Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la politique de rupture du gouvernement et sur son programme, notamment en matière de travail, de fiscalité, de lutte contre la délinquance, d'immigration et d'identité nationale, Béziers le 7 juin 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la politique de rupture du gouvernement et sur son programme, notamment en matière de travail, de fiscalité, de lutte contre la délinquance, d'immigration et d'identité nationale, Béziers le 7 juin 2007.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Meeting à Béziers (Hérault), le 7 juin 2007, dans le cadre de la campagne pour les élections législatives

ti : Mes chers amis,


Je suis heureux d'être à Béziers, Béziers l'occitane, au coeur de la terre de Languedoc.
Cette terre qui a massivement porté Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Et qui l'a fait par ce qu'elle a senti en lui ce qu'elle portait en elle : la révolte, l'insoumission, l'espérance.
Vous avez répondu à l'appel au changement lancé par Nicolas Sarkozy.
Et ainsi, vous avez bousculé la gauche.
Tourné le dos à la continuité.
Balayé les préjugés et les tabous.
Exigé que l'on regarde la réalité en face.
Imposé l'action.
Infligé un démenti cinglant à tous ceux qui affirmaient avec aplomb que les Français n'y croyaient plus.
Bref, vous avez voté pour la rupture.
Nicolas Sarkozy vous a parlé avec son coeur et vous lui avez répondu avec le vôtre.
Il vous a tenu un langage de vérité et de volonté.
Volonté face au politiquement correct qui sévit depuis un quart de siècle.
Volonté face aux vieux démons de l'immobilisme qui nous invitent à nous trahir nous-mêmes.
Volonté face à la navigation à vue qui nous a fait chuter au 17ème rang mondial de la richesse par habitant.
Volonté face à l'assistanat qui n'est rien d'autre qu'une démission sociale.
Volonté face à ceux qui profitent de la faiblesse de la République pour imposer leur loi.
Volonté face au dénigrement de la nation, de son histoire, de son drapeau et de ses valeurs !
Vous avez choisi celui qui vous a dit que le temps de l'action était venu. Celui qui vous a invité à regarder la vérité en face.

Vous avez choisi celui qui a osé.
Osé dire que les valeurs du « travail », du « mérite », de la « récompense », de « l'effort », du « respect », de la « nation » étaient de retour.
Osé dire qu'il ne faut plus que le délinquant trouve plus d'excuses que la victime ne trouve de réconfort.
Osé dénoncer le sentiment d'impunité qu'éprouvent certains voyous, souvent mineurs.
Osé dire que dans la mondialisation, les 60 millions de Français doivent se retrousser les manches car n'en déplaisent à la gauche, ce n'est pas en partageant le travail et en vantant le temps libre que l'on défend nos emplois, nos industries et nos agriculteurs.
Osé dire que la liberté de se rendre à son travail mérite autant le respect que le droit de grève.
Osé dire qu'on ne peut pas à la fois proclamer la continuité du service public dans les transports et ignorer l'usager qui est pris en otage.
Osé dire que notre identité nationale mérite d'être respectée car je ne connais pas de grande nation qui se soit bâtie sur le mépris d'elle-même !

Nicolas Sarkozy a osé. Et maintenant, la politique va changer.
Elle ne consistera plus à arrondir tous les angles, à lisser toutes les aspérités, à admettre toutes les concessions.
Elle ne consistera plus à faire « un pas en avant puis deux pas en arrière ».
La politique ne consistera plus à passer sous silence les mérites des uns et à excuser l'indolence des autres pour entretenir une équité de façade.
Elle ne consistera plus à dresser l'employé contre son employeur, le justiciable contre la justice et le Français contre la France.
Que nul ne s'y trompe.
Quel nul n'en soit surpris : nous allons faire ce que nous avons dit.
Et le train du changement et de l'action est déjà lancé.
La parité entre les hommes et les femmes est devenue une réalité au sein du gouvernement que j'ai l'honneur de conduire. Ah la parité, tant évoquée, tant réclamée, la gauche vous en a tant parlé ! Sur cette question si légitime, le Président de la République et moi-même n'avons pas fait dans les discours, mais dans les actes.
Sept femmes sur quinze ministres, sept femmes dont l'une Rachida Dati, symbolise cette France républicaine que j'aime et que je veux, cette France qui ne juge pas les êtres sur leurs origines, mais sur leur compétence et sur ce qu'ils ont au fond du coeur.
Trente jours, et voilà qu'il n'y a plus, d'un côté, la rive gauche, (c'est-à-dire Matignon) et de l'autre la rive droite (autrement dit l'Elysée), mais une seule équipe. Une équipe qui débat librement, qui travaille efficacement, sans protocole inutile, avec pour seul souci celui d'agir vite.
Trente jours, et voilà que les vieux clivages partisans craquent de toute part, au grand désespoir du parti socialiste.
Ah l'ouverture : là encore on en a entendu parler durant la campagne. Dans un élan aussi calculé qu'improvisé, qui n'a entendu madame Royal et monsieur Bayrou promettrent de gouverner ensemble ? Les déclarations d'affection mutuelle n'ont pas manqué. Mais voilà, l'ouverture, la vraie ouverture, c'est nous qui l'avons réalisée ! Et vous pouvez en être fiers.
Cette ouverture, le Président de la République l'a faite parce que, pour changer en profondeur la France, il faut la rassembler.
Cette ouverture, je l'ai voulue parce que le gaulliste que je suis n'a jamais admis qu'il y ait un peuple de droite face à un peuple de gauche.
Pour moi, il n'y a qu'un peuple, le peuple français capable de s'unir quand l'histoire le convoque.
Trente jours que nous sommes arrivés, et voilà que les ministères et les administrations sont redéfinis pour mieux répondre aux défis de notre temps :
Défi de l'environnement avec un grand ministère d'Etat de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, piloté par Alain Juppé ;
Défi de la mondialisation avec un grand ministère de l'économie, des finances et de l'emploi, animé par Jean Louis Borloo ;
Défi des flux migratoires avec un grand ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dirigé par Brice Hortefeux.


Mes chers amis,

Depuis le 6 mai, nous avons pris à contre-pied une gauche fatiguée et bardée de certitudes, une gauche qui se faisait par avance une joie de nous caricaturer et nous diaboliser.
Cette gauche m'accuse ces jours-ci d'avoir eu des mots durs à son égard... Je ne la savais pas si fragile et si susceptible.
Il est étrange de recevoir des leçons de modération de la part de ceux qui en manquent si souvent.
Ce n'est pas nous qui, en parlant de Bernard Kouchner, d'Eric Besson, de Jean-Pierre Jouyet et de Martin Hirsch avons dénoncé « le débauchage », « la trahison », « la récupération des frustrations ». C'est l'aimable François Hollande.
Ce n'est pas nous qui avons qualifié le Président de la République de « machine infernale ... qui veut tout dévorer, tout absorber, tout broyer, tout digérer ». C'est encore l'affable François Hollande.
Et c'est toujours M. Hollande qui a cru élégant de me qualifier d'« aide de camp » et « d'auxiliaire ... là pour se courber et se soumettre ». Et c'est encore lui qui a trouvé amusant de dire qu'il fallait « plumer la volaille UMP ».
Et c'est enfin le tempéré Jean-Christophe Cambadélis qui a qualifié Nicolas Sarkozy de « chien fou ».
J'invite chacun à accepter la critique.
J'invite la gauche à reconnaître qu'elle doit bien avoir une part de responsabilité dans son échec du 6 mai dernier comme dans celui du 21 avril 2002.
J'invite la gauche à reconnaître que l'ouverture politique ne peut pas être légitime quand elle la prône et scandaleuse quand c'est nous qui la pratiquons.
J'invite la gauche à reconnaître à la majorité des Français qui ont choisi Nicolas Sarkozy et notre projet quelques mérites !
Je respecte la gauche, et j'attends même qu'elle tienne son rôle avec efficacité et, si possible, avec modernité.
Si je suis parfois dur avec elle, je ne le serai jamais autant qu'elle a pu l'être avec Nicolas Sarkozy contre lequel elle a mené une campagne indigne qu'ont heureusement dénoncé des hommes d'honneur comme Max Gallo et Michel Charasse.
S'il a pu m'arriver d'être dur avec la gauche, je ne le serai jamais autant que les électeurs eux-mêmes.

Les électeurs n'ont pas voulu de cette gauche.
Ils ont voulu une nouvelle vague politique.
Une nouvelle vague bien décidée à changer la façon de penser et d'agir.
Bien déterminée à réécrire les scénarios les plus usés et les dialogues les plus stéréotypés.
Bien résolue à changer le film en noir et blanc auquel la gauche tenait tant.
Oui, ce gouvernement incarne une nouvelle vague et un style différent.
Rien ne nous y obligeait.
Nous aurions pu faire comme avant, comme toujours. Mais le mandat donné par 53% des électeurs français, c'est d'aller au-delà de toute facilité.
C'est de sortir des sentiers battus.
C'est de réaliser sans attendre ce que l'on n'osait plus espérer de la politique.
C'est cela, la rupture ; la rupture, tout de suite !
Tout de suite, parce que nous voulons tenir nos engagements.
Parce que je ne veux pas vous trahir.
Parce que la France ne peut plus se permettre d'hésiter.
Elle ne peut plus se permettre d'hésiter sur la valeur qui fonde tout notre projet : la valeur travail est de retour !
C'en est fini de la dévalorisation du mérite.
C'en est fini d'être le pays qui travaille le moins en Europe, du gel des salaires à cause des 35 heures.
C'en est fini du mépris de la réussite.
Pendant cinq ans, les socialistes ont financé massivement la réduction du temps de travail. C'était leur droit. C'était même leur idéologie. Ils pensaient que le marché du travail était une sorte de « gâteau » qu'il fallait découper en morceaux, pour que chacun ait sa petite part.
Nous, nous pensons exactement le contraire.
C'est le travail des uns qui crée celui des autres.
C'est l'énergie des uns qui décuple celle des autres.
C'est l'ambition des uns qui aiguise celle des autres.
Nous allons inciter à l'augmentation du travail, car c'est la condition de tout : de la relance de l'emploi, de la relance de la croissance, comme de la place de l'économie française dans la mondialisation.
Non, l'homme au travail n'est pas un homme aliéné. C'est au contraire un homme digne !
Non, on ne peut pas décider par des oukases venus d'en haut sans discussion que tout le monde doit travailler 35 heures !
Non, avoir du temps libre pour prendre des RTT n'est pas une liberté si on n'a pas de quoi payer des vacances à sa famille !

La vraie liberté, c'est de pouvoir gagner davantage en travaillant plus.
La vraie dignité, c'est de pouvoir choisir son temps de travail par un dialogue avec l'employeur.
La vraie politique de l'emploi, c'est celle qui donne envie de travailler.

Parce que je veux que ceux qui souhaitent travailler plus pour gagner puissent enfin le faire, il n'y aura plus de charges fiscales et sociales sur les heures supplémentaires, et cela sera fait dès l'été. Toutes les heures supplémentaires seront majorées de 25 %.
Parce que je refuse que les étudiants soient pénalisés lorsqu'ils travaillent pour financer leurs études, leurs salaires seront défiscalisés.
Parce que je n'accepte pas que les seniors soient considérés comme des « vieux » qu'on met sur la touche, nous allons mobiliser le service public de l'emploi et convaincre les entreprises qu'il vaut mieux un « senior » au travail qu'un prélèvement supplémentaire pour financer les retraites.
Parce que les jeunes retraités doivent avoir la possibilité, s'ils en ont envie, d'améliorer leur pouvoir d'achat, nous permettrons le cumul emploi-retraite.
Parce que l'assistanat à vie n'est pas une vie, parce qu'en chaque individu il existe une dignité qui doit être encouragée et non pas étouffée, parce que les revenus de l'assistance ne doivent pas dissuadés le retour au travail, nous allons développer le revenu de solidarité active. Il s'agit d'aider et d'inciter chaque Français qui a mis un genou à terre à se relever.
Celui qui bénéficie de la solidarité nationale devra, par une activité d'intérêt général, se montrer à son tour solidaire de la nation.

Si nous tenons tant à la valeur travail, c'est parce qu'elle est, mes chers amis, le moteur de nos rêves et de vos ambitions.

Nous voulons que nos chercheurs les plus brillants aient envie de rester en France parce qu'ils peuvent y trouver des conditions de travail dignes de leur talent. C'est pourquoi nous permettrons aux universités françaises d'être pleinement autonomes, de nouer des partenariats féconds avec le monde de la recherche et celui de l'entreprise, d'avoir les moyens d'être des pôles d'excellence.

Nous voulons que nos jeunes créateurs d'entreprises préfèrent fonder leur start up et chercher fortune à Paris ou à Béziers plutôt qu'à Pékin, Londres ou New York. C'est pourquoi nous instaurerons le bouclier fiscal de 50 % que nous avions promis, et favoriserons les réductions d'impôts (jusqu'à 50 000 euros) pour les investissements dans le capital des PME, des entreprises d'insertion, des universités et des fondations.

Nous voulons que les grandes fortunes restent en France et financent notre pacte social, nos entreprises, notre commerce, plutôt que les économies de nos concurrents.

A cet égard, je veux dire qu'il n'est pas choquant que ceux qui prennent des risques, qui travaillent quinze heures par jour, qui réussissent à la tête de grandes entreprises puissent percevoir des revenus élevés.
Mais ce qui est choquant, c'est lorsque la récompense n'est pas justifiée par les résultats.
Ce qui est choquant, c'est lorsque les primes de quelques uns ignorent les difficultés de tous les autres qui travaillent dans la même société.
Ce qui est choquant c'est lorsque les stocks options ne sont réservés qu'à quelques-uns, et c'est pourquoi nous ferons en sorte qu'ils soient proposés à tous les salariés car lorsqu'une entreprise fait des bénéfices, il est normal que chacun soit récompensé pour son travail.
Car le succès de l'entreprise est l'oeuvre de tous.

Je crois profondément que l'éthique du capitalisme repose sur les notions de mérite, d'effort, de résultat. Il faut que les salariés aient confiance dans leurs entrepreneurs et leurs dirigeants.

C'est pourquoi, dès cet été, nous légiférerons sur les parachutes dorés en posant des conditions strictes à l'octroi d'indemnités pour les dirigeants d'entreprises au moment de leur départ : ces indemnités de départ devront être liées à la performance, et attribuées par les conseils d'administration dans des conditions de transparence totale.
Comme Nicolas Sarkozy s'y était engagé durant sa campagne, les parachutes dorés seront supprimés pour ceux qui ont échoués à faire réussir leur entreprise.

Mes chers amis,

Nous voulons que celui qui a travaillé toute une vie puisse librement transmettre son patrimoine. Voilà pourquoi les droits de succession seront supprimés dès l'été pour 95 % des Français. Ils le seront car il est normal et moral de pouvoir transmettre à ceux que l'on aime le fruit de ses efforts sans être lourdement taxé.

Nous voulons permettre aux millions de Français qui rêvent d'être propriétaire de leur logement d'aller au bout de ce rêve. Vouloir devenir propriétaire, ce n'est pas seulement un investissement économique et social. C'est un acte de foi dans l'avenir. C'est un acte de confiance.
C'est pourquoi, dès l'été, comme nous l'avons promis, les intérêts d'emprunts pour l'achat ou la construction d'une résidence principale seront déductibles de l'impôt sur le revenu.

C'est une mesure forte, inégalée en la matière.
Elle bénéficiera à tous les Français, qu'ils paient l'impôt sur le revenu ou non.
Pour les plus modestes, cette mesure pourra être cumulée avec le prêt à taux zéro.
Près de 60 % des emprunteurs bénéficieront pleinement de cette mesure, qui, pour chaque ménage, tournera autour de 1500 euros par an d'avantage fiscal.
Pour une famille de trois enfants qui achète un logement plus grand : sur les cinq premières années - celles ou l'on paie les charges d'intérêts les plus lourdes ! - la facture sera réduite de 9000 euros.
Pour la très grande majorité des français qui empruntent pour acquérir leur logement, ce sont deux annuités d'intérêts d'emprunt qu'ils n'auront plus à payer chaque année.

Mes chers amis,

Il n'y a plus à hésiter sur la valeur travail et sur sa récompense, et il n'y a plus à hésiter sur la sécurité.
Au cours de la législature passée, Nicolas Sarkozy a obtenu des résultats spectaculaires : la délinquance a baissé de 19 % au cours des cinq dernières années et la délinquance de voie publique de 35 %.
Ces résultats montrent que l'on peut obtenir des résultats dès lors que l'on arrête avec l'angélisme, dès lors que la République fait respecter ses lois, dès lors que les délinquants sentent que l'indulgence a atteint ses limites.
Mais ces résultats ne sont qu'un début.
Ce n'est qu'un début parce qu'il y a encore trop de comportements inacceptables.
Nous n'acceptons plus que des délinquants s'installent dans le crime, en commettant encore et encore les mêmes actes.
Nous n'acceptons plus que des adolescents sans scrupules bénéficient d'une quasi impunité, parce qu'il leur manque quelques mois pour atteindre leurs 18 ans.

Parce que pour une victime, être agressé par un mineur ou un majeur, ça ne change rien. Pour elle, ce qui compte c'est que son agresseur soit puni afin qu'il ne recommence pas !

Nous vous avions promis d'agir contre les multirécidivistes : le projet de loi qui sera présenté dans quelques jours respecte notre engagement.
Les délinquants auteurs d'actes graves, lorsqu'ils sont en situation de récidive, feront l'objet de peines planchers.

Il s'agit d'un signal extrêmement clair, à l'égard de ceux qui violent plusieurs fois la loi. Ceux-là s'exposeront désormais à une sanction certaine.

Nous vous avions également promis de traiter la délinquance des mineurs. Cela sera également fait dès cet été. Dorénavant, les délinquants récidivistes ne pourront plus s'abriter derrière l'excuse de minorité.

Ces dispositions pénales rendront à notre justice son caractère dissuasif. La sécurité des Français l'exige. Face à la violence, chacun doit être bien conscient que notre volonté politique n'est pas négociable.


Mes chers amis,

Nous vous avions aussi promis de gérer la question de l'immigration en étant ferme et juste. Et c'est très précisément ce que nous allons faire.
Je suis profondément attaché à la tradition d'ouverture de la France. Un pays comme le nôtre doit être une terre d'asile, une terre d'accueil. Ceux qui ont besoin de notre protection, ceux qui aiment notre pays, ceux qui veulent y travailler et y fonder une famille, y ont toute leur place.
Mais cette ouverture ne peut pas être sans condition.
La France n'est pas un Eldorado.
La France n'est pas un bout de terre sans âme et sans traditions.
La France n'est pas la juxtaposition de communautés étrangères les unes aux autres.
La France est une Nation. Une nation d'intégration. Et l'intégration signifie que celui qui vient en France adopte la France, et, qu'en retour la France l'adopte comme l'un des siens.
Il n'y a pas d'intégration sans valeurs communes, il n'y a donc pas d'intégration sans exigences.
C'est pourquoi nous ne voulons pas que l'on puisse vivre en France si l'on n'a pas les moyens de s'y intégrer - en particulier, si l'on n'a pas un travail, si l'on ne respecte pas nos valeurs républicaines, si l'on ne parle pas notre langue, car c'est évidemment la première condition pour pouvoir participer à la vie nationale.
Je crois à l'identité française, et je crois que cette identité s'est enrichie au fil des siècles. Ici à Béziers, vous savez combien nos territoires ont bénéficié de l'apport culturel, économique et humain de ceux qui nous ont rejoint de par-delà les Pyrénées, par-delà les Alpes, par-delà les mers ! Et il continuera à en être ainsi - mais à condition que cette immigration respecte notre identité.
L'identité de la France, je veux vous en parler.

C'est le courage de Nicolas Sarkozy que d'avoir fait sauter l'interdit qui pesait sur l'expression « identité française ».
Et quel tollé autour d'une prise de position qui n'était autre chose qu'un hommage enfin rendu aux grandes valeurs de notre Histoire et de notre culture !
Il était temps de mettre fin à cette aberration qui a appris à toute une génération qu'aimer la France, qu'être fier de son histoire, se réclamer des richesses de sa littérature et de sa langue était à la fois dangereux et dépassé.
Il était temps de mettre fin à cette idée absurde selon laquelle le progrès passe nécessairement par la négation du génie national dont chaque pays est porteur.
Je dis avec force que cette conception du progrès n'a jamais été celle de la France.
Ses penseurs, ses artistes, ses savants ont toujours fait la démonstration que la diversité des cultures fait la richesse du monde, que plus l'identité d'un peuple est forte, plus elle est utile aux autres peuples.
Non, l'identité française n'est pas une survivance du passé. Au contraire, elle est l'expression d'une éternelle modernité, d'un cadre où s'organise la démocratie. Elle est une soif collective de participer à la marche du monde.
Supprimez l'identité, et vous supprimerez l'universalité. Vous encouragerez l'individualisme ; vous verrez les individus se replier sur les communautarismes ; vous formerez des bandes, des clans et des tribus. Bref, vous détruirez ces défenses immunitaires qui à la fois protègent nos grandes valeurs et leur permettent de rayonner vers l'extérieur.
Notre identité, ce n'est pas du nombrilisme.
Ce n'est pas du nationalisme.
Aimer notre langue, être fiers de notre pensée, fiers de notre histoire, ça ne veut pas dire que la France veut s'imposer comme un modèle.
La France n'est pas un prodige, comme on le dirait d'un premier de la classe un peu arrogant.
La France est exceptionnelle, irremplaçable.
Aussi exceptionnelle et irremplaçable que tous les peuples, toutes les cultures, toutes les nations.
Il y a une exception française, comme il y a une exception chinoise ou italienne.
Mais il est indéniable qu'il y a une vocation française, c'est d'être à jour des grands défis du monde.

Oui - et c'est là l'un des éléments de la rupture - il faut cesser de croire que nous sommes un peuple sans mission.
Tout vient de là : le sentiment de déclin, nos doutes sur l'Europe, notre angoisse devant la mondialisation.
Tous nos malheurs viennent de cette culture du désenchantement qui nous répète obstinément que plus jamais nous n'aurons la maîtrise de notre avenir.
Mais serions-nous les seuls au monde à croire que la France ne compte plus !
Avoir foi en notre identité c'est se remettre à créer.
Identité, universalité, création, je l'affirme : c'est un beau tiercé gagnant !
Et ce tiercé gagnant n'est pas dissociable de l'égalité des chances, cette égalité qui commence à l'école. Là où tout se joue.
Comment un enfant qui ne sait pas correctement lire, écrire, compter peut-il trouver - non seulement un emploi, mais même tout simplement une place dans notre société ?
Aujourd'hui, malgré le dévouement de nos enseignants, notre école ne parvient plus suffisamment à relever ce défi.
Quand les enfants issus des milieux les plus défavorisés, ceux qui viennent des quartiers sensibles, sont aussi nombreux à ne pas maîtriser les savoirs fondamentaux, alors l'école ne joue plus son rôle d'ascenseur social, la République ne respecte plus sa promesse d'égalité des chances.

Cette promesse, il faut la tenir.
La loi pour l'avenir de l'école que j'ai portée en 2005 a exprimé cette ambition de la manière la plus ferme, à travers le socle commun de connaissance.
Pour la première fois, la nation s'engageait sur un socle que chaque enfant devait maîtriser.
Il reste à nous donner les moyens de faire de cet objectif une réalité.
En premier lieu, nous allons accueillir les enfants en études dirigées après les cours, pour qu'il n'y ait plus « d'orphelin de 16 heures ».
Cette mesure garantira de véritables possibilités d'études à ceux qui ne bénéficient pas, chez eux, d'un environnement favorable.
Elle répondra également à l'attente de nombreux parents.
Enfin sa mise en oeuvre représentera pour les enseignants une opportunité de travailler plus et donc de gagner plus.
Elle leur permettra d'accomplir jusqu'au bout leur vocation de service public, de relever le défi que la tradition des hussards noirs de la république leur lance dans le monde d'aujourd'hui. Les modalités d'application de ce dispositif devront naturellement être arrêtées de manière souple, dans le cadre d'un dialogue au sein de l'établissement et en liaison avec les collectivités territoriales, qui contribuent, elles aussi, à l'accompagnement éducatif.
Je veux aussi accorder la priorité aux quartiers les plus en difficulté.
Les zones d'éducation prioritaire démontrent aujourd'hui leurs limites : comment pourrait-il en être autrement, alors qu'elles bénéficient en tout et pour tout de deux élèves de moins par classe?
Pour les classes les plus difficiles, nous allons donner aux établissements les moyens d'un véritable projet éducatif d'excellence, porté par des professeurs expérimentés et rémunérés de manière incitative.
Enfin, je crois profondément à la nécessité de faire respirer la carte scolaire.
Dans ce domaine, l'ouverture sera progressive car nous sommes confrontés à des contraintes matérielles évidentes; mais nous ne reculerons pas car il s'agit d'une question de justice sociale.
Nous ne pouvons plus accepter un système rigide, aveugle et si sclérosé qu'il est contourné par les plus favorisés et eux seuls au détriment des autres.
Cette ouverture progressive, Xavier Darcos en a fixé les règles pour la rentrée prochaine.
Ces règles sont objectives et transparentes.
Elles reposent sur des critères simples: priorité aux élèves boursiers et aux élèves handicapés; correction des absurdités géographiques, quand un élève ne peut se rendre dans un établissement situé en face de chez lui; possibilité pour ceux qui le désirent de suivre des enseignements avec horaires aménagés pour des pratiques culturelles ou sportives.
Par la suite, nous irons plus loin, en conservant toujours, je m'en porte garant, le même souci de justice, d'équité et de mixité sociale.

Mes chers amis,

La France est en train de se relancer !
Mais elle doit la faire avec vous, à l'occasion de ces élections législatives.
N'écoutez pas les discours de la gauche qui vous supplie de lui donner un rôle de contre-pouvoir.
Le contre-pouvoir qu'elle réclame, c'est en réalité le pouvoir de tout stopper, et elle ne s'en cache pas...
La France a besoin d'une opposition qui joue son rôle. Mais elle a besoin surtout d'une majorité d'action.
Je compte sur vous pour être, comme Nicolas Sarkozy, les porte-parole de vos convictions et de nos engagements communs.
Je compte sur vous pour que votre voix soit entendue par ceux qui, peut-être encore, hésitent autour de vous.
Mais je compte surtout sur vous pour ne pas tomber dans la facilité du triomphalisme :
Allez au-devant de nos concitoyens avec le désir de convaincre sans vaincre.
Donnez-leur envie de nous rejoindre.
Ne jouez pas une France contre une autre.
Il s'agit de faire un choix de société, il s'agit de ne nous élancer ensemble vers l'avenir.
Ici, à Béziers, je vous demande de vous mobiliser pour la France que vous aimez.
La France que vous voulez.
Celle qui va chercher son destin par elle-même et pour elle-même.


Vive la République, et vive la France.


Source http://www.u-m-p.org, le 8 juin 2007

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