Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RMC le 2 juillet 2007, sur les résultats 2007 du baccalauréat et la réduction des effectifs à l'Education nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RMC le 2 juillet 2007, sur les résultats 2007 du baccalauréat et la réduction des effectifs à l'Education nationale.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti : J.-J. Bourdin.- Vous avez les résultats du bac ou pas encore ?

R.- Nous les avons pratiquement ce matin, nous allons avoir ça entre 9 heures et 11 heures. Tout cela va arriver sur le logiciel de nos ministères et on pourra publier pour tout le monde.

Q.- On fera mieux que l'année dernière ou pas ? Vous avez des indications ?

R.- Oui, nous avons quelques indications qui montrent quand même une toute petite progression, très légère...

Q.- Encore ?

R.- Oui, mais on reste quand même dans des chiffres tout à fait classique.

Q.- 82,1 % de réussite l'année dernière, on va faire un tout petit peu mieux ?

R.- Vous parlez du baccalauréat général, on a des résultats plus contrastés dans d'autres secteurs, en particulier dans le baccalauréat technologique.

Q.- Oui, c'est vrai, n'oublions pas le baccalauréat technologique. Vous avez l'impression d'ailleurs que c'est un peu le parent pauvre de l'Education nationale ?

R.- Pas forcément, parce que tout de même, il y a de plus en plus de filières qui ouvrent à des débouchés, par exemple on vient de créer le baccalauréat sur ces techniques de gestion, qui permet de préparer à des métiers de management des entreprises. On essaie d'adapter sans arrêt cette offre du baccalauréat pour préparer les jeunes à des métiers.

Q.- Alors pour obtenir les résultats du bac, parfois il faut payer...

R.- Voilà une chose qui m'étonne beaucoup, parce que précisément, nous publions depuis ce matin, 9 heures, toute la matinée, gratuitement sur le site du ministère les résultats du bac et je ne vois pas pourquoi il faudrait payer pour avoir quelque chose qui est gratuit. Si les gens ont envie de payer alors qu'il suffit qu'ils se branchent sur le site du ministère, ça les regarde, mais normalement il n'y a aucune raison de passer par une voie... Aucune raison.

Q.- Il y a des entreprises privées qui proposent les résultats, d'envoyer les résultats par SMS, ça coûte 3 euros...

R.- C'est tout à fait inutile...

Q.- C'est une pratique qu'on devrait...

R.- En tous les cas, c'est inutile de payer pour avoir ce qu'on peut avoir gratuitement. Si ensuite il y a des gens qui préfèrent passer par ce système, ça les regarde.

Q.- C'est l'administration qui donne ces résultats à ces entreprises privées quand même !

R.- Non, l'administration publie pour tout le monde, c'est un service qui est public et qui est donné à tout le monde, au même moment.

Q.- L'administration ne vend pas ces résultats ?

R.- Absolument pas et à personne, elle les diffuse pour tout le monde au même moment.

Q.- Parlons du bac : est-ce qu'il a encore une valeur ?

R.- Beaucoup plus qu'on ne le croit, parce que j'entends dire beaucoup ça. En gros, pour une génération d'élèves, il y a 67 % d'élèves à peu près qui arrivent au bac aujourd'hui, maximum entre 64 et 67 selon les dernières années. Donc cela veut dire, quand même, qu'il y a un bon tiers qui ne l'a pas déjà. Il y a un bon tiers des jeunes qui n'a pas le bac, et parmi ceux qui le passent, il y en a 80 % qui sont reçus, il y a donc 20 % de collés chaque année, on ne peut pas dire que ce soit quand même un examen qui soit vraiment bradé.

Q.- Faut-il instiller un peu plus de contrôles continus ? Certains le demandent...

R.- Cela commence à se faire, ça se fait déjà dans...

Q.- Vous êtes favorable à ce qu'on aille un peu plus loin ?

R.- Moi, je suis favorable, pour dire les choses clairement, à ce que la lourdeur des épreuves puisse être allégée, mais pas que le bac diminue de valeur, c'est-à-dire qu'il faut quand même bien contrôler, il faut que toutes les disciplines soient vérifiées. On a déjà plus de contrôle continu qu'on ne le faisait naguère, il y a...

Q.- Est-ce qu'il faut continuer ?

R.- Oui, je pense qu'il faut aller dans ce sens-là, à condition que tout de même la vérification soit faite. Vous savez, le contrôle continu c'est très bien évidemment, le contrôle en cours de formation, mais cela met aussi souvent le professeur en situation d'être juge et partie, c'est un petit peu cruel parfois pour les enseignants. Donc sans aucun doute, il faut combiner les deux. Mais moi, je suis ouvert à toute proposition pour faire évoluer le baccalauréat à condition que ça reste, cet examen, qui en plus a une forte valeur symbolique en France, comme vous le savez, qui est respecté par tous.

Q.- Oui ou non, est-ce que vous confirmez la suppression de 10.000 postes dans l'Education nationale dans le budget 2008 ?

R.- D'abord, je préfèrerais qu'on parle du projet éducatif de la nation, vous savez, c'est quand même cela qui compte...

Q.- Oui, mais je vous pose une question précise.

R.- Mais puisque vous me posez cette question, ce que j'ai dit l'autre jour, j'ai donné un ordre de grandeur, j'ai donné un chiffre approximatif, je n'ai pas fait d'annonce particulière, mais je ne veux pas du tout reculer vis-à-vis de ce chiffre. Je voudrais qu'on garde un peu raison dans cette affaire. D'abord, nous avons dit, nous ne nous sommes jamais cachés, nous ne prenons personne en traitre, en disant qu'il va falloir que la fonction publique diminue en France.

Q.- Donc l'Education nationale ?

R.- L'Education nationale c'est plus de la moitié de la fonction publique. Donc lorsqu'on dit qu'elle va diminuer, il faudra bien que l'Education nationale diminue un peu. Et puis on verra, les arbitrages ne sont pas rendus. Mettons que ce poste de 10.000, ce chiffre de 10 000 soit confirmé...

Q.- Vous le confirmez ce matin ce chiffre ?

R.- Non, j'attends les arbitrages, je donne un ordre de grandeur et j'ai d'ailleurs...

Q.- Mais vous l'avez proposé ce chiffre ?

R.- En tous les cas, je l'estime raisonnable par rapport aux efforts qu'il faut que nous fassions. Mais observons-le ce chiffre : il y a en France 1.115.000 professeurs ; 10.000 c'est 0,8 %. Si on dit demain à une entreprise...

Q.- Ce serait 10.000 professeurs si j'ai bien compris ?

R.- Non, pas forcément de professeur, bien entendu, 10.000 fonctionnaires. Vous dites à une entreprise de 100 personnes l'année prochaine dans un an et demi vous serez 99 ou plutôt 99,2 est-ce que cette entreprise va dire "ah ! la la la !, on ne peut plus rien faire, c'est une saignée, tout s'arrête, tout disparaît !" ? Non ! Et d'ailleurs quand, en effet - vous faites bien de me le faire préciser -, les postes dont il est question, il ne s'agit pas de postes que l'on retire à la rentrée prochaine, personne ne verra aucune différence. Il s'agit de postes qu'on ne renouvelle pas, pour partie, pour une petite partie. Et pas seulement de professeurs, nous avons, par exemple, à l'Education nationale 285.000 administratifs. Et si l'on retirait ces 10.000 postes, si c'était des professeurs, ce qui ne sera pas le cas, et qu'on les retire dans les lycées et les collèges uniquement, ce qui ne sera pas le cas non plus - c'est vraiment pour faire une hypothèse d'école pour montrer quand même dans quel chiffre nous sommes -, aujourd'hui dans les lycées et les collèges, il y a 1 professeur pour 11,3 élèves et si on en retirait 10.000 nous aurions un professeur pour 11,5 élèves ; qu'on ne me dise pas que tout s'arrête qu'on ne peut rien faire !

Q.- Il y a trop de monde à l'Education nationale ?

R.- Je ne dis pas ça non plus, je ne dis pas ça non plus. C'est le premier service de la nation, nous avons une grande ambition auprès de l'école. Il faut que nous ayons beaucoup de professeurs, beaucoup d'administratifs, beaucoup de gens qui s'occupent de l'école. Je dis simplement que le chiffre que nous indiquons, qui est indicatif, qui n'est pas arbitré, c'est un chiffre qui ne prend personne en traite, je l'ai dit d'ailleurs à mes partenaires syndicaux, il faudra que nous fassions un effort comme les autres. Et c'est un chiffre qui ne met en péril, évidemment - et c'est ça qui est essentiel - qui ne met pas en péril l'ambition que la nation a pour son école.

Q.- Vous proposerez plus d'heures supplémentaires par exemple ?

R.- Alors bien entendu, ce dispositif est d'autant moins inquiétant, me semble-t-il pour le système éducatif, que le président de la République a largement annoncé et dit, et le gouvernement l'a confirmé, qu'il y aurait des heures supplémentaires, non fiscalisées qui permettront aux professeurs de travailler différemment, de compléter leur service, de faire du partenariat, s'ils sont volontaires. Donc je le répète, ne nous inquiétons pas. Et je vais même prendre un engagement devant vous monsieur Bourdin...

Q.- Ce qui veut dire que les professeurs devront travailler plus pour gagner plus ?

R.- S'ils le souhaitent, évidemment. Je prends un engagement devant vous monsieur Bourdin : je dis que le chiffre que nous venons d'indiquer, nous l'assimilerons parfaitement et il n'y aura pas, en tous les cas dans le premier degré, de classes fermées au motif qu'un certain nombre de personnes serait parti à la retraite.

Q.- Donc cela ne touchera pas l'encadrement des élèves, c'est bien ça, vous, vous engagez ? Cela ne touchera pas l'accueil des handicapés dans les écoles ?

R.- Surtout pas ! J'ai annoncé, comme vous le savez, que nous allions faire monter en charge très rapidement nos dispositifs d'intégration des jeunes handicapés. Nous avons aujourd'hui 900 unités pédagogiques d'intégration, j'ai annoncé qu'on en créait 200 de plus à la rentrée. J'ai dit qu'on en aurait 2000 d'ici 2010, parce que je ne veux pas que quiconque ait à faire appel à son droit opposable pour permettre à un enfant d'être intégré à l'école. C'est un voeu du président de la République que j'accomplirais.

Q.- Est-ce que vous allez renforcer l'encadrement des enfants par des adultes pour répondre au phénomène de violence par exemple ?

R.- Le phénomène de violence est un phénomène qui n'est à proprement scolaire, comme le savez, l'école est le creuset de ces tensions. Ce qu'il faut, c'est faire ce que nous annonçons, c'est-à-dire occuper le plus possible les jeunes à des activités autour de l'école, il faut évidemment dans l'école qu'ils apprennent à se respecter mutuellement. Mais nous venons d'annoncer qu'à partir de la rentrée prochaine, nous créerons en fin de journée de l'école après l'école, de 16 heures 30 à 18 heures, avec des activités types études surveillées, avec des activités d'éveil, avec du sport, plus de sport, comme l'a voulu le président de la République. Et donc, c'est un moyen pour ces jeunes de continuer à être près de l'école et à ne pas être livrés à la loi de la rue, ou à rentrer chez eux où personne n'aurait forcément le temps de s'occuper d'eux.

Q.- Vous dégraissez le mammouth à votre manière si j'ai bien compris ?

R.- Non, ce n'est pas du tout comme ça qu'il faut appeler les choses.

Q.- Ce n'est pas ça ?

R.- Bien sûr, il faut à la fois accomplir ce que nous avons promis, N. Sarkozy l'avait dit, "je dis avant ce que je ferais et je ferais ensuite ce que j'avais dit". Mais je le répète, les chiffres dont nous parlons même s'ils ne sont pas négligeables, ne sont pas de nature à changer l'offre éducative que nous proposons à la nation.

Q.- D'autant plus qu'en 2015, dans dix ans, il y aura beaucoup plus d'élèves que maintenant.

R.- Nous verrons, évidemment, il faudra s'adapter mais je vous l'ai dit, lorsqu'on se trouvera devant une situation, il faudra créer des classes parce qu'il y aura une montée démographique. Par exemple, à l'école, Nous n'allons pas dire à des groupes de 28 élèves "écoutez, non, on n'a pas de professeur pour vous". Bien sûr que non, on ne fera pas ça. Nous savons à l'Education nationale, 1.115.000 personnes, nous savons digérer des changements à la marge du nombre de nos personnels.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 2 juillet 2007

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