Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, à RTL le 6 juillet 2007, sur la préparation du "Grenelle de l'environnement". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, à RTL le 6 juillet 2007, sur la préparation du "Grenelle de l'environnement".

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables;

ti : Bonjour J.-L. Borloo.

Oui, bonjour.

Q- Vous installez aujourd'hui six groupes de travail : climat, biodiversité, santé, agriculture, institutions et modes de développement économique. Et ces groupes e travail vont servir à préparer ce fameux Grenelle de l'environnement dont on vous a déjà beaucoup parlé qui devrait se tenir à la mi-octobre. Ca sera quoi ? Une grand'messe de plus... pour faire des constats ?

R- Oh non, justement ! Vous savez, il y avait cette fameuse expression de Churchill : "Voici venu le temps des conséquences, maintenant voici venu le temps de l'action".

Q- On va agir pour préserver l'environnement ?

R- Vous savez, on est à la fois face à une crise grave et en même temps, à un moment extraordinaire d'opportunité. C'est un sujet qui nous concerne dans le quotidien, notre façon de vivre, c'est un sujet qui concerne le monde et la planète. C'est d'ailleurs un des sujets très, très étonnant où on sent qu'on appartient à la même histoire humaine. C'est d'ailleurs pour ça que la biodiversité est très importante dans cette affaire-là. D'ailleurs, j'observe que ce week-end, il y a ce merveilleux concert "Solidays" à Paris ; mais il y a dans le monde entier, de manière planétaire, un autre concert "Life earth". Il y aura deux milliards de téléspectateurs, un cri lancé par les plus grands artistes du monde avec un concert par continent : "Sauvons la planète". Et d'ailleurs, j'appelle RTL, RTL2, Fun Radio, 900 radios locales hier soir, toutes les radios et les télévisions et dans toutes les boîtes de nuit, et partout où il y a des concerts, aujourd'hui, au moment où l'ensemble de la planète se mobilise, qu'il y ait un petit moment, que les DJ le disent, disent un mot, les artistes sur les planches, un mot sur ce grand moment planétaire. Alors, ce Grenelle, c'est quoi ?

Q- Cela reste abstrait quand même ! Cela reste toujours des bons sentiments, l'écologie, qu'est-ce que vous allez décider vraiment ?

R- L'Ecologie, c'est quoi ? C'est d'abord lutter contre le réchauffement climatique. Vous savez que c'est un sujet absolument majeur. Cela passe par un certain nombre de mesures très opérationnelles. La biodiversité, ce sont des mesures opérationnelles. Sur le réchauffement climatique, on a des enjeux, c'est quoi ? Les transports. Transports individuels, transports collectifs. C'est la maison, son isolation. C'est l'énergie : comment réduire nos capacités énergétiques ? Voyez, les ampoules qui sont dans ce studio ...

Q- Elles sont allumées parce qu'on vous filme.

R- Oui, mais si elles étaient d'une manière générale, à basse pression., si tout le monde utilisait des ampoules à basse pression, en France ça économiserait une centrale nucléaire. C'est donc tout un processus pratique, technique qui va nous permettre :
un, de réduire notre consommation et deuxièmement, de développer des énergies renouvelables.

Q- Vous prendrez des décisions alors à ce Grenelle de l'environnement ? Ca reste abstrait, flou tout ça !

R- Tous les pays tournent autour de ce problème d'organisation. Et le président de la République avait dit : écoutez, moi je vais faire ce qui, pour l'instant, n'a été fait dans aucun pays : mettre sous la même autorité, dans le même ministère, l'énergie, l'eau, les forêts, la biodiversité, les transports, bref ... tout ce qui concourt à ces sujets-là. C'est ce ministère. Il avait dit une deuxième chose : eh bien, on va faire un débat démocratique. Que des gens qui travaillent depuis des années, qui sont des militants de certaines causes, les ONG, les syndicats, les entreprises, les collectivités locales, l'Etat, bref ... les différents collèges se réunissent par groupes de travail pendant deux mois et demis pour élaborer les 15 ou 20 mesures concrètes, opérationnelles, qui vont changer la donne dans notre pays avec des programmes par mesure.

Q- 20 mesures, ce sera le Grenelle de l'environnement ?

R- Absolument.

Q- Ca coûtera cher, J.-L. Borloo.

R- C'est un investissement.

Q- Alors, on le chiffre à combien ?

R- Je ne peux pas vous dire. N. Stern, le chef économiste britannique, a fait un rapport célèbre au plan mondial, chiffrant le coût de l'inaction. L'inaction, c'est la mort définitive de la planète mais surtout, ça a un coût économique. Ne pas agir, c'est 5 points de PIB de moins.

Q- On chiffre l'inaction ?

R- Oui, bien sûr. Ca a été fait.

Q- Vous n'avez pas chiffré l'action ?

R- Eh bien si. On va chiffrer l'action, ça dépend des programmes. Je vous donne un exemple clair : on va faire un chantier thermique. A l'évidence, on va faire un chantier sur l'habitat et le logement. Voilà, je crois que c'est pas dévoiler le résultat du Grenelle : qui, comment, avec quelle méthode et avec quel rythme ... Ca sera beaucoup plus important que le chantier de rénovation urbaine qui, lui, était déjà de 40 milliards.

Q- Et vous aurez les sous, J.-L. Borloo, parce qu'il n'y a plus beaucoup de sous dans les caisses ?

R- Mais bien sûr ! Parce que c'est l'action de chacun d'entre nous, c'est l'action à la fois des bailleurs sociaux, des individus. Lorsqu'on vend une maison, est-ce qu'on sera en situation de l'avoir complètement isolée ? Bref, pris en amont, on sera capable de le faire.

Q- Le Premier ministre F. Fillon a annoncé la création d'une Euro vignette expérimentée en Alsace, étendue ensuite sur l'ensemble du territoire français ?

R- Oui, ça a été voté il y a déjà quelque temps.

Q- Cela va vous coûter combien l'euro vignette ?

R- Le chiffre n'est pas arrêté. Mais non, pour l'instant, on l'expérimente.

Q- Pas de chance avec les chiffres, ce matin !

R- Non, non, vous avez raison ! Mais vous savez, vous ne pouvez pas demander à un dispositif qui se concerte, qui se met en place d'avoir la réponse définitive avant la concertation. La concertation, c'est fait pour ça.

Q- Vous êtes ministre de l'Ecologie, vous avez les transports sous votre coupe. On imagine que les transporteurs routiers ne doivent pas être contents de l'Euro vignette ?

R- Non, non c'est inexact. Vous savez, nous avons en France une taxe sur l'essieu qui pénalise les transporteurs français mais en revanche, du monde entier, on peut venir circuler sur nos routes et nos autoroutes sans rien payer. Donc, le dispositif n'est pas fait pour pénaliser les routiers français, bien au contraire.

Q- Vous avez fait un discours pour présenter l'action de votre ministère, le 29 juin . Vous avez dit : l'Etat doit se montrer exemplaire ...

R- Oui.

Q- ... si nous voulons convaincre les Français de modifier leurs comportements. Vous êtes venu comment à RTL, ce matin : en vélo ? Voiture électrique ?

R- Je suis venu en voiture diesel et imaginez-vous ...

Q- Diesel... ah ! on peut faire mieux quand même !

R- Mais on va faire mieux, à 10h30. A 10h30, je vais toucher, si j'ose dire, une voiture de carrosserie française mais avec un procédé extraordinaire : c'est une électrique, c'est une hybride presque complètement électrique, c'est-à-dire un gros moteur électrique et un tout petit moteur technique, juste pour venir en complément. Je suis en train d'étudier une commande publique de 5.000 véhicules de ce type qui changeraient radicalement la donne.

Q- C'est un véhicule pour les ministères ?

R- Oui, oui, pour l'ensemble des dépenses publiques : les administrations, la Poste, etc ... Donc, on va étudier cette commande publique parce qu'il faut industrialiser par de la commande publique pour vérifier que cela fonctionne bien.

Q- Vous étiez ministre de l'Economie, et vous êtes devenu ministre de l'Ecologie, parce qu'A. Juppé a été battu aux élections législatives. Ce n'est pas une vocation l'Ecologie chez vous, J.-L. Borloo ?

R- Vous savez, j'ai fondé "Génération Ecologie", il y a 20 ans, 25 ans ...

Q- Il y a longtemps, c'est ça !

R- ... avec des personnages comme H. Tazieff ou B. Lalonde. Et puis, vous savez, un maire est par nature écologiste. Valenciennes : la dernière école qu'on a faite, elle est complètement HQE : Haute Qualité Environnementale. On produit notre propre électricité, on a notre potager. C'est une révolution indispensable. On a mis en place les sites propres. Donc, c'est instinctif chez les patrons des collectivités locales.

Q- Mais chez vous ?

R- Ca l'est aussi.

Q- Ca l'est aussi. Vous avez été tenu pour responsable de la défaite - de 50 à 100 députés, disait par exemple R. Dutreil - en ayant parlé de la TVA sociale pendant la campagne des élections législatives.

R- Oui.

Q- Vous battez votre coulpe ?

R- Vous savez, j'ai répondu à une question : "est-ce que nous y réfléchissons ?" Comme l'avait fait le Premier ministre, le vendredi précédent, j'ai dit : "oui, ça fait partie des hypothèses". Est-ce que pour autant pendant une période électorale, il faut dire "non", ce n'est absolument pas vrai qu'il y a la moindre réflexion alors que même l'opposition y réfléchissait ? Je crois que la démocratie a besoin de vérités.

Q- Mais vous convenez que quelques députés ont été battus à cause de ça ?

R- Ecoutez, j'en sais rien. Si c'est le cas, ça m'attriste. Mais on ne peut pas être dans une société du mensonge. Le président de la République a dit : je dirai avant pour pouvoir faire après.

Q-A la recherche de la vérité, des juges d'instruction ont perquisitionné six heures, hier, au domicile de D. de Villepin dans l'affaire Clearstream. Est-ce que vous imaginez que l'ancien Premier ministre a pu être à l'origine ou mêlé à la manipulation qu'a représentée l'affaire Clearstream ?

R- Ecoutez, je n'ai aucune espèce de raison de le penser. Vous savez, je suis un ancien avocat. Alors, avant de me laisser penser que quelqu'un est condamné ou coupable parce qu'il y a une perquisition ou parce que tout simplement, la justice essaie d'y voir clair. Je vous rappelle qu'une perquisition peut aussi éventuellement servir à disculper quelqu'un.

Le monde est rempli d'innocents, J.-L. Borloo !


Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 juillet 2007

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