Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Le Monde" du 5 juillet 2007, sur le projet de loi sur l'immigration et notamment le regroupement familial. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, dans "Le Monde" du 5 juillet 2007, sur le projet de loi sur l'immigration et notamment le regroupement familial.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement

ti : Q - Trois lois sur l'immigration ont été votées depuis 2003. En quoi une nouvelle loi est-elle nécessaire ?

R - Il ne s'agit pas d'une cathédrale législative. Le projet de loi, qui devrait être présenté en septembre au Parlement, est un texte qui précise les deux lois votées en 2003 et 2006 sur un sujet important : les conditions du regroupement familial. La réalité est aujourd'hui connue : 185 000 titres de séjour ont été délivrés en 2005, dont 94 500 au titre du regroupement familial, 49 000 aux étudiants et 13 000, soit 7 % seulement, au titre de l'immigration économique. Le déséquilibre est flagrant, il faut donc engager un mouvement volontariste de rééquilibrage.

Q - La loi de juillet 2006 avait déjà renforcé les conditions du regroupement familial. Pourquoi les durcir encore ?

R - Nous voulons instaurer un test linguistique parce que la connaissance de la langue est la première condition de l'intégration. Nous voulons aussi demander aux parents rejoignant la France dans ce cadre de signer avec l'Etat un contrat pour recevoir une formation sur leurs droits et devoirs, notamment sur la scolarisation des enfants.

Q - Pour rééquilibrer les flux migratoires, définirez-vous des objectifs chiffrés par catégories ?

R - Nous avons observé ce qui se faisait ailleurs : des pays comme l'Italie et les Etats-Unis définissent des quotas, d'autres comme le Canada pratiquent un système à points. Nous sommes plutôt sur l'idée d'établir des plafonds, pour les flux globaux d'immigration, et des objectifs en matière d'immigration économique après discussion avec les branches professionnelles et les syndicats. Fixer des plafonds, des objectifs, ne correspond ni à un dogme ni à une idéologie, mais à une nécessité. Pour trois raisons. D'abord, notre modèle d'intégration connaît des ratés. On le voit à travers le taux de chômage et la concentration des immigrés dans des territoires qui peuvent devenir des ghettos. Ensuite, notre pays, à la différence des autres démocraties européennes, n'a pas besoin de l'immigration pour faire face à une natalité insuffisante. Enfin, compte tenu du manque criant de logements et de notre taux de chômage, plus élevé que la moyenne européenne, nos capacités d'accueil sont limitées. J'ajoute que les pays d'origine n'ont pas intérêt à laisser filer leurs compétences vers un hypothétique eldorado européen. Ma politique consiste donc aussi à lutter contre l'immigration clandestine : je suis comptable du principe selon lequel tout immigré en situation irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays.

Q - Avez-vous fixé des objectifs quantitatifs précis dans ce domaine ?

R - Pour lutter contre l'immigration irrégulière, la priorité est de lutter contre les réseaux qui exploitent la misère humaine. Il faut également accentuer la pression sur les entreprises qui emploient du personnel clandestin. Sur un plus long terme, cela passe par une harmonisation des politiques européennes. Mes collègues espagnol et italien m'ont indiqué qu'ils ne pratiqueraient plus de régularisations massives. Il existe donc l'espoir de construire un pacte européen qui pourrait porter sur le refus des régularisations massives, sur des règles communes d'asile et sur un dialogue commun avec les pays d'émigration. J'entends porter ce message dans la perspective de la Présidence française de l'Union européenne en 2008. A cette occasion, la France organisera et accueillera une conférence euro-africaine sur les migrations et le développement.

Q - Reprenez-vous à votre compte l'idée "la France, on l'aime ou on la quitte" ?

R - Lorsque l'on a manifesté le désir d'être présent sur un territoire, cela suppose que l'on aime ce territoire. Mon ministère, qui est celui du "mieux vivre ensemble", doit précisément y encourager.

Q - "Ministère du mieux vivre ensemble" : c'est une façon moins polémique de présenter votre ministère ?

R - Il n'y avait pas de ministère de l'immigration dans notre pays, contrairement à la plupart des pays de l'Union européenne. L'originalité est d'y avoir adjoint les notions de codéveloppement, d'intégration et d'identité nationale. Je ne comprends pas la source de la polémique puisque, dans mon esprit, l'identité nationale, c'est la culture de notre héritage, dont l'immigration fait partie, et la volonté de préserver l'avenir de la cohésion nationale. A l'époque de la décolonisation, les peuples concernés se battaient pour leur identité et un certain nombre de sensibilités politiques ou intellectuelles trouvaient que c'était une idée formidable. Il y a quelques jours, la communauté homosexuelle défilait à Paris pour défendre son identité... Mais, en revanche, parler de l'identité "nationale" serait inacceptable... Une telle attitude est difficilement explicable !

source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 juillet 2007

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