Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à France Info le 3 juillet 2007, sur les missions du Premier ministre, ses relations avec le Président de la République et sur la déclaration de politique générale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à France Info le 3 juillet 2007, sur les missions du Premier ministre, ses relations avec le Président de la République et sur la déclaration de politique générale.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, LAGARDE Olivier de.

FRANCE. UMP, vice-président;

ti : O. de Lagarde.- Avec nous en direct et en duplex depuis les studios de France Bleu à Poitiers, J.- P. Raffarin, bonjour.
 
R.- Bonjour O. de Lagarde.
 
Q.- On va évoquer bien entendu le discours de politique générale de F. Fillon cet après-midi. Un petit mot d'abord sur ce qui s'est passé hier : à la veille de la prise de parole son Premier ministre, est-ce que c'était bien utile de la part de N. Sarkozy de prononcer un grand discours sur l'Europe, à Strasbourg ?
 
R.- Oui, je le crois. Il est clair que dans la présidence Sarkozy, la pédagogie a un rôle très important. Le sujet européen est un sujet compliqué. Je crois qu'à Bruxelles, N. Sarkozy et A. Merkel ont réussi une grande performance politique, avec la relance de la gouvernance européenne. Il fallait l'expliquer, il fallait l'expliquer à Strasbourg, au coeur même de cette France européenne, et avec un public large. Je trouve que c'est une bonne façon de communiquer pour un Chef de l'Etat qui se veut proche des citoyens.
 
Q.- Mais ce jour, là ? La veille du discours de politique générale ?
 
R.- Ecoutez, hier, il était à Strasbourg, aujourd'hui il sera à Marseille. Il faut s'habituer à ce que N. Sarkozy soit actif tous les jours.
 
[Pause]
 
Q.- Monsieur le Premier ministre, le discours de politique générale, c'est toujours un grand moment quand on est Premier ministre. Pourquoi ?
 
R.- C'est un moment très intense, parce qu'au fond, la déclaration de politique générale c'est le contrat de majorité, le contrat de confiance entre le Premier ministre, chef de la majorité parlementaire et cette majorité parlementaire. Donc, ce sont les engagements, c'est la ligne directrice de l'action gouvernementale pendant la période où le Premier ministre est en charge. Et donc c'est une déclaration d'engagement.
 
Q.- Mais là, sur le fond, on sait ce que va dire F. Fillon : il va donc décliner le programme de N. Sarkozy. Où pourraient se trouver des surprises ?
 
R.- Je pense que surtout sur la perspective 2008, en fait sur juillet 2007, les grandes réformes, le paquet économique et social, la réforme portée par R. Dati, et le service minimum, un certain nombre de sujets sont déjà inscrits à l'ordre du jour du Parlement. Donc, pour ce qui est de juillet 2007, la ligne est connue, la feuille de route est précise. Je pense qu'on peut attendre du Premier ministre qu'il éclaire ce que seront le budget 2008, les grands équilibres et les grandes réformes de l'année prochaine, et cela, c'est pour la rentrée.
 
Q.- Mais la question qui se pose, J.-P. Raffarin, c'est la marge de manoeuvre de F. Fillon face à un N. Sarkozy "hyper président", comme on l'a appelé, elle existe, selon vous ?
 
R.- Bien sûr, c'est lui qui va porter les textes au Parlement, c'est lui va faire cette mécanique parlementaire qui nécessite beaucoup d'arbitrages. Matignon c'est une maison à arbitrer, donc le Premier ministre va être tous les jours au contact des parlementaires pour savoir si on peut accepter tel ou tel amendement, c'est lui qui fera tous les arbitrages entre les uns et les autres. Donc, le Président trace la route mais il est évident que le Premier ministre...
 
Q.- Il fait un peu plus que cela, là...
 
R.- Il accompagne, c'est un tandem, c'est un duo, c'est une équipe. Il est clair qu'aujourd'hui, une des forces de F. Fillon c'est d'avoir été cosignataire, je dirais, du programme de N. Sarkozy. Ils sont tous les deux je dirais coresponsables des engagements pris devant les Français. L'un fixe le cap, trace la route, l'autre met en oeuvre et notamment met en oeuvre au Parlement, et ça, je peux vous dire, ce n'est pas facile, parce que le Parlement, tous les jours c'est pour les nerfs d'un Premier ministre, quelquefois un peu usant, pour être franc avec vous.
 
Q.- F. Fillon n'a pas été trop discret jusqu'à présent selon vous ?
 
R.- Non, je ne le crois pas. Il a travaillé et il a préparé cette déclaration. Vous savez, c'est très important. Moi, mon honneur de Premier ministre cela été de tenir 95 % des engagements de ma déclaration de politique générale. Donc, c'est un acte très important pour le Premier ministre et au fond, il va fixer un peu les lignes de ce que seront son futur bilan. Moi, je pense qu'au fond pour la présidence Sarkozy, le moment de vérité ce sera le printemps 2008. Et je vois trois enjeux principaux pour le printemps 2008 : la nouvelle donne de croissance - est-on capable d'avoir un point de croissance supplémentaire, c'est cela l'enjeu ; deuxièmement la relance de l'Europe, c'est la mise en route du traité simplifié, et troisièmement c'est le nouveau paysage politique que va destiner la réforme des institutions et la politique d'ouverture. Donc le Premier ministre doit mettre tout cela en oeuvre, pour être au rendez-vous de la vérité en ce le printemps 2008, où on verra si la présidence Sarkozy a tenu ses promesses. Je le pense, je le crois.
 
Q.- J.-P. Raffarin, on parlait du discours de Strasbourg de N. Sarkozy d'hier, il y a quelques minutes mais il n'y a pas eu que cela. Hier, C. Guéant, secrétaire général de l'Elysée, accorde une grande interview à La Tribune où il expose les priorités de l'action publique. Honnêtement, vous, vous êtes Premier ministre, vous lisez cela, vous êtes furieux ?
 
R.- Je dirais que, je constate une innovation institutionnelle. On n'était pas habitué à cela, en effet, c'est une nouvelle donne. Mais j'ai l'impression qu'il va falloir s'habituer à ce que les collaborateurs du Président montent en première ligne. C'est une première dans la Vème République. Mais cela ne porte pas atteinte dans la fonction présidentielle, puisqu'il s'agit, là, d'annonces, d'informations alors que pour le Premier ministre il s'agit d'arbitrages et de décisions.
 
Q.- Vous parlez d'innovations institutionnelles. C'est un progrès pour vous ?
 
R.- Je pense que la présidentialisation est un progrès. Il faut qu'elle s'accompagne naturellement, comme le souhaite le président de la République, du renforcement du rôle du Parlement, et puis de toujours cette proximité avec le Premier ministre. Je crois que dans la Vème République, le Premier ministre a un rôle très important : il protège le Président et je peux vous le dire, quand les choses ne vont pas très bien car au cours d'un quinquennat, il y a des bons moments mais il y a aussi des foutus quarts d'heures, et quand ces choses ne tournent pas aussi rond qu'on le voudrait, on a bien besoin d'un Premier ministre pour protéger le Président. Mais pour que le Premier ministre protège le Président, il faut aussi que le Président sache protéger le Premier ministre.
 
Q.- Sur la forme, J.-P. Raffarin, j'ai lu que vous conseillez à F. Fillon de ne pas faire trop long cet après-midi. Vous avez peur de vous ennuyez ?
 
R.- Non pas du tout. Je dis que la fonction temps est très importante parce que c'est à la fois le risque - les discours trop longs à l'Assemblée sont quelquefois lassants - mais aussi c'est l'exigence parce qu'il faut donner de la profondeur, donner de la perspective de la vision. Donc il faut aussi que le temps soit l'allié du discours du Premier ministre car il ne peut pas simplement nous présenter le programme du mois de juillet, il faut donner cette ligne directrice pour le quinquennat, et notamment, pour cette année 2008 dont les arbitrages budgétaires vont commencer pour le Premier ministre au mois d'août, et finalement, nous aurons les grands choix de l'année 2008 à la rentrée 2007. C'est maintenant, que le Premier ministre peut tracer cette ligne de temps, d'avenir, qu'on attend pou son discours politique générale.
 
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 3 juillet 2007

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