il y aura un dispositif pour empêcher les abus...
 
R.- Oui, mais il y a des dispositifs pour empêcher les abus. Il y a des limites qui sont mis au nombre des heures supplémentaires qui peuvent être effectuées. Mais moi, je mise sur la libération des capacités de production beaucoup plus que sur l'augmentation des contraintes et des contrôles.
 
Q.- C. Hondelatte : Marc, bonjour.
 
R.- Marc, auditeur : Oui, bonjour, bonjour monsieur le Premier ministre.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- C. Hondelatte : Vous nous appelez de Comines dans le Nord. Le Premier ministre vous écoute.
 
Q.- Marc : Oui, voilà, ma question est très simple, je souhaitais savoir à quel moment vous engagerez la réforme des retraites, privé, public ainsi que les régimes spéciaux, sachant par exemple que dans la privé, nous cotisons 25 ans alors que dans le public six mois pour nos retraites, les six derniers mois ?
 
R.- C'est très simple, on a déjà harmonisé la durée de cotisation, c'est la loi que j'ai fait voter en 2003 entre le public et le privé. Il y a encore un certain nombre d'injustices qui existent, la plus criante étant celle des régimes spéciaux. Donc nous avons dit que nous engagerions la réforme des régimes spéciaux en 2008, au moment où est prévu le réexamen des dispositions de la réforme de 2003, en particulier pour vérifier, avant d'allonger la durée de cotisation de l'ensemble des régimes - passer de 40 à 41 annuités - que les données qui avaient présidé à la mise en place de cette réforme, notamment sur le plan démographique, sur le plan de l'évolution du chômage se vérifient bien. Donc la réforme des régimes spéciaux elle est pour 2008.
 
Q.- C. Hondelatte : Quoi qu'il arrive y compris si ça n'aboutit pas au niveau des négociations avec les partenaires sociaux ?
 
R.- Je crois qu'il faut que tout le monde soit bien conscient, que la France ne pourra pas supporter longtemps qu'il y ait autant d'inégalités dans les régimes de retraites. Si on veut pouvoir maintenir notre système et augmenter les petites retraites, permettre par exemple que les pensions de réversion, ce qui constitue une vraie injustice, soient plus élevées, il faut que tout le monde cotise pendant la même durée. Je pense que c'est un sujet sur lequel il y a une énorme majorité de Français qui attendent plus de justice, donc nous ferons cette réforme. La concertation sera la plus large possible, on essaiera de trouver tous les moyens de répondre aux objections qui sont faites, sur les questions de la pénibilité etc. Mais on ira jusqu'au bout de cette réforme.
 
Q.- C. Hondelatte : Question politique, enfin politicienne de Jean-Alain bonjour. Jean-Alain ? Il n'est plus là, Jean-Alain, il vient de raccrocher à l'instant. Il va le regretter. Martine bonjour.
 
R.- Martine, auditrice : Oui, bonjour. Bonjour monsieur le Premier ministre.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- C. Hondelatte : Vous appelez de Bourg-en-Bresse.
 
Q.- Martine : Tout à fait. Je voulais demander au Premier ministre quelle mesure son gouvernement comptait mettre en oeuvre pour aider les seniors demandeurs d'emploi, à retrouver un emploi ? En effet, il apparaît que dans notre monde, dès que l'on a passé la cinquantaine, on est un petit peu handicapé, sauf en politique où à cet âge-là on est très jeune ?
 
Q.- C. Hondelatte : C'est votre cas, Martine ?
 
R.- Martine : C'est mon cas absolument.
 
Q.- C. Hondelatte : Vous avez 55 ans ?
 
R.- Martine : J'ai 55 ans, j'ai un diplôme d'Ecole Supérieure de Commerce, j'étais cadre supérieur. Cela fait quatre ans que je cherche un emploi, je ne trouve pas.
 
R.- Alors sur ce sujet, nous allons être intraitables. Parce qu'on ne peut pas comme le font les entreprises, à juste titre, réclamer l'allongement de la durée de cotisation pour tous les Français, pour la retraite, et en même temps considérer qu'à partir de 50 ans, on coûte trop cher et qu'on ne peut plus exercer une activité professionnelle. C'est insupportable, c'est incompréhensible par les Français, et en plus c'est idiot sur le plan économique, car on se prive de l'expérience d'hommes et de femmes qui ont beaucoup à apporter à l'entreprise, à l'économie, à la société. Donc d'un côté, nous allons libérer l'entreprise de beaucoup de contraintes, et dans le projet de loi qui va être présenté au mois de juillet, il y a énormément de choses qui sont faites pour aider les entreprises à se développer, mais en même temps, on sera intraitable sur un certain nombre de sujets. Dans le projet de loi de cet été, il y aura la réglementation des parachutes dorés. Il y aura une réglementation des stocks options...
 
Q.- C. Hondelatte : Mais concrètement, pour...
 
R.- Il y aura une pression qui va être mise sur les entreprises pour qu'elles gardent les salariés jusqu'à l'âge de la retraite. Je le dis très simplement : si les entreprises ne comprennent pas qu'il faut qu'elles changent leur logiciel - le logiciel de leur direction des Ressources Humaines - et qu'elles gardent les salariés jusqu'à l'âge de la retraite, quelle sera la conséquence ? Il y aura une augmentation des cotisations retraite, parce qu'on ne pourra pas financer les retraites des Français, si nous ne changeons pas nos habitudes. Et donc pour l'entreprise, le choix est très simple : c'est ou l'augmentation des cotisations retraites, c'est-à-dire l'augmentation des charges, ce qui va à l'encontre de ce qu'il faut faire pour que l'économie se développe. Ou alors il faut garder les salariés jusqu'à l'âge de la retraite. Il y a une négociation qui est en cours entre les partenaires sociaux sur cette question. Pour l'instant, le Gouvernement l'observe, il laisse les partenaires sociaux négocier. S'ils trouvent un accord, tant mieux, s'ils ne trouvent pas un accord, alors nous, nous ferons plus pressants et nous mettrons en place des obligations.
 
Q.- C. Hondelatte : Patrice, bonjour.
 
R.- Patrice, auditeur : Oui, bonjour.
 
Q.- C. Hondelatte : Patrice d'Evreux dans l'Eure.
 
Q.- Patrice : Absolument oui, bonjour monsieur le Premier ministre.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- Patrice : En fait, la question que je souhaitais vous poser c'est votre avis sur l'avenir des institutions de la 5ème République. Sachant que ces dernières semaines, il a beaucoup été évoqué la restructuration du régime parlementaire, en donnant par exemple, ou en exemple la République italienne qui ne me semble pas être un très bon exemple. Puisque ce sont des minorités à mon sens, qui au final sur la politique d'un pays, qui n'en est peut-être pas un d'ailleurs. Donc en fait, est-ce qu'il est véritablement nécessaire de donner encore plus de poids à des groupes, c'est-à-dire à des partis politiques qui ont des idées plutôt monolithiques ? Ou est-ce qu'il ne faut pas plutôt se pencher sur le fait de personnaliser un peu plus la réponse des hommes politiques, qui peuvent avoir des avis différents sur un certain nombre de thèmes et qui pourraient...
 
Q.- C. Hondelatte : Donc si je vous comprends bien, Patrice, vous n'êtes pas chaud pour un peu plus de proportionnelle, enfin pour un peu de proportionnelle, puisqu'il n'y en a pas ?
 
R.- Patrice : Absolument pas, je n'ai pas du tout la sensation que ça soit une réponse individualisée, mais plutôt une réponse de partis. Moi, je ne suis pas loin de penser comme cet auditeur. Je pense que...
 
Q.- C. Hondelatte : Cela dit, sur la fiche, il est écrit « Vote UMP ». Ça tombe bien.
 
R.- Bon, je pense que la 5ème République a beaucoup d'avantages et en particulier, elle a l'avantage de donner des majorités qui permettent une grande stabilité, qui permettent de gouverner, qui permettent de réformer. Et puis il y a l'alternance qui joue et qui permet à la démocratie de s'exprimer. Ce qui aujourd'hui mérite d'être modernisé dans notre pays, c'est le rapport entre l'exécutif et le législatif. Nous sommes dans un système où le Parlement n'a pas assez de pouvoirs de contrôle sur l'exécutif.
 
Q.- C. Hondelatte : Et notamment sur le président de la République.
 
R.- Donc ce que nous proposons nous, ce n'est pas la proportionnelle, ce n'est pas le régime des partis, ce que nous proposons c'est de donner plus de pouvoirs au Parlement, pour contrôler l'exécutif, contrôler l'application des lois, contrôler les nominations aux responsabilités les plus importantes de l'Etat. Et pour cela, il y a un effort de modernisation du Parlement qui doit être engagé. Il y a un certain nombre de modifications constitutionnelles qui doivent être étudiées. Mais nous ne proposons pas de sortir de la 5ème République, c'est d'ailleurs tout ce qui nous a opposé à une partie de la gauche qui prônait la 6ème République, c'est-à-dire un régime parlementaire, dans lequel le président de la République aurait vu ses pouvoirs diminuer, ses pouvoirs réduits et les pouvoirs du Gouvernement et du Parlement augmenter. Ce n'est pas la voie que nous avons choisie. Ce n'est pas celle que les Français ont choisie non plus, si j'en juge par leur participation à l'élection présidentielle.
 
Q.- C. Hondelatte : Vous serez satisfait, si vous avez 460 ou 480 députés dans dix jours ?
 
R.- Ecoutez, plus la majorité sera large, plus le Premier ministre sera satisfait.
 
Q.- C. Hondelatte : Il n'y aura pas de gène quoi ?
 
R.- J'observe d'ailleurs, j'entendais L. Fabius ce matin, qui expliquait qu'il y avait un risque d'absolutisme. Je ne me souviens pas lorsque L. Fabius était Premier ministre, il se plaignait d'avoir une majorité à l'Assemblée nationale.
 
Q.- C. Hondelatte : Bruno de Mérignac, donc près de Bordeaux, bonjour.
 
Q.- Bruno, auditeur : Oui bonjour. Bonjour monsieur le Premier ministre. Bonjour. Bruno : Je vous appelle pour poser une question au sujet de la réforme de Baccalauréat, que vous avez essayé de mettre en place quand étiez ministre de l'Education nationale. J'aimerais savoir si vous comptiez la remettre en place ou laisser ce diplôme tel quel ?
 
R.- Non, la réforme du Baccalauréat n'est pas à l'ordre du jour. Qu'est-ce que j'avais essayé de faire quand j'étais ministre de l'Education ? J'avais essayé d'introduire, comme le souhaitaient d'ailleurs beaucoup d'organisations lycéennes, un peu de contrôle continu dans le Baccalauréat. Et j'avais essayé de proposer de réduire le nombre des matières qui font l'objet d'un examen de fin d'année, parce que ce nombre est trop élevé, il coûte très cher et il se traduit par un bachotage qui n'est pas forcément la façon la plus intelligente d'achever le cycle du lycée.
 
Q.- C. Hondelatte : Mais vous n'y reviendrez pas ? Ca vous a coûté cher...
 
R.- Il y a eu une grande hostilité et une grande incompréhension à cette réforme. Les Français sont très attachés à l'institution du Baccalauréat. Je ne dis pas qu'elle ne peut pas être modernisée à l'avenir, mais en tout cas, nous n'avons aucun projet dans ce domaine pour l'instant. Tous nos efforts vont porter sur la modernisation de l'université française, qui est en train de décrocher dans tous les classements internationaux et qui a besoin d'une réforme profonde.
 
Q.- C. Hondelatte : Jean-Alain qui avait raccroché tout à l'heure et qui est de retour, vous êtes là ?
 
R.- Jean-Alain, auditeur : Oui, tout à fait, bonjour. Bonjour monsieur Fillon.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- C. Hondelatte : De Lons-le-Saunier dans le Jura.
 
Q.- Jean-Alain : Tout à fait, voilà, ma question est la suivante : au niveau du gouvernement actuel, monsieur Sarkozy a réuni un peu la gauche, l'UDF, l'UMP, lors des législatives ; il a quand même pris les idées du Front national pour les élections présidentielles. S'il y a un remaniement ministériel, est-ce qu'il compte donner une place à une personne du Front national, puisqu'on est en démocratie ?
 
R.- La réponse est « non », la réponse est « non » et N. Sarkozy n'a pas repris les idées du Front national. Il a défendu les valeurs qui sont celles de la droite et du centre. Il n'a jamais franchi la limite qui nous sépare de l'extrême droite. Et il n'y aura pas de membre du Front national dans un Gouvernement dont j'aurais la responsabilité.
 
Q.- C. Hondelatte : Voilà c'est clair, c'est carré. C'était la dernière question et c'est la dernière réponse. Merci, F. Fillon, d'avoir accepté ce dialogue avec les auditeurs.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2007
 
 


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