Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 3 juillet 2007, sur le rôle de l'UMP dans le débat parlementaire, le programme d'activité pour le mois de juillet et sur l'ouverture politique du gouvernement et de l'Assemblée. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 3 juillet 2007, sur le rôle de l'UMP dans le débat parlementaire, le programme d'activité pour le mois de juillet et sur l'ouverture politique du gouvernement et de l'Assemblée.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : J. Wittenberg.- Bonjour à tous et bonjour J.-F. Copé, président du groupe UMP et ses 320 députés. C'est vrai que vous allez leur demande cet après-midi d'écouter le Premier ministre avec une feuille qui reprend tous les engagements de N. Sarkozy ? Ils vont devoir cocher un par un ces engagements, F. Fillon n'a pas intérêt à en oublier alors.
 
R.- Je suis sûr qu'il n'en oubliera pas, d'abord parce qu'il est l'un des principaux auteurs du projet présidentiel sur lequel nous avons les uns et les autres fait campagne. Et ensuite c'est parce que c'est sur ce projet que nous avons, nous députés de l'UMP, avons été élus par les Français et donc c'est très important, je crois, que chacun ait bien cela à l'esprit.
 
Q.- C'est vrai cette histoire de feuille ? Ils vont vraiment cocher ou vous, vous allez le faire ?
 
R.- C'est une image, mais ce qu'il y a derrière ça effectivement c'est qu'on a tout ça très en tête. Vous savez, une chose c'est que c'est une journée importante aujourd'hui, pour la première fois, là, on va vraiment passer du temps de l'élection au temps de l'action et c'est vrai qu'on est très impatients de rentrer dans le débat, on est très impatients de mettre en oeuvre toutes ces réformes sur lesquelles nous avons fait campagne et sur lesquelles les Français nous ont désignés pour les représenter à l'Assemblée nationale.
 
Q.- Alors vous voulez que votre groupe, le groupe UMP soit le contrôle de l'efficacité gouvernementale, mais ça veut dire quoi concrètement ? C'est la fin du parti godillot ? C'est vous qui allez décider ?
 
R.- D'abord c'est un mot qui n'appartient pas à mon vocabulaire, ni godillot, ni espadrille, ni rien de tout ça, ce n'est pas du tout dans cette ambiance là que nous voulons travailler. Le message - d'ailleurs que je vais délivrer au nom du groupe UMP, au Premier ministre cet après-midi - c'est de lui dire : voilà, nous tiendrons, nous serons à vos côtés, nous tiendrons nos engagements, mais aussi on tiendra à vos côtés dans les moments difficiles et sachez que vous vous pouvez compter sur 320 députés qui ont leur expérience, leur engagement, leur talent et qui veulent tout vous donner pour réussir.
 
Q.- Donc vous n'allez rien exiger si vous donnez ?
 
R.- Je ne suis pas d'accord parce que je crois que d'abord on est les uns et les autres porteurs depuis cette campagne d'une société avec des droits et des devoirs et puis ensuite et surtout parce que moi je souhaiterais faire évoluer le mandat de député, et je crois que le député doit continuer bien sûr de voter les lois, de débattre, d'amender mais comme dans tous les autres parlements des grandes démocraties dans le monde, il faudrait aussi développer la capacité pour les députés français de contrôler l'efficacité gouvernementale.
 
Q.- Alors comment ? Concrètement, ça veut dire quoi ça ?
 
R.- Eh bien tout simplement en imaginant demain d'avoir à ses côtés des experts venant d'ailleurs du public comme du privé qui aident et qui conseillent le député dans la manière d'évaluer l'efficacité d'une politique, l'efficacité d'une loi. Par exemple, avant de faire une loi, qu'on fasse une étude d'impact - vous savez, on a toujours envie de faire les lois très vite : voyons si elle est utile. Ensuite, pendant que la loi se met en oeuvre, de contrôler son exécution et pas seulement sur le plan comptable, pour ça il y a la Cour des Comptes, mais aussi s'assurer que les programmes de financement qui avaient été promis sont mis en oeuvre, que les décrets d'application sont pris dans les temps. Une fois qu'une loi est faite, dire : au fait, est-ce qu'elle a servi à quelque chose ? Ca c'est très nouveau en France, on n'a jamais fait ça, l'idée d'évaluer.
 
Q.- Est-ce que ça pourrait aller jusqu'à ce que vous disiez : par exemple, cette loi elle a été mauvaise ? On n'a jamais vu ça, un parti majoritaire qui critique le Gouvernement !
 
R.- Je vais vous dire une chose : d'abord on n'a jamais vu ça, en France ! Dans toutes les grandes démocraties, c'est assez courant. Deuxièmement, N. Sarkozy a dit : moi je vais devant les Français dans une obligation de résultat. Je crois que c'est très important...
 
Q.- Donc c'est vous qui allez être garants de ce résultat ?
 
R.- D'une certaine manière, en tout cas on y contribuera, pour une raison simple : c'est que nous sommes nous aussi dans ce même bateau de la réforme et je crois que c'est très important. Et je dirais pour aller plus loin qu'il me semble que ce doit être la responsabilité des députés de la majorité, mais pourquoi ne pas y associer aussi des députés de l'opposition. On réfléchit comme N. Sarkozy l'a souhaité à un statut de l'opposition, c'est important. Imaginons aussi ce que pourrait être un statut de la majorité, c'est-à-dire aussi une modernisation de la relation entre les députés de la majorité et le Gouvernement. Une sorte de code de bonne conduite.
 
Q.- En attendant, est-ce que c'est vrai que F. Fillon est agacé par les commentaires sur sa discrétion à cause de l'omniprésence de N. Sarkozy ? Est-ce qu'aujourd'hui, il va finalement être sous les lumières alors qu'il ne l'a pas été jusqu'à présent ?
 
R.- D'abord je ne sais pas s'il l'est, ensuite moi je connais bien F. Fillon, je sais qu'il est très proche de N. Sarkozy depuis de nombreuses années, qu'ils ont travaillé ensemble.
 
Q.- Il a été dans l'ombre de N. Sarkozy depuis plusieurs semaines...
 
R.-...à préparer ce quinquennat et je crois qu'il va nous présenter aujourd'hui un discours fort dans lequel nous allons retrouver bien sûr les engagements sur lesquels nous avons fait campagne, mais aussi une dynamique, un style et moi je voudrais ajouter une chose plus personnelle parce que je le connais bien, c'est que c'est un homme qui a pour lui une fantastique détermination, on l'a vu dans la réforme des retraites, moi j'étais à ses côtés à l'époque et je peux témoigner que c'est le courage qui l'a chevillé au corps.
 
Q.- Puisque vous le connaissez bien, vous savez que lui même a théorisé cette idée que le Premier ministre doit être en retrait par rapport au président qui en Vème République décide. Donc finalement, est-ce qu'il n'est pas victime de sa propre théorie ?
 
R.- C'est le grand débat à la mode, donc j'y souscris volontiers, il n'y a pas de raison de ne pas aimer la mode, enfin c'est tout le temps pareil : on est sous la Vème République, on n'est pas sous la 3ème République, sous la Vème République où il y a toujours le président de la République et son Premier ministre. C'était exactement la même chose entre le Général de Gaulle et G. Pompidou, la même chose entre F. Mitterrand et P. Mauroy, et ainsi de suite. Je veux dire ça a toujours été ainsi surtout en début de quinquennat. Donc je crois qu'aujourd'hui il y a une feuille de route et qu'on a un Premier ministre qui est déterminé à l'appliquer.
 
Q.- Feuille de route, un programme du mois de juillet très chargé : le paquet fiscal, la réforme de la justice, l'université, le service minimum, tout ça vous voulez le boucler avant la fin du mois, comment vous allez y arriver tout simplement ?
 
R.- Tout simplement en travaillant d'arrache-pied, ce qui n'empêche pas de laisser toute sa place aux débats, mais les Français sont impatients, les députés de la majorité sont impatients de mettre tout cela en oeuvre. Vous savez il y a une chose qui compte c'est le résultat et il y a une obligation de résultat. Et je ne crois pas que les Français soient choqués que leurs députés travaillent au mois de juillet, je pense que c'est l'inverse.
 
Q.- C'est un socialiste qui, selon le voeu du président de la République, préside la commission des finances. On pourrait imaginer que ça va être un frein notamment à la réforme fiscale ?
 
R.- Non, je ne le crois pas, je pense que c'est une démarche très moderne que d'associer un député de l'opposition et notamment D. Migaud, qui est quelqu'un de très compétent, à présider la commission des finances, mais chacun doit être dans son rôle, et D. Migaud est un homme suffisamment responsable pour savoir ce qui relève de sa responsabilité en tant qu'institution, président de la commission des finances, et de ce qui relève de l'homme politique avec ses convictions qui ne sont pas les miennes.
 
Q.- Vous parlez d'un statut de l'opposition, c'est un signal d'ouverture, une fois de plus ; l'ouverture c'est vraiment le maître mot en ce moment notamment de N. Sarkozy qui vient de confier une mission à H. Védrine. Est-ce que vous pensez que ça satisfait tout le monde y compris à droite ? On a vu des élus de l'UMP qui ont refusé d'assister à la présence de monsieur Sarkozy à cause de la présence de J.-M. Bockel au gouvernement et tout le monde n'est pas content de cette ouverture, même à droite.
 
R.- Il y a et c'est tout à fait humain quelques plaies à panser, c'est d'ailleurs ma responsabilité de président de groupe que d'y veiller. Vous savez moi ce que je souhaite en tant que président de groupe, c'est que le groupe UMP, il accompagne son Gouvernement et qu'en même temps, chacun des députés du groupe fasse ce qu'il aime et aime ce qu'il fait. Et donc je m'y attellerai. Mais c'est normal qu'il y ait...
 
Q.- Faut-il continuer l'ouverture comme le préconise le Président ?
 
R.- Continuer ! Là, déjà il y a beaucoup de choses qui ont été faites, ce qu'il faut maintenant c'est profiter de cette ouverture pour réfléchir avec l'opposition à, comment dire, une sorte d'esprit de donnant-donnant, de responsabilités partagées, vous voyez. Je vais vous donner un exemple très concret : pendant des décennies, de tout bord politique à droite comme à gauche, dans l'opposition, on se croyait obligé pour s'opposer sur un texte de faire 100 000 amendements, pour tout bloquer. Avec 100 000 amendements répétitifs plus ou moins absurdes, ça a donné une image du Parlement grotesque, et en plus les Français, ça les énervait. Eh bien peut-être peut on imaginer qu'à travers ce geste d'ouverture, que demain on ait aussi une action en terme d'opposition qui soit peut-être plus responsable, une démocratie apaisée, c'est pas mal une démocratie apaisée, après tout il y a tellement de choses à faire ensemble. Le sectarisme c'est une des choses que je déteste le plus dans la vie. Si des gens de tout bord veulent nous rejoindre, tant mieux.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 3 juillet 2007

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